Work in progress

  • L'énigme d'un visage*

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    images.jpeg« Papa, réveille-toi ! »

    J'ouvre les yeux. La chambre ne me rappelle rien. Je suis encore plongé dans les brumes du sommeil. J'émerge à peine d'un rêve absurde. Je reviens de nulle part. Toujours la même image devant mes yeux. Leslie face au miroir, fardant ses cils et ses paupières, faisant tinter ses bracelets d'argent. Elle est de dos, mais je vois son reflet dans la glace. Je n'ai pas de désir. Juste une tristesse immense dans tout le corps. Une tristesse rassurante aussi, parce qu'elle m'est familière.

    « Papa, j'ai faim ! »

    Mes paupières sont lourdes. Un essaim de frelons bourdonnent dans ma tête. J'ouvre les yeux et je regarde ma montre. Bientôt neuf heures. L'heure neuve. Je m'assieds sur le lit et j'examine la chambre aux couleurs vives, bleu ciel, orange clair, rose pastel. Je respire à fond. Dans quelques secondes je saurai où je suis. La soirée me revient en mémoire. La poursuite dans les rues luisantes de pluie. Les trois types en capuche. La course jusqu'au bar. Et la chanteuse à la voix rauque, rouillée par l'alcool et les larmes.

    Mais après ?

    Un voile de brume au-dessus de la mer.

    J'entends marcher dans la chambre voisine. Une femme en escarpins dont chaque pas claque sur le parquet de bois comme un coup de couteau. Une voix d'homme aussi, sourde et impérieuse. J'ai mal au crâne. Je vais passer mon visage sous l'eau froide. J'ouvre la fenêtre. Dehors, il y a la ville, le port, la mer immense. Le vent fouette mon visage et mon rêve s'évapore.

    Devant la glace, je ne reconnais pas le type en face de moi. Barbe poivre et sel, sourcils broussailleux, cheveux hirsutes. Je n'ai plus le visage que ma mère m'a connu. Il n'y a pas d'énigme plus profonde. Pourquoi faut-il avoir un visage ? Quelle injustice ! Pourquoi l'identité est-elle à ce point liée aux traits du visage ? Pourquoi les êtres humains ne se ressemblent-ils pas tous, comme les animaux ? Si tous les hommes se ressemblaient, il n'y aurait plus de distinction de personnalité ou de caractère. Plus d'attente inutile. Plus d'angoisse. Plus de désir. Mais il y a les visages ! Les beaux, les laids, les saisissants. Les inoubliables. On tombe amoureux d'un regard qui vous reconnaît. Une bouche charnue. Des pommettes saillantes. Un front large et pâle. C'est le début de toutes les différences, de toutes les discriminations. Leslie passait des heures devant la glace à se farder et à s'examiner. Elle s'efforçait de se rappeler par le détail une scène ou une rencontre pour recomposer en esprit chaque geste, chaque phrase, chaque expression du visage et les interpréter. Chaque instant de sa vie, elle le considérait comme un présage. Devant la glace, elle demeurait paralysée. Sans piper mot. Était-ce par son reflet ? Ou une obsession plus ancienne ? La peur de perdre son visage. De devenir une femme comme les autres. Elle qui aimait à jouer les pythies, elle n'avait rien prévu, rien vu venir. C'était la femme la mieux informée d'Amérique (elle lisait tous les journaux, écoutait toutes les chaînes de télévision, suivait tous les débats politiques) — et pourtant, au soir du fameux 8 novembre, elle n'avait rien compris.

    * extrait d'un roman en chantier.

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  • Au cinéma*

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    images.jpegDepuis toujours, ils aiment aller au cinéma en matinée. Ils se glissent tous les deux dans la salle en avance. Ils ne veulent pas rater les publicités de Jean Mineur (Balzac 00-01), le lutin à la serpe argentée. Aujourd'hui ils ne sont pas les seuls. La sale est presque pleine. Il y a quelques familles parfaites et surtout des pères du dimanche. On les reconnaît au premier coup d'œil.

    L'enfant est assis à côté de son père, lui-même assis à côté d'une blonde, vraie ou fausse. Il plonge sa main dans un grand seau en carton débordant de popcorn bien dorés. Il a une paille dans la bouche reliée à un gobelet, immense lui aussi, mais rempli de soda.

    Ravi, l'enfant sous perfusion, d'autant que sa mère n'est pas là.

    C'est lui qui a choisi le film, comme d'habitude. Damien voulait voir le dernier Tarantino ou Alice et le Maire, un long métrage française avec Fabrice Luchini et Anaïs Demoustier, deux acteurs qu'il connaît pour leur avoir donner la réplique dans un téléfilm (il jouait un clochard qui se jette sous une rame de métro). L'enfant aime les émotions fortes et il aime avoir peur. Il vit toutes les scènes avec son cœur. Pourtant il sait que c'est du cinéma.

    Et les voilà partis pour une obscure cité chinoise. Un commando de la Protection Animale, mené par un barbu qui aime la bagarre et une fille très sexy, fait irruption dans un laboratoire qui se livre à des expériences horribles sur les chimpanzés. En délivrant les pauvres bêtes, le commando libère un virus terrifiant qui se propage rapidement à travers le pays, puis dans le monde entier. Londres — comme Paris, NewYork ou Genève — deviennent des villes fantômes. Le type se bat beaucoup pour sauver la planète. À la fin il se fait arracher une jambe lors d'une attaque surprise des virologues chinois. Et la fille devient go-go danseuse dans une boîte de Shanghai où elle découvre les plaisirs de l'opium…

    Lors des scènes les plus gore, l'enfant frissonne et rit à gorge déployée.

    Pendant longtemps, l'enfant ne jurait que par les films d'animation. Du Roi Lion à Toy Story, en passant par les mésaventures du rat Ratatouille, ils n'ont manqué aucun Disney. À leur retour, père et fils avaient droit aux remontrances de Leslie qui leur donnait une leçon de morale en démontrant, chiffres à l'appui (elle était journaliste), que les studios Disney, Pixar and Co n'étaient que des usines à fric fort peu recommandables qu'il fallait éviter à tout prix.

    « La prochaine fois, disait-elle, allez voir un documentaire de Michael Moore au lieu de vous abêtir. »

    * extrait d'un roman en chantier.

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  • Dans le TGV (avec Nicolas Bouvier)*

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    Unknown-1.jpegSa vie ressemble à une navette — cet élément mobile du métier à tisser qui sert à transporter le fil de trame à travers les fils de chaîne par un mouvement incessant de va-et-vient. Il va, il vient, sans savoir où, ni qui il est. Pour les pêcheurs, la navette sert aussi à repriser les filets déchirés.

    Damien révise le texte qu'il va jouer cet après-midi à Paris, chez Cinégram, pour une séance de doublage à 300 euros. Le Baron l'a averti ce matin, par SMS, tout fier de lui avoir trouvé un petit job.

