06/12/2016

Régis Debray : le rebelle modeste

images-5.jpegPour ceux qui aiment vagabonder loin des idées reçues, les livres de Régis Debray sont un feu d'artifice, et une fête de l'intelligence. Bien sûr, il y a parfois, chez le lecteur, une impression d'insuffisance devant l'érudition (jamais étalée comme la confiture) de cet écrivain-philosophe qui possède l'une des plus belles plumes de la littérature française. Mais Régis Debray est un modeste, un « rebelle modeste » comme il aime à se définir lui-même, qui vient après le révolutionnaire, le contestaire et le dissident, et cette modestie, qui n'est pas de façade, accompagne tous ses livres, et nous le rend proche.

Un candide à sa fenêtre* qui vient de paraître en Folio est le deuxième volet des Dégagements que Debray a entrepris de publier dès 2010. Le livre a la forme d'un dé à six faces (au pluriel) qui partirait de « Frances » pour aboutir à « Littératures », en passant par les « Mondes », les « Politiques », les « Philosophies » et les « Arts ». images-7.jpegVaste programme, en vérité ! À la manière de Roland Barthes, Debray éclaire les mythes contemporains en les passant au scanner de l'histoire et de la géographie (trop oubliées), de la philosophie et de la politique. Il aime à suivre les destins parallèles  de Victor Serge et Walter Benjamin, par exemple, ou de Julien Gracq et Claude Simon qui, bien que contemporains, ne se croisent jamais. Il réfléchit sur la postérité (ou l'absence de postérité) en remarquant, chez la plupart des auteurs « dont on parle », l'oubli des références, ce qui l'amène à revenir sur l'idée de génération, d'émulation et d'éducation.

Mais comment devenir une référence ? « La passage de la trouvaille à la marotte puis à l'ouvre-boîte est un long chemin. L'inventeur doit au long des années creuses droit son sillon, sans lorgner sur le voisin, tout entier à son idée fixe. Et fermer sa porte aux collègues et concurrents qui font de même dans la pièce à côté. »

images-2.jpegRégis Debray, dans Vie et mort de l'image**, fut le premier à insister sur la révolution numérique en montrant ce qu'il advient quand on passe de l'écrit à l'écran, et de la graphosphère à la vidéosphère. Dans l'histoire de l'humanité, la technique est toujours primordiale : « les lions, les blattes et les ouistitis n'ont pas d'histoire, parce qu'ils n'ont pas d'outils. (…) L'homo sapiens est ce curieux animal qui transmet ses outils à son petit-fils, donc transforme son milieu, et ce faisant, se transforme lui-même. » 

Debray revient sur cette rupture, qui est à l'origine aussi d'une fracture sociale (entre les gens « connectés » et les autres), en analysant, par exemple, l'importance des tweets (140 signes) qui ont remplacé, pour les hommes politiques, les programmes et les longs discours (Donald Trump ne s'exprime que par tweets). Comme à son habitude, l'auteur adore les raccourcis provocateurs (mais stimulants) lorsqu'il écrit : «Le prêtre, sorcier déchu ; le poète, prêtre déchu (dixit Baudelaire) ; le chanteur, poète déchu ; le rappeur, chanteur déchu ; etc. Les « c'était mieux avant » ont tort de se plaindre. Chaque dégradation vaut régénération. » Rousseau ne disait pas autre chose…

Désenchantement, détachement, dégradation : tout le livre illustre à merveille ce désengagement qui est désormais la position du « candide à sa fenêtre ». Pourtant, Debray ne cède jamais aux sirènes du catastrophisme — même s'il déplore le déclin du discours politique, par exemple (de Mitterrand à Chirac, de Chirac à Sarko, de Sarko à Hollande) ou l'imposture de l'art contemporain : « Quand le visiteur n'en a pas les moyens, est mise à sa disposition une équipe de « médiateurs culturels présents de midi à minuit », à l'instar des équipes paroissiales des sacristies pour guider le néophyte, et lui expliquer la démarche, le geste, l'interrogation, la problématique du prophète, bref l'intérêt caché du défaut d'intérêt apparent. »

La littérature, aujourd'hui, comme le cinéma, n'échappe pas à ce constat désabusé : on n'invente plus rien, mais on recycle, on cultive le second degré, on ricane, on copie, on revisite, on détourne, on pastiche : c'est le règne du sampling, du remake, du remix. « Suprématie de la recherche sur la trouvaille, et de l'alambiqué sur le brut. Tout devient resucée, et pas d'original qui n'appelle ses pastiches. C'est la jactance à l'envers. » Il appelle de ses vœux le retour du truculent et du coupant, de l'héroïque et de l'épique (mais reconnaît qu'il n'est plus assez jeune pour faire « gros, gras et grand » !)

C'est un plaisir de cheminer avec Debray dans ses flâneries autour du monde, dans les musées ou chez les grands auteurs, même si elles sont « mélancoliques, cocasses ou injustes ». En fin de course, il demande au lecteur son indulgence. C'est inutile. Il nous aura ouvert les yeux sur tout ce qui nous déroute et nous trompe. Et, en particulier, sur l'époque (notre époque) qui nous met en scène.

* Régis Debray, Un candide à sa fenêtre (Dégagements), Folio, Gallimard, 2016.

** Régis Debray, Vie et mort de l'image, Folio, Gallimard, 1992.

16/10/2015

De Voltaire à Salman Rushdie (retour sur les Innocents)

voltaire,salman rushdie,françois jacob,olivier,roman,fatwa,délices,rousseau,politiqueJean-Michel Olivier était, le 24 juin dernier, invité à gagner le Grand Salon des Délices pour rappeler le contexte et la réception de son roman Les Innocents (1996) centré, on s’en souvient, sur les personnalités conjuguées de Voltaire et Salman Rushdie. Nous présentons dans les lignes qui suivent la discussion qui s’est d’abord engagée entre le romancier et le conservateur des Délices, François Jacob, avant de gagner l’ensemble de la salle.

voltaire,salman rushdie,françois jacob,olivier,roman,fatwa,délices,rousseau,politiqueFrançois Jacob : Rappelons d’abord, si vous le voulez bien, la structure générale des Innocents. Tout s’y passe en une journée  — histoire de respecter, peut-être, une ultime fois, les préceptes d’Aristote ? — et cette journée peut être datée : 21 novembre 1994, c’est-à-dire l’un des jours supposés de la naissance de Voltaire. Apparaissent pas moins de quarante-cinq personnages, parmi lesquels Joseph Bâcle, « appointé de police », le juge Joseph Parmentier, son épouse Marie, Paul Soufre, Simon Rage (figure de Salman Rushdie), SIC, c’est-à-dire Solange-Isabelle Court, journaliste de son état qui ressemble comme deux gouttes d’eau à Claire Chazal, Laurent Vessie, maire de Genève, le pasteur Buchs, Émile Dutonneau, écrivain du « terroir », Louis Dutroux et enfin la libraire, Claire la Taiseuse.
Simon Rage, écrivain célèbre, est cloîtré à Londres en raison d’une fatwa : on ne le met pas moins dans un jet privé en partance pour Genève, où il doit recevoir le prix Voltaire. Tandis qu’il voyage, un groupe terroriste prépare son assassinat. La structure du roman devient alors signifiante. Toutes ses parties sont en effet inaugurées par un texte en italiques (sauf la dernière, qui présente un récit en capitales) lequel, écrit à la première personne, est le fait du terroriste anonyme, et se trouve suivi de douze à quinze chapitres assez courts focalisés, quant à eux, sur un des personnages cités précédemment. L’œuvre est donc très ramassée dans le temps, avec des personnages typés qui sont presque des personnages-clés, certains d’entre eux étant reconnaissables ou transposables dans la réalité (Alain Vaissade, Martine Brunschwig-Graf…) Elle semble se concentrer sur deux questions : celle de la pureté, les exactions qu’elle entraîne étant interrogées de l’intérieur, si l’on peut dire, par la voix même du jihadiste ; et celle de la distinction qu’il convient d’opérer entre une littérature romande d’essence internationale et une littérature du « terroir » que vous ne semblez pas privilégier. Sur un plan plus littéraire enfin, d’aucuns ont évoqué une « épopée rabelaisienne », les détournements de langage étant chez vous très nombreux ainsi que les jeux avec le narrateur, lesquels pourraient faire songer, dans une certaine mesure, à Jules Romains.
Ma première question concerne la perception qui est la vôtre, vingt ans après, de ce roman : la contextualisation très forte dans laquelle il s’inscrit (tricentenaire de la naissance de Voltaire) n’en gêne-t-il pas la lecture a posteriori ? Aurait-il été au contraire « réactualisé » par les événements récents ?

