07/09/2016

Trois souvenirs de Michel Butor

images-2.jpegTrois souvenirs, encore vivaces, à propos de Michel Butor, qui fut mon professeur et mon ami, et qui vient de nous quitter.

1. Le souvenir le plus ancien n'est pas le plus glorieux. Il remonte à l'autre siècle. Fin des années 70. Avec quelques amis (une quinzaine), nous avions décidé d'assister au séminaire de Michel Butor, nouvelle vedette de l'Université de Genève, qui venait d'être nommé professeur ordinaire. Cette année-là, le séminaire portait sur un écrivain français peu connu (mais célébré par Michel Foucauld), qui avait inspiré Michel Leiris et des surréalistes : Raymond Roussel. images-5.jpegForts de nos certitudes dogmatiques, nous avons donc investi la grande salle de cours de l'aile Jura. Comme à son habitude, Butor est arrivé en salopettes, un livre sous le bras, sans notes, ni cahier. Il a organisé les exposés. Nous les avons réclamés tous. Il ne s'est douté de rien. Nous étions ravis : chaque semaine, dorénavant, l'un de nous prendrait la parole pour éclairer Roussel à sa manière, c'est-à-dire à la nôtre — à la lumière des grands théoriciens que nous lisions alors (Barthes, Derrida, Foucauld, Deleuze, etc.). Après le premier exposé, Butor, qui n'était pas tombé de la dernière pluie, a eu la puce à l'oreille. Il a convoqué le second conférencier (mon ami Alain F., pour ne pas le nommer !). La discussion a vite tourné à l'aigre. Et Butor a mis son veto à l'exposé d'Alain. Le lendemain, dans un grand mouvement théâtral, tout le groupe, comme un seul homme, a quitté le séminaire en dénonçant la censure du professeur Butor ! Celui-ci a été abasourdi. Et, pour une fois, lui d'ordinaire si bavard n'a rien dit ! Le petit groupe de terroristes de salon (dont je faisais partie) est parti en claquant la porte, très fiers de leur effet. Et il n'est plus resté que trois étudiants dans la salle ! C'est avec eux que l'imperturbable auteur de La Modification a terminé son séminaire. Bien sûr, l'événement a fait des gorges chaudes à l'Université.

— Quoi ? L'illustre Michel Butor tient séminaire devant trois étudiants ?

Il dut subir (on me l'a raconté) les quolibets de ses collègues, qui riaient sous cape. Ce petit coup d'État, par ailleurs, n'est pas resté sans conséquence, puisque Butor, quelques années plus tard, a raconté cette péripétie, à sa manière, dans la préface qu'il a écrite pour son ami, images-6.jpegle poète Vahé Godel (« Petit rêve du lac », in Du même désert à la même nuit). Dans ce petit récit, Butor raconte qu'un groupe d'extraterrestres débarque un jour dans son séminaire et qu'il a toutes les peines du monde à s'en débarrasser…

2.  Je ne pensais plus jamais revoir Michel Butor, dont les livres (après les cinq fameux romans) me laissaient froid. Je n'ai jamais été sensible à ses Matières de rêve (Gallimard), ni à ses livres « expérimentaux ». Mais la vie a voulu que nous nous retrouvions. En 1986, Michel Butor a travaillé avec Marc Jurt, un peintre et graveur d'exception, qui était un grand ami. Marc aimait collaborer avec des écrivains (Butor, Chessex) pour que ceux-ci déposent leurs mots sur ses gravures ou ses toiles. Ce travail s'appelle Apesanteur. Et à cette occasion, Marc m'a demandé de présenter cette œuvre à quatre mains. images-4.jpegCe que j'ai fait (voir ici) J'ai retrouvé Butor, qui avait tout oublié, semble-t-il, des petites conspirations universitaires, et j'ai découvert un homme simple et généreux, d'une curiosité extraordinaire, qui cherchait dans la peinture ou la gravure des réponses à ses propres questions (la peinture a sans doute été son plus grand sujet d'inspiration). 

3. Le dernier souvenir est le plus vivace et le plus attachant.

En 2012, année du tricentenaire de la naissance de Jean-Jacques Rousseau, j'ai eu la chance et le plaisir d'être invité à New York avec une petite délégation genevoise (Roger Mayou, Michèle et Michel Auer, François Jacob, Marc Perrenoud, Footwa, alias Frédéric Gafner). images-7.jpegL'excellent Olivier Delhoume a supervisé le tout et Michel Butor a été du voyage. Nous avons passé des heures délicieuses à parler de littérature, du Nouveau Roman (qu'il avait abandonné depuis longtemps), des auteurs à la mode et bien sûr des prix littéraires (il a reçu le Prix Renaudod pour La Modification en 1956 et je venais de recevoir le Prix Interallié pour L'Amour nègre). Nous avons beaucoup ri de la comédie littéraire. Et parlé aussi de Rousseau (qu'il connaissait admirablement bien), de Roussel et de Marc Jurt, qu'il aimait beaucoup. Il avait l'habitude de dire qu'il était « à part » (« I'm off »), « à la frontière », « à la lisière » des genres. Il a exploré la littérature comme on explore le monde en espérant toujours découvrir des continents perdus. C'était un arpenteur et un poète. Un homme-livre comme on en rencontre très peu dans sa vie.

