01/06/2015

Servette : une honte bien genevoise !

genève,servette,faillite,longchamp,kanaan,culture,sport,footballAlea jacta est : Servette est rélégué en 1ère ligue, avant, peut-être, de descendre encore plus bas, si les factures en cours ne sont pas épongées (et qui les épongerait ?). Ce n'est pas un scoop, hélas, car la nouvelle était connue de tous depuis des mois. Et personne, ici comme ailleurs, n'a levé le petit doigt pour inverser le cours des choses…

Comment en est-on arrivé là ? La gestion mystérieuse de Hugh Quennec a bien sûr sa part de responsabilité. Naïveté ? Mégalomanie ? Méconnaissance du milieu du football (demandez à Michel Platini ou à Sepp Blatter, ils en connaissent un bout sur la question) ? Il y a de tout cela…

Mais il ne faut pas oublier la responsabilité du milieu économique et politique. Les Genevois se méfient toujours des étrangers. Or Quennec est canadien. Cela explique bien des choses, et bien des résistances à faire confiance à un homme qui n'est pas du terroir. Les grosses fortunes du canton préfèrent placer leurs sous ailleurs…

Quant aux politiques, ils ont montré une fois de plus leur couardise. Les plus petits, au Conseil d'État, ont exhibé leur arrogance (c'est leur marque de fabrique). Les autres, tous partis politiques confondus, ont montré leur indifférence, sinon leur impuissance. Il est bien plus utile, pour son image, d'aller couper un ruban ici, ou déposer une couronne de fleurs par là…

Au bal des couards, Genève mène la danse. Après la farce de la traversée de la rade (pont, tunnel ou téléphérique photovoltaïque ?), du Stade de la Praille (à louer), du futur MAH (dans vingt ans, peut-être, avec un nouveau projet de Jean Novel), de la Nouvelle Comédie (qui la dirigera, et avec quels fonds ?), de l'extension souterraine de la gare Cornavin (2 milliards ? 3 milliards ? 5 milliards ?), Genève n'est jamais à cours de genevoiseries.

On peut faire confiance à celles et ceux qui nous gouvernent : à défaut de courage, ils ont de l'imagination.

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21/03/2012

New York, aller-retour.

420465_10150666724248346_741223345_9113852_842542776_n.jpgJe viens de passer une semaine à New York dans le cadre d’une délégation genevoise (à laquelle s’est joint, pour quelques jours, the former President of the Swiss Confederation, Pascal Couchepin) venue défendre, en Amérique, les « idées globales nées à Genève ». Sous ce titre ronflant, on range aussi bien les idées de Jean-Jacques Rousseau, dont on fête cette année le 300ème anniversaire de la naissance, que Henry Dunant ou Jean Piaget. Faisaient partie de cette délégation, outre votre serviteur, des personnalités aussi diverses que l’écrivain Michel Butor (sur la photo avec sa fille Agnès, son petit-fils Salomon et Olivier Delhoume), l’ancien patron de la TV Guillaume Chenevière (auteur d’un excellent livre sur Rousseau*), la journaliste Thérèse Obrecht, le blogueur Stéphane Koch ou encore le pianiste de jazz Marc Perrenoud.

Pendant une semaine, nous avons multiplié les rencontres et les débats (les Américains adorent débattre de tout), les concerts, les spectacles, en défendant, le mieux possible, ces « idées globales nées à Genève ».

Et qu’avons-nous constaté ? Que ces idées, nées au XVIIIè, XIXè ou XXè siècle, à Genève et ailleurs, sont toujours d’une actualité brûlante.

Un débat, particulièrement intéressant, était intitulé « Occupy Rousseau ». Il mettait en présence, en anglais, des lecteurs de Rousseau (au rang desquels Pascal Couchepin a fait très bonne figure), des sénateurs américains et des représentants du mouvement « Occupy Wall Street » (dont l’équivalent, en Europe, serait le mouvement des Indignés). Étonnant de voir à quel point les fusées lancées par Rousseau (sur la démocratie, le contrat social, l’inégalité) éclairent encore aujourd’hui notre monde. Chacun s’y réfère. Chacun en discute âprement. Ces idées sont vivantes, aux États-Unis comme partout dans le monde.

images.jpegUn autre débat, passionnant, a tourné autour de l’éducation. Les idées défendues par Rousseau dans son Émile (1762) sont-elles toujours d’actualité ? Et celles de Pestalozzi ? Et de Jean Piaget ? N’est-il pas dangereux, comme Jean-Jacques l’a prôné, de placer l’enfant (ou l’élève) au centre de l’école ? On constate, aujourd’hui, que les idées de Rousseau sont entrées dans les mœurs. En Europe comme en Amérique. Et qu’elles sont devenues, en matière d’instruction, la pensée dominante. Le Citoyen de Genève en serait le premier surpris !

