06/02/2017

L'affaire Fillon, avatar de l'affaire DSK

images-3.jpegL'affaire Fillon ne vous rappelle rien ? Allons, cherchez, vous y êtes presque…

Mais, bon sang, c'est bien sûr ! comme disait le brave commissaire Bourrel. Il y a 6 ans, presque jour pour jour… L'affaire DSK !

L'analogie es troublante : deux candidats à la présidence de la République française — largement favoris — flingués en plein vol par les médias (en attendant le verdict de la Justice). Le premier pour « agression sexuelle, viol, séquestration » ; le second parce qu'il a accordé, pendant des années, un emploi fictif à son épouse, la bien-nommée Pénélope (près d'un million d'euros tout de même !). Dans les deux cas, la Justice s'en mêle. Mais trop tard : les hommes ont déjà été lynchés publiquement par les médias. Ils sont morts tous les deux — symboliquement, politiquement.

On comprend mieux, avec le temps, les contours du complot dont les deux hommes ont été victimes : il s'agissait d'écarter deux candidats gênants de l'élection présidentielle. Mission accomplie. Peu importe d'où vient le coup (Sarkozy ? Juppé ? Dati ? Macron ?) Seul compte le résultat.

images-2.jpegL'affaire DSK a constitué un véritable feuilleton à suspense pour la presse française (et étrangère). Une aubaine. Un miracle. Jour après jour, on a fouillé la vie (pas très nette) de l'homme politique. Des « victimes » ont sauté sur l'occasion pour se payer un quart d'heure de notoriété. On a poursuivi l'homme. On l'a traqué, cerné, puis lapidé sur la place publique. Il ne s'en remettra pas.

En octobre 2011, la Justice américaine rendait son verdict. Comme on sait, DSK a été blanchi de toutes les accusations portées contre lui. Lynché, mais innocent.

images-5.jpegIl risque bien de se passer la même chose pour François Fillon. tout le monde, en France comme ailleurs, attend le verdict de la Justice. Mais le mal est fait. D'autant que l'«inculpé» s'est très mal défendu. Et il est difficile, en effet, de demander des sacrifices à ses compatriotes (dont plus de 15% sont au chômage) tout en rétribuant grassement sa femme et ses enfants pour un travail qu'ils n'ont jamais effectué ! 

La morale de la fable, c'est que la presse est toute puissante (c'est-à-dire plus forte que la Justice). C'est elle qui aiguille nos choix, élimine tel ou tel candidat gênant, influence nos décisions. Tout cela sent la cabale, bien sûr. Mais quelle efficacité ! Innocent ou coupable, personne ne s'en relève. 

09:30 Publié dans all that jazz | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : fillon, dsk, presse, élecion présidentielle, scandale, pénélope fillon | | |  Facebook

12/12/2016

L'ère du soupçon

images-5.jpegUn soupçon pèse aujourd'hui sur la presse. Ce n'est pas tout à fait nouveau. Il y a longtemps que la presse, pour certains, est au service du Pouvoir (ou des pouvoirs). Les pays totalitaires, c'est bien connu, ont une presse à voix unique et dûment muselée. Heureusement, nous ne vivons pas dans un pays totalitaire, nos journaux sont riches et diversifiés, et pourtant, très souvent, nous avons l'impression d'une information orientée à sens unique.

On a longuement disserté sur le fiasco ahurissant de la presse bien-pensante, qui n'a rien vu venir — ni le Brexit, ni l'élection de Donald Trump, ni la désignation de François Fillon à la primaire de la droite française, etc. Aveuglement momentané ? Politique du déni ? Ou recours à la méthode Couet ? Toutes les explications ont été avancées pour expliquer un tel acharnement (presque jubilatoire) dans l'erreur.

« Votre raisonnement est factuellement faux, disait un jour Lénine.

— Oui, mais il est politiquement correct, rétorqua Trotski.