    « Il doit avoir pitié de moi, pense-t-il. C'est mauvais signe. »

    Enfoncé dans le siège en velours, la tête appuyée contre la vitre, il regarde une fois encore le paysage défiler. Combien de fois a-t-il fait la navette ? 200, 300 fois ? Il reconnaît tous les villages, les champs où paissent des vaches couleur caramel qui ont l'air bien portantes, les bosquets dans la brume. Il retourne à son texte (un remake de Pretty Woman), mais il n'arrive pas à se concentrer. Il vérifie que le sac à dos d'enfant avec deux grands yeux de chouette et une sorte de mâchoire à pois en textile est bien à l'abri sous sous siège. Il lève la tête pour s'assurer de la présence du sac de cuir avec ses flingues et l'album de photos dans le porte-bagage au-dessus des fenêtres.

    Tout est bien à sa place. Le magot et les flingues. Mais Damien n'est pas rassuré.

    Il sort son exemplaire du Journal d'Aran et d'autres lieux, son livre de chevet, dédicacé à « son ami Damien » par Nicolas Bouvier. Aussitôt il se reconnaît dans ce voyageur au long cours, souvent malade et perdu dans le vaste monde. « J'ai frappé le pavé du pied pour me ramener à l'existence, m'assurer que j'étais bien là, alors que les mots je et ici n'avaient pas encore réintégré leur sens. »

    Ceylan, le Japon, l'Irlande. Nicolas, lui aussi, cherchait une île où disparaître. À chaque fois, miracle, le voyageur a disparu. Englouti corps et âme par le mystère des lieux. Le voyageur est mort, comme ces anonymes aux tombes dressées qui remplissent les cimetières de ses livres. Ensuite, grâce au pouvoir des mots — magie blanche contre magie noire —, la musique de ses phrases, il est ressuscité. Mais il cherche sans cesse une preuve de son existence. « J'ai toujours souffert de ma lourdeur ; être baladé comme une feuille morte m'avait fouetté le sang. Pour la première fois depuis que j'étais ici, j'ai entrevu le soleil par une fugace déchirure dans le drap sale du ciel. Il s'est bien montré quinze ou seize secondes, le temps de photographier mon ombre pour conserver une preuve de mon passage ici. »

    Posant le livre sur ses genoux, il somnole en regardant le paysage. Ce n'est pas l'île d'Aran, où il rêve de se rendre, mais la Bourgogne, puis la Beauce qui englobe cinq départements. Ses champs de blé et de maïs, de betteraves sucrières. Le jaune aveuglant du colza. Il aime ce pays, comme il aimerait l'Irlande, les îles tout au bout de la brume.

    Le train s'arrêté en rase campagne, au milieu de nulle part.

    « Accident de personne », dit la voix sibylline de l'hôtesse.

    Il se replonge dans la musique de son ami. « Au coin du feu, je badigeonne mes écorchures à la teinture d'iode, la tête é rien, ronronnant de fatigue. Au fond de moi, quelque part, je sens que la vie s'écoule dans sa liberté parfaite, circule se partage et roule en gouttes de mercure. Je soupçonne que les idées se rendent visite, que les concepts se défient et s'amusent sans m'avoir invité. Ces jeux dont la faible rumeur me parvient sont hors de mon atteinte. Larbin et portier de moi-même, je me suis une fois de plus laissé enfermer dehors. »

    Il reprend un Xanax pour s'étourdir encore un peu. Ne plus revoir, en boucle, le mauvais film où il incarne le personnage principal. Mais rien n'y fait. Sitôt qu'il ferme les paupières, les images reviennent avec une précision hallucinante, la lumière glauque des caves, les deux types enlacés, le canon dans la bouche du dealer, le coup de feu…

    Il aimerait tant changer le scénario, reprendre le film au début, jouer un autre rôle !

    « Dans la vie, disait Alex, on peut toujours revenir en arrière. Mais jamais jusqu'au début du film… »

    * extrait d'un roman en chantier.

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  • Somnambule*

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    image.jpgDans la chambre au grand piano noir, flottant entre les draps de flanelle de son lit-mezzanine, une jambe à demi repliée sur le duvet à l'effigie des Spice Girls, son groupe fétiche, l'enfant dort. Pas d'un sommeil tranquille, non, mais agité de rêves, d'images fugaces, de peurs obscures. L'enfant gémit dans son sommeil, transpire, bouge beaucoup.

    Chaque soir, quand il est là, quand sa mère m'autorise à l'avoir, j'entre dans la chambre noire, sans faire de bruit. Je rajuste la couette pour qu'il soit entièrement couvert et qu'il ne prenne pas froid (même en été). J'écoute sa respiration. Je m'assieds sur le tabouret du piano noir et je reste des heures à le regarder dormir.

    Le tapis est jonché de jouets en plastique, comme un champ de bataille, des Superman, des Spiderman, des petites voitures à friction, une maquette de fusée spatiale, un RoboCop dépiauté, des dinosaures et des oiseaux préhistoriques, gros comme des rats. Souvent je demande à l'enfant de ranger sa chambre, mais rien n'y fait. Il aime vivre au milieu de ces créatures en plastique.

    Les yeux ouverts, mais endormi, l'enfant se lève pour marcher dans la chambre. Il tourne en rond, ne semble plus savoir où, ni qui il est. Il se cogne à la mezzanine, puis à la vitre de la fenêtre. Parfois il ouvre la porte et va se balader dans le couloir obscur. Je le suis à distance. Sa mère m'a dit qu'il ne faut jamais réveiller un somnambule. C'est dangereux. Si on le tire trop brusquement de son sommeil, il risque le collapse.

    Une nuit, ayant arpenté tout l'appartement, j'ai retrouvé l'enfant sur le palier, hésitant à descendre les marches ou à escalader la rampe de bois.

    Quelle est la volonté d'un somnambule ? Qui dirige ses pas ? L'enfant qui dort est-il le même que l'enfant éveillé ?

    Avec douceur je prends sa main. Il a toujours les yeux ouverts, mais il ne me voit pas. Et je le guide vers sa chambre à pas de loup. Il se glisse dans son lit, entre les draps qui ont gardé l'empreinte de son corps, de sa chaleur. Je remonte le duvet à l'effigie des Spice Girls sur son cou. L'enfant replonge dans un sommeil profond. Je m'installe au piano pour le regarder dormir.

    * extrait d'un roman en chantier.

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  • Vrais et faux amis*

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    amis.jpgDans les semaines qui ont suivi notre séparation — juste après l'explosion atomique —, les amis sont tombés comme des mouches.

    Il y a ceux qui ont d'emblée choisi leur camp. Le fan-club de Leslie, de loin le plus nombreux. Le fan-club de Damien, dont les membres se comptent sur les doigts d'une main. À la guerre comme à la guerre. Les hostilités sont ouvertes et tous les coups sont permis. Les excommunications volent bas. Comme les noms d'oiseau. Chaque jour, on se découvre des ennemis qu'on croyait bien connaître et qui vous poignardent dans le dos.

    Médisance, coups tordus, festival de fake news sur notre relation qui « battait de l'aile depuis longtemps ».