Certes, nous vivons dans un petit pays qui a tendance à se replier sur lui-même. Un pays qui, depuis quelques années, a mal à son image. Pourtant, les idées nées dans ce pays sont universelles. Elles traversent les frontières et les époques : Rousseau, mais aussi Jung, Frisch, Le Corbusier, Cendrars et cent autres. C’est la vraie carte de visite de la Suisse. Non l’argent sale des banques. Ni les montres ou le chocolat. Ni même les coucous. Mais la richesse culturelle incroyable de ses quatre langues, de ses vingt-six cantons, de son histoire. Certains, à New York ou ailleurs, jugent même cette histoire exemplaire.

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11/02/2011

Les grenouilles de la RTS

images-2.jpegIl y a toujours quelque chose qui se passe à la RTS (anciennement TSR). Quand on ne supprime pas les rares séries originales qui marchent (par exemple Photo sévices, de et avec l'excellent Laurent Deshusses), ce sont les animateurs-vedettes qui jettent l'éponge. Comme Michel Zendali, fatigué d'animer Tard pour Bar, la seule émission culturelle de la RTS. Aimant le débat et la controverse, Zendali avit imaginé une sorte d'Infrarouge culturel, un talk-show plus proche d'Ardisson que de Ruquier. En quoi, sans doute, il a eu tort, vu l'échec relatif de son émission.

L'Hebdo de cette semaine, sous la plume de Melinda Marchese (voit ici), nous apprend que la grogne monte à la RTS. Non pas parce que Zendali s'en va, mais parce que la direction de la chaîne a décidé de confier à une entreprise extérieure le mandat de produire une autre émission culturelle. Cette entreprise, c'est Point Prod, dirigée par l'ex-de la TSR David Rihs. Et l'animatrice pressentie pour remplacer Zendali n'est autre qu'Iris Jimenez, encore une ex de la TSR.

Confier une émission culturelle à une boîte privée, est-ce vraiment un scandale ?

« Oui ! crient en chœur les employés de la RTS. Pourquoi confier à d'autres ce que nous pourrions très bien produire nous-mêmes ? »

L'article de L'Hebdo nous apprend, incidemment, que la rédaction culturelle de la RTS compte pas moins de… 60 collaborateurs !

Je n'en crois pas mes yeux.

60 personnes travaillant jour et nuit, d'arrache-pied, à l'édification des masses laborieuses et incultes de Suisse romande… ? Qui l'eût cru ?

Moi qui pensais naïvement — vu l'indigence de l'offre en la matière de notre télévision — que seul Zendali œuvrait pour la culture! Que font alors les 59 autres collaborateurs, grassement rémunérés par l'argent de la concession ? Sont-ils à ce point inutiles, ou incompétents, qu'on aille chercher ailleurs, dans une maison concurrente et privée, une solution pour remplacer l'inoubliable Tard pour Bar ? Et qu'en pensent, alors, les collaborateurs de la radio (RSR), sensés faire partie intégrante de la nouvelle synergie de la RTS ? Comptent-ils pour beurre ?

Avant le printemps, on entend déjà le chant des grenouilles sur nos ondes.