Jean-Michel Olivier : Le point de départ est effectivement la question de la pureté et celle de la nature des intégrismes : il faut se souvenir que la décennie 1980 avait été marquée par de nombreux attentats, notamment à Paris. voltaire,salman rushdie,françois jacob,olivier,roman,fatwa,délices,rousseau,politiqueIl m’a semblé dès lors intéressant, et tout particulièrement après le prix Colette que Salman Rushdie n’a pu recevoir, en 1993, d’analyser la pureté ou l’intégrisme dans différents secteurs ou dans différents discours. Le nerf du livre est bien l’intégrisme religieux, mais j’étais également intéressé par les réactions opérées au sein de la ville de Genève qui est à la fois ouverte, libre et puritaine. Il y a ce côté qu’on trouve chez Rousseau, très strict, et puis en même temps une réflexion sur la liberté. Ce que je voulais mettre en scène, c’étaient différents personnages susceptibles de représenter les différentes facettes de l’intégrisme. Il y a l’intégrisme religieux avec ce personnage anonyme, qu’on voit préparer un attentat tout au long du livre mais qui a une espèce de fascination, malgré tout, comme tous les musulmans, pour le Livre, le Coran, le Livre sacré. Avec un côté plus satirique, plus humoristique, nous avons ensuite le maire de la ville, un écologiste, mais aussi un intégriste dans son genre : il veut tout nettoyer, il est obsédé lui aussi par cette notion de pureté. Troisième forme d’intégrisme : celui du pasteur Buchs, clin d’œil au pasteur Fuchs, et qui représente en effet une vision de la religion. Citons enfin le juge Parmentier, véritable incarnation du bien et du mal –du bien surtout : c’est lui qui tranche, qui est obsédé par le mal. Je voulais au fond élargir la réflexion sur les intégrismes et non pas seulement l’intégrisme, a fortiori l’intégrisme musulman. On se rend compte ici que presque tous les personnages portent en eux ce désir de pureté qui est au fond une pureté dangereuse.

François Jacob : Il y a quand même un personnage qui ne porte pas, me semble-t-il, un quelconque désir de pureté et qui est pourtant la plus dangereuse de toutes : c’est Solange-Isabelle Court. Ne s’avoue-t-elle pas tout de suite « impure » ?

Jean-Michel Olivier : C’est la journaliste, importante dans le roman en ce que je voulais mettre en scène un personnage qui mît lui-même en scène tous les autres. On a donc une mise en scène qui regarde l’événement. Solange-Isabelle Court traduit à elle seule l’obsession, très réelle à l’époque, pour l’audience : voltaire,salman rushdie,françois jacob,olivier,roman,fatwa,délices,rousseau,politiqueelle tente de provoquer ses interlocuteurs et invite par exemple l’imam Ramadan –nom évidemment connu à Genève : je fus moi-même, quinze ans durant, le collègue de Tariq Ramadan. Solange fait en fait de l’événement qu’elle met en scène un véritable spectacle : elle se contente d’abord de suivre la remise du prix, en espérant que quelque chose ne « marche » pas, ce qui ferait grimper l’audience, puis elle manipule les gens de telle manière qu’en effet il se passe quelque chose pendant son émission. Mais il est un autre personnage qui m’intéresse encore davantage : c’est Bâcle. Ce nom ne vous dit rien ?...

François Jacob : Je ne connais de Bâcle que l’ami de Jean-Jacques Rousseau…

Jean-Michel Olivier : Précisément ! Je m’étais dit que dans tous mes livres il y aurait un Bâcle. voltaire,salman rushdie,françois jacob,olivier,roman,fatwa,délices,rousseau,politiqueJ’adore ce personnage de garnement avec lequel Rousseau va voler des asperges : c’est le « copain » que nous avons tous eu, dans notre adolescence, et qui nous entraîne vers des mauvais coups qui n’en sont pas vraiment… Bâcle se trouvait déjà dans un livre précédent intitulé Le Voyage en hiver, histoire d’un organiste à Genève qui réveille ses paroissiens par une espèce de déluge de notes de musique et qui invente une liqueur faite d’herbes genevoises et qu’il appelle la Bâclée… Il est vrai que dans Les Innocents, Bâcle n’a pas un beau rôle : c’est un « flic » un peu obtus, caricatural et pour tout dire violent.

François Jacob : Je souhaitais vous interpeller sur un terme que vous utilisez souvent : le terme de « bâtards ». Il semble  y avoir dans le roman une espèce de fil rouge sur la filiation, sur le fait d’avoir des enfants, de chercher un père, etc.

Jean-Michel Olivier : La bâtardise est en rapport direct avec la pureté ou l’impureté. La pureté peut être celle du sang, de la race, de la famille. Quant au thème de la filiation, il apparaît très souvent dans mes livres, soit qu’on refuse de se reproduire, comme ici le juge Parmentier, soit que les femmes détournent cet interdit ou cette résistance. Marie découvre ainsi qu’elle est enceinte et se demande, durant tout le livre, quel père donner à son enfant : les candidats défilent jusqu’à celui qui lui conviendra le mieux, et qui n’est évidemment pas le père biologique. Cette problématique peut être élargie au plan intellectuel parce que si l’on parle de Voltaire ou de Rousseau, il y a une « descendance » absolument énorme et qui s’écarte plus ou moins d’eux. Dans Le dernier mot, je donne justement la parole à Thérèse Levasseur où il est question, on s’en doute, des cinq enfants qu’on a tant reprochés à Rousseau –et vous devinez quelle est mon interprétation de cet objet d’étude. Dans L’amour nègre, on a affaire à un enfant adopté, autre manière de poser la question de la filiation.

François Jacob : Le tour que joue Marie Parmentier à son juge de mari (lui faire croire qu’il est le père de l’enfant qu’elle porte), c’est finalement le tour qu’a joué Mme du Châtelet à son propre mari lorsqu’elle s’est trouvée enceinte des œuvres du poète Saint-Lambert.

Jean-Michel Olivier : Oui, c’était là quelque chose d’assez courant au dix-huitième siècle, où l’on trouvait un nombre de bâtards hallucinant. J’ai beaucoup d’affection pour Marie Parmentier car c’est une femme qui décide de prendre sa vie en main, qui n’est pas une victime, qui ne se laisse pas faire. voltaire,salman rushdie,françois jacob,olivier,roman,fatwa,délices,rousseau,politiqueMme du Châtelet, Voltaire, Rousseau sont évidemment présents dans tout le roman : on peut même dater des Innocents le début d’une influence « voltairienne » sur ma production.