16/10/2015

De Voltaire à Salman Rushdie (retour sur les Innocents)

voltaire,salman rushdie,françois jacob,olivier,roman,fatwa,délices,rousseau,politiqueJean-Michel Olivier était, le 24 juin dernier, invité à gagner le Grand Salon des Délices pour rappeler le contexte et la réception de son roman Les Innocents (1996) centré, on s’en souvient, sur les personnalités conjuguées de Voltaire et Salman Rushdie. Nous présentons dans les lignes qui suivent la discussion qui s’est d’abord engagée entre le romancier et le conservateur des Délices, François Jacob, avant de gagner l’ensemble de la salle.

voltaire,salman rushdie,françois jacob,olivier,roman,fatwa,délices,rousseau,politiqueFrançois Jacob : Rappelons d’abord, si vous le voulez bien, la structure générale des Innocents. Tout s’y passe en une journée  — histoire de respecter, peut-être, une ultime fois, les préceptes d’Aristote ? — et cette journée peut être datée : 21 novembre 1994, c’est-à-dire l’un des jours supposés de la naissance de Voltaire. Apparaissent pas moins de quarante-cinq personnages, parmi lesquels Joseph Bâcle, « appointé de police », le juge Joseph Parmentier, son épouse Marie, Paul Soufre, Simon Rage (figure de Salman Rushdie), SIC, c’est-à-dire Solange-Isabelle Court, journaliste de son état qui ressemble comme deux gouttes d’eau à Claire Chazal, Laurent Vessie, maire de Genève, le pasteur Buchs, Émile Dutonneau, écrivain du « terroir », Louis Dutroux et enfin la libraire, Claire la Taiseuse.
Simon Rage, écrivain célèbre, est cloîtré à Londres en raison d’une fatwa : on ne le met pas moins dans un jet privé en partance pour Genève, où il doit recevoir le prix Voltaire. Tandis qu’il voyage, un groupe terroriste prépare son assassinat. La structure du roman devient alors signifiante. Toutes ses parties sont en effet inaugurées par un texte en italiques (sauf la dernière, qui présente un récit en capitales) lequel, écrit à la première personne, est le fait du terroriste anonyme, et se trouve suivi de douze à quinze chapitres assez courts focalisés, quant à eux, sur un des personnages cités précédemment. L’œuvre est donc très ramassée dans le temps, avec des personnages typés qui sont presque des personnages-clés, certains d’entre eux étant reconnaissables ou transposables dans la réalité (Alain Vaissade, Martine Brunschwig-Graf…) Elle semble se concentrer sur deux questions : celle de la pureté, les exactions qu’elle entraîne étant interrogées de l’intérieur, si l’on peut dire, par la voix même du jihadiste ; et celle de la distinction qu’il convient d’opérer entre une littérature romande d’essence internationale et une littérature du « terroir » que vous ne semblez pas privilégier. Sur un plan plus littéraire enfin, d’aucuns ont évoqué une « épopée rabelaisienne », les détournements de langage étant chez vous très nombreux ainsi que les jeux avec le narrateur, lesquels pourraient faire songer, dans une certaine mesure, à Jules Romains.
Ma première question concerne la perception qui est la vôtre, vingt ans après, de ce roman : la contextualisation très forte dans laquelle il s’inscrit (tricentenaire de la naissance de Voltaire) n’en gêne-t-il pas la lecture a posteriori ? Aurait-il été au contraire « réactualisé » par les événements récents ?

Jean-Michel Olivier : Le point de départ est effectivement la question de la pureté et celle de la nature des intégrismes : il faut se souvenir que la décennie 1980 avait été marquée par de nombreux attentats, notamment à Paris. voltaire,salman rushdie,françois jacob,olivier,roman,fatwa,délices,rousseau,politiqueIl m’a semblé dès lors intéressant, et tout particulièrement après le prix Colette que Salman Rushdie n’a pu recevoir, en 1993, d’analyser la pureté ou l’intégrisme dans différents secteurs ou dans différents discours. Le nerf du livre est bien l’intégrisme religieux, mais j’étais également intéressé par les réactions opérées au sein de la ville de Genève qui est à la fois ouverte, libre et puritaine. Il y a ce côté qu’on trouve chez Rousseau, très strict, et puis en même temps une réflexion sur la liberté. Ce que je voulais mettre en scène, c’étaient différents personnages susceptibles de représenter les différentes facettes de l’intégrisme. Il y a l’intégrisme religieux avec ce personnage anonyme, qu’on voit préparer un attentat tout au long du livre mais qui a une espèce de fascination, malgré tout, comme tous les musulmans, pour le Livre, le Coran, le Livre sacré. Avec un côté plus satirique, plus humoristique, nous avons ensuite le maire de la ville, un écologiste, mais aussi un intégriste dans son genre : il veut tout nettoyer, il est obsédé lui aussi par cette notion de pureté. Troisième forme d’intégrisme : celui du pasteur Buchs, clin d’œil au pasteur Fuchs, et qui représente en effet une vision de la religion. Citons enfin le juge Parmentier, véritable incarnation du bien et du mal –du bien surtout : c’est lui qui tranche, qui est obsédé par le mal. Je voulais au fond élargir la réflexion sur les intégrismes et non pas seulement l’intégrisme, a fortiori l’intégrisme musulman. On se rend compte ici que presque tous les personnages portent en eux ce désir de pureté qui est au fond une pureté dangereuse.

