10/09/2008

Servet, Servette : même combat!

images.jpegQu'a-t-on appris lors du procès de Marc Roger (et de ses acolytes) que tout le monde ne sût déjà?

Que notre Tartarin était un gestionnaire catastrophique, qu'il était mégalo et mythomane, naïf et beau parleur, mais qu'il avait le don d'inspirer la confiance à de plus naïfs que lui. Qu'il était mû, encore, par un véritable amour du Servette, cette légende que Genève ne mérite pas. Que son plus grand défaut, enfin, fut de ne pas appartenir à la mafia locale : autrement dit, il n'avait pas de protecteur, ni dans le monde politique, ni dans le monde économique. Il l'a payé très cher.

Et ses acolytes?  Ils en ont pris pour leur grade.

Marguerite Fauconnet a falsifié des documents et risque, tout simplement, la radiation de l'ordre des avocats français. Ce n'est pas rien…

Olivier Mauss, qui a beaucoup donné au Servette quand le club allait bien, mais a retiré ses billes quand le club, entré dans la tourmente,  avait besoin de lui, est également sur la sellette : il a laissé le navire couler, sans état d'âme, ni courage particulier.  Il payera sa lâcheté au prix fort : on lui réclame deux millions de francs de dommages et intérêts. Une paille, pour l'une des plus grandes fortunes du pays. Qui, durant tout le procès, n'a eu de cesse d'afficher son mépris tant pour Marc Roger que pour les anciens joueurs du club.

Et après?

Même si les principaux chefs d'accusation contre Roger ont été abandonnés (escroquerie, banqueroute frauduleuse), que la responsabilité du désastre servettien a été reconnue partagée, il reste un homme brisé, que Genève a voulu immoler sur la place publique comme un certain Calvin l'avait fait, il y a 450 ans.

Cela ne vous rappelle rien? Michel Servet, condamné pour hérésie par le tribunal de la Réforme et brûlé vif, devant les regards horrifiés et amusés des Genevois…

Pour se racheter, la ville avait ensuite donné son nom à un quartier, qui lui-même l'a donné à un club de football.

Servet, Servette : même destin, même combat…

Espérons que nos illustres ministres en tirent la leçon. Et qu'on attribue vite une rue — ou mieux : un stade — à Marc Roger. Pour le dédomager de ses déboires judiciaires genevois.

 

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05/09/2008

Marc Roger ou le dindon farci à la genevoise

images.jpeg Jour après jour, ce qui ressort des témoignages recueillis lors du procès de Marc Roger vient confirmer ce que nous pensions de l'affaire : à savoir que le Français, à jamais étranger dans une société genevoise où règnent l'omerta et le copinage, a joué dans l'affaire le rôle du lampiste de service. Tous les témoins entonnent la même rengaine. Christian Luscher :« Il avait un projet solide et beaucoup d'énergie. On lui a fait confiance. » Olivier Mauss : « Peut-être ai-je été trop naïf ? Mais je lui ai fait confiance… » Et les joueurs de rajouter : « Il parlait bien, il avait des idées, nous lui avons fait confiance. » Seule la comptable, cherchant désespérément une oreille charitable dans un club où personne, visiblement, ne se souciait d'argent, tient un discours un peu différent : « M. Roger n'avait aucune connaissance en comptabilité. Tout le monde le savait. En outre, il était d'une naïveté confondante. La preuve : un jour, il a failli racheter le club de foot du Vatican, un club qui n'existe pas. »
On le voit encore une fois : trop contents de se refiler la patate chaude, les anciens dirigeants du Servette (Luscher, Carrard, Mauss) ont profité de la candeur de ce méridional pur sucre, naïf et mégalo, en se réjouissant secrètement, sans doute, de le voir échouer là où eux avaient réussi à sauver la baraque (sauvetage relatif, puisqu'ils ont légué à Marc Roger près de 12 millions de dettes, qu'il a épongées !). 
Marc Roger va-t-il payer pour tous les autres? Sera-t-il jusqu'au bout le dindon de la farce? Si la justice veut un coupable, elle tient en Marc Roger l'homme idéal : naïf, incompétent en matière de finance, hâbleur, flambeur, mégalomane et mythomane. Un vrai champion du monde.
Espérons tout de même que les vrais responsables — ceux qui ont placé Marc Roger à la tête du club et lui ont servi de caution, tous ceux qui ont fermé les yeux sur sa gestion désastreuse —, à défaut d'être condamnés, soient blamés publiquement comme ils le méritent. Cela ne serait que justice.