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28/01/2010

Le pire et le meilleur à la télé

Curieuse coïncidence : les deux émissions passent le même jour, et presque en même temps. La première s’appelle Tard pour Bar : c’est tous les jeudis vers 22h30 sur la TSR. La seconde s’appelle La Grande Librairie : c’est également le jeudi, mais plus tôt, vers 20h35 sur France 5. Avec ces deux émissions, qui prétendent toutes deux présenter l’actualité culturelle et littéraire, la télévision nous propose, chaque semaine, le pire et le meilleur.

images-1.jpegLe pire, tout d’abord. C’est Tard pour Bar sur la TSR. Nous assistons, jeudi après jeudi, au même débat futile réunissant des invités parfaitement interchangeables venus donner la réplique à un animateur qui ne manque pas une occasion d’étaler son inculture et de ramener sa fraise. La vedette, c’est lui, bien sûr, Michel Zendali. Les livres ? Il ne les lit pas (cela pourrait influencer son jugement). Le théâtre ? Il n’y va pas (ce n’est pas très gai). Quant au reste, l’« actualité culturelle », il en délègue la responsabilité à une charmante jeune femme, Ushanga, qui a deux minutes chaque semaine, montre en main, pour la présenter à l’écran. La seule séquence originale de l’émission est constituée par un micro-trottoir réalisé quelque part en Suisse romande avec quiproquos, double sens et clins d’œil tout à fait savoureux. Mais rien, bien sûr, sur l’actualité du livre, les expositions, les concerts. En un mot : la création en Suisse romande (les créateurs sont rarement invités à Tard pour Bar)

images-2.jpegLe meilleur, maintenant. C’est donc tous les jeudis sur France 5 à partir de 20h30. Cela s’appelle La Grande Librairie et c’est animé par François Busnel, un ancien journaliste du magazine Lire. Intelligent, subtil, compétent (il a lu tous les livres dont il parle) et surtout doué d’un sens de l’accueil et de l’écoute tout à fait inconnu chez son concurrent culturel (qui ne songe qu’à couper la parole à ses invités et à se mettre en évidence). Et que propose donc Busnel ? Chaque semaine, c’est un feu d’artifice. Excusez du peu : il a fait venir l’écrivain américain Paul Auster pour un entretien exclusif (et en français !) de deux heures ! De même avec James Ellroy. Il est allé rendre visite à Philip Roth à New York. Il a bien sûr convié à son émission Jacques Chessex, Pascal Quignard, Laure Adler, Amélie Nothomb, etc. Par exemple, sa dernière émission réunissait Marie Darrieussecq, Jean-Jacques Schuhl et Philippe Sollers. Plateau exceptionnel qui a ravi non seulement les amateurs de livres, mais aussi ceux qui aiment les rencontres (et les dialogues) au sommet. François Busnel aime les livres et les écrivain(e)s. Cela se voit et cela s’entend. Il aime les rencontres et les débats. Il est à la fois humble et compétent, heureux surtout de recevoir ses invités.

Alors ce soir, n’hésitez pas, rejoignez tous La Grande Librairie : l’une des rares émissions littéraires que propose la télévision. C’est en effet sur ce plateau, à partir de 20h30, tous les jeudis, que cela se passe.

09:30 Publié dans all that jazz | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : livres, culture, télévision | | |  Facebook

05/10/2009

Au pays des nains de jardin

images.jpegLa Suisse est un petit pays. Les nains qui la gouvernent sont de bons bougres. Ils font ce qu'ils peuvent avec ce qu'ils ont. ils sont honnêtes et respectent la Loi à la lettre. Bien sûr, parfois, ils se tirent dans les pattes. Mais ce n'est pas de leur faute. Car même quand ils se parlent (le mercredi, pendant deux heures), ils ne se comprennent pas.

Dernier exemple en date : la honteuse « affaire Polanski ».

Il suffit qu'un fonctionnaire zêlé, à Zurich, s'aperçoive que le cinéaste franco-polonais était invité au Festival de Cinéma et qu'un mandat d'arrêt international courait contre lui (ah! le frisson d'effroi et de plaisir du fonctionnaire au moment de mettre en place le traquenard : moi, moi, MOI, je vais me payer une star du cinéma !) pour que la machine judiciaire s'enclenche. La première avertie, Madame Widmer-Schlumpf, avocate et notaire, fille d'avocat et de notaire, « n'a pas le choix ». Elle fait exécuter l'ordre sans avertir aucun de ses collègues du Conseil Fédéral. Se rend-elle compte de ce qu'elle fait ? Sans doute pas. Mais « elle n'a pas le choix ».

