Éloge du cinéma heureux (Thomas Morales) (23/03/2021)

9782363713490-475x500-1.jpgDans notre époque de censure morale et de folie, le mot bonheur est devenu tabou. Surtout au cinéma qui s'est plié à la logique binaire des bourreaux et des victimes. À de très rares exceptions près, le cinéma français est malheureux. Et fier de l'être. Voilà pourquoi, sans doute, les spectateurs désertent les écrans de l'Hexagone pour d'autres horizons. 

Tout le monde se souvient de Le Magnifique, film de Philippe de Broca avec l'inoubliable Jacqueline Bisset et l'extraordinaire Jean-Paul Belmondo. Un film culte, comme on dit aujourd'hui. Une heure et demie de vrai bonheur. Parodie de James Bond, satire de OSS 117 et portrait ironique du monde de l'édition : tout concourt, dans ce film, au rire intelligent — si caractéristique de cette époque.

images.jpegIl fallait le talent de Thomas Morales, journaliste, écrivain, grand amateur de belles voitures, pour rendre hommage à ce bonheur en consacrant un petit livre savoureux et savant à trois grandes figures du cinéma de cette époque — figures emblématiques et méprisées aujourd'hui : Jean-Pierre Marielle, la gouaille et l'élégance française, le traînard de génie, « moustache en érection » et verbe haut, « acteur de la défaite » par excellence. is.jpgMais aussi Philippe de Broca (Cartouche, L'Homme de Rio, Le Diable par la queue, etc.) qui inventa le héros ironique et désinvolte, joué le plus souvent par Belmondo, et fut vraiment le réalisateur du bonheur. Et, bien sûr, last but not least, Jean-Paul Belmondo lui-même, dont la filmographie immense navigue entre Godard et Verneuil, Melville et de Broca, les « films d'auteurs » et les prétendus « divertissements ».

Thomas Morales, avec style et brio, leur rend hommage en célébrant, avec une pointe de nostalgie, le cinéma de cette époque (les Trente Glorieuses) à la fois inventive et insouciante. Ses mots sonnent juste. Comme un pilote de course, il change de vitesse à chaque évocation. Portrait fouillé et empathique de Marielle. Évocation lumineuse de Philippe de Broca. is-2.jpgÉclats de la mémoire pour Belmondo, dont chaque film, vu et revu cent fois, évoque un souvenir personnel et amoureux (la Julia de Morales, comme Fanny Ardant dans Désiré, est « une déesse qui se protège derrière une voix forte et un trench à col relevé »). Le cinéma est notre imaginaire et notre mémoire. Impossible, aujourd'hui, de distinguer les deux.

Bref, si vous aimez le cinéma (et le bonheur), il faut lire Ma dernière séance*, de Thomas Morales — un bonheur de lecture.

* Thomas Morales, Ma dernières séance, Pierre-Guillaume de Roux, 2021.

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