27/10/2014

L'aveu consternant de Fleur Pellerin

Or donc, la délicieuse ministre française de la Culture (socialiste), Fleur Pellerin, interrogée par notre compatriote Maïtena Biraben, s'est montrée incapable de citer un seul titre de livre de Patrick Modiano, prix Nobel 2014 de littérature...

Croyant se justifier, elle a même avoué n'avoir lu aucun livre depuis deux ans !

http://www.lesinrocks.com/inrocks.tv/ministre-culture-inc...

Comment est-ce possible ? Imagine-t-on André Malraux, voire Jack Lang ou même Frédéric Mitterrand, tous ministres de la Culture, faire un aveu si pitoyable?

Faut-il incriminer la paresse d'esprit, l'inculture crasse, ou seulement la candeur d'une jeune femme ignorante ?

" C'est normal, disent certains. Cette jeune femme est socialiste et les socialistes ont fait table rase de l'Histoire, des idées, comme de la littérature. Ils ne savent plus rien (et ils en sont fiers".

D'autres (j'en fais partie) déplorent l'inculture abyssale des hommes (et femmes) politiques. Qu'ils soient d'ici ou d'ailleurs. Et en particulier des responsables de la Culture.

Si on leur posait une question similaire, je suis sûr que les Ministres vaudois, valaisan ou genevois auraient mille peines à citer un seul titre d'un écrivain romand vivant.

Est-ce l'époque qui veut ça ? Ou le désintérêt croissant (et déprimant) du monde politique pour la littérature, la musique, la peinture, et toutes autres formes d'art ?

 

28/03/2014

Olivier Py fait son théâtre : « Courage, fuyons ! »

images.jpegÀ quoi sert le théâtre sinon à mettre en scène les grands débats de la Cité, les questions politiques, éthiques, sociales ou psychologiques qui nous tourmentent ? Mais aussi : à résister, avec les moyens qui sont les siens (un texte, des acteurs, des situations), à tous les discours dominants, dangereux, exclusifs, qui mettent en péril la vie de la Cité ?

Cette volonté de résistance, le metteur en scène français Olivier Py, nouveau (et provisoire ?) directeur du Festival d'Avignon, semble l'avoir oubliée, puisqu'il vient de menacer de supprimer le Festival, ou de le déplacer ailleurs, si la ville d'Avignon, dimanche prochain, tombe aux mains du Front national !

Laissons de côté le mépris qu'Olivier Py semble porter à la démocratie pour nous concentrer sur l'essentiel : sa réaction (ses menaces), loin d'être courageuse, montre au contraire une singulière pleutrerie : ce n'est pas en fuyant, que le théâtre pourra faire barrage aux idées du FN ! Au contraire, il ne faut pas abandonner les lieux, mais résister sur place aux idées noires, analyser la progression du FN, proposer un antidote au racisme et au nationalisme !

Le théâtre sert à ça. Résister, débattre, dénoncer l'injustice, le malheur, l'imposture. 

Olivier Py l'a oublié. C'est bien dommage. Je crois qu'il s'en mordra les doigts !

10:45 Publié dans all that jazz | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : olivier py, avignon, festival, théâtre, france, front national | | |  Facebook

14/04/2013

L'ère du soupçon

images-3.jpegIl faut imaginer Adam heureux. Il était seul sur terre. Autour de lui, rien que la nature vierge et sauvage. Il pouvait délirer des heures dans la forêt sans que personne ne l’interrompe ou ne le contredise. Ève n’était pas encore là pour lui couper la parole. Mais parlait-il déjà ? Pour dire quoi et à qui ? Avait-il donné un nom aux fleurs des prairies, aux nuages du ciel, aux animaux qui menaçaient sa vie ?

 Le premier homme est important. Mais c’est un mythe : l’Unité primordiale, la Vérité immaculée, l’Origine pure. Tout cela a été inventé après coup. Par les religions, la philosophie, la morale. Il n’y a plus qu’une poignée de nostalgiques pour croire encore à l’unité indivisible de l’homme, et à sa pureté naturelle.

Car tout commence, en vérité, avec le deuxième homme — autrement dit la femme. C’est Ève qui, en même temps qu’elle jette Adam dans les tourbillons de l’histoire et de la connaissance (c’est-à-dire de l’évolution), invente le langage. Les mauvaises langues prétendent d’ailleurs que depuis que la femme a inventé la parole, elle ne veut plus la rendre ! Oui, c’est l’autre qui invente la langue, qui suscite le dialogue, qui provoque la contradiction. C’est l’autre qui, par sa présence, son écoute, vous remet constamment à votre place quand vous vous égarez. C’est l’autre qui, d’un sourire ou d’un mot cruel, débusque vos mensonges.