François Jacob : Il y a quand même un personnage qui ne porte pas, me semble-t-il, un quelconque désir de pureté et qui est pourtant la plus dangereuse de toutes : c’est Solange-Isabelle Court. Ne s’avoue-t-elle pas tout de suite « impure » ?

Jean-Michel Olivier : C’est la journaliste, importante dans le roman en ce que je voulais mettre en scène un personnage qui mît lui-même en scène tous les autres. On a donc une mise en scène qui regarde l’événement. Solange-Isabelle Court traduit à elle seule l’obsession, très réelle à l’époque, pour l’audience : voltaire,salman rushdie,françois jacob,olivier,roman,fatwa,délices,rousseau,politiqueelle tente de provoquer ses interlocuteurs et invite par exemple l’imam Ramadan –nom évidemment connu à Genève : je fus moi-même, quinze ans durant, le collègue de Tariq Ramadan. Solange fait en fait de l’événement qu’elle met en scène un véritable spectacle : elle se contente d’abord de suivre la remise du prix, en espérant que quelque chose ne « marche » pas, ce qui ferait grimper l’audience, puis elle manipule les gens de telle manière qu’en effet il se passe quelque chose pendant son émission. Mais il est un autre personnage qui m’intéresse encore davantage : c’est Bâcle. Ce nom ne vous dit rien ?...

François Jacob : Je ne connais de Bâcle que l’ami de Jean-Jacques Rousseau…

Jean-Michel Olivier : Précisément ! Je m’étais dit que dans tous mes livres il y aurait un Bâcle. voltaire,salman rushdie,françois jacob,olivier,roman,fatwa,délices,rousseau,politiqueJ’adore ce personnage de garnement avec lequel Rousseau va voler des asperges : c’est le « copain » que nous avons tous eu, dans notre adolescence, et qui nous entraîne vers des mauvais coups qui n’en sont pas vraiment… Bâcle se trouvait déjà dans un livre précédent intitulé Le Voyage en hiver, histoire d’un organiste à Genève qui réveille ses paroissiens par une espèce de déluge de notes de musique et qui invente une liqueur faite d’herbes genevoises et qu’il appelle la Bâclée… Il est vrai que dans Les Innocents, Bâcle n’a pas un beau rôle : c’est un « flic » un peu obtus, caricatural et pour tout dire violent.

François Jacob : Je souhaitais vous interpeller sur un terme que vous utilisez souvent : le terme de « bâtards ». Il semble  y avoir dans le roman une espèce de fil rouge sur la filiation, sur le fait d’avoir des enfants, de chercher un père, etc.

Jean-Michel Olivier : La bâtardise est en rapport direct avec la pureté ou l’impureté. La pureté peut être celle du sang, de la race, de la famille. Quant au thème de la filiation, il apparaît très souvent dans mes livres, soit qu’on refuse de se reproduire, comme ici le juge Parmentier, soit que les femmes détournent cet interdit ou cette résistance. Marie découvre ainsi qu’elle est enceinte et se demande, durant tout le livre, quel père donner à son enfant : les candidats défilent jusqu’à celui qui lui conviendra le mieux, et qui n’est évidemment pas le père biologique. Cette problématique peut être élargie au plan intellectuel parce que si l’on parle de Voltaire ou de Rousseau, il y a une « descendance » absolument énorme et qui s’écarte plus ou moins d’eux. Dans Le dernier mot, je donne justement la parole à Thérèse Levasseur où il est question, on s’en doute, des cinq enfants qu’on a tant reprochés à Rousseau –et vous devinez quelle est mon interprétation de cet objet d’étude. Dans L’amour nègre, on a affaire à un enfant adopté, autre manière de poser la question de la filiation.

François Jacob : Le tour que joue Marie Parmentier à son juge de mari (lui faire croire qu’il est le père de l’enfant qu’elle porte), c’est finalement le tour qu’a joué Mme du Châtelet à son propre mari lorsqu’elle s’est trouvée enceinte des œuvres du poète Saint-Lambert.

Jean-Michel Olivier : Oui, c’était là quelque chose d’assez courant au dix-huitième siècle, où l’on trouvait un nombre de bâtards hallucinant. J’ai beaucoup d’affection pour Marie Parmentier car c’est une femme qui décide de prendre sa vie en main, qui n’est pas une victime, qui ne se laisse pas faire. voltaire,salman rushdie,françois jacob,olivier,roman,fatwa,délices,rousseau,politiqueMme du Châtelet, Voltaire, Rousseau sont évidemment présents dans tout le roman : on peut même dater des Innocents le début d’une influence « voltairienne » sur ma production.