Le lendemain, jour de l'arrestation, Micheline Calmy-Rey manie l'euphémisme en disant que l'affaire « manque de doigté » (traduisez : ma collègue a agi comme une écervelée : c'est de nouveaux ennuis pour la Suisse, qui n'en manque pas). Puis le grand Pascal, quelques  jours après, tire à son tour contre Micheline en disant qu'il ne voyait pas « le manque de doigté » qu'on pouvait reprocher à la sœur cachée d'Edith Piaf. Il faut dire que Couchepin n'est plus vraiment concerné par les bourdes des autres nains du Collège : il tire sa révérence dans quelques jours (il garde pourtant une dent contre Madame Schlumpf pour n'avoir pas été informé plus tôt puisque c'est lui — par l'intermédiaire de l'Office Fédéral de la Culture — qui non seulement subventionne le Festival de Cinéma de Zurich, mais paie aussi le Prix que Polanski aurait dû recevoir).

Dans la presse dominicale, la sémillante Evelyne met publiquement la faute sur l'Office Fédéral de la Culture (c'est-à-dire Jauslin et Couchepin) et les organisateurs du Festival de Cinéma qui « auraient dû prendre en compte, avant d'inviter Roman Polanski en Suisse pour lui remettre un prix, qu'en Suisse, la prescription pour les affaires d'extradition entre la Suisse et les Etats-Unis est calculée en fonction du droit en vigueur dans le pays qui demande l'extradition » : dura lex, sed lex. Répondant, dans la même interview, à la critique émise par sa collègue Calmy-Rey, le manque de doigté de la Suisse dans l'arrestation de Roman Polanski, EWS répond: « Je ne sais pas ce qu'elle s'imagine » (!).

Quand je vous disais qu'au pays des nains de jardins, la communication est difficile…

Et les autres Conseillers Fédéraux, me direz-vous, qu'en pensent-ils ?

Burkhalter ? Il a déjà provoqué, par ses déclarations intempestives, la « mise en sécurité » des deux otages suisses retenus en Libye. Alors, ce coup-ci, motus et bouche cousue ! Par sa faute, la crise libyenne a reculé d'une année.

Maurer ? Il déteste à la fois sa collègue Widmer-Schlumpf et le cinéma, surtout étranger.

Merz ? Pour ménager son cœur, il est resté en dehors de l'affaire. Mais il n'est pas impossible qu'il doive un jour réparer lui-même les pots cassés (avec nos amis français, polonais, voire américains), comme il l'a fait pour l'affaire Kadhafi et celle de l'UBS.

Mais alors Moritz, allez, ouste, on se réveille ! La culture, au Conseil Fédéral, c'est toi, bon dieu ! Ton frère est un artiste en vue, ta femme tient une galerie de peinture à Zurich…

Voici ce qu'a déclaré le plus dynamique de nos nains de jardin : « L'arrestation de Roman Polanski me surprend. La Suisse, en la matière, a agi de manière très formaliste. Ce qui n'est pas un reproche. Mais le résultat est étrange, car le cinéaste avait été invité pour recevoir un prix co-financé par la Confédération. » D'un seul coup, donc, il dégomme sa collègue EWS et son copain Couchepin. Beau tir groupé…

On s'étonnera, ensuite, que l'image de la Suisse, comme on dit, soit pareillement écornée à l'étranger. Rien de plus normal, pourtant, quand on assiste à une pareille cacophonie.

 

20/05/2009

Mugny et les hypocrites

images.jpeg Indispensable à la survie de l'être humain, c'est une maîtresse jalouse, qui parfois prend le masque du savoir-vivre, de la politesse ou de la décence. Certains prétendent la mépriser, mais c'est en fait ceux qui la servent le mieux. C'est le fonds de commerce de tout homme (ou femme) politique. Et cela semble, de plus en plus, être une spécialité genevoise. Vous avez reconnu : l'hypocrisie.

Seul un écologiste, à Genève, peut être assez naïf ou assez fou pour réclamer le ministère de la Culture, depuis toujours  réputé ingérable. Patrice Mugny est cet homme-là. Saluons donc son courage. Car il en faut pour empoigner tous les dossiers pourris du paysage culturel genevois (le PCG) et, envers et contre tous, prendre finalement une décision. Ce que personne, au fond, ne lui pardonne.