    Plus loin, il y a ceux qui ont tout vu, les blasés, les infiniment sages, les revenus de tout, qui se refusent de choisir un parti, car ils se veulent impartiaux. Ils ne font pas la différence entre elle et lui, parce qu'ils placent la liberté de chacun au-dessus de tout. Ce sont les mêmes qui, dans votre dos, intronisent le rival. Les draps du lit sont encore chauds, ils gardent l'empreinte de votre corps. Mais bon, c'est comme ça. La vie suit son cours. Ceux-là, je les ai vite atomisés, rayés à vie de ma liste d'invités. Ils m'ont lâché quand j'avais besoin d'eux, continuant leur vie médiocre à l'université ou ailleurs, sans jamais prendre de mes nouvelles. Pourtant, nous étions comme les doigts de la main. Nous avions même fondé un « club des neuf » avec deux autres couples qui avaient eu eux aussi un enfant. Tennis, soirées sans fin sur les terrasses, vacances communes dans le Sud de la France.

    L'histoire s'est arrêtée d'un coup, abruptement, par trahison.

    Enfin, il y a ceux qui restent, ils ne sont qu'une poignée, les taiseux, les solitaires, les mutilés. La douleur rend les hommes solidaires. C'est une nouvelle fraternité, inconnue jusqu'ici. Ils ne demandent rien, ils sont discrets, ils écoutent vos conneries jusqu'aux petites heures du matin. Ils vous soignent aux bons vins, au risotto au champagne, aux meringues à la double crème de gruyère. Ils vous transmettent leur énergie et leur amour. À leur table, chez eux, une place vous est toujours réservée. Parfois, ils jouent les entremetteurs. Ils vous présentent une fille qui vous sourit. Sa voix est agréable, mais vous ne la voyez pas : vous êtes encore dans les brumes du chagrin, sur un radeau perdu en pleine mer. Quand vous rouvrez les yeux, elle n'est plus là. Vos amis sont désolés. Ce n'est pas grave. Vous reprenez votre navigation solitaire.

    Et puis il y a ces frères de l'ombre.

    Ceux qu'on appelle les pères du dimanche. Les demi-pères. Les pères à temps partiel.

    Comme Gaspard, comme Greg le borgne.

    Vous ne les connaissiez pas avant l'explosion nucléaire. Eux aussi sont des survivants — des miraculés. Ils traversent des champs de ruines. Des cimetières sous la pluie. Leur corps est brûlé au napalm. Ils sont seuls, mais pas entièrement. Un enfant les suit comme une ombre.

    Mais attention : s'ils se retournent, l'enfant disparaît !

    C'est la loi.

    Ils sont condamnés à aller de l'avant sans jamais regarder en arrière, comme Orphée remontant des enfers : dans son dos Eurydice le suit, mais il est interdit de la voir.

    * extrait d'un roman en chantier.

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  • Nicolas Bouvier*

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    images.jpegL'après-midi s'achève. Mes pas me portent jusqu'à Carouge. Je traverse le pont sur l'Arve aux eaux grises et boueuses, je longe les rails du tram sur cinq cents mètres et j'arrive sur la place du Marché.

    C'est là, une fois par mois, que j'avais rendez-vous avec Nicolas à la Brasserie de la Bourse. Il arrivait en retard. Ou parfois oubliait de venir. J'allais le chercher dans son repaire du Boulevard des Promenades, tout en haut d'une tour qui offrait une vue grandiose sur la ville. Son atelier était un véritable capharnaüm. Les murs étaient couverts d'images, de photos et de dessins, de plans plus ou moins chimériques. Et son bureau, dans un coin de la pièce, ployait sous les piles de livres. Il y avait toujours une bouteille de whisky à portée de la main.

    « Nous avions rendez-vous ? demandait-il d'une voix innocente.

    — Oui. Nous devions manger ensemble.

    — Ah ! Pardon.

    — Pas grave. Une bonne table nous attend. »

    Dans la rue, nous marchions côte à côte, mais pas au même rythme. Nicolas avançait au rythme de ses mots et de ses phrases. À chaque point, il marquait une pause, respirait un bon coup, puis commençait une nouvelle phrase en se remettant à marcher. Comme pour Rousseau, la pensée lui venait en marchant. De l'extérieur, il donnait l'impression d'avancer comme une grenouille, par bonds successifs. J'avais quelquefois de la peine à le suivre.

    Nous arrivions sur la place du Marché. Le patron de la Bourse nous attendait sur le seuil du bistrot. Une table nous était réservée dans une petite salle, souvent à moitié vide. Nicolas s'asseyait dos à la fenêtre pour ne pas voir les passants dans la rue qui risquaient de le reconnaître. Il sortait de sa poche une multitude de flacons et de fioles pourvus d'étiquettes illisibles.

    « Je suis une pharmacie ambulante ! »

    Nous commandions toujours un demi de goron. Il se versait un verre et avalait une poignée de pilules jaunes et blanches.

    « Tu es sûr que le vin et les médicaments font bon ménage ?

    — Pas de souci. C'est un mariage heureux. »

    Invariablement, nous commandions le même plat. De la langue de bœuf aux câpres avec de la purée de pommes-de-terre et des légumes de saison. Un délice. Arrosé d'un nouveau demi de goron. Car Nicolas avait toujours très soif.

    « La langue, vois-tu, c'est le plat préféré des écrivains ! Ils la découpent, ils la remâchent, ils la savourent, ils la triturent. Ils l'intègrent à leur propre corps au point qu'on ne peut plus savoir qui est qui. C'est une alchimie mystérieuse… »

    C'était en 1990. Nicolas avait soixante-et-un ans et il venait de publier son Journal d'Aran et d'autres lieux. Il me parlait de ses pérégrinations sur les îles irlandaises, des paysages arides, mais peuplés de fantômes.

    « Il restait une traînée de safran sombre dans le ciel noir. J'ai garé la voiture entre des crocus couchés et rôtis par le gel. De la terrasse on voyait les anses au nord du port déjà prises dans une mince pellicule de glace. Nous étions hors saison et c'est le seul hôtel où j'ai trouvé une chambre. »

    En l'écoutant, je me disais que j'irais là-bas un jour, sur l'ile aux sortilèges, à la rencontre des fantômes échappés des châteaux en ruine qui me diraient enfin qui je suis (eux seuls le savent). Chaque voyage est une petite odyssée qui vous fait et qui vous défait. Et Nicolas, à force de chasser les quasars, n'en est jamais revenu indemne.

    « Dans le cosmos, il existe des zones noires inexplicables que les astronomes ont baptisées les quasars. La densité de la matière y serait telle que les protons ne peuvent s'en échapper. Des excès, des trous de création, si l'on veut. Dans un quasar, l'esprit se déficelle et ne retient plus rien ; on n'a pas pu prendre son souffle que déjà on a disparu. On refait surface ailleurs, un peu plus tard, un peu plus loin, dans un milieu qui a retrouvé suffisamment de cohérence pour que l'on puisse respirer. Ou on ne revient pas : chaque année, huit mille personnes s'évanouissent en fumée sans que l'on puisse invoquer les terroristes, le grand caïman ou un héritage en litige… »

    J'avais vingt ans. Je suivais les cours d'une école de théâtre. Les masques que l'on me proposait ne convenaient pas à mon visage. Les mots que je jouais sonnaient faux dans ma bouche. J'avais la nostalgie du lointain, des voyages et des rencontres. Déjà la soif de disparaître.