François Jacob : La couverture est, à ce propos, très explicite.

Jean-Michel Olivier : C’est une œuvre qui fut commandée à Dominique Appia : voltaire,salman rushdie,françois jacob,olivier,roman,fatwa,délices,rousseau,politiqueon y voit Voltaire en figure de proue sur le « bateau-livre » qui est le lieu central du roman.

François Jacob : Mais il est, sur ce bateau, un trouble-fête qui pense, pense, pense décidément beaucoup…

Jean-Michel Olivier : C’est bien sûr notre apprenti terroriste. Il est à la fois ce personnage qui va suivre son destin : punir l’auteur de La Mère de Dieu, et montrer que son désir de pureté est un désir impossible. Malheureusement pour lui, il aime la littérature, est sensible aux belles-lettres : sa certitude en est ébranlée, et il commence à réfléchir. Je ne voulais pas faire de ce personnage anonyme un inculte ou le réduire au rang de brute épaisse à qui l’on dit : « Vous allez tuer tel ou tel homme, ou telle ou telle femme » et qui obéit sans réfléchir. Tout au contraire, il se pose des questions, il hésite.

François Jacob : Mais il vient à bout de son hésitation. Et fait brûler sa propre bibliothèque…

Jean-Michel Olivier : Impossible évidemment de ne pas songer à tous ces autodafés qui hantent encore le dix-huitième siècle : n’a-t-on pas brûlé Du Contrat social, Émile ? Sans compter ces images d’autodafés de 1933, quand les nazis arrivent au pouvoir. Il s’agissait de revenir sur cette histoire obsédante à l’aide de personnages réellement incarnés, et non pas de simples figures emblématiques.

François Jacob : Notre jihadiste, lorsqu’il approche du bateau-livre, bouscule quelqu’un qu’il ne reconnaît pas. Or celui qu’il bouscule, sans y prendre garde, n’est autre que Simon Rage, sa potentielle victime. Pouvez-vous évoquer cette scène ?

Jean-Michel Olivier : Le terroriste est téléguidé, mobilisé par son crime, et il n’est plus capable de reconnaître l’écrivain qu’il a en face de lui. Le bourreau et la victime se croisent, se cognent, mais s’ignorent. Vous remarquerez toutefois que j’en ai sauvé un, à la fin.

François Jacob : Pas le terroriste, en tout cas.

Jean-Michel Olivier : Non. Celui-là meurt dans sa corbeille de fleurs…

François Jacob : Il semble que le roman ait suscité, au moment de sa sortie, quelques réactions négatives…

Jean-Michel Olivier : Il y a eu plusieurs types de réactions. J’aime bien d’abord mettre en scène des personnages qui ont réellement existé, en ne les déformant pas beaucoup, finalement, en faisant en sorte qu’ils soient reconnaissables. Je m’attendais dès lors à avoir des réactions virulentes de la conseillère d’État impliquée dans le roman : voltaire,salman rushdie,françois jacob,olivier,roman,fatwa,délices,rousseau,politiquemais Martine Brunschwicg-Graf a bien pris la chose. D’autres politiques n’ont pas réagi. Le plus surprenant est que d’aucuns ont réagi parce qu’ils n’étaient pas dans le roman ! D’autres réactions ont été plus violentes, allant parfois jusqu’à la menace.

François Jacob : Et qu’en est-il d’Émile Dutonneau ? Le prénom est bien rousseauiste…

Jean-Michel Olivier : Oui, mais le modèle est Étienne Barillier, même s’il s’agit au fond du composé de plusieurs écrivains : voltaire,salman rushdie,françois jacob,olivier,roman,fatwa,délices,rousseau,politiqueMichel Viala, Jacques Chessex… J’en fais un écrivain du terroir, c’est-à-dire attaché à l’expression de la terre, de la pureté de la terre, dans le sens où en Suisse romande l’écrivain du terroir exprime vraiment l’âme de la région. On a longtemps cru qu’il y avait une « âme » romande qui était exprimée par quelques écrivains qu’on a choisis de manière quelque peu arbitraire. Ramuz ne risque-t-il pas de faire oublier Cingria ou Bouvier ?

François Jacob : Le terroir qui intéresse Dutonneau est en tout cas couvert de vignes…

Jean-Michel Olivier: Il est porté sur la bouteille, c’est vrai.

François Jacob : Et devient assassin !

Jean-Michel Olivier : Dans son désir de pureté, il développe une visée hégémonique qu’on retrouve dans tous les discours de la pureté.

François Jacob : Il forme en tout cas un couple infernal avec sa victime, Dutroux, qu’il rencontre au Dorian, qu’il retrouve par la suite du côté du bateau-livre avant, finalement, de l’étrangler dans la cellule qu’ils partagent tous les deux, en ce soir du 21 novembre 1994. Nous voici ramenés, chemin faisant, à ces couples décrits par Rousseau dans les Confessions et où sont convoquées les images de Bâcle, de Venture de Villeneuve…

Jean-Michel Olivier : Dutonneau essaie, par ses livres, de se faire reconnaître et, en particulier, de se faire reconnaître par l’institution universitaire : Dutroux est de l’Institut ! Dutonneau et Dutroux sont donc tout à la fois très proches car issus l’un et l’autre du monde du livre mais, en fait, profondément déconnectés l’un de l’autre.

François Jacob : Le « conte final » est sans doute une des pages les plus voltairiennes du roman : on y retrouve le ton de Candide, lorsque Candide traverse le village des abares et qu’il se livre à une description proprement clinique de ce qui l’entoure.

Jean-Michel Olivier : L’amour nègre a fait précisément l’objet de recensions dans lesquelles on disait que le personnage principal était une sorte de Candide moderne. voltaire,salman rushdie,françois jacob,olivier,roman,fatwa,délices,rousseau,politiqueUn Candide noir, africain, qui traverse le monde de la mondialisation, de la puissance, de l’argent, un monde blanc, de manière générale, où il évolue jusqu’à la fin du récit. Mais j’ai surtout songé à L’Ingénu, avec ce métis qui débarque et dont on tente de faire un bon breton… C’est tout ce processus d’immigration et d’intégration qui m’intéresse : il est évidemment au cœur de nos préoccupations d’aujourd’hui. Quant au rire, c’est bien lui qu’on tente d’assassiner, et qu’on a tenté de tuer le 7 janvier dernier, car il est une arme redoutable contre toute forme d’intégrisme.

François Jacob : Et quel est le prochain opus ?  

Jean-Michel Olivier : C’est un roman qui, comme d’habitude, sera très différent de tous les précédents. Le dernier était le récit de la vie d’un personnage inspiré de quelqu’un qui a réellement existé. Le prochain s’intitulera Le Démon des femmes et mettra en scène un écrivain tout à fait contemporain, plus jeune que moi, qui a eu un prix littéraire, et qui a été harcelé par de nombreuses correspondantes. voltaire,salman rushdie,françois jacob,olivier,roman,fatwa,délices,rousseau,politiqueOn ne trouve donc qu’un homme pour une vingtaine de femmes qui lui écrivent ou qu’il rencontre dans des salons du Livre. La vie d’un écrivain aujourd’hui est quelque chose de très particulier : on l’invite à parler un peu partout de ses livres, il se trouve transformé en colporteur ou en représentant de ses propres ouvrages : c’est de cette vie de nomade qu’il est question dans la première partie. La deuxième partie le verra recevoir son prix et repartir avant, en fin de parcours, de gagner une université américaine.

