05/07/2009

Les années molles

1892305345.jpgQuand André Gide, au cœur des années folles, s’aventure à parler, dans Si le grain ne meurt, de son goût prononcé pour les garçons (de préférence mineurs), c’est bien sûr à mots couverts qu’il le fait. La censure officielle sommeille. Mais le regard des lecteurs anonymes le suit depuis longtemps. On peut parler de ces choses-là, en 1927, mais discrètement, en y mettant les formes. La liberté d’expression existe, mais elle a des limites : celles de la bienséance et du bon goût.
Pourtant, lorsqu’il publie son livre, Gide sait qu’il va faire scandale et qu’il pousse cette liberté à ses limites.
Aujourd’hui, au cœur des années molles, il me semble que les choses ont bien changé. Un auteur peut écrire ce qu’il veut, car, au fond, tout le monde s’en fout. Il peut insulter les hommes politiques, traîner ses contemporains dans la boue et proférer les pires blasphèmes. Au mieux, il recevra une ou deux lettres d’injures (anonymes, comme il se doit). Au pire, il provoquera un haussement d’épaules. Dans les deux cas, son brûlot sera oublié dans les deux mois. Et s’il ne l’était pas, les critiques littéraires veilleraient personnellement à ce qu’il soit enterré.
La liberté d’expression, pour un écrivain, aujourd’hui plus que jamais, est absolue. Elle lui donne droit à la provocation, au blasphème, au cri primal, à l’attentat littéraire — et même à l’erreur, s’il le faut. Car elle ne s’use que si l’on ne s’en sert pas.
Et aujourd’hui, me semble-t-il, peu de monde s’en sert.
Nous vivons sous la coupe du politiquement correct, c’est-à-dire de la dictature des bons sentiments. Nous sommes tous des anges et nous avons le droit — que dis-je : le devoir — de l’exprimer. Cette croisade morale, qui touche tous les domaines de la société, appauvrit considérablement la littérature, comme les arts en général. Les vraies audaces sont rares. Les auteurs vraiment libres, également.
Si Gide publiait ses mémoires aujourd’hui, il serait encensé par Le Temps et Le Courrier pour sa défense des groupes minoritaires, et son éloge d’une sexualité alternative. Cela ne veut pas dire qu’il serait beaucoup lu. Bien au contraire. Mais il recevrait certainement le Prix des Droits de l’Homme.

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02/07/2009

Culte et commerce de Nicolas Bouvier


Le 17 février 1998 nous quittait Nicolas Bouvier. On célèbre ces temps-ci le dixième anniversaire de sa mort. Rien n’est plus juste, hélas : un bon écrivain, dans ce pays, est un écrivain mort. Pourquoi ? Parce que la mort permet à la fois d’idéaliser l’auteur, de lui construire une statue, et d’exploiter son œuvre.
Autrement dit, la mort instaure un culte et un commerce.
Le culte, d’abord. On constate aujourd’hui que cet « écrivain-voyageur » (l’expression le faisait rigoler) est devenu, pour le public, un objet de vénération. Cet homme qui a écrit trois livres (mais des grands livres : L’Usage du monde, Chronique japonaise et Poisson-Scorpion) et une multitude d’articles serait surpris de constater l’espèce de dévotion qui entoure aujourd’hui son œuvre (et sa personne). Comme Dieu, on ne prononce plus son nom qu’en tremblant. Il est devenu, en dix ans, grâce à sa mort, une icône à la fois pour les écrivains et les routards, les journalistes et les universitaires — alors que, bien sûr, de son vivant, son œuvre n’intéressait que les vrais passionnés.
Le commerce, ensuite. Il ne se passe pas une semaine, désormais, sans que paraisse un nouveau livre qui se réclame de son influence ou de son œuvre. Cela va des albums de photographies, très inégales, signées par le grand voyageur, en passant par les livres écrits par tel ou tel admirateur béat refaisant, 50 ans après, le  fameux périple de L’Usage du monde (entreprise de peu d’intérêt), jusqu’aux innombrables inédits de Bouvier qui ressortent régulièrement des tiroirs où Nicolas, à juste titre, les avait confinés. Par pudeur, nous ne parlerons pas du Charles-Albert Cingria*, suite de notes extrêmement décousues publiées il y a deux ans, et que Bouvier n’aurait jamais laissé paraître de son vivant. D’autres textes, du même tonneau, ont paru, le plus souvent regroupés en volume, qui restent très inférieurs au Poisson-Scorpion ou à L’Usage du monde, et ternissent l’image de l’écrivain. Dans le même commerce macabre, il faudrait mentionner les documents audio ou vidéo, qui font florès, et dont certains, tel Un siècle d’écrivains, tourné peu avant sa mort, montrent un Nicolas cherchant ses mots, rongé par la maladie, à des lieues de l’écrivain exceptionnel qu’on a connu.
Il faut lire et relire Bouvier, bien sûr, qui est l’un de nos plus grands écrivains. Sans tomber ni dans la dévotion aveugle, ni l’exploitation forcenée d’un nom — devenu marque déposée — qui n’est plus tout à fait le sien.