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03/09/2008

Un Calvin explosif

1689893003.jpgPour son premier roman, on peut dire que Nicolas Buri (né en 1965 à Genève) ne manque pas d'ambition, ni de toupet. Pierre de scandale* met en scène, dans un livre haletant, rien moins que Jean Calvin lui-même. Revisitant, après tant d’autres, mais de manière absolument personnelle, la vie mouvementée du grand réformateur français. Tout commence en 1515, date fatidique de la bataille de Marignan, et surtout de la mort de sa mère. À partir de ce choc, de la haine larvée qu’il voue à son père, Calvin va s’affranchir des siens, quitter sa modeste province pour aller suivre, à Paris, l’enseignement des maîtres de l’époque. C’est là qu’il croisera Rabelais (rencontre à vrai dire improbable), aura des démêlés avec les représentants de l’Inquisition, rencontrera Michel Servet. Dans une langue âpre et précise, jubilatoire, Buri décrit le périple de celui qui n’est encore qu’un pèlerin catholique assez ordinaire. Il faudra des voyages, des rencontres, des illuminations, pour que Calvin se forge un destin qui marquera durablement l’Europe, et singulièrement Genève, la nouvelle Rome protestante.
Si le roman part en fanfare, il perd un peu son rythme en chemin. On guette avec impatience l’arrivée de Calvin à Genève, la ville qu’il va littéralement marquer de son empreinte, et Genève tarde un peu. C’est que Nicolas Buri aime à prendre son temps, à se lancer dans de nombreuses discussions théologiques (la Trinité, la prédestination) qui donnent de l’épaisseur au roman. Le lecteur, s’il reste un peu sur sa faim, ne perd jamais son temps.
Arrive enfin le moment de vérité : appelé par Guillaume Farel, dont Buri trace un savoureux portrait, Calvin va prendre rapidement possession de la ville, malgré l’opposition larvée des bourgeois. Buri montre bien les enjeux de cette guerre intestine. Il montre aussi comment Calvin, seul contre tous, ne craint jamais le coup de force. C’est ainsi qu’il imposera aux Genevois des règles de plus en plus strictes, et souvent farfelues (interdiction de porter de la soie). « Je voyais la rue. Ville industrieuse. Commerce intense. Et ma création, l’académie, avec des professeurs venus de loin à mon invitation. Une réussite formidable. Une garantie de longévité pour la vraie Foi, pour la paix, pour le bel ordre. J’entendis l’horloge. Ça aussi : ce n’était pas un détail, mais un fondement. L’heure, la division du temps, un progrès merveilleux. La règle du temps donnait une autre valeur au travail. C’était bien mais on ne pouvait lâcher bride. Trop de méchants. Trop d’ennemis. Je me sentais seul. »
Seul, Calvin, qui se croit investi d’une mission, ne l’est jamais totalement. Un autre personnage, haut en couleur et fort en gueule, le suit dans le livre comme une ombre. Il s’agit de Michel (ou Miguel) Servet, que Calvin rencontre à Paris et retrouve, des années plus tard, à Genève. « L’église se vidait. Miguel se leva. Je le regardais depuis la chaire, ses bijoux, son air délicat et supérieur, l’anathème au coin des lèvres. Il se tourna vers moi, prit face à la chaire la pose d’un homme qui apprécie une belle peinture. Se lissa le bouc et, avec une petite courbette, m’adressa un sourire courtois. Puis il sortit d’un pas indolent. » L’affrontement entre les deux est inégal. Et Servet, vite taxé d’hérétique, jeté en prison avec les rats et la vermine, jugé à la hâte dans une parodie de procès, puis brûlé sur la place publique. Comme on sait, Calvin n’assista pas à la mise à mort, trop occupé à écrire dans son scriptorium. C’est sur cette image d’un Calvin à la fois humble et hautain, prisonnier de sa solitude et de sa mission, que s’achève le beau roman de Nicolas Buri, mené tambour battant, avec beaucoup de verve et vivacité
* Nicolas Buri, Pierre de scandale, éditions d'Autre Part, 2008. 