    *extrait d'un livre en cours

     

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  • Fantômes*

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    Unknown-1.jpegPendant trois ans, l'enfant est assailli de cauchemars. Il appelle au milieu de la nuit. Et l'on se précipite dans sa chambre. En général, c'est moi — je ne dors que d'un œil. Je le prends dans mes bras, je le berce, je fredonne une chanson, je passe ma main dans ses cheveux si doux. Je pose un baiser sur ses joues baignées de larmes.

    « Ce n'est qu'un mauvais rêve, allons, tout est fini maintenant. »

    Je retourne me coucher, les draps sont encore chauds, mais bien sûr je n'arrive plus à fermer l'œil. La nuit est perdue. Je somnole, je guette les prochaines larmes. Je suis sur le pied de guerre. Par la fenêtre, je regarde le jour se lever. C'est le plus beau moment de la journée. J'entends les premières voitures dans la rue.

    Quelle heure peut-il bien être ?

    Je jette un œil sur le réveil. Je vais dans la cuisine me faire une tasse de café, regarder encore une fois par la fenêtre.

    Surtout pas faire de bruit.

    L'enfant dort comme un ange.

    Chaque nuit, désormais, j'entends les cris qu'il pousse dans l'alcôve. Je sais qu'il n'est pas là, mais je me lève quand même. J'ouvre la porte de sa chambre. La chambre noire. La chambre vide. (Ce vide est à présent le centre de ma vie.) C'est là qu'on développe les images. Toutes les images. Celles qu'on adore et conserve pieusement. Et celles que l'on a oubliées.

    Même les images fantômes.

    * extrait d'un roman en chantier.

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  • Le bon petit diable*

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    images.jpegQuand il était enfant, dans la banlieue de la petite ville, il aimait jouer au diable avec un masque en papier mâché et une cape noire. C'était son rôle préféré. Il se tournait vers sa maman, qui riait aux éclats, et il lui demandait:

    « Quand je serai grand, qu'est-ce que tu veux que je sois ? »

    C'était un enfant doux, obéissant. Il aurait fait n'importe quoi pour se faire aimer de sa mère.

    Elle répondait :

    « Tu seras toujours mon petit garçon ! »

    Il était malicieux, rieur, il plaisantait de tout. Mais il aimait jouer, s'entourer de jolies filles, taper dans un ballon, se déguiser. Il ne serait jamais instituteur ou fonctionnaire. Il ne se marierait jamais. Il ne serait jamais un père de famille comme les autres.

    À cet instant, il se rappelle une discussion qu'il a eue avec Le Baron, son agent artistique, il y a très longtemps.

    « Tu vis dans le regret, mon vieux !

    — Quel regret ?

    — Tu aimerais être à la fois noir, juif, femme, socialiste et pédé !

    — Rien que ça !

    — Tu ne crois pas que c'est un peu trop ?

    — Moi qui ne postule humblement qu'à deux de ces distinctions, je puis t'assurer que ce n'est pas commode !

    — Pourquoi ?

    — Tu es trop ambitieux ! »

    *extrait d'un roman en chantier.

    Lien permanent Catégories : Work in progress 5 commentaires
  • Leslie Nott*

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    Unknown-1.jpegLeslie Nott n'était pas très grande. Des yeux pers, vifs et mobiles, et une taille faite au tour. Des hanches larges et des seins opulents. Ses cheveux longs étaient noirs ébène ou blonds peroxydés. Selon l'humeur du mois, elle se prenait tantôt pour Ava Gardner, tantôt pour Marilyn. Elle portait des talons et collectionnait les chaussures, de marque si possible. La moitié de sa vie, elle la passait dans les boutiques de la rue du Faubourg Saint-Honoré ou de la rue du Rhône. Elle aimait les vestes de rayonne Anne Klein et les jupe en crêpe de laine Ungaro, les chemisiers de soie sauvage et les boucles d'oreille anciennes, quelquefois achetées sur un marché aux puces.

    Depuis toujours, elle est presbytérienne et démocrate, comme toute sa famille. Son père, le Révérend Jim Nott, était pasteur à l'église Saint-Patrick, à Chicago. Un type remarquable. Il faisait partie de la cinquième génération de pasteurs dans la famille. Et Leslie a grandi entre un père assez strict, fidèle adepte de Jean Calvin et de John Knox, et une mère entièrement dévouée aux tâches domestiques. Longtemps, ses livres de chevet furent Le Livre des Confessions et Le Livre de l'Ordre, formant la base de la doctrine presbytérienne. Elle a grandi à Chicago, puis elle est allée à New York suivre les cours d'une école de journalisme. Après son diplôme, elle a été pigiste au Windy City Times, puis au Chicago Daily News, avant de devenir correspondante à l'étranger du Chicago Tribune — une forme de consécration. Elle n'était pas à Manhattan ce fameux mardi 11 septembre 2001, mais en Arabie Saoudite, qui se révéla bientôt être au cœur du complot. Ses articles firent sensation au point d'être bientôt expulsée du pays. On l'envoya ensuite en Chine, puis en Corée du Sud, puis en Europe, où elle avait toujours voulu aller. Enfin, elle devint la correspondante officielle du journal à Paris où elle occupait un bel appartement entre les Halles et la rue Jean-Jacques Rousseau.

    C'est là, vers la fin des années 2000, que je l'ai rencontrée.

    J'étais chargé de lire, à l'Ambassade de Suisse, rue de Grenelle, quelques extraits d'un livre qui venait de recevoir à Paris une récompense prestigieuse. Une bonne partie de la communauté des Suisses de l'étranger était présente. Des journalistes, des capitaines d'industrie, des artistes exilés, un ou deux hommes politiques. L'auteur, Simon Malet, ne quittait pas le bar et alignait les flûtes de champagne, par snobisme ou par désespoir. Je lui ai demandé comment il désirait que je lise son texte. Il a quitté le bar en haussant les épaules.

    « C'est vous l'acteur ! Faites comme vous le sentez. »

    Après la lecture, un peu bredouillante (j'avais aussi quelques verres dans le nez), tout le monde s'est retrouvé autour du buffet. Je reprenais mon souffle, éclusais un verre de vin rouge, quand une jeune femme s'est présentée à moi.

    « Leslie Nott, correspondante du Chicago Tribune. »

    Elle portait un chemisier de soie noire avec des boutons de manchette en strass, un pantalon de velours noir brodé de motifs orientaux, des boucles d'oreille en cristal de Murano et des escarpins à brides dorés. Je n'ai pu déchiffrer la couleur de ses yeux, entre le bleu, le gris et le vert émeraude. Elle parlait le français avec une pointe d'accent américain très sexy. Je ne me souviens plus de ce qu'elle m'a dit. J'étais un peu défoncé. Ça n'a pas d'importance. Mais tout de suite elle m'a tapé dans l'œil.