* Nicolas Bouvier, Charles-Albert Cingria, préface de Doris Jakubec, Zoé, 2005.
A voir sur Nicolas Bouvier :
Le Hibou et la Baleine, de Patricia Plattner, DVD, Zoé.
22 Hospital Street, de Christophe Kuhn, Zoé, 2006.

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01/07/2009

Du bonheur d'écrire en Suisse romande

histoire du soldat, d. casanave.
Certains, parmi mes consœurs et confrères écrivains, se plaignent quelquefois du peu d'écho que suscitent, dans notre grand pays, leurs immortels ouvrages.
Un ou deux compte-rendus polis, une émission exclusive sur une radio locale. Peut-être un éreintage dans Le Temps, si on a de la chance. Et puis basta. Rideau. Parlons d'autre chose, voulez-vous…
Mais était-ce si différent dans les temps héroïques?
Prenons Ramuz, par exemple: il a vécu dix ans à Paris, capitale de la France, où il a écrit quelques-uns de ses plus beaux livres, dans la plus parfaite clandestinité, soutenu par le bon Edouard Rod, autre Vaudois exilé, mais sans jamais parvenir à se faire un nom, ni à gagner l'estime des Parisiens. De retour en Suisse, juste avant la Première guerre mondiale, il s'établit à Lutry, où il enchaîne littéralement les chef-d'œuvres, dans une indifférence quasi générale, mais toujours en pétard avec La Gazette de Lausanne, qui rechigne à lui payer ses articles…
Plus près de nous, j'entends encore, certaines nuits, le rire (jaune) de Nicolas Bouvier à propos du succès (posthume, bien sûr) de son Poisson-Scorpion, refusé à l'époque par plusieurs éditeurs, comme, d'ailleurs, son premier livre, L'Usage du Monde. Ironie de Et la littérature ne se fait pas chez eux.l'Histoire…
Et Georges Haldas, me direz-vous? Il vient de souffler à Lausanne ses 90 bougies. Il se porte comme un gardon, merci. Il a écrit une œuvre colossale, comprenant des essais, des chroniques, des scenari de films, de la poésie. Hélas, il continue d'écrire, envers et contre tout. Mais qui le lit? Ou plutôt : qui parle encore de ses livres?
(Un ange passe.)
Non, croyez-moi, le vrai bonheur d'écrire en Suisse romande, c'est que l'on peut y œuvrer dans l'ombre, en toute impunité, en toute sérénité, et aller jusqu'au bout d'une idée ou d'une obsession: écrire le livre dont on rêve. Les journaux bien-pensants vous ignorent? Peu importe : ils vous ignoreront toujours. Et la littérature ne se fait pas chez eux.
De toute part, en réalité, on vous fout une paix royale…
N'est-ce pas ça, le vrai bonheur, la liberté souveraine?

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30/06/2009

Une stèle pour Décaillet

pascal décaillet et micheline calmy-rey

Rendons justice à Pascal Décaillet : sans sa verve, son énergie intarissable, son talent d'orateur grec, la politique genevoise ne serait pas ce qu'elle est. En d'autres termes, elle ne serait pas du tout. Non seulement, Décaillet offre une tribune à celles et ceux qui n'ont rien à dire (ou plutôt dont les idées sont minuscules, tâtonnantes, souvent opportunistes) mais encore ils les met en valeur, leur offre une vitrine officiclelle qui leur confère un semblant d'existence.