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01/09/2008

Le jour des poires est arrivé!

marc_roger_article.jpgOn l’attendait depuis longtemps (près de trois ans) : il a fini par arriver. Malgré les lenteurs de la justice, les évasions rocambolesques du principal prévenu et l’imbroglio juridico-financier de l’affaire, le procès de Marc Roger vient de s’ouvrir ce matin à Genève. Ainsi présentée, l’affaire paraît jouée d’avance : on connaît le montant abyssal de la faillite (plus de 14 millions de francs) et on tient en la personne de Marc Roger le coupable idéal. Aurait-il été payé pour tenir ce rôle de Tartarin, haut en couleur et fort en gueule, que cela n’étonnerait personne. Sous quelque angle qu’on l’observe, Marc Roger est trop parfait dans le costume bariolé que la presse lui a taillé.
Pourtant, il ne sera pas le seul à s’asseoir sur le banc d’infamie. Il y sera en très bonne compagnie, puisqu’à ses côtés se trouveront l’homme d’affaire genevois Olivier Mauss et une avocate parisienne, Marguerite Fauconnet (et non, comme des journalistes taquins l’ont écrit, Isabelle Falconnier, rédactrice à l’Hebdo !).
On ne présente plus Olivier Mauss, qui hante les vestiaires du Servette depuis des lustres : propriétaire de Manor et des Trois Suisses, il fait partie des plus grandes fortunes du pays. Qu’a-t-il donc fait dans cette galère ? Rien de moins que cela : il s’est porté garant de Marc Roger. C’est donc lui, en toute logique, qui aurait dû intervenir personnellement (et rapidement) quand le club s’est trouvé pris dans la spirale des dépenses et des dettes. Ce qu’il n’a pas fait, bien sûr, se contentant de regarder sombrer le navire servettien. Si la justice fait son travail, c’est assurément vers lui que les plaignants vont se tourner. Et peu de gens le plaidront.
Quant à la mystérieuse Marguerite Fauconnet, c’est elle qui secondait Marc Roger depuis longtemps dans ses affaires, rédigeant notules et contrats, et servant de caution juridique à notre exubérant Zorro méridional. Des personnes bien au fait du dossier jugent sa responsabilité accablante. Même si cette femme de loi machiavélique ne daignera pas se présenter au procès, elle a joué, elle aussi, un rôle essentiel dans cette partie de dupes qu’a été la gestion du Servette sous l’ère Marc Roger (dont le métier, rappelons-le, n’est pas gestionnaire de club, mais agent de joueurs).
La justice fera-t-elle son travail ? Osera-t-elle mettre sur la sellette des VIP locales (Olivier Mauss, Olivier Carrard, Christian Luscher) ? Rien n’est moins sûr. Ces derniers jouissent d’appuis trop importants, au Palais de Justice comme dans la presse. Souhaitons néanmoins qu’à défaut de justice, une certaine lumière soit faite sur cette période particulièrement agitée de la vie genevoise, qui a tout de même provoqué une manière de traumatisme dont le canton, aujourd’hui encore, ne s’est pas totalement remis.

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20/05/2008

Un Marc Roger vaut mieux que deux tu-l'auras!

39337518.jpgVous connaissez l'histoire de ce gars qui a eu la malchance de se trouver au mauvais endroit au mauvais moment? Nous sommes en 2004. On s'apprête à mettre un club en faillite, le FC Servette pour ne pas le nommer, quand, surgissant de nulle part, comme Winkelried poussé dans le dos par les siens, un homme s'avance et décide, par défi ou inconscience, de reprendre le club. Ce héros, vous le connaissez, il s'appelle Marc Roger. Il a le tort, aux yeux des notables genevois, d'être Français. Donc étranger. Et chacun sait qu'en tout bon Genevois sommeille un UDC…
S'il s'avance, ce héros, c'est aussi qu'on l'a poussé en avant, et qu'on lui a fait de nombreuses promesses. On lui a fourni de solides garanties financières (M. Mauss). On lui a promis que le club était assaini (M. Luscher). On a gonflé les chiffres de fréquentation du stade. Autant de promesses mensongères…
Jovial, naïf, celui qu'on va bientôt surnommer Tartarin se lance dans l'aventure. Seul. Cela ne plaît pas aux notables de la place, qui lui mettent les bâtons dans les roues. Un à un, les financiers qui l'entouraient se défilent. Celui qui devait l'épauler (M. Mauss) joue les fantômes. Un autre, président du Real Madrid, M. Sainz, qui avait promis des millions, retire ses billes, sans honorer ses engagements. Un journal de la place, Le Temps, le diffame gravement, et en toute impunité. Qu'importe! Notre Tartarin reste à la barre jusqu'au naufrage final. Baroud d'honneur…
Quatre ans plus tard, Marc Roger est toujours en prison préventive. A Genève, cette ville qui l'a si chaleureusement accueilli. C'est vrai qu'il a tenté, par deux fois, d'échapper à la justice, et qu'il s'est fait piquer, comme un bleu, dans un hôtel espagnol, aux premières lueurs de l'aube. Mais tous les avocats du monde s'accordent à dire que la justice s'acharne sur lui. Qu'il est en préventive depuis trop longtemps. Que la peine de prison qui le menace risque d'être inférieure à celle qu'il a déjà purgée. Qu'importe. Il est Français. Il faut faire de son cas un exemple…
Quoi qu'il en soit, le procès qui devrait (enfin!) s'ouvrir en septembre, risque de valoir son pesant de révélations et de coups de théatre. D'autres notables, inculpés comme lui (M. Mauss, Me Fauconnet), devront s'expliquer publiquement. Et risqueront, eux aussi, la prison ferme. Ce qui n'est que justice. On verra alors qui, dans cette affaire bien genevoise, ressemble à M. Seguin ou au curé de Cucugnan. 
 

