Mai 68: les nostalgiques et les allergiques (27/04/2008)

110549764.gifNotre époque aime beaucoup les anniversaires : en les fêtant, elle se donne l’illusion d’avancer dans l’Histoire, tout en célébrant l’éternel retour du même. Ainsi, ces jours derniers (car l’anniversaire est toujours fêté en avance, pour court-circuiter la concurrence médiatique) de Mai 68, célébré, autopsié, momifié, dans presque tous les magazines…
Inutile de citer les numéros spéciaux, ni les innombrables publications que cet événement a suscités (dont un essai sur le football en 68 !). Relevons simplement que la supplément édité par la Tribune de Genève, samedi 26 avril, richement documenté, figure parmi les meilleurs essais de compréhension de cette petite — mais fulgurante — révolution.
Face à « Mai 68 », il y a deux types de réactions : les nostalgiques et les allergiques. D’un côté, donc, ceux qui regrettent cette période si mouvementée de notre histoire récente, et pleurent des larmes de crocodile sur les pavés qui volaient dans les rues (Bernard Ziegler, Daniel Cohn-Bendit). De l’autre, les allergiques (Nicolas Sarkozy, Pascal Décaillet, Jean Romain) qui vilipendent cette période troublée, où toutes les règles en vigueur ont été malmenées, et parlent même de « catastrophe ».
831105932.gifCe qui me frappe, dans ces réactions, c’est que la plupart d’entre elles émanent de personnalités qui n’ont pas vécu elles-mêmes les fameux événements ! À l’époque, Jean Romain avait 15 ans, Pascal Décaillet 10 et Nicolas Sarkozy 13. Autant dire qu’ils sont, tous les trois, de lointains spectateurs d’un séisme auquel ils n’ont ni participé, ni assisté en personne. Peut-être est-ce pour cela qu’ils veulent liquider, d’une même voix, le joli mois de mai. Et son héritage qui — même ses adversaires le reconnaissent — englobe à la fois, le suffrage féminin, la libération sexuelle, la prise en compte des droits des minorités, la révolution télévisuelle, la création de nouveaux média (comme le quotidien Libération) et tant d’autres choses…
Pourquoi donc ce rejet ? Parce qu’ils n’y étaient pas…
Sans entrer dans le débat, passionnant, des progressistes et des réactionnaires, relevons simplement que les vrais nostalgiques ne sont peut-être pas ceux qu’on croit. On sent chez Décaillet, comme chez Jean Romain, ce rejet d’une vague qui a emporté tout le monde, et les a laissés, bougonnants, nostalgiques, sur l’autre rive de l’Histoire. Et comme on sait, celle-ci ne se répète jamais, ni ne revient en arrière…
C’est pourquoi il faut goûter, sans nostalgie, mais à sa juste valeur, ce doux parfum de liberté que nous promet, comme chaque année, le joli mois de mai !

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