Petit rappel des faits : quand Mugny prend le rênes de la culture genevoise, en 2003, tout le monde s'accorde pour dire qu'il faut un grand coup de balais dans certaines institutions culturelles particulièrement poussiéreuses, ou atteintes de dysfonctionnement chronique. Tout le monde ? C'est-à-dire le microcosme culturel, les députés et même le public. Quelles institutions ? Le Musée d'Ethnographie, tout d'abord, dont le personnel ne cesse de se plaindre, menaçant même de faire grève. Mugny crève l'abcès et licencie le directeur en place. Première volée de bois vert de la part même de ceux (les députés, la presse, les hypocrites) qui réclamaient un changement. Bientôt c'est au tour du Grand-Théâtre : la révolte gronde parmi le personnel. On déplore des dépressions, du surmenage et même un suicide. Mugny se renseigne, comme il a coutume de le faire, et, une fois encore, il tranche dans le vif, se séparant de la diva d'opérette qui dirigeait l'institution. Bronca dans la République! Ceux-là même qui dénonçaient la situation dramatique de l'Opéra tombent à bras raccourcis sur le magistrat, coupable de tous les maux, écolo soixante-huitard, ignare en grande musique et même joueur d'accordéon…

La coupe est pleine ! Comme les vautours de Lucky Luke, les hypocrites attendent la curée…

Aujourd'hui, Mugny crée une fois de plus le scandale en commandant un audit que tout le monde réclamait (le personnel du MHA, les députés, la presse, le public) à propos d'un Musée dont chacun s'accorde à dire — parmi les Genevois comme les nombreux visiteurs étrangers de notre belle ville — qu'il est indigne de Genève, parce qu'il manque de rayonnement, d'imagination, de visibilité (parlez à ces mêmes visiteurs du Musée de l'Hermitage, à Lausanne, ou de la Fondation Giannada, à Martigny, et vous verrez leurs réactions). Bref, depuis des lustres, Genève a mal à ses musées. Une fois encore, tout le monde le sait, tout le monde le murmure. Mais lorsqu'un magistrat prend ses responsabilités (ce qu'on attend de lui), il est exécuté sur la place publique! Par ceux-là même qui le suppliaient d'agir…

Le prochain coup de Mugny, chacun peut le prévoir : il concerne le théatre de la Comédie, qui a perdu depuis quelques années l'aura considérable qu'il avait acquise sous le règne de Benno Besson, puis de Claude Stratz. De théâtre au rayonnement national, voire international (on se souvient des tournées triomphantes de L'Oiseau vert ou de L'École des Mères de Marivaux, mise en scène par Stratz), la Comédie est devenue un théâtre d'ambition régionale, régatant avec peine avec d'autres institutions plus dynamiques comme Carouge ou le Forum de Meyrin. Là-dessus, tout le monde est d'accord. Les députés, le public, la presse, les hypocrites. Mais on rechigne à couper une tête, parce qu'il s'agit d'une femme…

Diriger la culture n'est pas une sinécure, surtout à Genève, où chacun a sa propre idée sur la question. Il faut être fou pour rêver de ce poste. Ou idéaliste. Ou écolo. Ou joueur d'accordéon. Patrice Mugny est ce fou-là. Politics is a dirty business, but somebody has got to do it. La politique est un sale boulot, mais quelqu'un doit le faire. Alors soyons reconnaissants à notre « ayatollah vert » de prendre enfin les décisions (bonnes ou mauvaises, l'avenir seul le dira) que chacun, plus ou moins ouvertement, réclamait dans la République. Le public. La presse. Les hypocrites.

 

 

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03/11/2008

La TSR peut faire mieux (bis)

images-1.jpgEnfin, la TSR s'intéresse à la culture! Après des années de néant, notre télévision prend en compte son cahier des charges et nous propose une vraie émission culturelle. Avouez qu'il y a de quoi rêver…

Cette fois-ci, c'est le journaliste Michel Zendali (ex-Hebdo, ex-Matin dimanche, ex-Liberté) qu'on envoie à la mine. Son émission s'appelle « Tard pour bar » et porte bien son titre. Elle se situe en fin de soirée (ah! la TSR est courageuse, mais pas intrépide…) et son décor est le bar d'un cinéma désaffecté de Lausanne. Le concept de l'émission? Une première partie constituée d'un débat, puis une longue interview d'un « acteur culturel », le tout ponctué d'interventions d'une DJ fébrile, d'un barman bavard et de quelques chroniqueurs, plus ou moins inspirés.