 Avec le deuxième homme — disons la femme ! — commence l’ère du soupçon.

 Seul, l’homme n’existe pas. Il se ment sans cesse à lui-même. Il se berce d’illusions. Il se croit le maître du monde.

DownloadedFile.jpegC’est ce qui est arrivé, il y a peu, à Jérôme Cahuzac, ministre français des Finances, donnant des leçons de morale à la terre entière avant de se prendre les pieds dans un tissu de mensonges. Certes, sa femme l’avait dénoncé. Médiapart a suivi. Et, comme une meute, les journalistes, l’ont dévoré vivant. C’est aujourd’hui le sort des gens que l’on soupçonne…

 En même temps, par un curieux hasard (à qui profite-t-il ?), des milliers de noms d’avocats et d’hommes politiques circulent sur des listes noires, les « Offshore leaks ». Tous des menteurs et des fraudeurs potentiels ! L’ère du soupçon est généralisée. Aux yeux de ces nouveaux inquisiteurs, tout le monde est suspect a priori. Il ne s’agit pas seulement de surveiller son voisin : il faut aussi le dénoncer si l’on remarque quelque chose d’anormal (on appelle ça des whistleblowers). La presse, chargée d’instruire le dossier, est ravie : elle peut jouer les redresseurs de tort. Le feuilleton est infini, et les tirages remontent. Mais est-ce bien moral ?

Adam ne connaissait pas le soupçon. Il était seul et brave. Il luttait pour sa survie, terrassait des mammouths, traversait des fleuves à la nage. Était-il heureux pour autant ? Je n’en suis pas certain. Car quand il réalisait un exploit, à qui voulez-vous qu’il aille le raconter ?

04:01 Publié dans all that jazz, chroniques nouvelliste | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : adam, ève, langage, soupçon, cahuzac, france | | |  Facebook

30/03/2012

À qui profite le stupre ?

images.jpegÀ qui profite le crime ? Au criminel qui a volé, tué ou violé ? À la victime qui a fait la preuve de son innocence ? À la Justice qui tranche entre le Bien et le Mal ?

Ces réponses, d'ordre moral ou juridique, n'ont plus cours aujourd'hui. Elles appartiennent, déjà, à une histoire ancienne. Une époque révolue où la vérité, patiemment mise à jour, se jouait au prétoire. Dans le théâtre de la Justice. Avec avocats en robes noire et juges en perruques poudrées et col d'hermine.

Aujourd'hui, tout est différent. Personne n'attend plus la sanction des juges (d'ailleurs parfaitement inutile). Les avocats se livrent à des gesticulations bruyantes, via Twitter, Facebook ou les micros que quelques journalistes complaisants veulent bien leur tendre. Tout cela fait partie du spectacle. Le show va toujours de pair avec le business.

Mais dans l'affaire DSK, par exemple, à qui profite le stupre ?

C'est vite vu. Les seuls à profiter de cette sordide affaire sont les médias. Tous les médias. Sans exception (il n'y a aucune différence, ici, entre Le Monde et Le Matin ou le Blick). Qui en remettent, chaque jour, une nouvelle couche. images-1.jpegEn publiant des documents volés, des extraits d'interrogatoire couverts par le secret de l'instruction, des confidences et des ragots insensés. Jamais la presse n'est tombée aussi bas. Voyeurisme. Populisme. Jamais elle n'a fait preuve d'un tel acharnement. Pourquoi ? Pour défendre les pauvres escorts malmenées par DSK ? Si seulement ! Par nostalgie puritaine ? Non plus. Pour écarter définitivement un homme politique du pouvoir ? Peut-être bien. Mais alors pourquoi ? Pour une raison toute simple : à l'époque où la presse tire la langue, où les journaux voient leur audience diminuer chaque jour, l'affaire DSK est du pain béni. Une aubaine ! Elle fait grimper les ventes, aussi sûrement que le Viagra aide à redresser certaines situations défaillantes. Le seul intérêt des articles minables qui retracent cette affaire, c'est d'augmenter le tirage des journaux, de prendre les lecteurs non par les sentiments, mais par les couilles (ou ailleurs, si l'on veut). Et une fois qu'on les tient, on ne les lâche plus…

Merci DSK !