Il faut suivre les débats de « Genève à chaud » sur Léman Bleu pour s'en convaincre presque tous les jours. Décaillet brille, termine les phrases de ses invités peu loquaces, remet en perspective les idées (très souvent rabâchées) de ses hôtes d'un soir. Grâce à lui, Eric Stauffer (qu'il est le seul, d'ailleurs, à pouvoir faire taire) paraît intelligent. Grâce à lui, Guy Mettan (ah! la « Saint-Maurice Connection »!) retrouve son latin. Grâce à lui, Jean Romain nous parle de ses problèmes de thermomètre. Grâce à lui, Micheline Calmy-Rey fait moins peur. Et Doris Leuthard a les prunelles moins exorbitées…

Combien de discussions interminables brusquement sauvées de l'ennui par un bon mot, un clin d'œil, une référence à Saint-Simon ou à Léon Bloy! Souvent, je me dis que Genève ne mérite pas Pascal Décaillet, qu'il faudrait laisser les politiques mariner longuement dans leur inexistence. Mais heureusement, il est là, toujours sur le qui vive, pour relancer, expliquer, donner des couleurs aux discours insipides qui sont balbutiés à l'antenne.

Si j'étais député, je proposerais illico qu'on élève une stèle à Pascal Décaillet pour tout ce qu'il a donné à notre république. Mais le monde politique est ingrat. Surtout après les élections. En attendant l'érection de sa stèle, rendons grâce, encore une fois, à Saint Décaillet.

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18/06/2009

Petit hommage aux cancres

Dans la plupart des gymnases, lycées, collèges, écoles professionnelles, les examens sont terminés. C'est l'heure de vérité pour celles et ceux qui ont trimé toute l'année, les bons élèves donc, qui ont compris les règles du système, et les appliquent à la satisfaction des profs et des parents. Mais pour les autres aussi, c'est la fin de l'année, les touristes professionnels, les doux rêveurs, les grands contemplateurs de plafonds ou de fenêtres, les apprentis-graveurs sur les pupitres (et dans le dos du maître), les muets, les bouchés, les distraits, les étourdis, les dormeurs éveillés, tous ceux qui n'ont jamais leur matériel, ni livre, ni cahier, ni stylo bien sûr…

Pour tous ceux-là, la fin de l'année rime avec la fin des haricots — c'est-à-dire des illusions…

Rendons hommage, aujourd'hui et solennellement, aux rois du canular involontaire, de l'aphorisme déconcertant, tous ces pêcheurs de perles sans qui l'école ne serait pas l'école.

Longue vie aux cancres dont voici un florilège des perles de culture :

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28/03/2009

Claude-Inga barbante

images.jpegJ'ai toujours aimé les marionnettes. Et j'aime beaucoup Claude-Inga Barbey, qui est à la fois comédienne, écrivaine et metteuse en scène. On pourrait croire que les deux font la paire, surtout quand c'est Claude-Inga qui manipule les marionnettes, comme c'est cas actuellement aux Marionnettes de Genève*. La pièce s'appelle Règlement de contes. Elle a été écrite par notre femme-orchestre, qui joue et manipule, sur scène, des fleurs, un grand soldat de plomb et surtout un canard, à qui elle fait subir les pires tortures. Le prétexte de la pièce est de « corriger » les contes d'Andersen (dont certains finissent mal) dans un sens résolument positif. Pour cela, elle est aidée par l'excellente Doris Ittig, qui joue la servante du Maître, et par l'irrésistible Claude Blanc, qui incarne le vieil Andersen.

Mais le résultat laisse songeur. C'est le moins qu'on puisse dire. Même les enfants, à qui la pièce est adressée, ne s'y trompent pas, qui parlent, s'agitent et s'ennuient pendant plus d'une heure de spectacle. Ma fille (5 ans) en est sortie consternée, et triste. Ce qui est un comble…

Pourquoi est-ce si mauvais?

Parce que la pièce, qui devrait être écrite, semble improvisée, d'un bout à l'autre, par des comédiens peu concernés, inattentifs, qui sont comme livrés à eux-mêmes. Parce que l'argument, ensuite, est très faible, et fort peu développé : on comprend vraiment mal où l'auteur de la pièce veut en venir. Et surtout parce que la scène, si lègère et magique, du Théâtre de Marionnettes, est squattée par une bavarde impénitente qui agite frénétiquement des marionnettes qu'elle ne sait pas manipuler. Alors que le marionnettiste devrait être invisible, Claude-Inga Barbey réussit le prodige de faire qu'on ne voit qu'elle durant plus d'une heure ! Au détriment du texte, des autres comédiens, de la magie du théâtre…

Comment expliquer un tel désastre ?