Le résultat? Intéressant, mais comme toujours à améliorer…

Le débat, tout d'abord, passionnant, animé, autour du beau projet de nouveau Musée des Beaux-Arts que la ville de Lausanne (décidément toujours en avance d'une idée) veut construire à Bellerive. Même si ce débat ne réunissait aucun artiste, mais seulement des politiques (!), même s'il était simplement calqué sur les débats routiniers d'Infrarouge, l'idée est bonne, et l'on se réjouit des prochaines discussions autour d'un sujet culturel. Intéresssant était aussi l'entretien, au zinc du bar, entre Zendali et son invité, le metteur en scène colombien Omar Porras, personnalité attachante et chaleureuse, qui défend si bien un théâtre vivant et inventif.

Le reste? Anecdotique. Comme les interventions, brouillonnes, de la DJ chargée de relancer les débats (?) ou celles des chroniqueurs et -euses, crispées et crispantes. On passera rapidement sur le coup de fil, pour le moins laborieux, à Pierre Keller, chargé de chroniquer, pour la semaine prochaine, un « event » culturel, pour relever la performance, trop courte et mal présentée, du chanteur genevois Fauve qu'on aurait aimé mieux connaître.

Au final, une émission encourageante, pour une fois, qui devrait faire la part belle, à l'avenir, aux personnalités culturelles de Suisse romande (jeudi dernier, nous n'avons eu droit qu'à une brochette de people). N'oublions pas, pourtant, que les « artistes », ici comme ailleurs, n'existent que par les œuvres qu'ils produisent et, mis à part la belle chanson de Fauve, ces œuvres étaient curieusement absentes de l'émission. Mais Michel Zendali va certainement redresser le cap…

* Tard pour bar, tous les jeudis vers 22h30, sur la TSR. 

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17/10/2008

On ne prête qu'aux riches

images.jpegIl m'arrive de fréquenter des écrivains ; certains, toujours les mêmes, bien introduits dans les sphères officielles, écument, à Berne ou à Zürich, les coquetèles et les mondanités ; d'autres, de loin les plus nombreux, essaient d'écrire des livres et, lorsqu'ils y parviennent, se lancent dans l'interminable course d'obstacles de la demande de subventions. Il faut rédiger des dossiers en 3, 4, voire 5 exemplaires, demander des devis, évaluer les ventes possibles, etc. Toutes ces démarches prennent généralement deux fois plus de temps que pour écrire un livre. Et, au final, l'auteur récolte, avec un peu de chance, 1000 à 2000 Frs d'aide à la publication. Il n'en verra bien sûr pas le moindre centime, puisque ce subside ira directement à son éditeur…
Mais les temps vont changer, peut-être, depuis que Berne, après avoir gardé un silence farouche, a décidé de venir en aide à la principale banque de Suisse, pleurant misère et obligée, à son tour, de faire la manche, sinon le trottoir.
Bonne nouvelle pour tous ceux qui ont de la peine à boucler leurs fins de mois ! Bonne nouvelle, aussi, pour tous les artistes quémandant, ici ou là, quelques centaines de francs pour survivre ou poursuivre un travail obstiné (et plus nécessaire que jamais) !
Car enfin, si le Conseil fédéral trouve en une soirée quelques dizaines de millions, euh, pardon, de MILLIARDS pour aider une pauvre banque tombée soudain dans la misère, il trouvera sans problème quelques — soyons fous! — dizaines de millions non pas pour faire œuvre philanthropique, mais pour aider, stimuler, encourager la création artistique, qui constitue la vraie richesse de ce pays! Oui, soyons fous, rêvons à ce que serait un pays — la Suisse, par exemple — si le centième, voire le millième de l'argent gaspillé par les banques (UBS en tête) dans la débâcle américaine avait été investi à bon escient dans la création !
C'est-à-dire dans le présent et l'avenir.

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