François Jacob : À très bientôt, donc, pour ce nouveau roman !

Propos recueillis par François Jacob.

14/06/2013

Ils sont fous, ces Grecs !

images.jpegLes Grecs sont malheureux. On le serait à moins. Le chômage atteint 27,4% de la population active. Le pays croule sous la dette. Le printemps est pourri. Le berceau de la démocratie est passé, en quelques mois, de « pays développé » à « pays émergent ». La honte ! Et les Grecs ne supportent plus les diktats de la troïka (FMI, grandes banques, UE) qui les étrangle…

Est-ce pour cela qu'ils descendent dans la rue ?

Eh bien non.

Ils ne sont pas contents, les Grecs, parce que leur gouvernement a fermé les télévisions et coupé les radios d'État. Pour cause de retructuration, selon la version officielle. Tout devrait rentrer heureusement dans l'ordre à l'automne. Une fois les économies réalisées (les radios et télés d'État occupent une dizaine de milliers d'employés).

Mais, en attendant, les Grecs sont en colère !

De Suisse — pays qui ne fait pas partie de l'Europe et n'est pas émergent — on a peine à comprendre leur dépit. Être privé de télé ? Quel bonheur ! DownloadedFile.jpegNe plus avoir à endurer les débats populistes de la radio ? Le pied total ! Et, à la place des soirées avachies devant la boîte à images, on sort, on va se promener dans la ville, on profite d'aller au théâtre (on va voir, par exemple, Le Ravissement d'Adèle, au Grutli, magnifique réalisation de la Compagnie Rossier-Pasquier). Bref, on retrouve sa liberté.

images-1.jpegLes Grecs ont inventé la démocratie. Mais aussi la comédie. C'en est une qui se joue actuellement dans les rues d'Athènes où des milliers de manifestants, addicts de la télévision, réclament le retour de la machine à abrutir. Qu'on nous rende Alain Morisod ! Et Top Models, le feuilleton préféré des belles-mères ! Fort-Boyard et le concours de l'Eurovision ! On ne peut pas vivre sans Joséphine ! Vite, rendez-nous notre drogue !

C'est là qu'on voit l'état d'un pays au passé glorieux, qui vit aujourd'hui dans les fers (mais sans les chaînes — de télévision).

Comme quoi, l'on peut vivre sans travail, sans argent, sans avenir. Mais jamais sans télévision !

 

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30/03/2012

À qui profite le stupre ?

images.jpegÀ qui profite le crime ? Au criminel qui a volé, tué ou violé ? À la victime qui a fait la preuve de son innocence ? À la Justice qui tranche entre le Bien et le Mal ?

Ces réponses, d'ordre moral ou juridique, n'ont plus cours aujourd'hui. Elles appartiennent, déjà, à une histoire ancienne. Une époque révolue où la vérité, patiemment mise à jour, se jouait au prétoire. Dans le théâtre de la Justice. Avec avocats en robes noire et juges en perruques poudrées et col d'hermine.

Aujourd'hui, tout est différent. Personne n'attend plus la sanction des juges (d'ailleurs parfaitement inutile). Les avocats se livrent à des gesticulations bruyantes, via Twitter, Facebook ou les micros que quelques journalistes complaisants veulent bien leur tendre. Tout cela fait partie du spectacle. Le show va toujours de pair avec le business.

Mais dans l'affaire DSK, par exemple, à qui profite le stupre ?

C'est vite vu. Les seuls à profiter de cette sordide affaire sont les médias. Tous les médias. Sans exception (il n'y a aucune différence, ici, entre Le Monde et Le Matin ou le Blick). Qui en remettent, chaque jour, une nouvelle couche. images-1.jpegEn publiant des documents volés, des extraits d'interrogatoire couverts par le secret de l'instruction, des confidences et des ragots insensés. Jamais la presse n'est tombée aussi bas. Voyeurisme. Populisme. Jamais elle n'a fait preuve d'un tel acharnement. Pourquoi ? Pour défendre les pauvres escorts malmenées par DSK ? Si seulement ! Par nostalgie puritaine ? Non plus. Pour écarter définitivement un homme politique du pouvoir ? Peut-être bien. Mais alors pourquoi ? Pour une raison toute simple : à l'époque où la presse tire la langue, où les journaux voient leur audience diminuer chaque jour, l'affaire DSK est du pain béni. Une aubaine ! Elle fait grimper les ventes, aussi sûrement que le Viagra aide à redresser certaines situations défaillantes. Le seul intérêt des articles minables qui retracent cette affaire, c'est d'augmenter le tirage des journaux, de prendre les lecteurs non par les sentiments, mais par les couilles (ou ailleurs, si l'on veut). Et une fois qu'on les tient, on ne les lâche plus…

Merci DSK !

À défaut d'avoir sauvé la Grèce, l'ex-patron du FMI sauve la presse du monde entier. C'est une noble mission. À la hauteur de ses indéniables talents. J'espère qu'un jour, reconnaissants, les journalistes érigeront une statue en son honneur. Bien droite. Et éternelle. Comme la vérité.

 

09:00 Publié dans all that jazz | Lien permanent | Commentaires (11) | Tags : dsk, médias, sexe, nafissatou diallo, politique, france | | |  Facebook

28/09/2011

La politique des têtes carrées

images.jpegTous les quatre ans, ils se rappellent à notre bon souvenir. Ils ont l'air si gentil. Bien habillés et souriants. On leur donnerait le bon Dieu sans confession. La plupart des têtes sont connues. Mais elles n'ont pas vieilli. Miracle du maquillage ou de la chirurgie esthétique. Le grand blond, sur les affiches, a perdu ses lunettes. Et la dame, qui louche un peu et sourit tout le temps, a gardé les siennes. Est-ce pour voir plus loin ? D'autres têtes sont nouvelles. Mais bientôt, si elles sont élues, elles ressembleront aux autres. Car le moule est le même.

Qu'ont-ils fait ? Qui sont-ils ? Pourquoi, tous les quatre ans, déploient-ils cette énergie infatigable pour attirer nos suffrages ? Sont-ils à ce point narcissiques ? Ou en manque d'amour ?

Comme le beaujolais nouveau ou la musique espagnole, la politique semble un mal nécessaire. Et, comme dit mon voisin socialiste, il faut bien que quelqu'un s'y colle. It's a dirty job. But somebody's got to do it.

Alors courage aux électeurs, qui choisiront, comme sur un site de rencontres, la tête de celles et ceux qui les « représenteront » !

Et bonne chance aux candidats, bien souvent désignés d'office, qui devront descendre dans l'arêne où rugissent les fauves !