Insignifiance du texte ? Inexistence de la mise en scène? Narcissisme exacerbé de l'auteur qui ne joue pas avec les autres comédiens, mais toute seule ? Éternel cynisme du propos (corriger Andersen dans un sens « moderne ») qui convient mal ici à des contes que tout le monde connaît et apprécie ? À vous de choisir…

J'ai toujours aimé les marionnettes. Et j'ai toujours apprécié Claude-Inga Barbey. Mais les deux ne font pas la paire…

* Règlement de contes, de Claude-Inga Barbey, mise en scène par Claude-Inga Barbey, avec Claude-Inga-Barbey (et, accessoirement, Doris Ittig et Claude Blanc), Théâtre de Marionnettes, Genève, jusqu'au 26 avril. Dès 5 ans.

 

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23/02/2009

Le PS vire au PC

images.jpeg Impayables, les socialistes genevois! Alors que le monde traverse une crise (financière, mais aussi politique et sociale) sans précédent, alors que Genève a besoin de personalités fortes et compétentes, ils choisissent, une fois de plus, le compromis, la pseudo-parité, l'éloge du juste de milieu. « Soyons médiocres ! » semble être leur mot d'ordre. Pourtant, samedi, lors de la désignation du ticket socialiste pour le futur Conseil d'État, les membres du PS avaient le choix. Quatre candidats pour un poste : Mmes Rielle-Fehlmann, Torracinta-Emery et Pürro et M. Tornare. Sur le papier, déjà, la lutte était inégale. Tout s'est avéré joué d'avance. L'intrigue, les complots souterrains, l'alliance des pleutres et des vélléitaires, la mesquinerie, les revanchards ont fait le reste. Le choix final s'est porté sur deux noms, qui ne font la paire que sur les photos. Charles Beer, donc, malgré un bilan désastreux (qui va s'alourdir encore dans les mois qui viennent) et Véronique Pürro, déjà éjectée une fois des joutes électorales, sont les deux dindons de la farce.

Plus Politiquement Correct, tu meurs, dirait ma fille !

Alors que Genève a besoin, comme jamais, de fortes têtes et de compétences marquées (pour faire oublier, si c'est possible, le désastre Moutinot), le PS choisit un couple jeune et branché, polo rayé et top fuchsia, digne de la Star'Ac, en espérant que les électeurs genevois (pas plus bêtes que les autres, au demeurant) cautionneront ce choix démagogique et dangereux. Pourquoi démagogique?  Parce que la « parité » n'a de valeur que si elle met sur un même pied d'égalité deux personalités aux compétences égales et reconnues par tous. Ce qui n'est pas le cas ici. Pour s'attacher le vote des femmes, le PS s'est montré prêt à tout : même à choisir Véronique Purro. Et pourquoi dangereux? Parce que, dans ce pocker menteur, les électeurs ne sont pas dupes. En voyant, une fois de plus, l'extrême légéreté  (pour ne pas dire inconsistance) du ticket socialiste, ils vont se tourner vers d'autres partis, plus à même, selon eux, de fournir des réponses fortes et intelligentes à la crise. Autrement dit, les deux candidats socialistes risquent bien de rester sur la touche cet automne.

Quel gâchis, quand on pense aux qualités de Manuel Tornare ou de Laurence Rielle-Fehlmann…

10:30 Publié dans badinage | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : politique, genève, socialistes | | |  Facebook