À défaut d'avoir sauvé la Grèce, l'ex-patron du FMI sauve la presse du monde entier. C'est une noble mission. À la hauteur de ses indéniables talents. J'espère qu'un jour, reconnaissants, les journalistes érigeront une statue en son honneur. Bien droite. Et éternelle. Comme la vérité.

 

09:00 Publié dans all that jazz | Lien permanent | Commentaires (11) | Tags : dsk, médias, sexe, nafissatou diallo, politique, france | | |  Facebook

18/05/2011

L'acte manqué (réussi) de DSK

images.jpegL'affaire est simple : vous avez un homme riche, brillant, marié à l'une des femmes les plus célèbres de France. Un homme de scène et de pouvoir. Directeur du FMI et grand stratège de la finance mondiale. En outre, le favori des sondages pour l'élection présidentielle française de 2012. Un homme à qui tout réussit…

Et que fait ce Surhomme ?

Il se laisse prendre dans une affaire sordide avec la femme de chambre d'un grand hôtel new yorkais ! Noire, pauvre, musulmane pratiquante et sans doute au-dessus de tout soupçon…

Y a-t-il une raison logique à ce comportement ?

Certains parlent d'addiction sexuelle, de désir tyrannique, d'« instinct du violeur ». DSK serait un monstre déguisé en représentant de la gauche caviar. Un malade. Un psychopathe. Cela arrange beaucoup de monde, à gauche comme à droite. Même les plus navrants, comme Holenweg ou Brunier. Rien n'est plus faux, bien sûr.

D'autres parlent de complot, orchestré par on ne sait quel rival satanique. Sarkozy (qui se frotte les mains) ? Ségolène Royal (qui a beaucoup de mal à cacher la joie que lui donnent les images de DSK menotté) ? Marine le Pen (qui savait tout avant tout le monde) ? La CIA ? Feu Ben Laden (paix à ses cendres) ? On le voit : la théorie du complt ne tient pas une seconde…

A moins que…

Et s'il ne s'agissait pas d'un complot extérieur ? Si l'ennemi ne venait pas du dehors, mais du dedans ? Autrement dit : et si DSK l'avait fait exprès ? Sans le vouloir, bien sûr. Si quelqu'un, en lui, avait décidé de mettre un terme à cette mascarade? La mascarade du premier de classe, du mari exemplaire, du dirigeant inspiré. Du futur Président. Voilà pourquoi, inconsciemment, il a si bien réussi son acte manqué. « Mon royaume pour une pipe ! » suppliait l'homme qui voulait échapper à la comédie politique. Poser le masque de l'imposteur. Et qui a tout perdu. C'est la moindre des choses.

Au grand bonheur de son inconscient.

09:05 Publié dans all that jazz | Lien permanent | Commentaires (25) | Tags : dsk, new york, socialisme, france | | |  Facebook

09/11/2010

Houellebecq, malgré tout

images.jpeg

Pas de surprise, hier, à l'annonce des lauréats du Prix Goncourt et du Prix Renaudot. Après avoir raté deux fois Houellebecq, le jury Goncourt se rachète une bonne conscience en récompensant La Carte et le Territoire (voir ci-dessous), qui n'est de loin pas le meilleur Houellebecq, mais peut-être pas le plus mauvais non plus. Quant au Renaudot, il est attribué, comme souvent, au loser du Goncourt. Cette année, l'écrivaine « trash » Virginie Despentes, pour Apocalypse bébé (Grasset).

J'ai toujours aimé Michel Houellebecq, auteur improbable d'une œuvre qui sans doute le dépasse, tant elle surmédiatisée, comme son auteur. Dans Extension du domaine de la lutte (1994), Houellebecq explore les méandres et la détresse du monde de l'entreprise. Les rages, les jalousies, l'obsession du succès retournée en échec. Sa plume s'affine dans Les Particules élémentaires (1998), à mon avis son meilleur livre, qui retrace la vie de deux frères jumeaux aux destins inextricablement liés. Satire des années post soixante-huit, de l'idéal communautaire et de la fameuse « libération sexuelle ». Le sexe, précisément, est au centre de Plateforme, roman qui dénonce à la fois la misère affective du monde occidental et sa recherche désespérée du plaisir à tout prix, en particulier dans ce qu'on appelle le tourisme sexuel. En 2001, La Possibilité d'une île renouait avec la veine des Particules, en proposant un roman de science-fiction tout entier construit autour du thème du clonage.