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05/01/2011

Éloge du poireau

images.jpgIl suffit qu'un Conseiller fédéral envisage ou annonce son départ pour qu'une grande agitation s'installe à Berne (et ailleurs). Les fauves sortent du bois, toujours les mêmes. Et les grandes manœuvres recommencent. On organise des conciliabules secrets. On noue des alliances d'un jour ou d'un soir. On fait de fausses promesses. On sort sa calculette pour évaluer les chances de chacun. La Suisse est un petit pays. On ne sort pas de là. Et ses hommes politiques sont à l'image du pays…

Parmi les prétendants, certains ont les dents longues, et aiguisées, à force de rayer les parquets fédéraux. On les voit partout. Ils font partie des people. Ils ont des amis au Matin (Ariane Dayer, tiens, une autre Valaisanne), à la RSR (Philippe Revaz, tiens, un autre Valaisan), sur Léman bleu (Pascal Décaillet, tiens, un autre Valaisan). Ce sont nos Grandes Têtes Molles. Moins ils ont de choses à dire et plus ils se répandent en déclarations péremptoires. Sur l'insécurité, l'UDC, l'assurance maladie, l'Europe, les banques de sperme, l'euthanasie, l'Eurovision, le football, l'eau minérale…

Vous avez reconnu Christophe Darbellay, poireau de la grande espèce. Des années qu'il ronge son frein, celui-là, et qu'il complote, et même pas dans l'ombre. Des années qu'il poireaute, convaincu de son destin national, sabotant le siège d'un autre Valaisan, Pascal Couchepin, dont il rêve à haute voix de prendre la place. Mais pas de pitié chez les poireaux. Tous les moyens sont bons pour arriver au sommet. On peut très bien se réclamer Démocrate-chrétien et défendre l'euthanasie pour les malades incurables qui coûtent trop cher à la société. On peut aussi défendre les vertus de l'eau minérale en bouteille, bien meilleure, et surtout bien plus chère que l'eau du robinet, parce que beaucoup plus polluante. Qu'importe les valeurs PDC, quand on est ambitieux, tous les moyens sont bons pour réussir.

Vert à l'extérieur, le poireau s'acoquine volontiers avec les écologistes, lorsqu'il prépare un mauvais coup. Ou avec les socialistes quand il s'agit de renverser un Conseiller fédéral. Cela n'entache en rien sa blancheur intérieure, celle des valeurs ancestrales du parti vert et blanc, la pureté virginale de son cœur tendre et fade. Au vu de la pauvreté de la flore politique suisse, gageons que le poireau a encore de beaux jours devant lui. Quand un Valaisan monte à Berne, il revient toujours avec la Coupe ! Célébrons nos légumes nationaux ! Après tout, dans un canton voisin, associé à la pomme de terre, on en fait un excellent papet.

14/09/2010

Joseph Deiss ou la Suisse dans le monde

images-1.jpegÀ quoi sert donc l'ONU, ce « Grand Machin » dont se gaussait de Gaulle ? Et à quoi sert Joseph Deiss, cet ancien conseiller fédéral dont personne n'a jamais pu savoir s'il était de gauche ou de droite, pour ou contre, bien au contraire ? Qui se souvient d'une seule de ses déclarations ? D'une seule de ses décisions, si tant est qu'il en a prises ?

Ne répondez pas tous en même temps…

Eh bien, aujourd'hui, après des mois d'intrigues et de négociations, Joseph Deiss se retrouve au perchoir de l'ONU. N'y avait-il donc aucun autre candidat ? Oui. Mais ils étaient trop marqués, à gauche, à droite. Trop colorés sans doute. Trop vivants. Ils avaient trop de caractère ou de personnalité. Leur tête dépassait de la foule. Et l'ONU, comme la Suisse, pratique la guillotine : il faut couper ce qui dépasse.

Si Joseph Deiss a été choisi pour diriger les débats du « Grand Machin », c'est pour ses qualités naturelles. Il est neutre, gris, terne. Qualités suisses, croit-on encore à l'étranger. C'est sans doute vrai pour Joseph Deiss, qui n'a jamais brillé par son aura ou ses discours prophétiques. Ça ne l'est plus si l'on songe aux personnalités qui marquent ou ont marqué le paysage suisse de ces dernières années. Des entrepreneurs comme Nicolas Hayek. Des sportifs comme Roger Federer. Des cinéastes comme Jean-Stéphane Bron ou Frédéric Mermoud. Etc. Eux seuls donnent de la Suisse une image véridique : inventive, pugnace, dynamique, critique. Avec eux, la Suisse ne dort jamais, ne se berce pas de belles paroles, ne se repose pas sur des lauriers ou des clichés.

Rassurons-nous : avec Joseph Deiss, l'ONU a fait le bon choix. Il ne va pas ruer dans les brancards, ni secouer les vieilles habitudes. Ceux qui somnolaient pourront continuer de dormir. Et le monde de tourner rond. Et l'ONU de rester, en fin de compte, ce qu'elle a toujours été : un moulin à parole.

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08/09/2010

Le règne des seconds couteaux

images-1.jpegAinsi donc les partis de gauche genevois ont choisi leurs candidats pour l'élection au Conseil administratif. Il s'agit de Sami Kanaan pour le PS et de Boris Drahusak pour les Verts. Qui les connaît ? Personne. C'est faux. Il y a au moins une personne qui connaît les deux candidats. Manuel Tornare connaît très bien Samy Kanaan, puisque ce dernier est son subordonné, et qu'il travaille pour lui depuis des années. Idem pour Boris Drahusak, que Patrice Mugny connaît bien, puisqu'il dirige un département culturel et qu'il est sous ses ordres…

Comme on sait, la politique, en Suisse, intéresse peu les personnalités en vue. Elle est souvent dévolue aux seconds couteaux. Le choix du PS et des Verts en est l'illustration. C'est la méthode Xerox. On duplique. On remplace un rose foncé par un rose clair (ou l'inverse). On s'entend entre soi. On alimente  les moulins à vent. Le but étant, à la fin, que rien ne change. Que la machine politique tourne toute seule.

Faut-il s'en réjouir ou s'en plaindre ?

Les « bêtes » politiques, à Genève comme ailleurs, sont rares. On peut citer quelques noms : André Chavanne, Guy-Olivier Second, dans les temps anciens, et, sans doute, plus près de nous, Pierre Maudet et Manuel Tornare. Chacun d'entre eux incarne (ou incarnait) une idée politique non partisane avec un certain panache. Cette époque semble révolue. Nous entrons dans l'âge des seconds couteaux. C'est dommage pour Genève.

 

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05/10/2009

Au pays des nains de jardin

images.jpegLa Suisse est un petit pays. Les nains qui la gouvernent sont de bons bougres. Ils font ce qu'ils peuvent avec ce qu'ils ont. ils sont honnêtes et respectent la Loi à la lettre. Bien sûr, parfois, ils se tirent dans les pattes. Mais ce n'est pas de leur faute. Car même quand ils se parlent (le mercredi, pendant deux heures), ils ne se comprennent pas.

Dernier exemple en date : la honteuse « affaire Polanski ».

Il suffit qu'un fonctionnaire zêlé, à Zurich, s'aperçoive que le cinéaste franco-polonais était invité au Festival de Cinéma et qu'un mandat d'arrêt international courait contre lui (ah! le frisson d'effroi et de plaisir du fonctionnaire au moment de mettre en place le traquenard : moi, moi, MOI, je vais me payer une star du cinéma !) pour que la machine judiciaire s'enclenche. La première avertie, Madame Widmer-Schlumpf, avocate et notaire, fille d'avocat et de notaire, « n'a pas le choix ». Elle fait exécuter l'ordre sans avertir aucun de ses collègues du Conseil Fédéral. Se rend-elle compte de ce qu'elle fait ? Sans doute pas. Mais « elle n'a pas le choix ».