18/02/2009

Règlement de comptes à Payerne City

images.jpegUne étrange affaire agite actuellement le landerneau romand (voir ici l'article de Jean-Louis Kuffer dans 24 Heures). Au centre de l’affaire : le dernier livre de Jacques Chessex, Un Juif pour l’exemple*, qui raconte — comme chacun le sait désormais, puisque le livre a été largement chroniqué — l’assassinat, à Payerne, en 1942, d’un marchand de bétail juif, Arthur Bloch, par un groupe de nazillons locaux. Le roman de Chessex est bref, bien enlevé, il sonde comme à son habitude les zones les plus sombres de l’être humain, le mal, la violence aveugle, le désir de mort. Jusqu’ici, rien à dire. En quelques semaines, le livre sur « l’affaire de Payerne » est devenu un succès de librairie. Plus de 30'000 exemplaires vendus. Ce qui est bien sûr exceptionnel sous nos latitudes où les tirages sont habituellement confidentiels. Même le directeur de Payot, Pascal Vandenberghe, se frotte les mains…
Bravo à Chessex, donc, et vive la littérature romande !
Là où l’affaire se corse, c’est quand on apprend que, trente ans avant le roman de Chessex, les journalistes Yvan Dalain et Jacques Pilet avaient réalisé un film, puis écrit un livre sur la fameuse affaire. Ce film, dans le cadre de l’émission Temps Présent, s’intitulait Analyse d’un crime, et l’on se réjouit beaucoup de le redécouvrir très bientôt sur la TSR (on peut le voir sur le site de la TSR ici). dalain.jpegQuant au livre de Jacques Pilet, paru chez Favre en 1977, il s’intitulait Le crime nazi de Payerne, 1942 en Suisse, un Juif tué pour l’exemple. Je vous laisse juge des coïncidences…
Interrogé sur cette étrange affaire, par Pascale Burnier, Chessex déclare qu’« il était le premier sur le coup », ayant déjà rédigé, en 1967, un texte d’une dizaine de pages, Un crime en 1942, publié dans un recueil de chroniques, Reste avec nous, réédité par Bernard Campiche en 1995. Il a donc la paternité de l’histoire…
Sans entrer dans ce débat curieux de savoir qui des uns ou de l’autre est le propriétaire du sujet (le livre de Chessex reprend pourtant tel quel le titre du livre de Pilet), on ne peut éviter certaines questions. Pourquoi, de la part du grand écrivain, avoir occulté délibérément ses sources ? Ou, à défaut de sources, pourquoi n’avoir pas mentionné l’existence du film de Dalain (à droite, de son vrai nom Yvan Lévy, né à Avenches en 1927 et décédé en 2007) et du livre de Pilet ?
chessex.jpegQuand on pose la question à Chessex, voici ce qu’il répond : « Il s’agit d’un travail sérieux, mais qui manque cruellement de détails. Les noms des assassins ne sont pas cités et le déroulement du drame n’est pas précis. À aucun moment du livre, ni du Temps présent de l’époque d’ailleurs, on ne comprend que ce crime dépasse Payerne et qu’il s’agit vraiment du début d’Auschwitz. »
Y a-t-il là comme le règlement d’un antique contentieux ? Et pourquoi Chessex, trente ans après Dalain et Pilet, tente-t-il de se réapproprier (avec succès, d’ailleurs) l’« affaire de Payerne », ce fait divers tragique qui marqua toute une région, et toute une époque ? Un écrivain, fût-il de talent, peut-il s'arroger l'exclusivité d'un fait divers?
En attendant les réponses qui ne vont pas manquer de surgir dans les jours et les semaines qui viennent, car l'affaire fait grand bruit chez nos voisins vaudois, relisons les deux Jacques, Chessex et Pilet, et ne manquons pas la rediffusion sur la TSR du film d’Yvan Dalain, qui fut un grand reporter, un grand écrivain et un homme épatant.

* Jacques Chessex, Un Juif pour l’exemple, roman, Grasset, 2008.
** Jacques Pilet, Le crime nazi de Payerne, 1942 en Suisse, un Juif tué pour l’exemple, Favre, 1977.

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26/01/2009

Les quatre critiques

UAH_AFFICHE.jpg Il y a quatre sortes de critiques. La plus difficile, sans conteste, est la critique littéraire: il faut se plonger dans l'univers d'un auteur, souvent contemporain, trouver ses marques dans un livre qui est une création, et n'a donc aucun équivalent, connaître la vie et l'œuvre de l'auteur, etc. Un cran en-dessous se situe la critique de musique et d'opéra: il s'agit, pour le (ou la) critique, de bien connaître le répertoire et de maîtriser tout un bagage technique (mise en scène, distribution, interprétation) qu'on met longtemps à acquérir. Beaucoup plus facile, en revanche, est la critique de théâtre:il faut certes avoir quelques notions de mise en scène, connaître les comédiens, mais pour cela il y a le dossier de presse. qui suffit largement. La forme la plus facile de critique est la critique de cinéma: il suffit d'un bagage plus ou moins conséquent (tous les films que l'on a déjà vus), de lire Voici ou Les Cahiers du cinéma, et de recopier fidèlement le dossier de presse du film.

