15/12/2009

Rapt : un film à ne pas manquer !

DownloadedFile.jpeg Il y a un film à ne pas manquer actuellement au cinéma. C'est le dernier film du cinéaste belge Lucas Belvaux, Rapt ! Inspiré de la fameuse affaire du baron Empain, qui défraya la chronique en 1978, Rapt ! est une adaptation à la fois fidèle et incroyablement intelligente de ce faits divers. On se souvient que le fameux baron, « grand capitaine d'industrie » comme on disait alors, fut enlevé par un groupe de truands qui réclamèrent une rançon extrêmement élevée. Rançon que la famille et l'entourage d'Empain, délibérément ou pas, ne purent payer.

Lucas Belvaux décortique l'affaire au scalpel sans jamais tomber dans le pathos. Pourtant, les ravisseurs du baron ne sont pas des enfants de chœur. Ils cognent avant de causer. Et ils n'hésitent pas, comme on sait, à mutiler leur victime en lui coupant une phalange de la main gauche. D'un côté, donc, la violence froide et calculée. De l'autre, une famille désemparée qui apprend chaque jour, par la presse de boulevard, les frasques de leur fils, mari ou père respectif. Autre violence, médiatique, qui vaut bien celle des truands. Au mileu, enjeu de tous les combats, le baron, réduit à un animal apeuré, qui porte un masque et secoue ses chaînes quand on le lui ordonne, qui tremble qu'on l'ampute à nouveau, qui ne pense à qu'à sauver sa pauvre vie.

La force du film de Belvaux, c'est de montrer tout ça sans fiotirure, ni effet de style superflu. La fin est particulièrement impressionnante qui montre le baron, détruit, rentrer dans sa famille, où l'attendent humiliations, chantages et nouvelles menaces d'enlèvement. Qui est la victime ? L'homme (« horrible-chef-d'entreprise-capitaliste-aristocrate ») ou son entourage ? Et qui, dans cette affaire, manipule qui ? La famille ? Les truands ? La presse ? La police ?

Tout cela rend le film de Belvaux admirable. Comme les comédiens, tous fantastiques. Yvan Attal est un baron tout à fait crédible, touchant, dépassé par ce qui lui arrive. Mais aussi André Marcon, magnifique comédien, dans le rôle trouble de l'homme de confiance du baron. Maître du double jeu. Et encore Anne Consigny, qu'on a déjà admirée dans le dernier film d'Arnaud Despléchins, qui joue ici l'épouse du baron. Et enfin, last but not least, le très bon Michel Voïta, l'un de nos tout meilleurs comédiens, parfait dans son rôle de patron de la police.

Allez, j'en ai trop dit ! Courez voir Rapt ! avant qu'il disparaisse de nos écrans. C'est l'un des meilleurs films de l'année.

A Genève, au cinéma Central.

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10/08/2009

Souvenirs de Locarno (1)

images.jpeg Il faut aller à Locarno, comme tous les Romands branchés, et les hommes politiques désœuvrés. C'est une ville pleine de charme et de surprises, où l'on découvre parfois un bon film. Si vous voulez devenir Conseiller fédéral, par exemple, c'est un must, il faut aller vous faire voir sur la Piazza Grande, de préférence quand les caméras de la télévision sont plantées près des loges VIP, vers les 21 heures. Sinon vous n'avez aucune chance…

Le gratin de la politique suisse l'a bien compris qui a fait semblant de s'intéresser, pour un jour ou deux, aux dernières merveilles du 7ème art…

Le cinéma, parlons-en. C'est d'abord, tout le monde à Locarno l'a compris, une affaire de politique et de gros sous. Pascal Couchepin, à son plus grand mérite, a créé une structure de soutien du cinéma suisse. C'est un effort unique pour encourager et développer des projets cinématographiques « populaires et de qualité ». images-2.jpegComme on sait, il a placé le genevois Nicolas Bideau à la tête de cette structure, lequel Bideau, année après année, doit doit affronter la polémique à Locarno. Cette année comme les précédentes. Nous y reviendrons.

Mais les films, alors? Le cinéma, à Locarno, intéresse-t-il encore quelqu'un?

Malgré un début de festival plutôt terne (la première soirée sur la Piazza Grande, avec les films de Mark Webb et Amos Gitaï, fut un désastre), malgré l'invasion des mangas japonais, hôte d'honneur du festival (est-ce encore de notre âge?), quelques perles se sont glissées dans une programmation souvent lourde et austère, marquée par la lèpre naturaliste des frères Dardenne, qui ont hélas fait école. Entre une mère (admirable) obligée de s'occuper, seule, de son fils tétraplégique, un ado japonais livré aux horreurs de la misère, une jeune lesbienne assassinant avec sa comparse le père qui l'a abusée, l'atmosphère générale, on le voit, n'est pas à la franche rigolade.

Heureusement, il y a les courts-métrages suisses, largement subventionnés par Berne, qui offrent de belles promesses. Et il y a cette nouvelle génération (spontanée ?) de cinéastes qui réalisent leurs films sans aucune équipe technique, armés de leur seul téléphone portable. Le film le plus abouti, dans ce nouveau genre, est sans conteste Téhéran sans permission, de Sepideh Farsi. Revenant dans la ville qui l'a vue naître, Sepideh Farsi promène son portable incognito (ou presque) dans les rues, les taxis, les magasins de Téhéran. 1873160553.jpgC'est peu dire que ce film clandestin (et risqué) coupe souvent le souffle par son culot (la réalisatrice pénètre dans les mosquées, côtoie des policiers sur le qui-vive). Il frappe d'abord par sa justesse et son authenticité, le poids de vérité des témoignages recueillis. Son goût du risque. Sans mise en scène, ces rencontres de hasard, soigneusement montées comme une vraie fiction, nous donnent à voir et à sentir l'Iran d'ajourd'hui, quelques mois à peine avant les émeutes récentes de juin 2009. On comprend mieux ces mouvements de révolte en découvrant le film de Sepideh Farsi, qui les annonce et les explique. C'est encore une force de ce cinéma sans artifice qui puise dans la réalité sa raison d'être et son engagement.

C'est sans doute l'une des voies-voix les plus prometteuses du cinéma de demain.

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