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25/04/2008

Les dessous chic de la vie genevoise

276961313.jpgLa vie genevoise, qui en vaut bien d'autres, ressemble de plus en plus à un roman, vous ne trouvez pas? 
Une certaine Cécile B. qui tente — maladroitement, hélas, comme à son habitude — de mettre fin à ses jours pour être allée un peu trop loin dans le donjon des sentiments amoureux… Un ancien président de club de football, Marc R., l'homme qui a eu la malchance de se trouver au mauvais endroit au mauvais moment, qui refile en douce l'argent de son compte en banque luxembourgeois à un ancien proxénète, pour payer je ne sais quel transfert douteux… Un Ministre genevois, franc du collier, mais mou du nœud, Laurent M., qui menace de coller des amendes à tous les fumeurs de joints et les sniffeurs de poudre, mais promet de laisser tranquilles les grands seigneurs des paradis artificiels… Un jeune restaurateur, jaloux de son rival, qui s'assure les services d'un homme de main — agent infiltré de la police, bien sûr — pour se débarrasser de ce concurrent gênant…
Ça ne vous rappelle rien?
Hé bien, oui, vous avez gagné!
Tout est dans La Vie mécène, le premier livre, depuis longtemps, à montrer le dessous de la vie genevoise…
Venez retrouver son auteur, du 1er au 4 mai, au Salon du Livre de Genève, au stand de l'Âge d'Homme, rue Dostoïevski 10.
L'apéro est gratuit! 
 

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12/03/2008

Un magistrat au-dessus de tout soupçon


Avocat besogneux, il avait, au grand bonheur de ses clients, renoncé au prétoire pour s’occuper d’une association de locataires. Comme il n’était jamais à son bureau, préférant aller à la pêche ou fumer une bonne pipe, il fit peu de dégâts. Sans doute est-ce la raison pour laquelle un groupement politique l’inscrivit sur sa liste pour les futures élections. Un ténor du parti tomba malade. La pasionaria des causes féministes dut renoncer à son mandat à la suite d’une plainte pour harcèlement sexuel déposée contre elle par l’une de ses secrétaires. Le numéro trois disparut du pays, abandonnant femme et enfants, et laissant derrière lui une ardoise de plusieurs millions de francs.
Pour Mouduneux, tête de liste malgré lui, la voie était brusquement libre.
Il fut élu, prit possession de son bureau Téo Jacob et s’empressa de reprendre ses anciennes habitudes.
Ne rien faire, surtout, et attendre.
Cela ne dura pas longtemps. Élias le contacta, lui présenta un ambitieux projet de construction de logements à la frontière franco-genevoise et déploya toute son énergie pour le convaincre d’y souscrire. Mais l’autre, tirant comme un malade sur sa pipe d’écume, était plus coriace que prévu. Dans les semaines qui suivirent, il revint à la charge plusieurs fois. Il fit valoir les nombreux postes de travail créés (Genève connaissait alors le taux de chômage le plus élevé de Suisse), le grand nombre de logements (dans un canton frappé de pénurie) et l’ouverture transfrontalière qu’un tel projet allait favoriser.
Fidèle à sa légende, la pipe vissée entre les dents, Mouduneux resta inébranlable. Car au moment de s’engager, considérant les risques du projet et les jalousies politiques qu’il n’allait pas manqué de susciter, il préférait ne pas tenter le diable.
Extrait de La Vie mécène, roman, l’Âge d’Homme, 2008.