François Jacob : La couverture est, à ce propos, très explicite.

Jean-Michel Olivier : C’est une œuvre qui fut commandée à Dominique Appia : voltaire,salman rushdie,françois jacob,olivier,roman,fatwa,délices,rousseau,politiqueon y voit Voltaire en figure de proue sur le « bateau-livre » qui est le lieu central du roman.

François Jacob : Mais il est, sur ce bateau, un trouble-fête qui pense, pense, pense décidément beaucoup…

Jean-Michel Olivier : C’est bien sûr notre apprenti terroriste. Il est à la fois ce personnage qui va suivre son destin : punir l’auteur de La Mère de Dieu, et montrer que son désir de pureté est un désir impossible. Malheureusement pour lui, il aime la littérature, est sensible aux belles-lettres : sa certitude en est ébranlée, et il commence à réfléchir. Je ne voulais pas faire de ce personnage anonyme un inculte ou le réduire au rang de brute épaisse à qui l’on dit : « Vous allez tuer tel ou tel homme, ou telle ou telle femme » et qui obéit sans réfléchir. Tout au contraire, il se pose des questions, il hésite.

François Jacob : Mais il vient à bout de son hésitation. Et fait brûler sa propre bibliothèque…

Jean-Michel Olivier : Impossible évidemment de ne pas songer à tous ces autodafés qui hantent encore le dix-huitième siècle : n’a-t-on pas brûlé Du Contrat social, Émile ? Sans compter ces images d’autodafés de 1933, quand les nazis arrivent au pouvoir. Il s’agissait de revenir sur cette histoire obsédante à l’aide de personnages réellement incarnés, et non pas de simples figures emblématiques.

François Jacob : Notre jihadiste, lorsqu’il approche du bateau-livre, bouscule quelqu’un qu’il ne reconnaît pas. Or celui qu’il bouscule, sans y prendre garde, n’est autre que Simon Rage, sa potentielle victime. Pouvez-vous évoquer cette scène ?

Jean-Michel Olivier : Le terroriste est téléguidé, mobilisé par son crime, et il n’est plus capable de reconnaître l’écrivain qu’il a en face de lui. Le bourreau et la victime se croisent, se cognent, mais s’ignorent. Vous remarquerez toutefois que j’en ai sauvé un, à la fin.

François Jacob : Pas le terroriste, en tout cas.

Jean-Michel Olivier : Non. Celui-là meurt dans sa corbeille de fleurs…

François Jacob : Il semble que le roman ait suscité, au moment de sa sortie, quelques réactions négatives…

Jean-Michel Olivier : Il y a eu plusieurs types de réactions. J’aime bien d’abord mettre en scène des personnages qui ont réellement existé, en ne les déformant pas beaucoup, finalement, en faisant en sorte qu’ils soient reconnaissables. Je m’attendais dès lors à avoir des réactions virulentes de la conseillère d’État impliquée dans le roman : voltaire,salman rushdie,françois jacob,olivier,roman,fatwa,délices,rousseau,politiquemais Martine Brunschwicg-Graf a bien pris la chose. D’autres politiques n’ont pas réagi. Le plus surprenant est que d’aucuns ont réagi parce qu’ils n’étaient pas dans le roman ! D’autres réactions ont été plus violentes, allant parfois jusqu’à la menace.

François Jacob : Et qu’en est-il d’Émile Dutonneau ? Le prénom est bien rousseauiste…

Jean-Michel Olivier : Oui, mais le modèle est Étienne Barillier, même s’il s’agit au fond du composé de plusieurs écrivains : voltaire,salman rushdie,françois jacob,olivier,roman,fatwa,délices,rousseau,politiqueMichel Viala, Jacques Chessex… J’en fais un écrivain du terroir, c’est-à-dire attaché à l’expression de la terre, de la pureté de la terre, dans le sens où en Suisse romande l’écrivain du terroir exprime vraiment l’âme de la région. On a longtemps cru qu’il y avait une « âme » romande qui était exprimée par quelques écrivains qu’on a choisis de manière quelque peu arbitraire. Ramuz ne risque-t-il pas de faire oublier Cingria ou Bouvier ?

François Jacob : Le terroir qui intéresse Dutonneau est en tout cas couvert de vignes…

Jean-Michel Olivier: Il est porté sur la bouteille, c’est vrai.

François Jacob : Et devient assassin !

Jean-Michel Olivier : Dans son désir de pureté, il développe une visée hégémonique qu’on retrouve dans tous les discours de la pureté.

François Jacob : Il forme en tout cas un couple infernal avec sa victime, Dutroux, qu’il rencontre au Dorian, qu’il retrouve par la suite du côté du bateau-livre avant, finalement, de l’étrangler dans la cellule qu’ils partagent tous les deux, en ce soir du 21 novembre 1994. Nous voici ramenés, chemin faisant, à ces couples décrits par Rousseau dans les Confessions et où sont convoquées les images de Bâcle, de Venture de Villeneuve…

Jean-Michel Olivier : Dutonneau essaie, par ses livres, de se faire reconnaître et, en particulier, de se faire reconnaître par l’institution universitaire : Dutroux est de l’Institut ! Dutonneau et Dutroux sont donc tout à la fois très proches car issus l’un et l’autre du monde du livre mais, en fait, profondément déconnectés l’un de l’autre.