Pourquoi donc les électeurs (et les lecteurs, car chaque lecteur est un électeur) n'ont-ils pas suivi les directives des journalistes, pourtant bien informés et si bien intentionnés ?

images-2.jpegParce que nous sommes entrés, avec Nathalie Sarraute (photo de gauche), dans l'ère du soupçon : pour la plupart des gens, les journaux (la radio, la télévision) ne disent plus la vérité. Ou plutôt : cette vérité n'est plus une, pure, univoque. Le lecteur a compris que cette vérité est partiale et orientée. Toujours dans le sens qui convient. Et il va donc la chercher ailleurs…

Où ? Sur les réseaux sociaux, par exemple, qui diffusent des vérités plus contrastées, diversifiées, souvent contradictoires. Il doit faire le tri entre les vraies et les fausses informations. Il compare les sources. Il juge sur pièces en jetant le soupçon sur ce qu'il lit (ce soupçon s'exprime à l'air libre dans les commentaires!). Aujourd'hui, le lecteur (l'électeur) butine entre les articles (certains très peu recommandables), surfe, papillonne comme un électron libre.

Il n'y a pas si longtemps, chaque journal avait un lectorat relativement stable et identifiable. Mais ces lecteurs se sont dispersés dans la nature. Ils vont faire leur miel dans d'autres ruches, un peu partout. Ils ne sont plus tenus par la pensée unique. Ils votent à rebours du bon sens. Ils expriment leur colère, leur exaspération ou seulement leur incompréhension face aux médias qui ne les voient jamais (ecar, pour eux, ils sont transparents). 

Oui, nous sommes entrés dans l'ère du soupçon.

09:55 Publié dans all that jazz | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : pensée unique, brexit, trump, presse, journaux, télévision, fiasco | | |  Facebook

01/06/2009

Quel avenir pour l'Hebdo?

images.jpegLa presse, on le sait, traverse une crise sans précédent : une manne publicitaire qui s'amenuise chaque jour, des lecteurs qui fuient dans toutes les directions (surtout vers l'internet, universel et gratuit), l'augmentation du prix du papier, du transport,  des frais de port, etc. Des journaux ont déjà mis la clé sous la porte ; d'autres vont bientôt cesser de paraître. Dans ce contexte, chaque média essaie de draguer le chaland à sa manière, qui parfois est efficace. L'Illustré, par exemple, ratisse large et multiplie les portraits et les interviews. Le Temps, pour sa part, s'est ouvert aux grandes questions de société et de culture, tout en gardant une grande exigence dans le fond, comme la forme, de ses articles.

D'autres font peine à voir, tant ils font des efforts désespérés pour suivre un fleuve aux eaux troublées qui les dépasse. L'Hebdo en est l'exemple le plus criant. Fondé il y a des lustres par une équipe de journalistes brillants et audacieux (Jacques Pillet, bien sûr, mais aussi Michel Baettig et quelques autres pointures), il a subi depuis les années 2000 une dérive attristante. Au joyeux bazar instauré par Ariane Dayer, la réd'en chef d'alors, licenciée par Ringier, a succédé l'ordre économique pur et dur d'Alain Jeannet, chantre du libéralisme officiel. L'impression de fourre-tout est la même, à la différence près que l'Hebdo d'aujourd'hui n'a que deux préoccupations : l'argent et les people. Qui sont le plus souvent mêlés ou liés, d'ailleurs, puisque l'idée dominante est que les people sont intéressants parce qu'ils ont de l'argent ; et que l'argent est important parce qu'il produit des people!

Regardez les couvertures de notre hebdomadaire national. Semaine 1 : Comment gagner plus d'argent ? Semaine 2 : Comment payer moins d'impôts ? Semaine 3 : comment gagner encore plus d'argent ? Semaine 4 : comment payer encore moins d'impôts ? Etc.

Quant au contenu, il s'allège chaque semaine, au point de devenir quasi immatériel, à mesure que les préoccupations économiques deviennent obsédantes. Est-ce un paradoxe ? Sans doute pas. On remarque que les rubriques nationale et internationale ont été remplacées par la rubrique « Actuels ». La rubrique économique s'intitule très pédagogiquement « Mieux comprendre ». Quant à la culture, elle a passé purement et simplement par-dessus bord au profit du bazar intitulé « Passions » ! L'Hebdo ne parle plus guère de livres, de films, de disques ou de pièces de théâtre, mais d'icônes (littéraires ou cinématographiques) et de people, bien sûr. Ce qui compte, désormais, c'est l'image, l'interview-choc, les révélations sur la vie privée de quelques VIP autoproclamés, comme Kudelski, Chessex ou l'inénarrable Marie-Hélène Miauton. Ce qui fait de L'Hebdo, désormais, le magazine préféré des coiffeurs, au même titre que Voici, Gala ou Interview.