La critique, c'est le sujet du dernier film du lausannois Lionel Baier, intitulé Un autre homme. L'auteur, qui se flatte de n'avoir obtenu aucune subside de Berne (et d'avoir ainsi préservé sa liberté), raconte la vie d'un critique de cinéma, vivant dans la vallée de Joux (autrement dit, un trou perdu) qui, au lieu d'aller voir les films qu'il doit chroniquer, se contente de recopier la critique qu'il lit dans un magazine français spécialisé.  Acide et drôle, le film fait allusion au milieu romand des critiques (et plus spécialement, semble-t-il, au critique du Temps, Thierry Jobin, dont le personnage principal du film est une caricature). Son accueil, dans la presse, on l'imagine, très mitigé. Les critiques n'aiment pas qu'on les critique! Cela va de « film à éviter » (Le Matin) à « film à découvrir » (La Tribune de Genève). Difficile donc, en lisant les critiques, de se faire une idée précise de la chose, d'autant que certains papiers sentent le règlement de compte à plein nez…

Et les autres films?

Prenez le dernier Sam Mendes, Noces rebelles, qui reforme à l'écran le couple mythique de Titanic, Kate Winslet et Leonardo di Caprio. images.jpegDans ce cas, la critique ne fait que passer les plats, c'est-à-dire obéir aux diktats de la promotion : interviews pseudo-exclusives des stars du film, reportages sur la vie du couple Mendes-Winslet (mariés au civil), etc. Aucune distance, aucune perspective, aucune réflexion. Et quand, victime de cette campagne de propagande, vous allez voir le nouveau « chef-d'œuvre incontournable », vous vous surprenez à vous ennuyer ferme pendant plus de deux heures. Un scénario plat comme une omelette, des comédiens qui ne semblent pas concernés (la palme à Kate Winslet, jamais aussi mal dirigée), un esthétisme désuet et ridicule : en un mot, un film tape-à-l'œil sans profondeur, ni raison d'être. Mais peu importe le résultat:  le succès est garanti par la promotion et les critiques (tous dithyrambiques, bien sûr : on adule, on adore, on se pâme…).

Dernier exemple édifiant, le dernier film de Danny Boyle, intitulé Slumdog millionnaire, qui raconte le destin d'un jeunimages-1.jpege homme issu des bidonvilles de Bombay qui, puisant dans sa mémoire et ses expériences, devient un jour millionnaire grâce à un jeu télévisé. C'est vif, plein de couleurs et d'odeurs incroyables (pas toujours agréables!), filmé au cordeau, époustouflant d'intelligence et d'imagination. Contrairement au film de Sam Mendes, pendant Slumdog millionnaire, on rit, on pleure, on a est révolté, on assiste avec effroi et bonheur à l'ascension du héros, prêt, finalement, à abandonner sa fortune pour retrouver la jeune femme qu'il aime, et qu'il poursuit pendant tout le film. Verdict des critiques : « film à éviter », « film à l'idéologie douteuse ». Une étoile dans Le Temps. Pouah! Encore un film populaire…

Alors, dites-moi, à quoi servent les critiques quand ils ne passent pas les plats?

 

 

 

 

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29/09/2008

Nationalisons les banques!

images.jpegVous avez lu comme moi les nouvelles. A part l'élection d'une nouvelle miss Suisse — miss Sextoy — ces nouvelles ne sont pas bonnes. Le mal vient toujours du même endroit : les bourses gangrénées de Wall Street. Qui obligent tout le monde, ici bas, à retenir son souffle, dans l'attente de l'apocalypse…
Après les Etats-Unis et le Japon, ce sont entre autres la Grande-Bretagne, le Benelux et l'Allemagne qui assurent à des établissements bancaires de leur pays d'échapper à la faillite. La Banque centrale européenne (BCE) elle-même annonce la tenue d'une opération spéciale de refinancement. Les banques centrales ont à nouveau injecté des liquidités lundi. Il s´agit de persuader les banques de recommencer à se prêter après les nouvelles défaillances enregistrées ce week-end sur la planète financière.
Ce scénario catastrophe n'étonnera personne. On connaît désormais la chanson : quand une entreprise va bien, et dégage des bénéfices, ceux-ci sont répartis entre le PDG et les actionnaires. Quand, au contraire, cette entreprise est menacée de faillite, tout le monde se tourne vers l'État à qui l'on demande, en pleurnichant, d'insuffler de nouveaux capitaux. Ce qui se passe aux Etats-Unis se passera aussi en Belgique, en Allemagne, en France, et bientôt en Suisse. C'est la preuve que les banques (pour ne parler que d'elles) doivent être sévèrement contrôlées, voire nationalisées. C'est la preuve, encore, que la bourse, contrairement à ce que pensent certains traders, n'est pas un casino, mais doit obéir à certaines règles de conduite, dictées par l'intérêt commun, et non les profits personnels. C'est la preuve, enfin, que la haute finance est une chose trop importante pour être confiée aux seuls financiers, visiblement incompétents, ou malhonnêtes, ou les deux à la fois, pour mener à bien de telles tâches. 
C'est la leçon que nous enseigne la tourmente boursière qui menace d'entraîner le monde entier dans ses tourbillons.