François Jacob : Le « conte final » est sans doute une des pages les plus voltairiennes du roman : on y retrouve le ton de Candide, lorsque Candide traverse le village des abares et qu’il se livre à une description proprement clinique de ce qui l’entoure.

Jean-Michel Olivier : L’amour nègre a fait précisément l’objet de recensions dans lesquelles on disait que le personnage principal était une sorte de Candide moderne. voltaire,salman rushdie,françois jacob,olivier,roman,fatwa,délices,rousseau,politiqueUn Candide noir, africain, qui traverse le monde de la mondialisation, de la puissance, de l’argent, un monde blanc, de manière générale, où il évolue jusqu’à la fin du récit. Mais j’ai surtout songé à L’Ingénu, avec ce métis qui débarque et dont on tente de faire un bon breton… C’est tout ce processus d’immigration et d’intégration qui m’intéresse : il est évidemment au cœur de nos préoccupations d’aujourd’hui. Quant au rire, c’est bien lui qu’on tente d’assassiner, et qu’on a tenté de tuer le 7 janvier dernier, car il est une arme redoutable contre toute forme d’intégrisme.

François Jacob : Et quel est le prochain opus ?  

Jean-Michel Olivier : C’est un roman qui, comme d’habitude, sera très différent de tous les précédents. Le dernier était le récit de la vie d’un personnage inspiré de quelqu’un qui a réellement existé. Le prochain s’intitulera Le Démon des femmes et mettra en scène un écrivain tout à fait contemporain, plus jeune que moi, qui a eu un prix littéraire, et qui a été harcelé par de nombreuses correspondantes. voltaire,salman rushdie,françois jacob,olivier,roman,fatwa,délices,rousseau,politiqueOn ne trouve donc qu’un homme pour une vingtaine de femmes qui lui écrivent ou qu’il rencontre dans des salons du Livre. La vie d’un écrivain aujourd’hui est quelque chose de très particulier : on l’invite à parler un peu partout de ses livres, il se trouve transformé en colporteur ou en représentant de ses propres ouvrages : c’est de cette vie de nomade qu’il est question dans la première partie. La deuxième partie le verra recevoir son prix et repartir avant, en fin de parcours, de gagner une université américaine.

François Jacob : À très bientôt, donc, pour ce nouveau roman !

Propos recueillis par François Jacob.

05/05/2014

Portrait de l'artiste en lecteur du monde (1) : du journal intime

Qui a tenu le premier journal intime ? Et pourquoi ?

Comme toujours, les avis sur la question divergent.

DownloadedFile-2.jpegCertains, tel Pascal Quignard, dans ses Tablettes de buis d’Apronenia Avitia*, imaginent une patricienne romaine, à la fin du IVe siècle de notre ère, qui tient une sorte d'agenda dans lequel elle consigne les achats qu'elle projette, les rentrées d'argent, les plaisanteries, les scènes qui l'ont touchée. Pendant vingt ans elle se consacre à cette tâche méticuleuse, dédaignant de voir la mort de l'Empire, le pouvoir chrétien qui s'étend, les troupes gothiques qui investissent à trois reprises la Ville. Elle aime l'or. Elle aime la grandeur des parcs et les barques plates chargées d'amphores et d'avoine qui passent sur le Tibre. Elle aime l'odeur et la politesse du plaisir. Elle aime boire. Elle aime les hommes qui oublient de temps en temps le regard des autres hommes.

D’autres, moins poètes que Quignard, pensent que l’origine du journal intime est le journal de bord que doivent tenir tous les capitaines de bateaux, dans lequel ils notent scrupuleusement leur route, la force des vents, les maux ou les plaintes de l’équipage, etc. À la fois livre de bord et livre de comptes, ce document tenu jour après jour est le récit d’une traversée ou d’un voyage par-delà les mers.

Ensuite il y a, bien sûr, les fameux Essais de Montaigne, qui marquent, au XVIe siècle, l’entrée en force de l’individu dans la littérature (et la peinture, grâce aux autoportraits somptueux de Rembrandt, entre autres). Deux siècles plus tard, Rousseau fera de sa vie un roman en écrivant ses Confessions en se donnant la règle de tout dire, et dire toute la vérité.

Suivant l’exemple de Rousseau, les journaux littéraires vont se multiplier, surtout au XIXe siècle, avec le fameux Journal des frères Goncourt et le non moins fameux Journal d’Amiel (17'000 pages, quand même !), puis avec Jules Renard, André Gide, Paul Léautaud et beaucoup d’autres. Le journal littéraire connaît une telle vogue qu’il devient le modèle du journal intime.

* Pascal Quignard, Les Tablettes de buis d'Apronenia Avitia, Folio, Gallimard.