    Barack Obama venait de remplacer George W. Bush à la Maison Blanche. Le traumatisme du 11 septembre était presque oublié. Un avenir radieux de paix et d'amour s'ouvrait pour l'humanité. Leslie me regardait avec ses yeux indéchiffrables, apparemment heureuse. Elle me parlait d'un film que j'avais fait il y a longtemps, avec Nicole Garcia et Depardieu, j'ai oublié le titre, dans lequel elle m'avait trouvé formidable. Je n'arrivais pas à détacher mon regard de son chemisier en soie moirée où je pouvais me voir.

    Nous sommes rentrés à pied, la soirée était fraîche, le ciel cisaillé de nuages lourds. Nous avons traversé la Seine et bu encore quelques verres en chemin. Leslie avait une fameuse descente.

    Je ne me souviens plus où nous avons passé la nuit. Chez elle ou chez moi ?

    Neuf mois (et des poussières) plus tard, l'enfant est né.

    Je n'ai jamais été marié. Pourtant, à chaque fois, je me suis engagé corps et âme. J'ai tout misé, comme au poker — et bien sûr tout perdu. Je suis contre le mariage, car je suis contre le divorce. Et je sais qu'à la fin, tout le monde passe à la caisse.

    Leslie vous le dira : j'ai un problème avec les femmes. Je les suis. Du regard. À la trace. À l'odeur. Mais attention, pas touche ! Elles sont si douces et si fragiles! Leur avocat n'est jamais loin. Les petites. Les grandes. Les plantureuses. Les anorexiques. Les sportives. Les langoureuses. Les dépressives. Les névrosées.

    Toutes les femmes trouvent grâce à mes yeux.

    Les plus belles sont des machines de guerre. Avec artillerie, services de renseignement et même arsenal atomique.

    J'ai connu ça et j'y ai survécu.

    Allez savoir comment.

    * extrait d'un roman en chantier.

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  • Je suis né dans une bulle*

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    images.jpegJe suis né dans une bulle.

    Blanc, mâle et fou de liberté.

    À qui la faute ?

    Celle ou celui qui me mettra le grappin dessus n'est pas encore né.

    J'ai grandi dans les années 70. À l'époque, personne ne se préoccupait vraiment des enfants. Avec mon frère (trois ans de moins que moi) nous étions sans cesse livrés à nous-mêmes. Toujours dans la rue. À jouer au football ou à se battre à coups de pierre ou de bâtons. Nous défendions notre territoire. Je ne voyais mon père qu'une ou deux fois par semaine. Il mangeait avec nous le samedi, se reposait avec ma mère le dimanche et repartait en voyage lundi matin. Il était représentant de commerce. D'abord pour une fabrique de balances de précision (qui a fait faillite), puis pour des appareils électroniques. Parfois, il rentrait au milieu de la nuit et s'éclipsait avant le lever du soleil.

    Nous allions seuls à l'école du village et personne ne venait nous chercher. Après l'école, nous rentrions à la maison, qui était vide, et nous allions chercher quelque chose à manger dans le réfrigérateur. Puis nous sautions sur nos vélos et nous partions à l'aventure. Il y avait toujours une expérience à faire. Un mauvais coup à tenter. Nous étions actifs et toujours en mouvement — et je ne parle pas des parties de football qui duraient jusqu'au seuil de la nuit ! Il fallait nous confisquer le ballon pour que nous arrêtions de jouer. Bien sûr, nos choix étaient plus limités qu'aujourd'hui (il n'y avait que deux ou trois chaînes de télévision et pas d'ordinateur, ni de portable), mais l'éventail de nos bêtises était illimité. Personne ne se souciait de nous, de ce que nous faisions ou regardions ou lisions. Et quand il arrivait un coup dur (pouce écrasé, jambe cassée, œil au beurre noir), nous ne pouvions nous en prendre qu'à nous-mêmes.

    * extrait d'un roman en chantier.

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  • Parfum de fumée (6)

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    4U00060.JPGCette nuit, j’ai croisé dans l’hôtel deux femmes qui parlaient fort et marchaient bras dessus bras dessous. L’une d’elles, en complet brun, le cheveu court, fumait en riant un cigare. L’autre, un peu échevelée, les paupières tombantes sur ses yeux gris, tenait un porte-cigarette dans la main. C’était le fantôme de Colette.

    « Je vous présente Missy, dit-elle comme si nous nous connaissions depuis toujours. Vous venez boire un verre avec nous ? »

    Avant que j’aie eu le temps de répondre, elles m’ont entraîné par le bras. Nous sommes allés dans le petit salon. Un homme jouait Body and Soul au piano. Nous avons bu une coupe de champagne. Mes deux amies étaient très gaies. Elles riaient et s’embrasaient à pleine bouche, s’amusant à mêler la fumée de leur cigarette.

    « Quand on est aimé, on ne doute de rien, m’a murmuré Colette. Quand on aime, on doute de tout. »

    À mon tour, j’ai allumé une cigarette.

    « Que faites-vous ici ?

         Je termine un roman. Le Fanal bleu.

         J’ai cru que vous n’écriviez plus…

                           — On n’a jamais fini d’écrire… »

    La nuit est belle.

    Le pianiste entame une vieille chanson de Cab Calloway. The Jitterbug. Qui eut son heure de gloire, dans les années 20, au temps de la prohibition. Les deux amies se lèvent ensemble et se mettent à danser.

    Un homme au visage émacié, en complet gris, fumant la pipe, portant lunettes et nœud papillon, les rejoint au milieu de la pièce. On dirait le fantôme de Simenon. Il plaisante avec elles comme s’il les connaissait depuis toujours.

    Dans la pénombre, tassé dans son fauteuil de velours rouge, un homme se sert une rasade de whisky. Il est de taille moyenne. Il a les cheveux gris, une raie irrégulière sur le côté. Il porte un costume de velours côtelé, une belle cravate de soie ponceau, une chevalière en argent. Des lunettes qui ressemblent à des loupes. Un cahier est ouvert sur la table. Il le prend à deux mains, le rapproche de ses yeux, écrit quelques mots d’une écriture minuscule. Puis il regarde autour de lui. Martha n’est pas encore arrivée. C’est une aubaine. Elle deviendra un personnage de son roman. Tous les romans commencent avec un rendez-vous manqué. Il boit d’un coup son verre de rye. Ça lui rappelle l’Irlande. Le doux lait maternel de son pays. Il écrit quelques mots. C’est le fantôme de James Joyce. Chambre 203. À travers le brouillard, il voit des formes danser devant ses yeux. Il vibre au son de la musique. Péniblement, il se lève sur ses jambes, reste une seconde en équilibre, puis retombe sur son siège. Il griffonne quelque chose dans son cahier ouvert.

    Un peu plus loin, assis à une petite table, un homme parle de Céline et de Casanova. Il porte un costume YSL bleu marine, des boutons de manchettes en nacre, un porte-cigarette en argent. Les deux femmes qui l’entourent ont les épaules nues, un décolleté vertigineux. Elles sont suspendues à ses paroles. De temps à autre, il trempe ses lèvres dans une coupe de champagne. Deux livres sont posés sur la table. Trésor d’amour. L’Étoile des Amants. Dédicacés à Lise et à Sophie. L’homme raconte qu’il aime venir écrire ici. Dans cet hôtel il est en bonne compagnie.