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18/01/2008

Qui veut gagner des millions?


 
Ne jetez pas la pierre à Hani Ramadan!
En recevant 255'000 Frs. d'indemnités, pour solde de tout compte, après avoir touché pendant cinq ans son salaire de fonctionnaire au DIP alors qu'il était suspendu, il a eu le mérite de confirmer aux yeux de la population deux idées largement répandues:
1) les profs, comme on sait, sont payés — et grassement — pour ne rien faire: la preuve par Hani…
2) on a le droit, dans notre petite République, de défendre les idées les plus détestables (les femmes infidèles doivent être lapidées ; le sida est une punition divine, etc.). Non seulement, ces idées sont exprimées, diffusées largement par des médias complices, mais, en plus, celui qui les exprime reçoit, en guise de récompense, une assez coquette indemnité…
Mais ne jetons pas la pierre à Hani. Car, enfin, qu'auriez-vous fait à sa place?
En se battant pour son honneur (et sa retraite), l'imam suspendu n'a fait, au fond, que défendre logiquement ses droits. Bénéficiant, il est vrai, dans cette ahurissante histoire, de l'efficacité unique de Laurent Moutinot (figure emblématique, avec Martine Brunschwig-Graf, du déclin genevois amorcé dans les années 90)…
La leçon de cette fable?
Professez des horreurs, accrochez-vous aux idées les plus archaïques, encouragez vos ouailles à se faire respecter de leur(s) épouse(s) ou à la/les battre sinon à coups de baguette, du moins à coups de brosse à dents — cela peut rapporter gros. Il suffit d'un bon avocat et de quelques ministres à la fois moralistes et incompétents. Cela fera de vous un homme riche et célèbre.
 
 

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28/11/2007

Il faut sauver le soldat Poitry

Une question lancinante tarraude les esprits suisses-romands. Ce ne sont pas les énièmes menaces de l'Empereur Constantin (par ailleurs président du FC Sion) de licencier toute son équipe de bras cassés. Ce ne sont pas non plus les odieux marchandages, sous l'égide ricanante de George Bush, des présidents israélien et palestinien quelque part au fin fond de l'Amérique invisible. Non. C'est beaucoup plus grave que ça. Beaucoup plus proche de nous aussi.

La charmante ville de Nyon — qui est la plus belle de tout l'arc lémanique, et celle où je suis né — risque de perdre sa tête. C'est-à-dire son syndic (traduction genevoise : son maire).

Ne riez pas! L'affaire est trop sérieuse. Il y va de l'honneur de toute une région — et peut-être même de l'honneur national. La situation est cornélienne : parce qu'il a déménage en mai dernier dans une villa construite à un jet de pierre de Nyon — mais sur la commune de Prangins — le brave syndic Astérix Poitry, à la tête de la ville depuis six ans, devra abandonner son poste. L'ordre est venu d'en-haut : c'est-à-dire du Grand Château de Lausanne (traduction : des Romains).

Astérix contre les Vaudois

Que faire alors? Obéir aux tyrans lausannois ou faire cessession ? Rayer Astérix Poitry du rôle électoral ou renvoyer la patate chaude aux Conseil d'État? Les Nyonnais sont bien embêtés. On le serait à moins. L'honneur commande pourtant de se battre jusqu'au bout. Il faut sauver le soldat Poitry. Quitte à se mettre tout le monde sur le dos. Une solution serait d'annexer la parcelle sur laquelle le syndic a construit sa villa — et, dans la foulée, d'annexer Prangins (qui, de toute manière, n'existe pas). Une autre serait de déplacer l'étude d'avocat du syndic Poitry dans sa villa et, inversement, d'installer sa villa dans son étude d'avocat. Une troisième solution serait de demander l'asile politique à Genève (qui occupe déjà, de facto, l'essentiel de la région nyonnaise).

Quelle quelle que soit la solution choisie, le maître-mot est : résister. C'est uniquement en résistant tous ensemble contre le tyran que nous pourrons sauver le brave syndic Poitry.

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