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12/12/2012

L'année Rousseau

images-2.jpegNé à Genève, il y a 300 cents ans, et mort en France, à Ermenonville, en 1778 (avec un passeport prussien !), Jean-Jacques Rousseau aura mené la vie d’un vagabond, tantôt adulé par les grands de ce monde et tantôt pourchassé pour ses idées progressistes. On se souvient que sa bonne ville natale, à l’exemple de Paris, a brûlé deux de ses livres, L’Émile et Le Contrat social, sur la place publique, en 1762. Il a refusé les honneurs et les compromissions. Il s’est battu, sa vie durant, pour son indépendance irréductible. Il a aimé des marquises et des comtesses, mais a passé trente ans avec Thérèse Levasseur, une blanchisseuse qui ne savait ni lire, ni écrire, selon la légende, et qu’il a épousée, lui, l’adversaire farouche des conventions.

L’année qui se termine aura été l’année Rousseau. Publications et republications (dont l’œuvre complète en version numérique chez Slatkine). Colloques. Pièces de théâtre. Opéras. Films et téléfilms. N’en jetez plus, la cour est pleine ! Il y aura eu à boire et à manger dans cette frénésie commémorative. images-4.jpegDu bon, et même du très bon, comme le livre de Guillaume Chevevière, Rousseau, une histoire genevoise (Labor et Fides), et la pièce de Dominique Ziegler, Le trip Rousseau. images-3.jpegUn opéra plutôt moyen : JJR (Citoyen de Genève). Une série de courts métrages : La faute à Rousseau, où le meilleur côtoyait très souvent le pire. Mais Rousseau n’était-il pas l’adversaire acharné du spectacle ?

Moi qui ai eu la chance de parler de Rousseau à New York, à Paris et en Californie, j’ai pu me rendre compte de l’extraordinaire actualité de sa pensée, qu’elle soit politique (elle a influencé le mouvement Occupy Wall Street et celui des Indignés), pédagogique (on lit encore L’Émile dans tous les instituts de formation des maîtres), musicale ou botanique (on considère Jean-Jacques comme le précurseur de l’écologie). Sans parler, bien sûr, de son influence littéraire. Son roman épistolaire, La Nouvelle Héloïse, a fait pleurer des générations de lectrices. Et les Confessions, chef-d’œuvre d’introspection rusée, a montré la voie à ce qu’on appelle aujourd’hui l’autofiction, représentée par Annie Ernaux, Delphine de Vigan ou Christine Angot.

images-6.jpegCette année aura été également celle de Jean Starobinski, écrivain et critique genevois qui vient de fêter ses 92 ans et de publier, coup sur coup, trois livres extraordinaires. L’un sur Rousseau*, le deuxième sur Diderot** et le dernier sur l’histoire de la mélancolie***. Que serait Jean-Jacques sans Staro, comme l’appelaient ses étudiants ? Le professeur genevois a contribué, comme nul autre, à faire (mieux) connaître, la pensée de Rousseau : l’importance du regard dans son œuvre, son désir constant de transparence, ses ruses pour séduire ses contemporains tout en les accusant, son tempérament mélancolique.

Oui, il faut relire Rousseau, tous les jours, comme Starobinski nous le conseille : c’est une mine, un trésor d’humanité, de liberté et de poésie.

* Jean Starobinski, Accuser et séduire, Gallimard, 2012.

** Jean Starobinski, Diderot, un diable de ramage, Gallimard, 2012.

*** Jean  Starobinski, L’Encre de la mélancolie, Le Seuil, 2012.


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21/03/2012

New York, aller-retour.

420465_10150666724248346_741223345_9113852_842542776_n.jpgJe viens de passer une semaine à New York dans le cadre d’une délégation genevoise (à laquelle s’est joint, pour quelques jours, the former President of the Swiss Confederation, Pascal Couchepin) venue défendre, en Amérique, les « idées globales nées à Genève ». Sous ce titre ronflant, on range aussi bien les idées de Jean-Jacques Rousseau, dont on fête cette année le 300ème anniversaire de la naissance, que Henry Dunant ou Jean Piaget. Faisaient partie de cette délégation, outre votre serviteur, des personnalités aussi diverses que l’écrivain Michel Butor (sur la photo avec sa fille Agnès, son petit-fils Salomon et Olivier Delhoume), l’ancien patron de la TV Guillaume Chenevière (auteur d’un excellent livre sur Rousseau*), la journaliste Thérèse Obrecht, le blogueur Stéphane Koch ou encore le pianiste de jazz Marc Perrenoud.

Pendant une semaine, nous avons multiplié les rencontres et les débats (les Américains adorent débattre de tout), les concerts, les spectacles, en défendant, le mieux possible, ces « idées globales nées à Genève ».

Et qu’avons-nous constaté ? Que ces idées, nées au XVIIIè, XIXè ou XXè siècle, à Genève et ailleurs, sont toujours d’une actualité brûlante.