    « On écrit toujours avec les fantômes, dit-il. Et ils sont quelquefois encombrants ! »

    Ses deux femmes rient bruyamment, tête en arrière, faisant vibrer leurs seins sous l’étoffe serrée.

    « Mais la nuit est à nous ! Et la musique éloigne les fantômes. »

    Accoudé au bar, un homme se lève et les rejoint.

    Il est de grande taille. Il a les cheveux coiffés en arrière, un complet gris, il fume une cigarette américaine. Il n’a pas d’âge. Son regard est absent. Il sourit pourtant aux deux femmes et à l’auteur de Quartier nègre. Il ne dit pas un mot. Il danse en fermant à demi les yeux. Comme un ivrogne. Un somnambule.

    Je ne l’ai jamais vu. Et pourtant il me semble le connaître. Depuis toujours.

    Porté par la musique, je me lève à mon tour et je rejoins la ronde des fantômes.

                           Nous sommes des îles perdues au milieu de la mer.

    © Photographie : Bernard Faucon.

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  • Parfum de fumée (2)

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    3010983881.JPGMa mère avait vingt ans et vivait seule dans une mansarde en Vieille ville. La logeuse, une intraitable Valaisanne à chignon torsadé et à minerve, vérifiait les allées et venues de toutes ses locataires. Ma mère ne pouvait inviter personne. Mon père était un homme de passage. Il voyageait pour son travail. Lequel ? Ma mère est toujours restée mystérieuse. Il avait tout le temps un carnet et une plume à la main. Il vivait à l’hôtel. Comme on passe d’île en île, mon père changeait souvent de point de chute. Comme si quelqu’un le poursuivait. Qu’il voulait effacer ses traces.

    Cet hiver-là, il a loué une chambre au Richemond. Ce n’est pas la première fois. Il aime le charme de cet hôtel centenaire. Le piano-bar et les salons feutrés, la belle terrasse en face du monument Brunschwick (qui ressemble la nuit au Taj Mahal). Le balcon où il vient fumer une cigarette en regardant le lac qui change souvent de couleur. Il note tout dans son carnet. Il épie. Il espionne.

    Pour ma mère, c’est un agent secret.

    Il lui donne rendez-vous au bord du lac. Elle refuse. Il insiste. Elle finit par accepter.

    Ils se promènent sur la rade. Intimidés. Sans dire un mot. Entre deux rayons de soleil. C’est la fin de l’hiver. Chaque jour on voit passer les quatre saisons. Ce n’est jamais bon signe. Le ciel est gris et noir. Ils pressent le pas pour se réchauffer. La bise se lève sur les quais. Le tonnerre gronde. Ils se mettent à courir. Une neige mouillée tombe du ciel. Ils vont se réfugier sous un auvent.

     C’est là, près de l’église épiscopale, que mon père en profite pour embrasser ma mère. Trempée et grelottante, elle n’a pas le courage de se défendre. Ils attendent la fin de l’averse. Elle ne vient pas. Ils s’embrassent à nouveau. Elle finit par se dégager.

     « Je dois rentrer chez moi, dit-elle.

          Pourquoi ? », finit-il par articuler.

    Ils fument une cigarette en attendant que le ciel s’éclaircisse. Il ne s’éclaircit pas. Au contraire, la neige souffle en tourbillons. La protégeant avec son pardessus, il la guide jusqu’à l’hôtel. Elle ne voit pas où il l’entraîne. Ils montent dans sa chambre. Elle tremble dans ses vêtements mouillés. Il lui propose de prendre un bain. Elle ne veut pas. Elle a trop peur de l’inconnu. Dans son pays, ces choses ne se font pas. Il promet d’être sage. Frigorifiée, ma mère finit par dire oui. Il va fumer une cigarette sur le balcon. Le Salève est noyé dans le brouillard. Le lac ressemble à de l’ardoise.

    Mais il ne finit pas sa cigarette. Son désir est trop fort. Quand il la voit, surprise, pressant une serviette contre ses seins, il oublie sa promesse. Et, comme le jour décline, leurs bouches se collent l’une contre l’autre. Ils ne respirent plus. Ils ne se parlent pas. Deux étrangers comme à l’écart du monde. Et stupéfaiIls. Ils sont dans le vide amoureux.

    © Photographie : Bernard Faucon.

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  • Blind date (8)

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    Comme autrefois sur la place de l’Horloge, un homme lui prend la main.

    Mais ce n’est pas Philippe.

    « Ça va, Adèle ? demande-t-il d’une voix inquiète. Vous êtes toute pâle…

    Ce n’est rien. J’ai repensé à Philippe et…

    Il est toujours là ?

    Oui. Comme un ange gardien. »

    Elle finit sa tasse de Maestro Lorenzo.

    Nouvel assaut de souvenirs.

    Main dans la main, ils traversent la touffeur des hangars où une troupe de fous joue Molière par 45° à l’ombre. Elle revoit les petits-déjeuners qui se prolongent jusqu’à l’heure du pastis. Les rues bruyantes et folles pleines de cracheurs de feu. De fausses chiromanciennes. De vrais pickpockets…

    Adèle ne retire pas sa main.

    « Vous reprenez quelque chose ? demande une voix inconnue. Un autre expresso ?

    — Volontiers. »

    Adèle ouvre les yeux. Elle scrute avec intensité le visage de l’homme assis en face d’elle.

    « C’est là que nous nous sommes croisés ?

    — Oui, dit-il. Ce jour-là. À cette petite table ronde couverte de prospectus…

    — Je ne me souviens pas.

    — La première fois ne compte pas…

    — Et que s’est-il passé ?

    — Nous avons bu un verre de Baumes. À la santé du vieux Léo ! Et nous avons beaucoup parlé. Philippe était intarissable. Il semblait heureux de me voir… »

    Elle fouille dans sa mémoire. À la recherche d’une voix ou d’une image. Elle boit une gorgée de ce café magique.

    « Vous m’avez plue tout de suite.

    Pourquoi n’avez-vous pas cherché à me revoir ?

    — Philippe est mort à la fin de l’été. Je vous ai revue dans la petite église…

    — Vous étiez là ?

    — Bien sûr. J’ai serré votre main. Mais vous ne m’avez pas reconnu… »

    L’homme respire bruyamment, en proie à l’émotion.

    « Peu de temps après, j’ai quitté le journal. Comme la moitié de la rédaction, d’ailleurs.

    Pourquoi ?

    Le journal a été racheté par notre concurrent.

    Le gros ogre lausannois ?

    Oui.

    Je me souviens.

    Impossible de travailler avec la nouvelle équipe…

    Philippe serait parti aussi…

    Certainement.

    Ensuite ?

    J’ai perdu votre trace. »

    Par vagues, des souvenirs remontent à la surface. L’été à Avignon. Les petits-déjeuners sur la place de l’Horloge. Philippe riant sous son panama blanc. Une ombre traverse la place. Adèle ne voit pas son visage. Mais elle entend sa voix. Une voix douce et profonde. La voix de l’homme assis en face d’elle.

    « Et puis j’ai eu beaucoup de chance, dit l’homme.

    Pourquoi ?

    Je vous ai retrouvée sur le Net.