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25/09/2008

Amnésie collective

images-1.jpegDepuis quelques jours, la Suisse tout entière a retenu son souffle, brûlé des cierges ou des bâtonnets d'encens, prié les Dieux du ciel ou de la médecine, pour la santé de Hans-Rudolf Merz, notre grand argentier, victime d'une méchante crise cardiaque.

Heureusement, les nouvelles qui nous parviennent chaque jour de l'hôpital de l'Île sont bonnes. Malgré un quintuple pontage coronarien (ce n'est pas rien), le rétablissement de M. Merz semble suivre son cours. 

Aux dernières nouvelles, notre ministre des finances se serait même réveillé, ce qui réjouit tout le monde…

La question, maintenant : quand, donc, les autres conseillers fédéraux vont-ils se réveiller?

Quand Moritz Leueuberger va-t-il sortir de son hibernation? Et Samuel Schmid de sa léthargie ? Et Micheline Calmy-Rey de sa cure de prozac? Et Pascal Couchepin de ses ruminations nocturnes? Et Evelyne Widmer-Schlumpf de cette stupeur qui la fait tant ressembler à Edith Piaf?

Attendons le prochain bulletin médical… 

  

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21/09/2008

Barilier au secours de Bush

images.jpegGeorges W. Bush peut dormir sur ses deux oreilles : contre la vague d’antiaméricanisme qui déferle sur l’Europe (et le monde entier), il a trouvé un chevalier sans peur et sans reproche pour défendre sa cause, et pourfendre de son Excalibur les renégats qui le traînent dans la boue. Son nom étonnera les lecteurs romands, puisqu’il s’agit d’Étienne Barilier, plus connu pour ses romans et ses essais sur la musique et la littérature que pour la défense des chefs d’État en perdition. Mais soyons justes : son dernier livre, Nous autres civilisations…  mérite qu’on le lise de près et qu’on en parle, car il est passionnant d’un bout à l’autre, malgré ses a priori discutables. Tout commence par une déconstruction subtile des divers discours qui ont fleuri aux quatre coins du monde sur le 11 septembre. Barilier les classe en trois catégories : la version spéculaire signée Arundathi Roy ou Luciano Canfora (Ben Laden n’est que le reflet inversé de Bush) ; la version émanatiste, signée Noam Chomski (Ben Laden n’est qu’une émanation des États-Unis, qui sont « le centre noir de tous les maux ») et la version de Jean Baudrillard, que Barilier appelle moniste-animiste (le terrorisme, c’est le système, dont les Twin Towers n’étaient que les incarnations anthropomorphiques). Même si l’actualité (les tortures, viols, meurtres perpétrés en Irak au nom de la Civilisation) donne tort à Barilier, il faut reconnaître que le débat développé dans la première partie du livre est stimulant, malgré quelques naïvetés. La suite également est intéressante, qui aborde la question de l’altérité de l’Islam, du voile et des femmes, de la parole divine, qui interdit toute forme de démocratie tant qu’elle reste intangible. C’est la conclusion forte du livre de Barilier : plutôt que de nous tourner vers La Mecque ou Washington, tournons nos regards vers Athènes, berceau de la philosophie et de la démocratie. Si les événements du 11 septembre nous apprennent quelque chose, c’est justement cela : que la réponse au terrorisme politique ou religieux, c’est la démocratie, le libre arbitre, l’égalité entre les êtres et les sexes. C’est une leçon qui date un peu, sans doute, mais qu’il faut répéter, partout, à chaque instant, sans se lasser.
* Étienne BARILIER, Nous autres civilisations… Éditions Zoé, 2004.

