12/03/2012

Genève rencontre New York (5)

images-1.jpegAvant-dernier jour à New York, où le ciel est toujours bleu délavé et où l'hiver est de retour, tant les températures ont chuté depuis quelques jours.

Deux grands moments, encore, dans cette ville debout, éprise de liberté, où l'on ne peut fumer nulle part, ni prendre des photos dans les salles de spectacle, sans qu'un aimable gardien de l'ordre vienne vous faire une remarque…

De liberté, il est question dans le spectacle présenté hier à La Kitchen, haut-lieu du théâtre expérimental et de la musique d'avant-garde (John Cage y a créé plusieurs de ses pièces, ainsi que Philip Glass, dans les années 70). L'artiste est suisse, même genevois. Né en 1969, Footwa d'Imobilité (le nom que Frédéric Gafner s'est choisi pour entamer une carrière solo) a été nourri au giron de la danse par sa mère Beatriz Consuelo, puis a dansé en Allemagne et fait partie de la prestigieuse troupe de Merce Cunningham à New York. Foofwa_new-120x100.jpgDepuis 2000, il a créé plus de 40 spectacles de danse-video. D'ailleurs, le spectacle d'aujourd'hui, joué en première américaine, débute par une vidéo de Jonathan O'Hear, qui réussit le prodige de réunir trois figures majeures de la danse contemporaine : Pina Bausch, Merce Cunningham et Michael Jackson. Autrement dit : la Reine de Wuppertal, l'Empereur de la danse moderne et le Roi de la pop. Footwa imagine leurs retrouvailles inattendues (ils sont morts à quelques semaines d'intervalle, en 2009, et se retrouvent aux portes de l'enfer). L'idée est assez géniale. Le spectateur, guidé par une sorte de Virgile à l'accent italien, va assister, pendant 50 minutes, aux périgrinations des trois danseurs qui racontent leur vie. Mêlant à la fois le théâtre et la danse, l'imitation, la parodie, les images video, le spectacle de Footwa interroge aussi la liberté de l'artiste. Le danseur est-il libre ou condamné à réciter une chorégraphie longuement apprise ? A-t-il le droit d'improviser ? Et de franchir la ligne rouge qui le sépare des territoires inconnus ? Footwa, qui joue non seulement devant le public, mais avec lui, nous entraîne dans une réflexion assez vertigineuse sur la danse et les libertés de l'interprète.

images-2.jpegÀ peine le spectacle terminé, il faut sauter dans un taxi pour se rendre au Allen Room, près du Lincoln Center, à deux pas de Central Park, mais à l'autre bout de Manhattan.

Cette salle, magnifique, est l'une des plus prestigieuses de New York. On n'a pas le droit de la prendre en photo. Qu'à cela ne tienne ! De nombreuses images circulent sur le Net, qui donnent une idée de l'endroit. Spectaculaire…

Au programme, donc, ce soir, le trio du musicien de jazz genevois Marc Perrenoud (né en 1981), ancien élève du Collège de Saussure (cocorico!). Il joue avec l'excellent Marco Müller (basse) et le dynamique Cyril Regamey (batterie). Marc_Perenoud_Trio-120x100.jpgLe trio est installé devant l'immense bait vitrée qui offre une vue plongeante sur la ville et la nuit qui descend. It could be worse

Disons-le d'emblée. Est-ce que cadre ? L'ambiance si particulière de cette fin d'après-midi ensoleillée ? La chaleur du public (en partie genevois) ? Le punch intact des musiciens ? Le concert fut sublime. Interprétant presque intégralement les titres de son dernier album, Two Lost Churches, Marc Perrenoud (visitez son site ici) et ses acolytes ont subjugué le public. Tout a commencé avec le lancinant « Gospel », avant d'enchaîner avec « Mantas Playground ». Puis le standard de Prévert et Kosma, « Autumn Leaves » (Les feuilles mortes) et l'extraordinaire et swingant « You'be so Nice to Come Home to » un titre de Cole Porter. Une heure et demie de jazz planant et métronomique. Un régal !

Signalons que le spectacle de Footwa d'Imobilité, comme le concert du Trio de Marc Perrenoud, n'auraient pu avoir lieu sans le soutien de la ville de Genève et du Flux Laboratory animé par Cynthia Odier, qui peut être fière de ses protégés !

 

21/05/2011

Un peu de beauté dans ce monde de brutes

Qu'est-ce que la danse sinon l'art de la possession (et de la dépossession) ? Le danseur est hanté par le corps, les sentiments, l'âme d'un autre. C'est pourquoi chaque spectacle est une manière d'exorcisme. Dans cette cérémonie, l'immense Pina Bausch était une sorte de prêtresse, muette et solennelle. Elle seule pouvait exorciser ces corps en transe, habités par le rêve ou l'amour, la solitude ou la musique. Ce n'est pas le moindre mérite de Pina Bausch d'avoir rendu le danse au théâtre, et le théâtre à la cérémonie antique.

Wim Wenders, son ami de toujours, lui rend hommage dans un film magnifique, enjoué, nostalgique, drôle, émouvant. Il met son grand talent de visionnaire au service de la danse, c'est-à-dire du silence et du mouvement. C'est un plaisir, également, de retrouver toute la troupe de Pina — sa famille d'élection — qui nous accueille dans son cercle enchanté.

Un film éblouissant sur un génie de la danse contemporaine. Dépêchez-vous d'aller le voir…

 

14:25 Publié dans all that jazz | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : pina bausch, wim wenders, film, danse | | |  Facebook