Près de dix ans plus tard, le petit lutin triste (de son vrai nom Michel Thomas, né à la Réunion en 1956) nous propose un objet bizarre, à la fois séduisant et un peu mal fichu. Séduisant, tout d'abord, parce qu'il commence comme une biographie d'artiste, celle d'un créateur contemporain Jed Martin, dont on suit pas à pas le cheminement vers le succès (qu'il s'acharne à fuir, mais qui le poursuit). Bien vite, on comprend que Jed Martin est un clone de Houellebecq. Même attitude désinvolte vis-à-vis de la société, des femmes, des amis. Même fond d'indicible tristesse qui paralyse notre héros dans certaines circonstances. Même besoin de « rendre compte du réel » dans ses œuvres, la plupart mal comprises.

Mais le roman vire une première fois de bord dans la deuxième partie, lorsque Jed Martin rencontre le « vrai » Michel Houellebecq. Une sympathie mutuelle unit les deux hommes qui décident de travailler ensemble. Jed fait le portrait de MH et celui-ci accepte d'écrire un texte pour le catalogue d'exposition de Jed. Jeu de miroir troublant. Où les mots et les images se croisent et se reflètent. Au portrait de l'artiste en jeune louip succède le portrait de l'écrivain tel qu'on le connaît, ou que les médias le présentent. Solitaire, quasi aphasique (il ne parle qu'à son chien, et encore, pas tous les jours!), vivant dans une grande maison vide. Buvant comme un pochtron du vin de médiocre qualité. Un homme pathétique, en somme. Sans famille, sans ami, sans projet. Sans désir. L'auteur (Houellebecq) s'amuse (et nous amuse) beaucoup dans ce portrait pouilleux et désabusé d'un auteur à succès. Cela nous vaut quelques pages hilarantes sur la triste condition de star littéraire !

images-1.jpegBien sûr, cela ne dure pas. Et la troisième partie du roman amorce un nouveau virage. On retrouve Houellebecq assassiné, le corps découpé en lambeaux, sans raison apparente. Commence alors une longue, trop longue enquête policière. L'auteur (qui n'est pas mort, lui) ne nous épargne aucun détail. Ni sur le crime lui-même, ni sur la vie tranquille (et déprimante) des inspecteurs chargés de résoudre l'affaire. On se retrouve plongés dans Les Experts dans le Loiret. Le roman, brusquement, s'enlise et le lecteur remâche son ennui (sans doute voulu par l'auteur, maître en manipulation).

Heureusement l'épilogue, même s'il ne nous apprend pas grand-chose de plus, revient sur la figure de Jed Martin, cet artiste au parcours à la fois singulier et banal. On retrouve le double de Houellebecq à la fin de sa vie, qui aborde la question de sa postérité et de son héritage artistique. L'auteur laisse libre cours à sa veine satirique (c'est là, à mon sens, qu'il est vraiment incomparable). Il imagine une société post-industrielle qui reviendrait aux valeurs traditionnelles. Le tourisme. L'agriculture (!). Malgré ses dénégations, on sent le besoin pour l'auteur non seulement de « rendre compte du réel », mais aussi de laisser une trace, picturale, graphique ou photographique. Comme son père architecte, en secret, lui a légué ses dessins de jeunesse, qu'il découvre à la fin de sa vie.

Le roman se termine sur une sorte de pied-de-nez, très houellebecquien. Mais il a aussi des allures de testament. On n'est pas sûr que Houellebecq écrive un jour un autre livre.

* Michel Houellebecq, La carte et le territoire, Flammarion, 2010.

10:20 Publié dans livres en fête | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : houellebecq, rentrée littéraire, france, roman | | |  Facebook

15/03/2010

La France Moixie

DownloadedFile.jpegLa France est un grand pays. Elle l'a toujours été. Patrie des Droits de l'Homme, berceau de la Révolution, elle a donné naissance aux plus grands artistes et écrivains, tant en peinture, qu'en musique ou en littérature. Elle a fait rayonner universellement une langue qui est devenue, assez vite, la langue de la diplomatie. C'est la France lumineuse, celle de Voltaire, Beaumarchais, Flaubert, Claudel, Camus, etc. Celle de la Résistance et de la Raison. Mais il y a aussi une autre France, profonde, ténébreuse, qui aime à se vautrer dans la boue des idées reçues, du racisme et de l'insulte. C'est la France de Yann Moix, médiocre cinéaste et écrivain raté. La France des pamphlets antisémites, des rafles et de la collaboration (un sport national). Une France à peine moins éternelle que l'autre, hélas, la France des Lumières.