Le lendemain, jour de l'arrestation, Micheline Calmy-Rey manie l'euphémisme en disant que l'affaire « manque de doigté » (traduisez : ma collègue a agi comme une écervelée : c'est de nouveaux ennuis pour la Suisse, qui n'en manque pas). Puis le grand Pascal, quelques  jours après, tire à son tour contre Micheline en disant qu'il ne voyait pas « le manque de doigté » qu'on pouvait reprocher à la sœur cachée d'Edith Piaf. Il faut dire que Couchepin n'est plus vraiment concerné par les bourdes des autres nains du Collège : il tire sa révérence dans quelques jours (il garde pourtant une dent contre Madame Schlumpf pour n'avoir pas été informé plus tôt puisque c'est lui — par l'intermédiaire de l'Office Fédéral de la Culture — qui non seulement subventionne le Festival de Cinéma de Zurich, mais paie aussi le Prix que Polanski aurait dû recevoir).

Dans la presse dominicale, la sémillante Evelyne met publiquement la faute sur l'Office Fédéral de la Culture (c'est-à-dire Jauslin et Couchepin) et les organisateurs du Festival de Cinéma qui « auraient dû prendre en compte, avant d'inviter Roman Polanski en Suisse pour lui remettre un prix, qu'en Suisse, la prescription pour les affaires d'extradition entre la Suisse et les Etats-Unis est calculée en fonction du droit en vigueur dans le pays qui demande l'extradition » : dura lex, sed lex. Répondant, dans la même interview, à la critique émise par sa collègue Calmy-Rey, le manque de doigté de la Suisse dans l'arrestation de Roman Polanski, EWS répond: « Je ne sais pas ce qu'elle s'imagine » (!).

Quand je vous disais qu'au pays des nains de jardins, la communication est difficile…

Et les autres Conseillers Fédéraux, me direz-vous, qu'en pensent-ils ?

Burkhalter ? Il a déjà provoqué, par ses déclarations intempestives, la « mise en sécurité » des deux otages suisses retenus en Libye. Alors, ce coup-ci, motus et bouche cousue ! Par sa faute, la crise libyenne a reculé d'une année.

Maurer ? Il déteste à la fois sa collègue Widmer-Schlumpf et le cinéma, surtout étranger.

Merz ? Pour ménager son cœur, il est resté en dehors de l'affaire. Mais il n'est pas impossible qu'il doive un jour réparer lui-même les pots cassés (avec nos amis français, polonais, voire américains), comme il l'a fait pour l'affaire Kadhafi et celle de l'UBS.

Mais alors Moritz, allez, ouste, on se réveille ! La culture, au Conseil Fédéral, c'est toi, bon dieu ! Ton frère est un artiste en vue, ta femme tient une galerie de peinture à Zurich…

Voici ce qu'a déclaré le plus dynamique de nos nains de jardin : « L'arrestation de Roman Polanski me surprend. La Suisse, en la matière, a agi de manière très formaliste. Ce qui n'est pas un reproche. Mais le résultat est étrange, car le cinéaste avait été invité pour recevoir un prix co-financé par la Confédération. » D'un seul coup, donc, il dégomme sa collègue EWS et son copain Couchepin. Beau tir groupé…

On s'étonnera, ensuite, que l'image de la Suisse, comme on dit, soit pareillement écornée à l'étranger. Rien de plus normal, pourtant, quand on assiste à une pareille cacophonie.

 

17/09/2009

Les invectives de Monsieur Weiss

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Monsieur Weiss n'aime pas les enseignants. Allez savoir pourquoi ? Une rivalité conjugale ? Le souvenir traumatisant d'un ancien cancre dont l'institutrice n'a pas su reconnaître le talent ? Ou simplement la haine de soi (Monsieur Weiss est enseignant lui-même) ? Et quand je dis qu'il n'aime pas les enseignants, je devrais dire qu'il les hait, puisqu'il parle, à leur propos, de « hargne furieuse ».

Dans une réponse cavalière à mon ancien billet (voir ici), Monsieur Weiss se livre, une fois de plus, à l'invective, sans avancer aucun chiffre probant, ni convaincre personne. Je ne me lancerai pas dans une bataille de chiffres — surtout pas avec quelqu'un qui sait si bien les manipuler. Je n'en retiendrai qu'un, de chiffre, le plus impressionnant et le plus inquiétant : le Post-Obligatoire genevois a accueilli, lors de la rentrée 09, exactement 1137 nouveaux élèves! Ce qui, de l'aveu même du DIP, aurait nécessité l'ouverture de 100 nouveaux postes. Pourquoi autant d'élèves ? La raison en est double : premièrement, une partie de ces nouveaux élèves proviennent des écoles privées. Deuxièmement, cette forte croissance des effectifs s'explique aussi par des raisons historiques : elle a d'abord frappé le primaire dans les années 90, puis le CO. Elle frappe maintenant le PO de plein fouet depuis 5 ans. Cette « explosion » de nouveaux élèves était donc prévisible. Mais de réforme en réformette, et de restriction budgétaire en restriction du personnel, on (c'est-à-dire la sémillante Martine Brunschwig-Graf, puis le ténébreux Charles Beer) a laissé les choses aller leur train d'enfer. On voit aujourd'hui le résultat…

N'en déplaise à Monsieur Weiss : les enseignants ne réclament pas, dans ce débat, des avantages financiers, mais des conditions de travail qui leur permettent de faire face à cet afflux de nouveaux élèves afin que chacun de ces élèves puisse être accueilli comme il le mérite, comme il en a le droit, dans une classe à l'effectif raisonnable, et qui ne pratique pas l'« overbooking ».

Nos élèves — c'est-à-dire nos enfants — ne méritent-ils pas tous une école équitable et de bonne qualité ?

 

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14/09/2009

Le cirque politique

Gros_Banquier.gifDécidément, la Suisse a de la peine à sortir du système archaïque de la concordance — baptisée un peu trop rapidement « formule magique » — qui consiste en une série d'arrangements, de compromis et de manœuvres diverses. Ce système, on en a la preuve aujourd'hui, est obsolète et ne satisfait plus personne. Même les partis, qui s'étaient assurés une représentation régulière (et quasi absolutiste) au Conseil Fédéral, n'y trouvent plus leur compte. Quant au peuple, éternel dindon de la farce, il regarde, il attend, il assiste à cette mascarade en étant de moins en moins dupe.

Tenez, il suffit de regarder ce que les partis (et leurs porte-voix : les média) essaient de nous vendre  depuis le début de l'été pour remplacer Pascal Couchepin. Un opossum neuchâtelois, aussi passionnant qu'un match de tennis féminin, qui semble toujours attendre que commence la campagne d'élection. Un grand blond peroxydé, qui a des idées (simples) sur tout, sauf sur le département fédéral qu'il serait susceptible de reprendre (mais il aime la culture, heureusement, puisqu'il a participé à plusieurs pièces de théâtre amateur, pièces qu'il a subventionnées lui-même : espérons, s'il est élu, qu'il payera de sa poche les futurs chefs-d'œuvre  du cinéma suisse!). Enfin, une belette singinoise, ni blanche ni noire, ni romande ni alémanique, ni à gauche ni à droite, ni gentille ni méchante, bien au contraire…

Ainsi posé, le choix qui se présente aux pauvres députés fédéraux relève de l'impossible…

N'y a-t-il vraiment aucun-e candidat-e* de valeur au sein du PLR ? La Suisse est-elle un si petit pays qu'on ne trouve nulle part une personnalité digne d'être élue ? Ou est-ce la faute du système qui exclut, a priori, toute personnalité qui sort un tant soit peu des rangs ?

Bien sûr, il reste toujours la possibilité d'élire au outsider (Dick Marty, par exemple, que certains plébiscitent). Mais alors à quoi tout ce foin ?

