14/02/2018

Beigbeder défie la mort

images-1.jpegFrédéric Beigbeder (ici avec son épouse genevoise, Lara Micheli) est un homme de son temps : dans les années 90, il ne pensait qu'aux filles et à faire la fête (Nouvelles sous ecstasy, L'amour dure trois ans), puis à l'argent (99 francs), puis à l'actualité (Windows of the world, Prix Interallié 2003). Aujourd'hui, la cinquantaine bien entamée, Beigbeder veut défier la mort. Son dernier livre, Une vie sans fin*, aussi singulier que les précédents, est un « roman de non-fiction », c'est-à-dire une enquête on ne peut plus sérieuse sur les divers moyens d'accéder sinon à une vie éternelle, du moins à une vie presque indéfiniment prolongée.

Cette enquête, Beigbeder l'inscrit dans une équipée burlesque et familiale : le héros du (faux) roman, Frédéric B., animateur de télé et double de l'auteur, va entraîner sa petite famille (sa fille Romy, 10 ans, sa femme Éléonore et leur nouveau-né) dans une sorte de tour du monde des dernières découvertes transhumanistes. Cela donne un côté picaresque à ces aventures obsessionnelles.

Unknown.jpegTout commence par Genève, bien sûr, où Frédéric tombe amoureux d'Éléonore (qui travaille aux HUG!) et l'emmène avec lui. Puis on passera par Jérusalem, l'Autriche, puis les États-Unis, Boston et enfin la Californie, terre de toutes les utopies. Entre-temps, la famille s'agrandit avec le robot Pepper, incarnation de l'intelligence artificielle, mais aux pulsions bien humaines (il pince les fesses des serveuses). On passera en revue les divers moyens de prolonger la vie ou de la booster. On rencontrera plusieurs savants, plus ou moins inquiétants, mélange de Dr Folamour et de Méphistophélès, qui lui promettent tous la vie éternelle…

Le livre se lit comme un roman d'anticipation, basé sur des recherches scientifiques (le génome, la lasérisation du sang, le séquençage de l'ADN) à la fois passionnantes et effrayantes. On y apprend beaucoup de choses : en particulier que l'homme est bien cet apprenti-sorcier capable de repousser les limites de la vie biologique, de cloner les individus, de recréer des espèces disparues ou encore de stocker le contenu complet d'un cerveau humain dans une seule bactérie! 

Quoi qu'il en soit, c'est l'avenir qui nous attend.

* Frédéric Beigbeder, Une vie sans fin, Grasset, 2018.

13/10/2015

Beigbeder à la table des écrivains

images-5.jpegIl y a à boire et à manger, comme d’habitude, dans le dernier ouvrage de Frédéric Beigbeder, Conversations d’un enfant du siècle*. Pour une fois, l’auteur mondain n’occupe pas le devant de la scène. Il laisse le premier rôle aux écrivains qu’il rencontre et avec qui il s’entretient. Ce sont tous des écrivains qu’il admire — ce qui est un gage de qualité. Et cela donne une trentaine de rencontres, certaines un peu rapides (Philippe Sollers, Françoise Sagan, rendez-vous manqué) et d’autres qui prennent le temps d’entrer dans le vif du sujet. Certaines rencontres, à première vue improbables, se révèlent passionnantes et toujours instructives.

De quoi s’agit-il ? D’une enquête sur les écrivains marquants d’aujourd’hui, leur méthode de travail, leurs secrets de fabrication, leurs petites manies, leurs vices inavouables. Beigbeder interroge, écoute, prend des notes, comme un modeste journaliste. images-6.jpegParfois, bien sûr, il intervient pour remettre son interlocuteur sur les rails (il ne s’agit pas de cocaïne ici !), creuser un sujet, ouvrir une brèche. Quand l’autre se prête au jeu — comme Alain Finkielkraut ou Jean d’Ormesson —, se laisse aller aux confidences ou aux aveux, le résultat est assez stupéfiant.

images-7.jpegBeigbeder a ses têtes. Et on ne lui en voudra pas. Jean-Jacques Schuhl, Michel Houellebecq, Jay McInervey sont interviewés plusieurs fois. Ce qui donne de la profondeur au propos. On sent qu’avec eux Frédéric Beigbeder est en confiance. Ce sont des amis, des complices, des frères d’écriture. D’autres fois, le contact est plus difficile et chacun reste figé dans une posture commode. Mais peu importe. L’essentiel est ce qui se dit en passant, au détour d’une phrase, dans un silence lourd de sens.

images-8.jpegL’entretien avec Simon Liberati, par exemple, nous permet de mieux entrer dans ses livres, de comprendre comment le peintre qu’il était (obsédé par le corps) est devenu écrivain (pour expliquer, d’abord, ce qu’il peignait). Idem pour Michel Houellebecq qui voulait devenir cinéaste avant de bifurquer vers l’écriture. Ou encore Alain Finkelkraut qui raconte son amitié gémellaire avec Pascal Bruckner.

À boire et à manger, oui, mais à la table des écrivains.

* Frédéric Beigbeder, Confessions d’un enfant du siècle, Grasset, 20105.

02:33 Publié dans all that jazz, livres en fête | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : beigbeder, d'ormesson, liberati, grasset, sollers | | |  Facebook