Un débat, particulièrement intéressant, était intitulé « Occupy Rousseau ». Il mettait en présence, en anglais, des lecteurs de Rousseau (au rang desquels Pascal Couchepin a fait très bonne figure), des sénateurs américains et des représentants du mouvement « Occupy Wall Street » (dont l’équivalent, en Europe, serait le mouvement des Indignés). Étonnant de voir à quel point les fusées lancées par Rousseau (sur la démocratie, le contrat social, l’inégalité) éclairent encore aujourd’hui notre monde. Chacun s’y réfère. Chacun en discute âprement. Ces idées sont vivantes, aux États-Unis comme partout dans le monde.

images.jpegUn autre débat, passionnant, a tourné autour de l’éducation. Les idées défendues par Rousseau dans son Émile (1762) sont-elles toujours d’actualité ? Et celles de Pestalozzi ? Et de Jean Piaget ? N’est-il pas dangereux, comme Jean-Jacques l’a prôné, de placer l’enfant (ou l’élève) au centre de l’école ? On constate, aujourd’hui, que les idées de Rousseau sont entrées dans les mœurs. En Europe comme en Amérique. Et qu’elles sont devenues, en matière d’instruction, la pensée dominante. Le Citoyen de Genève en serait le premier surpris !

Certes, nous vivons dans un petit pays qui a tendance à se replier sur lui-même. Un pays qui, depuis quelques années, a mal à son image. Pourtant, les idées nées dans ce pays sont universelles. Elles traversent les frontières et les époques : Rousseau, mais aussi Jung, Frisch, Le Corbusier, Cendrars et cent autres. C’est la vraie carte de visite de la Suisse. Non l’argent sale des banques. Ni les montres ou le chocolat. Ni même les coucous. Mais la richesse culturelle incroyable de ses quatre langues, de ses vingt-six cantons, de son histoire. Certains, à New York ou ailleurs, jugent même cette histoire exemplaire.

09:55 Publié dans chroniques nouvelliste | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : new york, suisse, culture, cendrars, rousseau | | |  Facebook

10/03/2012

Genève rencontre New York (3)

unknown1.jpegHa ! Si Jean-Jacques était là ! Il verrait l'engouement que suscitent, jour après jour, en Europe comme aux Etats-Unis, ses idées, ses projets, ses imaginations. Quel autre écrivain pourrait rassembler, à la même table, des philosophes, des poètes, des pédagogues, des politiciens et des membres du mouvement « Occupy Wall Street » ? C'est pourtant ce qui est arrivé, et même deux fois, dans la journée d'hier, à New York, à midi dans les splendides locaux de l'Alliance française (FIAF) et le soir dans l'historique et monumentale Public Library, sur la 5ème avenue.

À midi, donc, un débat passionnant sur l'« éducation progressive ». Quelle influence Jean-Jacques a-t-il eu (a-t-il encore) sur les diverses écoles pédagogiques qui se sont nourries de L'Émile, comme du Contrat social ou de la Nouvelle Héloïse ? Ses idées sont-elles toujours d'actualité ? On sait que Rousseau, qui aimait à se mêler de tout, s'est beaucoup intéressé à l'éducation des enfants. Sans doute éprouvait-il le remords d'avoir abandonné les siens (à sa décharge, si j'ose dire, certains prétendent que ce n'était pas vraiment les siens, sa compagne, Thérèse Levasseur, ayant la cuisse légère). Quoi qu'il en soit, il propose, dans L'Émile, un traité original sur l'éducation des enfants.

Émile est orphelin. Il est alaité par une nourrice et instruit par un précepteur qui s'occupera de lui pendant les 25 premières années de sa vie. Ce qui n'est pas rien. À partir de cette situation,Rousseau remet tout en question, comme à son habitude. Il fait table rase. L'enfant, qui n'avait pratiquement aucune place avant lui, se retrouve désormais au centre de l'école (certains en dénoncent les ravages aujourd'hui). Ce n'est pas l'enfant-roi. Mais l'enfant libre, qui exerce son corps comme son esprit, qui dlécouvre le monde avec son précepteur, qui apprend un métier, qui ne lit pas de livres (avant l'âge de 12 ans!), qui apprend à suivre les élans de son cœur et à écouter la voix de sa conscience. Enfin, quand il aura 20 ans, arrivera Sophie, une jeune fille bien née, au cœur pur, élevée selon les principes de Rousseau. Les deux tourtereaux se marieront et le livre s'achève é la naissance de leur premier enfant (Rousseau, on ne le sait pas assez, a écrit une suite à son Émile, une suite plutôt noire, puisque Sophie perd sa fille, Émile, désespéré, se réfugie sur une île déserte et vit en parfait polygame jusqu'à la fin de sa vie…).

Une fois de plus, Rousseau rue dans les brancards. Il balaie tout ce qui a été écrit sur l'éducation auparavant et propose des idées neuves, souvent progressives, mais pas toujours (sa vision de l'éducation des femmes n'est pas vraiment révolutionnaire : une femme est une épouse et une mère avant tout, elle n'a pas besoin de recevoir l'instruction que reçoit son Émile…).