Les élections au Conseil Fédéral correspondent toujours, à Genève, avec la venue du Cirque Knie. Ce n'est pas une coïncidence. Cette année le spectacle est excellent. Il a beaucoup plu à ma fille. Les clowns en particulier qui ont provoqué cette remarque : « Regarde Papa, on dirait les gens qui parlent à la télé. Mais ceux-ci sont plus drôles ! »

* Comme Blondesen, j'essaie de m'adapter au langage épicène.

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07/09/2009

Les mensonges de Monsieur Weiss

images-1.jpeg Dans la galerie des Grandes Têtes Molles de notre époque, Monsieur Pierre Weiss occupe une place de choix : la première peut-être. Ce notable libéral, genevois jusqu'au bout des ongles, c'est-à-dire fort en gueule, velléitaire, aveugle à toute vision à long terme, a une bête noire contre laquelle il part régulièrement en croisade : les enseignants, qui provoquent chez lui de véritables cauchemars (il est piquant de noter que l'épouse de Monsieur Weiss est elle-même enseignante, ceci expliquant sans doute cela).

En d'autres temps, et sous d'autres latitudes, Monsieur Weiss aurait été ministre de la Propagande — et un des meilleurs. En effet, il excelle dans l'art de falsifier les chiffres et de manipuler la vérité. Dans un papier récent (voir ici), Monsieur Weiss s'en prend, une fois de plus, aux enseignants — ou plutôt à leur syndicat — auxquels il reproche des revendications abusives. Pour argumenter son propos, Monsieur Weiss cite plusieurs chiffres, tous faux.

Par exemple, l’augmentation du nombre des élèves. Pour M. Weiss, elle se monterait à 620 élèves. Dans la réalité, cette augmentation se monte, pour le Post Obligatoire, à 1150 élèves. La différence est minime, me direz-vous : on passe du simple au double ! Mais M. Weiss — pur produit de l'école genevoise — est fâché avec l'arithmétique.  Autre chiffre fantaisiste : la ratio maître/élèves. Pour M. Weiss, elle est de 12,45 élèves par poste. Dans la réalité, les cours (de langues en particulier) se donnent dans des classes de 24, voire 25 élèves (alors qu'il n'y a que 24 chaises et pupitres par salle de classe!). Là encore, M. Weiss se livre à une manipulation assez infâme, et bien dans l'esprit populiste qui est le sien. Mais il est plus facile d'affirmer n'importe quoi que de se renseigner.

Champion du monde de la mauvaise foi, M. Weiss est pourtant jaloux de son petit pouvoir (il siège à la Commission des Finances). C'est pourquoi son papier s'achève sur des menaces : les postes supplémentaires que réclament les syndicats pour accueillir les 1150 nouveaux élèves au PO sont irréalistes. Ils risquent donc d'être refusés. Les enseignants n'ont qu'à se débrouiller, une fois de plus, avec les moyens du bord. Ils en ont l'habitude. M. Weiss veut une école efficace et de bonne qualité, avec beaucoup d'élèves et peu de profs. C'est la vision libérale de l'école genevoise qui, face à l'augmentation de près de 30% des effectifs depuis 1991, a généreusement accordé 3% de postes d'enseignants supplémentaires…

Quand on vous disait que M. Weiss était fâché avec les chiffres…

10:50 Publié dans Grandes Têtes Molles | Lien permanent | Commentaires (25) | Tags : pierre weiss, école, libéral, politique, mensonges | | |  Facebook

04/09/2009

Le choc des cultures

images.jpeg L'affaire Kadhafi, me semble-t-il, est révélatrice de ce que d'aucuns appellent « le choc des civilisations » — c'est-à-dire des cultures, des rites et des coutumes.

Acte premier. Le fils d'un despote étranger maltraite ses domestiques dans un grand hôtel genevois. La police intervient, comme Zorro, menote l'énergumène, l'arrête, lui fait passer deux jours dans un cachot infâmant. Pourquoi? Parce qu'il contrevient aux lois suisses. Aurait-il agi de la même manière à Tripoli, personne ne l'aurait inquiété. Non pas que tous les Libyens maltraitent leurs domestiques (quand ils en ont), mais, en Libye il ne viendrait à l'idée de personne d'arrêter le fils du dictateur local pour d'aussi futiles raisons. Première erreur.

Acte deuxième. Le despote, dont le fils a été humilié, se venge en faisant disparaître le frère de l'un des domestiques, puis en arrêtant deux ressortissant suisses qui n'ont bien sûr rien à voir avec l'affaire. Cette prise d'otages, bien dans l'esprit teroriste, ne soulève que peu d'émotion. Tout le monde, en Suisse et ailleurs, est persuadé que tôt ou tard les otages (qui, pour les Libyens, n'en sont pas) seront libérés. Nouvelle erreur, bien sûr, à mettre sur le compte du fameux choc des cultures.

Acte troisième. Pendant plus d'une année, la diplomatie suisse multiplie les contacts, sa cheftaine se rend à Tripoli, discute avec des sous-fifres. On lui fait maintes et maintes promesses. On est même à « deux millimètres » d'une solution. Nouvelle erreur : on ne discute pas avec quelqu'un qui s'est senti humilié et qui n'a qu'un désir : humilier l'autre à son tour. Cela, madame Calmy-Rey ne l'a visiblement pas compris, persistant à croire à une illusoire négociation.

Acte quatrième. Prenant son courage à deux mains, fâché par l'inefficacité de sa diplomatie, le Président de la Confédération décide de se rendre à Tripoli. Il va même jusqu'à s'excuser publiquement des exploits de la police genevoise. Ce qui a dû lui coûter beaucoup. On lui fait, une fois encore, maintes promesses, qui ne seront jamais tenues. Parce la parole d'un terroriste humilié n'a aucune valeur. Le petit Président s'en revient. À son retour, on le couvre d'insultes et de quolibets. Il garde la tête haute. Cet homme qui a frôlé la mort en a vu d'autres.

Acte cinquième. L'affaire n'a pas avancé d'un pouce. On est toujours à deux millimètres d'une solution. Tout le monde, en Suisse, met son grain de sel. Les partis pérorent, comme à leur habitude. Les beaux-parleurs des hauts parleurs (Me Poncet, Jean Ziegler, etc) en profitent pour se faire valoir. C'est le grand cirque médiatique. Là encore, le choc des civilisations. D'un côté, les palabres sans fin et de l'autre la Loi du Talion. Deux points de vue inconciliables. Le despote éclairé demande même à l'ONU le démantèlement de la Suisse. Preuve que toutes les manœuvres diplomatiques n'ont servi à rien. Une fois de plus, il se ridiculise aux yeux du monde. Mais un despote se fout du monde. Il se songe qu'à tyraniser son peuple, et, une fois de plus, à appliquer la fameuse Loi du Talion.

Tout cela ne ressemble-t-il pas à un « choc des civilisations » ?

 

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14/07/2009

Le bilan du roi Couchepin

images.jpeg Dans la grisaille politique suisse, le départ de Pascal Couchepin, soigneusement mis en scène par ses conseillers en communication, a fait figure de coup de tonnerre, alors qu'il n'est, au mieux, qu'un non événement. En effet, depuis le temps que tout le monde, à Berne et ailleurs, réclamait la démission du conseiller fédéral valaisan, son départ faisait partie de la logique des choses. Même si, refusant de céder aux pressions, le Roi Couchepin a voulu décider lui-même du moment de partir…

Étrange parcours que celui de cette « bête politique », comme l'appelle la presse spécialisée ! « Une bête » qui a conjugué à la fois la nostalgie impériale (un homme politique, en Suisse, aujourd'hui, a encore du pouvoir) et la nécessité de négocier et de communiquer au mieux pour faire passer ses idées. Le problème de Pascal Imperator, on l'a très vite compris, c'est les autres. Ceux qu'il aime affronter (c'est un homme de combat) et qui, sur presque tous les dossiers, ont eu le dernier mot! Ce n'est pas le moindre paradoxe de la démocratie de voir un homme à idées et à convictions échouer sur (presque) tous les dossiers qui lui ont été confiés.