A propos la Suisse, Yann Moix déclarait récemment au Matin (CH) : « Oui, c'est vrai, je déteste la Suisse. C'est un pays qui me dégoûte depuis longtemps. Je ne l'ai jamais aimé. C'est Gestapoland, j'ai toujours l'impression que quelqu'un va m'arrêter, là-bas. Ce qui m'énerve par-dessus tout, c'est cette espèce de neutralité sous laquelle on se déguise pour ne jamais avoir à s'engager. Au final, on est plus salaud que les salauds. » Et plus loin : « Il y en a ras le bol de la Suisse! Chaque fois qu'on en entend parler, c'est pour des histoires du même genre. S'il y a un pays inutile, c'est bien celui-là! C'est une dictature soft, nulle, qui ne génère rien, ne propose rien, ne fait qu'entériner les décisions des autres. La Suisse, c'est le néant. » Etc.

Inutile de commenter les propos de Yann Moix, tant ils respirent à la fois la haine, la stupidité et l'ignorance crasse de la réalité helvétique.

Autre manifestation de cette France moisie, dont Yann Moix est le triste représentant et qui gagne chaque jour du terrain : la rumeur qui, la semaine dernière, a enflammé le Web : Carla S. aurait trompé son petit Nicolas de mari ! De simple rumeur (en fait, une plaisanterie privée entre journalistes sur Twitter) cette « nouvelle » a fait le tour du monde et est devenue, en quelques heures, l'« information » la plus importante du moment. Quelle époque formidable ! Cette hystérie collective est un symptôme particulièrement inquiétant, selon moi, de cette France profonde, éternelle elle aussi, médiocre, infâme, qui cultive le ragot — ce qu'on pourrait appeler « le French cancan » —, à la manière de Yann Moix, pour éviter ou ignorer les vraies questions. Celles qui fâchent (le chômage, la dette extérieure, l'« identité nationale », les questions environnementales, etc.)

La France moisie, c'est aussi ça : préférer le cancan au vrai débat, et l'insulte à la confrontation libre des idées.

 

08:40 Publié dans all that jazz | Lien permanent | Commentaires (17) | Tags : yann moix, suisse, france, pamphlet, polanski | | |  Facebook

20/11/2009

Le foot est un sport de voyous

images.jpeg On l'avait oublié : le foot est un sport de voyous. Ça se joue dans les préaux d'école, pendant les cours, dans les impasses mal famées, les terrains vagues. C'est un sport réservé aux zonards, aux bras ballants, aux mauvais élèves, aux va-nu-pieds. Le rendez-vous des voyous du quartier, tous ceux qui jouent leur vie sur une tête piquée ou un petit pont diabolique. A ceux qui l'avaient oublié, Thierry Henry vient de le rappeler mercredi soir…

Ça fait toute la beauté du foot, le sport le plus universel — parce que le plus subtil et le plus intelligent — du monde. On n'a pas le droit d'utiliser ses mains, qui sont réservées aux tâches nobles, utiles, productives. On joue avec sa tête, ses jambes, ses pieds — autrement dit la part la plus basse, la plus méprisée du corps humain. Le foot ne sert à rien : c'est là sa plus grande force. Il produit de la beauté et des émotions. De l'angoisse. Du suspense. Des retournements de situation qu'on n'osait pas imaginer. Un bon match de foot vaut toutes les pièces de théâtre…

Tenez, l'autre soir, à Paris…

Jamais, de mémoire de supporter, l'équipe de France n'a aussi mal joué, peu inspirée, paresseuse, maladroite : lamentable ! En face, une équipe vaillante et batailleuse, avec un cœur grand comme ça, l'Irlande, des joueurs techniquement limités, mais extraordinairement généreux dans l'effort. Et, récompense méritée : un but qui tombe comme un fruit mûr. L'équipe de France est liquéfiée, sans idées, sans leader, inexistante. Les Français tiennent jusqu'aux prolongations. C'est déjà ça. Ils vont s'écrouler dans le temps additionnel. Les Irlandais se ruent à l'attaque, ratent une, deux, trois occasions de but. Damned !

