Un roman mythologique (Jean-Pierre Rochat) (13/01/2021)

images-1.jpegIl y a une petite musique de Jean-Pierre Rochat dont on suit fidèlement, année après année, livre après livre, les mésaventures drolatiques. On se souvient de l'excellent Écrivain suisse allemand*, paru en 2012, Prix Michel-Dentan 2013, et de Petite Brume**, paru en 2017, qui racontait son amour des animaux et la sinistre mise aux enchères de sa ferme. 

On retrouve Rochat aujourd'hui, avec Roman de gares***, chassé de chez lui, condamné à marcher dans la montagne avec son petit âne et son baluchon — un conte de Grimm qui lorgnerait du côté de Stephen King. Chacun de ses livres est une tranche de vie, précise, rêveuse, drolatique. Dans son malheur, abandonné de tous, grugé par les nouveaux propriétaires de son domaine, Rochat trouve toujours une lueur d'espoir. On dirait que le destin — facétieux, mais toujours favorable — ne l'oublie pas. Il prend la forme, ici, de rencontres inattendues, deux femmes amoureuses de ses livres, Marianne et Dina, qui sont l'amorce d'un nouveau départ — d'une nouvelle vie, pour ce paysan sans terre à qui seule reste l'écriture.

images-2.jpegLe talent de Rochat, si rare aujourd'hui, c'est qu'en racontant sa propre histoire, souvent banale et ironique, il trace aussi les bases d'une mythologie. Ce qu'il écrit se donne à lire comme un feuilleton hyper-réaliste (un roman de gare), mais aussi comme un conte fantastique plein de surprises et d'émotions. C'est le roman d'un être émerveillé par l'existence, la nature, les femmes, à qui la mort fait les yeux doux, mais qui se laisse entraîner dans de nouvelles amours improbables. Les femmes qu'il rencontre — et avec qui il vivra quelques bribes de passion torride — ne sont pas libres comme lui, qui a tout perdu. La première est mariée et la seconde séparée, mais encore sous le joug d'un ex menaçant. Rochat décrit magnifiquement, avec une (fausse) candeur naturelle, les étapes de ces idylles passionnées, presque désespérées, dont on sent la fragilité à chaque instant. images-3.jpegCes deux épisodes, au début et à la fin du livre, sont entrecoupés par des évocations autobiographiques de sa jeunesse (sa première fugue, son séjour en maison de correction, son arrivée à la montagne). Cela donne au livre une force et une originalité surprenantes, tout en nuances impressionnistes, sans avoir l'air d'y toucher. 

* Jean-Pierre Rochat, L'écrivain suisse allemand, éditions d'autre part, 2012.

** Jean-Pierre Rochat, Petite Brume, éditions d'autre part, 2017.

*** Jean-Pierre Rochat, Roman de gares, éditions d'autre part, 2020.

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