    Vous m’avez reconnue ?

    Tout de suite. »

    Quand elle est entrée au café King’s, tout à l’heure, et qu’elle l’a vu, assis seul à sa table, Adèle a su immédiatement que c’était impossible.

    Simple erreur de casting.

    Mais maintenant elle lui sourit.

    « On aime au premier regard, dit l’homme. Mais ce premier regard est aveuglé. Il vous échappe. Comme il échappe, souvent, à la femme qu’on regarde…

    — Ce qu’on sait de soi-même ne se voit pas, dit-elle. Comme une photographie qui n’arrive pas à la lumière… »

    Dans la rue, la pluie a cessé de tomber.

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  • Blind date (7)

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    « Bonjour, dit l’homme en se levant et en lui tendant la main.

    Bonjour, dit Adèle.

    — Je vous en prie, asseyez-vous. Vous buvez quelque chose ?

    Un café, dit Adèle.

    — Très bien, dit l’homme en appelant la serveuse. Deux cafés, s’il vous plaît. »

    Long silence.

    Comment sortir du mensonge virtuel ? Entrer enfin dans la vraie vie ?

    La serveuse apporte deux expressos au goût corsé et généreux.

    « Vous habitez Vevey ? demande l’homme, embarrassé.

    Oui, répond Adèle. Pourquoi ?

    Je suis sûr que nous nous sommes déjà rencontrés.

    Ça m’étonnerait ».

    L’homme la regarde en souriant.

    « Je crois même que nous nous sommes rencontrés plusieurs fois… »

    Elle fixe l’homme au veston noir assis en face d’elle. Il boit une gorgée de café, repose sa tasse, la regarde à nouveau.

    « Vous devez faire erreur, dit-elle. Me prendre pour une autre… »

    À son tour, Adèle est mal à l’aise.

    Elle regarde à travers la vitre.

    Une pluie fine tombe dans la rue. Les passants pressent le pas. Une dame court après son chien.

    « J’étais un ami de Philippe… » dit l’homme après un silence.

    Comme un sésame, ce nom résonne dans la tête d’Adèle, emportant tout sur son passage.

    Des larmes montent dans ses yeux. Elle fixe l’homme avec méfiance.

    « C’est impossible, dit-elle.

    Pourquoi ?

    Il est mort il y a onze ans.

    — Je sais. En 1998. Nous avons travaillé plusieurs années ensemble…

    Philippe ne m’a jamais parlé de vous, dit-elle, gênée.

    — Cela ne m’étonne pas, dit l’homme. D’habitude, je laisse peu de souvenirs… »

    Adèle est intriguée.

    « Et puis, nous nous sommes rencontrés à Avignon…

    Pendant le Festival ?

    Oui. Sur la place de l’Horloge.

    Ce n’est pas très original…

    — Non. Mais c’est la vérité. Nous avons bu un verre à la Civette…

    Je ne me souviens pas.

    Ce jour-là, vous portiez une robe rouge…

    C’est possible.

    Des sandalettes de cuir…

    Quelle mémoire !

    Et Philippe portait un magnifique panama blanc. »

    Soudain, fermant les yeux, elle est sur la place de l'Horloge dans la torpeur du mois de juillet. Ils sont assis à une petite table ronde jonchée de flyers. Quand Philippe déplie le journal qu'il porte sous le bras, il pousse un cri. Léo Ferré vient de mourir, la veille, dans sa maison de Toscane. Elle est touchée par la nouvelle. Elle aimait bien le cirque du vieux Léo. Ses grimaces de singe. Sa voix. Ses cheveux fins couleur de neige. Mais c’est Philippe surtout qui est bouleversé. La mort est attendue, dit-il alors, on l’attend toute sa vie, mais elle frappe toujours dans le dos. C'est une garce qui vous prend par surprise. Des larmes coulent sur son visage et sur ses lèvres des bribes de chansons. Cette blessure. La mémoire et la mer. Jolie môme. Fredonner une chanson c'est réciter une prière, dit-il encore. Texte et musique à jamais confondus. Masculin féminin. C'est réciter le testament d'un homme qui n'est plus là pour le chanter lui-même…
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  • Blind date (6)

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    Dès qu’Adèle passe le seuil du café King’s, elle jette un œil vers cette table, là-bas, dans la pénombre.

    Son cœur s’arrête.

    Un homme est assis à la table. À leur table. On ne voit que son dos. Épaules larges. Crâne un peu dégarni. Le corps penché en avant comme s’il écrivait ou tapotait sur le clavier de son ordinateur. Vertige. Adèle ne bouge plus. Un instant, elle croit reconnaître l’homme qu’elle voit de dos. Assis à la place de Philippe. Portant lui aussi ce veston noir en velours côtelé que son mari aimait. Un bref instant, elle a envie de l’appeler, de se précipiter vers lui. Mais quelque chose sonne faux. À sa table, l’homme finit sa bière. Il se tourne à demi vers la serveuse pour commander un autre galopin. Adèle découvre son profil. Son vrai profil. Sa peau marquée de tavelures, son nez un peu écrasé. Les cheveux argentés sur ses tempes. Il n’a pas de lunettes.

    Mais aussitôt elle sait que ce n’est pas lui.

    Pas celui qu’elle cherche. Pas celui qu’elle attend.

    Elle a envie de faire demi-tour. Mais au lieu de partir elle traverse le café. Elle passe devant l’homme assis seul à sa table. Sans un regard et sans un mot. Elle prend le petit escalier qui mène aux toilettes.

    Devant la glace, le cœur battant, Adèle se refait un visage. Cheveux d'un blond sauvage et cru. Comme si quelqu'un y avait mis le feu avec une allumette. Visage rond et lisse. Yeux d'une belle couleur verte. Petites veinules irradiant sur les tempes et le menton retroussé. Oreilles toujours ornées de perles, par grappes de trois ou de cinq prises dans un pendentif d'argent. Bouche aux dents éclatantes. Mais aux lèvres maintenant cette expression de lassitude qui ne la quitte plus.

    Ce parfum de fatigue.

    Elle est devant la glace. Elle arrange son visage. Elle est prête au combat.

    Son visage, elle le regarde cent fois par jour. Chaque fois qu'elle croise un miroir. C'est devenu un tic. Une obsession. Comme si elle avait peur de le perdre. Partout elle cherche à capter son reflet. À voir comment le temps inscrit sa marque sur le parchemin de sa peau, creuse des rides, alourdit le menton, ternit l'éclat des yeux rieurs. Tout cela elle le sait. Mais elle ne peut s'empêcher d'ausculter son visage cent fois par jour comme si elle voulait se convaincre de sa réalité.

    Elle remonte le petit escalier et marche droit vers l’homme au crâne dégarni toujours assis à la même table.

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  • Blind date (5)

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    Ce soir, le ciel est plein d'oiseaux, de chants de merle, de cris d'enfants. Le pommier craque sous le mistral.