Sans doute est-là la l'ambition profonde d'Alain Jeannet. Mais ce n'est assurément pas celle des Romands, qui boudent de plus en plus un journal autrefois prestigieux qui a perdu son âme, ou plutôt l'a vendue  aux valeurs dépassées (et nauséabondes) de la finance.

10:20 Publié dans all that jazz | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : hebdo, presse, suisse, people, argent | | |  Facebook

13/03/2009

Petit éloge des journaux

images.jpegMa mère ne lit pas les journaux. Mon père ne lisait pas de livres. En revanche, il dévorait tles quotidiens. Il commençait par les pages sportives, souvent dans le deuxième ou le troisième cahier, pour remontait inexorablement vers les pages suisses, puis internationales. En s'arrêtant longtemps sur les avis mortuaires, sur lesquels il était imbattable. Comme, d'ailleurs, sur les derniers résultats sportifs.

Au fil des ans, lui qui était un fidèle lecteur de La Suisse, s'abonna à La Tribune de Genève, ce qui était pour lui une sorte de promotion sociale. Tout en épluchant chaque jour le quotidien de la rue des Savoises, comme il l'avait toujours fait. En attendant la sortie, chaque semaine, mercredi ou jeudi, de La Semaine sportive, qui lui apportait un supplément d'informations sur ses clubs de foot préférés, Lausanne Sports ou Servette…

Que lirait-il aujourd'hui, alors que presque tous les journaux qu'il chérissait ont disparu? Les gratuits? Certainement pas. Le Temps ou 24Heures, peut-être. La Tribune, certainement. Même si, depuis une semaine, ces titres si profondément ancrés en terre romande ont désormais un petit accent zurichois, puisqu'Edipresse a été racheté par le groupe de presse alémanique Tamedia. Lequel jure, par tous les dieux du ciel, que les quotidiens romands survivront à cette nouvelle « fusion », et même prospéreront sous sa gouverne. On ne peut que le souhaiter vivement. En ces temps de crise, seuls les mastodontes ont des chances de survie (encore que l'exemple des dinosaures, qui régnaient sur la terre sans partage avant de disparaître totalement, ne soit pas de très bon augure…).

La presse écrite doit faire face à une concurrence de plus en plus rude de la part des radios, comme des télévisions, et des médias électroniques. Chacun se bat pour conserver sa part de publicité. C'est la loi du marché, c'est-à-dire de la jungle. Les petits se font dévorer par les grands. La preuve, une fois encore, que le libéralisme sauvage ne règle rien, et n'a pas d'états d'âme. Edipresse a été englouti par Tamedia. Un ou plusieurs titres vont disparaître bientôt de la scène médiatique. Chez l'autre grand éditeur suisse, Ringier, l'Illustré se frotte les mains, tandis que L'Hebdo se demande ce qu'il va devenir. Certains parlent même de supprimer le titre cette année…

Chérissons nos journaux — ces petits miracles de travail collectif et quotidien — qui nous apportent le monde sur un plateau : mais un monde illustré, commenté, éclairé de manière souvent originale et passionnante. Lisons-en un, deux, trois par jour. Pas de limite à l'addiction. Beaucoup de titres, en Suisse romande, ont disparu depuis vingt ans. D'autres les ont remplacés. Bien sûr, on peut regretter La Suisse ou Le Journal de Genève. Ils appartenaient à une époque où Genève était encore une ville puissante et rayonnante. Les centres de décision se sont ensuite déplacés à Lausanne, dans la tour Edipresse. Aujourd'hui, c'est à Zurich que le destin des quotidiens romands va se jouer.

Oui, chérissons nos journaux parce qu'ils font partie de nous. Ils nous parlent, comme ils savent lire, en nous, ce qui nous regarde et qu'on ne voit pas toujours. Parce qu'ils célèbrent le lien social et constituent, peut-être, le dernier lieu commun où les hommes se rencontrent, échangent, discutent. Parce qu'ils nous tendent un miroir qui nous permet de mieux saisir ce qui nous constitue, et que le monde. d'ordinaire, s'ingénie à nous cacher.

 

10:40 Publié dans all that jazz | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : presse, suisse, crise | | |  Facebook