Bref, vendredi, midi, dans la salle lumineuse du Skyroom, un débat animé par Adam Gopnik, journaliste au New Yorker, qui réunissait Megan Laverty (prof de philo à l'Université de Columbia), Shimon Waronker (directeur de programme à Harvard), Michel Butor et votre serviteur. On a pu constater, dans le feu des débats, que les idées de Jean-Jacques, même si elles ne sont pas toujours « progressives » (on dit ici « radicales »), suscitent, encore aujourd'hui, des questions passionnées. Il faut dire que sa pensée est paradoxale, et parfaite pour débattre.

IMG_0693.JPGAssistaient au débat de nombreuses personnalités suisses et new yorkaises, venues de Harvard, Columbia ou encore NYU. Et, parmi nos compatriotes, Pascal Couchepin, Sami Kanaan, l'ambassadeur François Barras, François Jacob, l'excellent conservateur du musée Voltaire aux Délices, et beaucoup d'autres.

Le soir, nouveau rendez-vous, sur la 5ème avenue, dans la mythique Public LibraryIMG_0694.JPG, pour un débat sur « Occupy Rousseau » mené par Benjamin Barber, avec Pascal Couchepin, Guillaume Chenevière, auteur d'un très remarqué Rousseau, une histoire genevoise*, Simon Schama, et un représentant du mouvement « Occupy Wall Street » que la police a essayé plusieurs fois de déloger du quartier des affaires. Comment réagir aux injustices et inégalités du monde ? Quel combat mener contre les puissances de l'argent ? Comment résister, comme Rousseau nous a appris à le faire, aux nouvelles dictatures ?

La réponse semble simple: il s'agit d'occuper le monde où nous vivons.

Comme le disait Rousseau : « Méfiez-vous des imposteurs ! Vous êtes perdus si vous oubliez que les fuits de la terre appartiennent à chacun, et que la terre n'est à personne. »

* Guillaume Chenevière, Rousseau, une histoire genevoise, Labor et Fidés, 2012.

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08/03/2012

Genève rencontre New York

DownloadedFile.jpegQu'est-ce qu'une rencontre entre deux villes aussi éloignées l'une de l'autre et diverses que Genève et New York ?

C'est le pari un peu fou que relève Olivier Delhoume, photographe et journaliste bien connu, en organisant, pendant une dizaine de jours, une série de manifestations exceptionnelles, qui rassemblent quelques personnalités des deux villes. Une délégation genevoise s'est rendue à New York mercredi, comportant, outre le ministre de la Culture Sami Kanaan, des photographes (Michèle et Michel Auer), des danseurs (le Ballet du Grand Théâtre et Footwa d'Imobility), des musiciens classiques (les solistes de l'Orchestre international de Genève) et de jazz (le trio de Marc Perrenoud), des écrivains (Michel Butor, Guillaume Chenevière et votre serviteur), un éditeur et galeriste (Patrick Cramer), des conservateurs de musées (François Jacob), un cinéaste (Jacob Berger). Pierre Maudet, le maire de la ville, nous rejoindra samedi.

Pendant dix jours, cette délégation fera souffler sur Big Apple ce qu'on appelle l'esprit de Genève. Celui de Calvin et de Jean-Jacques Rousseau, par exemple, mais aussi de Georges Haldas et d'Albert Gallatin (premier ministre des Finances américain), d'Henry Dunant et d'Amiel…

IMG_0677.JPGPremier débat, hier soir, passionné, voire polémique, au siège de la Croix-Rouge américaine. Animé par Walter Füllemann, représentant de la CR à l'ONU, il a réuni un ancien colonel de l'armée US, un journaliste du New Yorker, un avocat spécialisé en droit de la guerre et Roger Mayou (à gauche sur la photo), le conservateur du Musée de la CR à Genève. Les Américains ont de la peine, semble-t-il, avec la Convention de Genève, qu'ils appliquent quand bon leur semble, c'est-à-dire peu souvent. L'exemple de ces zones de non-droit qu'ont constitué les prisons d'Abou Graïb et Guantanamo en attestent. Cette question fut au cœur des débats.

Ce matin, Patrick Cramer, éditeur et galeriste, dont l'aïeul fut le prermier éditeur de Rousseau, exposera dans une galerie new yorkaise quelques affiches rares de sa collection. On se réjouit de les découvrir.

Et ce soir, Michel Butor, qui a si longtemps enseigné à Genève, sera honoré par l'Université de NY.

À suivre…

Site officiel : http://www.thinkswissny.org/genevemeetsnewyork

 

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25/11/2011

Faut-il brûler les livres ?

Venez nombreux au banquet Rousseau,

Bibliothèque de Genève (BGE), Promenade des Bastions,

mardi 29 novembre à 18 heures.

 

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Outre votre serviteur, il y aura du beau monde, puisque Pierre Assouline, Michel Butor, Dominique Berlie, Charles Méla, François Jacob et Gabriel de Montmollin participeront à ce débat.

Il faut s'inscrire et réserver à l'adresse suivante : delhoume@bluewin.ch

09:15 Publié dans all that jazz | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : rousseau, assouline, olivier, méla | | |  Facebook