On connaît ses déboires sur la question de l'AVS, ses déclarations intempestives, les haines qu'elles lui ont valu. Sur ce dossier sensible, de révision en révision, toujours en retard d'un train, Pascal Couchepin a plombé pendant un lustre toute avancée décisive.

Idem sur la question de l'assurance-maladie : naviguant à vue, sans vision à long terme, ayant de la peine à cacher son mépris pour les médecins (ni ses sympathies pour certaines caisses-maladie valaisannes!), il aura non seulement échoué à stabiliser des primes qui prennent l'ascenseur chaque année, mais il se sera mis à dos tous les acteurs du dossier. Et celui (ou celle) qui reprendra le flambeau aura fort à faire pour débloquer les choses !

Autre paradoxe de cet homme de caractère et d'esprit : en tant que responsable de la culture, il aura beaucoup fait pour le cinéma suisse, en soutenant les efforts d'un Nicolas Bideau, par exemple, promu grand manitou du 7ème art. Il fallait le faire et on le félicite.  Il aura défendu, également, la liberté d'expression lorsque l'artiste Thomas Hirschhorn aura été attaqué pour les œuvres qu'il exposait au Centre Culturel suisse de Paris. Là encore, bravo! En revanche, grand lecteur devant l'Eternel, citant facilement les poètes et les philosophes, il n'aura rien fait pour le livre, dont la place est chaque jour plus menacée. On connaît la situation difficile (pour ne pas dire plus) des maisons d'édition suisses, les problèmes de diffusion, la disparition dramatique des petites librairies, la question du prix du livre, etc.

Sur ce point, comme sur les autres, le chantier est ouvert, et dans une grande pagaille.

Pourtant, sous ses airs bourrus, Pascal Couchepin aura toujours été un homme sensible, intelligent, subtil, volontaire. Alors que lui a-t-il manqué pour devenir un grand homme politique ? L'humilité, peut-être. Ou, plus simplement, le doute, la remise en question, la vision à long terme. En tous points, le poète Couchepin (inégalable pour son phrasé et sa syntaxe rocailleuse) n'aura jamais été prophète.

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23/02/2009

Le PS vire au PC

images.jpeg Impayables, les socialistes genevois! Alors que le monde traverse une crise (financière, mais aussi politique et sociale) sans précédent, alors que Genève a besoin de personalités fortes et compétentes, ils choisissent, une fois de plus, le compromis, la pseudo-parité, l'éloge du juste de milieu. « Soyons médiocres ! » semble être leur mot d'ordre. Pourtant, samedi, lors de la désignation du ticket socialiste pour le futur Conseil d'État, les membres du PS avaient le choix. Quatre candidats pour un poste : Mmes Rielle-Fehlmann, Torracinta-Emery et Pürro et M. Tornare. Sur le papier, déjà, la lutte était inégale. Tout s'est avéré joué d'avance. L'intrigue, les complots souterrains, l'alliance des pleutres et des vélléitaires, la mesquinerie, les revanchards ont fait le reste. Le choix final s'est porté sur deux noms, qui ne font la paire que sur les photos. Charles Beer, donc, malgré un bilan désastreux (qui va s'alourdir encore dans les mois qui viennent) et Véronique Pürro, déjà éjectée une fois des joutes électorales, sont les deux dindons de la farce.

Plus Politiquement Correct, tu meurs, dirait ma fille !

Alors que Genève a besoin, comme jamais, de fortes têtes et de compétences marquées (pour faire oublier, si c'est possible, le désastre Moutinot), le PS choisit un couple jeune et branché, polo rayé et top fuchsia, digne de la Star'Ac, en espérant que les électeurs genevois (pas plus bêtes que les autres, au demeurant) cautionneront ce choix démagogique et dangereux. Pourquoi démagogique?  Parce que la « parité » n'a de valeur que si elle met sur un même pied d'égalité deux personalités aux compétences égales et reconnues par tous. Ce qui n'est pas le cas ici. Pour s'attacher le vote des femmes, le PS s'est montré prêt à tout : même à choisir Véronique Purro. Et pourquoi dangereux? Parce que, dans ce pocker menteur, les électeurs ne sont pas dupes. En voyant, une fois de plus, l'extrême légéreté  (pour ne pas dire inconsistance) du ticket socialiste, ils vont se tourner vers d'autres partis, plus à même, selon eux, de fournir des réponses fortes et intelligentes à la crise. Autrement dit, les deux candidats socialistes risquent bien de rester sur la touche cet automne.

Quel gâchis, quand on pense aux qualités de Manuel Tornare ou de Laurence Rielle-Fehlmann…

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02/02/2009

Hommage à Mouduneux

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Rendons hommage, une fois n'est pas coutume, au magistrat le plus charismatique de Genève, grand amateur de pipes et fidèle adepte de l'adage selon lequel « mieux vaut ne rien faire que tenter le diable », qui s'est encore une fois illustré, ce samedi, en mobilisant, dans la vieille-ville transformée en camp retranché, près de 1300 policiers pour endiguer la violence (forcément…) aveugle d'une poignée de manifestants. Coût de l'opération : 1,5 millions de francs. Est-ce cher payé pour dormir sur nos deux oreilles?

« Avocat besogneux, il avait, au grand bonheur de ses clients, renoncé au prétoire pour s’occuper d’une association de locataires. Comme il n’était jamais à son bureau, préférant aller à la pêche ou fumer une bonne pipe, il fit peu de dégâts. Sans doute est-ce la raison pour laquelle un groupement politique l’inscrivit sur sa liste pour les futures élections. Un ténor du parti tomba malade. La pasionaria des causes féministes dut renoncer à son mandat à la suite d’une plainte pour harcèlement sexuel déposée contre elle par l’une de ses secrétaires. Le numéro trois disparut du pays, abandonnant femme et enfants, et laissant derrière lui une ardoise de plusieurs millions de francs.
Pour Mouduneux, tête de liste malgré lui, la voie était brusquement libre.
Il fut élu, prit possession de son bureau Téo Jacob et s’empressa de reprendre ses anciennes habitudes.
Ne rien faire, surtout, et attendre.
Cela ne dura pas longtemps. Élias le contacta, lui présenta un ambitieux projet de construction de logements à la frontière franco-genevoise et déploya toute son énergie pour le convaincre d’y souscrire. Mais l’autre, tirant comme un malade sur sa pipe d’écume, était plus coriace que prévu. Dans les semaines qui suivirent, il revint à la charge plusieurs fois. Il fit valoir les nombreux postes de travail créés (Genève connaissait alors le taux de chômage le plus élevé de Suisse), le grand nombre de logements (dans un canton frappé de pénurie) et l’ouverture transfrontalière qu’un tel projet allait favoriser.
Fidèle à sa légende, la pipe vissée entre les dents, Mouduneux resta inébranlable. Car au moment de s’engager, considérant les risques du projet et les jalousies politiques qu’il n’allait pas manqué de susciter, il préférait ne pas tenter le diable. »
Extrait de La Vie mécène, roman, l’Âge d’Homme, 2008.

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