    Elle est à sa fenêtre et elle entend une effraie qui s'envole. Là-bas, au-dessus des cyprès, froissement d'ailes dans la nuit. Sa cigarette brûle entre ses doigts. Jamais auparavant elle n'a connu une nuit comme celle-là. Une nuit glaciale et transparente où brusquement on est admis dans le secret du monde. Quelque chose se révèle. Épiphanie, flash. Fulgurance. Autour de vous quelque chose s'ouvre et vous emporte au cœur des choses. Adèle n'arrive pas à dormir dans le grand lit plein de fantômes. Elle transpire. Elle étouffe. Elle se lève pour respirer l'air de la nuit et aussitôt qu'elle ouvre la fenêtre elle se retrouve là-bas, dans la maison pleine de soleil, au milieu du mois d'août, et toute sa vie soudain lui apparaît dans une lumière aveuglante…

    Cette scène, Adèle l'a rêvée des centaines de fois les nuits d'orage ou de pleine lune. Quand le ciel est un grand parchemin noir. Elle sort sur la terrasse pour respirer l'air de la nuit. Elle traverse le jardin. Sous ses pieds nus elle sent l'herbe drue et mouillée. L'herbe qui n'a pas été coupée depuis longtemps. Elle marche au bord de la piscine, puis revient sur ses pas. La terre est jonchée de cerises que personne n'a ramassées. Elle est sur la terrasse comme tout à l'heure et elle respire l'air de la nuit en fermant les paupières. Quand elle les rouvre il est là, surgi de nulle part et souriant, ses lunettes rectangulaires sur le nez. Il est là en bras de chemise et il marche vers elle. Adèle sourit à son tour, ouvre ses bras pour l'accueillir, l'appelle par son prénom comme elle le fait toutes les nuits. Philippe lève la tête. Il regarde autour de lui, l'air étonné, comme si quelqu'un dans l'air épais et noir avait crié son nom. Il fait semblant de rien (la mort est un mensonge, pense-t-elle, c'est un leurre que les hommes ont inventé pour se donner des émotions : un truc de charlatans). Elle se jette dans ses bras. Bien sûr elle n'embrasse que le vent. L'homme a passé à travers elle comme une ombre…

    Elle s’apprête à franchir le seuil du café King’s.

    C’est ici qu’elle donnait rendez-vous à Philippe…

    Dans l’autre vie.

    Le café King’s était leur nid d’amour.

    Ils s’installaient toujours à la même table, un peu en retrait, loin du zinc et de la vitre. Il lui prenait les mains. Il lui racontait sa vie au journal. Rachele, la patronne, venait leur dire bonjour. Toujours un mot gentil et un sourire. Ils buvaient un café.
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  • Blind date (4)

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    Atome perdu dans la fourmilière des hommes, le monde vient à lui par un écran plasma. Le monde entier. En une seconde. Désormais il n’a plus besoin de sortir de chez lui.

    « Comme on est bien quand on est seul ! se dit-il, comme pour se rassurer. Tout seul et relié au monde par une forêt de fils et d’écrans lumineux… »

    Il se verse une tasse de café. Maestro Lorenzo Gastronomia. Un café qui réchauffe le cœur et donne du courage.

    À cet instant, près de son lit, retentit un petit carillon : c’est un nouveau message qui tombe dans sa boîte électronique. Son cœur se met à battre comme s'il vivait vraiment. Comme s'il était vraiment vivant. Comme s'il faisait partie du monde des vivants.

    Il enfourche sa chaise comme le héros d'Easy Rider sautait sur sa bécane. Il attrape sa souris. Il dirige la petite flèche sur l'icône du courrier. Il clique fébrilement, se réjouit des mots qu'il va lire dans une seconde. Et des images qu'Adèle, peut-être, a jointes à son courrier. Déjà l'eau monte dans sa bouche.

    Dans le désir il clique sur l'icône NOUVEAU MESSAGE. Mais au lieu des photos qu’Adèle lui envoie de temps en temps, c'est un message publicitaire vantant les mérites d'un nouveau dentifrice au fluor qui rend les dents vraiment plus blanches.

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  • Blind date (3)

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    Adèle, il l'imagine au saut du lit. Le jour se lève, orange et rose, sur le lac qui frissonne. Elle s'étire comme un chat. Elle allume la radio. La voix de Johnny explose dans le poste. Que Je T’aime. Elle se dirige au radar vers la douche. Elle ôte son baby-doll transparent. Slow motion. Elle ouvre le robinet d'eau tiède et commence à se savonner. Image par image. Quand elle sort de la douche, c'est une autre chanson. Maria Carey. We BelongTogether. Adèle se tient devant la glace et masse son corps avec l'huile de coco. Longuement. Voluptueusement. Comme si elle savait qu'à cet instant précis dans la petite ville quelqu'un la regardait.

    Mais chaque soir, le film s'arrête là. Impossible d'aller plus loin. Adèle disparaît de l'écran. Il a beau rassembler ses forces, bander son imagination. Adèle a rejoint les fantômes. Elle l'a laissé en rade, l'eau à la bouche, face à l'écran de son PC.

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  • Blind date (2)

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    Rideaux tirés. Halogène high-tech. Encens qu’il fait brûler presque religieusement pour éloigner les esprits vagabonds. Il est assis devant l’écran de son PC, une main sous le menton, l’autre accrochée à la souris fouineuse.

    Cette souris toujours en alerte qui le transporte au bout du monde par un simple mouvement du poignet.

    Mais aujourd’hui il est fébrile. Le sang bat dans ses tempes. Il tourne en rond dans sa cellule. Il ouvre les rideaux pour voir si le monde derrière la vitre est toujours là. Si des hommes et des femmes habitent encore cette planète de plus en plus virtuelle. Puis il revient s'asseoir à son bureau, devant la lumière verte du PC.

    Pour lui le temps ne compte pas. Il vit à la vitesse de la lumière. Des images qu'on copie à distance. Des chats à l'autre bout du monde. Dans le secret de son alcôve l'écran est un soleil. C'est là qu'il sacrifie les plus belles heures de la nuit et du jour. Là qu'il s'installe, rideaux tirés, porte fermée à double tour, pour surfer sur l'écume du monde. Comme l'héliotrope il est tourné vers l'écran du PC. C'est l'homme lucivore. Sa solitude presque irréelle à force de silence est troublée quelquefois par une mélodie mécanique qui l'avertit qu'un message vient d'arriver dans l'une de ses nombreuses boîtes à lettres

    C'est Adèle qui lui donne rendez-vous.

    17 heures au Café King’s, rue du Théâtre 3.

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  • Blind date

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    Devant sa glace, elle se demande si elle n’en fait pas trop. Un coup de blush sur les pommettes. Du mascara pour rendre plus profond le regard assassin. Un rouge à lèvres couleur sang. Des créoles en argent pour fasciner le regard comme un serpent qui danse.

    Elle se regarde encore une fois dans le miroir et elle se plaît. Elle est prête au combat.

    C’est la première fois qu’elle accepte de rencontrer un inconnu. D’habitude, ce n’est pas son genre. Sans être esclave des conventions, elle est un peu old style. Elle aime la galanterie et les longues conversations. Les promenades silencieuses. Les regards doux comme une caresse. Elle préfère les vieux livres qui sentent le papier jauni aux écrans plats d’ordinateur.

    L’amour à fleur de peau aux amours virtuelles.

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