Soudain, comme chez Shakespeare ou Racine : le coup de théâtre ! L'arbitre oublie un hors-jeu. Il ne voit pas Thierry Henry contrôler le ballon de la main. Il valide le but scandaleux du bouledogue Gallas. Le ciel tombe sur la tête des pauvres Irlandais, qui ont eu le grand tort de respecter les règles du jeu…

Mais c'était oublier que le foot est un  sport de voyous. Les joueurs sont censés suivre les règles du jeu. Mais pas toujours. Et pas tous. Et tous les moyens sont bons pour abuser l'arbitre (car tromper l'homme en noir fait partie du football). Thierry Henry le sait. Certes c'est un gentleman, mais un gentleman cambrioleur. Il n'oublie pas son passé de voyou, de va-nu-pieds. Soyons honnêtes : n'importe qui aurait fait la même chose à sa place. Surtout Domenech, sans doute le plus mauvais entraîneur du monde.

Allez, sans rancune ! Rendez-vous l'année prochaine en Afrique du Sud…

 

 

15:40 Publié dans all that jazz | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : football, france, irlande, thierry henry, main, tricherie | | |  Facebook

23/09/2009

Partir, dit-il

Il y a des livres dont la nécessité s'impose, d'emblée, dès les premières pages. BW*, le dernier livre, au titre étrange, de Lydie Salvayre, est de ceux-là. D'entrée de jeu, le lecteur est happé par un récit haletant, des phrases courtes qui ricochent comme des balles, un ton qui le prend à la gorge. Lydie Salvayre, dont on connaît La Puissance des mouches** et La Compagnie des spectres**, se fait le scribe, dans BW, de l'homme qu'elle aime. À la fois pour retranscrire sa pensée et pour le sauver, au double sens du terme.

Lire la suite

10:00 Publié dans livres en fête | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : lydie salvayre, bw, france, édition | | |  Facebook

09/07/2009

Kouchner au Kärcher

L'inénarrable Bernard Kouchner a de quoi être content: il va de nouveau être au milieu de la photo — et pour longtemps. Mis en accusation par le journaliste Pierre Péan, dans son livre Le Monde selon K.*, le French doctor va devoir s'expliquer ces jours-ci devant l'Assemblée nationale. De quoi précisément?
photo_0302_459_306_18404.jpgLa principale allégation du livre de Péan, comme à son habitude extrêmement bien documenté, concerne de lucratives activités de consultant dans le secteur de la santé en Afrique, que l’actuel ministre des Affaires étrangères aurait exercées entre 2002 et 2007. Selon Péan, Kouchner a mené ces activités pour deux sociétés privées, Africa Steps et Iméda, gérées par deux proches, alors qu’il présidait en même temps un groupement d’intérêt public consacré à la coopération internationale hospitalière. Autrement dit, conflit d'intérêt et soupçons de corruption.
Ce n'est pas la première fois que l'ancien « french doctor » attire sur lui l'attention des médias. On l'a vu, en Afrique, porter, le temps d'une photo, un sac de riz sur ses épaules. On l'a vu aussi, devant les caméras (car Kouchner ne travaille que devant les caméras) défendre le sort des réfugiés, des femmes battues, des enfants abandonnés. Ce qu'on sait moins c'est qu'il est l'auteur, dans les années 90, d'un des plus grands mensonges médiatiques du XXe siècle. C'est lui, durant la guerre en Bosnie, qui diffuse dans la presse et sur les murs de Paris (car Bernard, grâce à sa femme Christine Ockrent, a ses entrées dans les grands médias) une pub, frappante et coûteuse. C'est un photo-montage qui présente, derrière des barbelés, des « prisonniers » d'un camp serbe en Bosnie. La photo est célèbre. Mais pas assez spectaculaire au goût de Kouchner. C'est pourquoi notre médecin y accole l'image d'un mirador d'Auschwitz. Son texte, qui accompagne l'image, y accuse les Serbes d'« exécutions de masse ». Ce média-mensonge n'est pas resté sans conséquence puisqu'il a fait basculer toute l'opinion publique vers le soutien aux bombardements. Toute la presse occidentale, soigneusement abusée, l'a diffusé massivement. Depuis, c'est vrai, dans son autobiographie, Les Guerriers de la paix, l'inénarrable Diafoirus a reconnu son mensonge. Mais alors les journaux n'y ont pas consacré une ligne…
* Pierre Péan, Le Monde selon K., Fayard, 2009.

09:30 Publié dans Grandes Têtes Molles | Lien permanent | Commentaires (17) | Tags : kouchner, france, corruption | | |  Facebook