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17/09/2008

American hysteria

images.jpegLa manière dont les médias  (disons européens) traitent actuellement des faillites à répétition qui se succèdent à Wall Street nous rappelle l'hystérie qui a entouré la chute des tours jumelles du WTC, il y a déjà sept ans (encore un chiffre biblique!). Ressassement jusqu'à plus soif des mêmes sempiternelles informations, recours habituel à une foultitude d'experts auto-proclamés (qui avaient tout prévu, mais s'étaient bien gardés de le dire!), commentaires bêtifiants des correspondants sur place, etc. Une fois de plus, on ne nous aura rien épargné. Est-ce la proximité du 11 septembre qui ravive les angoisses de mort (dont on sait bien, grâce au bon Dr Freud, que ce sont des désirs de mort!) ? Est-ce la faute des récentes expériences de l'accélérateur de particules du CERN? Sommes-nous tous au bord du trou noir? Le monde entier va-t-il être emporté dans la tourmente par la faute de quelques traders illuminés et amateurs de cocaïne? Que de questions angoissantes…
Et si, tout simplement, c'était un signe supplémentaire de l'inexorable déclin américain? Celui du capitalisme sauvage et fou, du profit à tout prix, du mensonge, de la bêtise érigée en système (je pense ici bien sür à George W.)?
Quelle différence entre deux tours qui s'effondrent et une grande banque qui coule? Aucune. C'est la même faillite du système politique, économique, ethique.
Une dernière preuve du déclin de l'Amérique (ou plutôt des États-Unis)? La brusque remontée dans les sondages du candidat républicain Mc Cain, l'AmériCain, et de sa terrible et séduisante colistière, Sarah Palin, qui incarne, à elle seule, toutes les valeurs ringardes de l'Amérique profonde (créationniste, lobbyiste, ségrégationniste, grande amatrice d'armes à feu, etc.). Que ces deux-là, dans quelques semaines, s'installent à la Maison Blanche et nous voilà repartis, pendant quatre ou huit ans, pour une nouvelle équipée sauvage ! L'Iran et la Georgie vitrifiés! L'Afghanistan rasé ! La vieille Europe ignorée…
images-1.jpegPour ma part, quand on me parle des jumelles, je préfère penser à celles que j'ai rencontrées, cet été, sur les plages croates, et qui, j'en suis sûr, vous envoient leurs meilleures pensées.

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15/09/2008

Lausanne-Genève : le grand écart

images.jpgLe week-end prochain, nous serons tous à Lausanne, ville dynamique, ville surprenante, ville branchée. Pourquoi? D'abord, bien sûr, pour le nouveau métro M2, une merveille de technologie, des voitures silencieuses, rapides, sans conducteur. Un métro qui donne à Lausanne une avance de plusieurs décennies sur toutes les villes suisses, et bien des villes européennes. Mais encore? Nous serons à Lausanne pour assister au match de Coupe Davis Suisse-Belgique, qui permettra de fêter dignement nos deux champions olympiques, Wawrinka et l'immense Federer, le plus grand tennisman de tous les temps. Cela ne vous suffit pas? Nous serons à Lausanne pour écouter la fleur des musiciens suisses, à l'e de Label Suisse. Dans la ville en fête, on pourra assister gratuitement à des dizaines de concerts, tous genres confondus. L'affiche est impressionnante. Ils sont tous là : du rappeur Stress à Sarclo, de Pascal Auberson à Stefan Eischer, de Polar à Michel Bühler…

Ah ! J'oubliais… À Ropraz, 10 minutes de voiture de Lausanne, on remettra, samedi 20 à 17 heures, le Prix Rod au poète jurassien Alexandre Voisard pour son œuvre féconde et absolument singulière. Il y aura du vin et des flûtes. Une raison de plus de faire le voyage… 

Et à Genève pendant ce temps?

Rien, comme d'habitude. Sandrine Salerno pouponne et Moutinot fume sa pipe. Ça devrait rassurer tout le monde. Mais ça ne rassure personne. Pendant que Lausanne innove, invente, en un mot vit, Genève sommeille, tergiverse, s'enfonce dans le néant, même pas sonore. Pour sortir la ville du marasme, il faudrait un électrochoc. Qui va l'administrer? Pas les politiques, en tout cas, sans doute les plus médiocres du pays. Le peuple alors? Il est aux abonnés absents. Les milieux économiques? Trop occupés à préserver leurs privilèges.

En regardant ce qu'une petite ville comme Lausanne a réalisé en l'espace d'une ou deux décennies, on se prend à rêver. Et si Genève se mettait à bouger? Si l'on faisait confiance à celles et ceux qui ont des idées? Si l'on se décidait à entrer dans le XXIe siècle, au lieu de rêver du XIXe ?

En attendant, rendez-vous à Lausanne : vous y verrez les rêves qu'une ville peut réaliser, grâce à un syndic efficace (Daniel Brélaz) et une politique inspirée et courageuse. 

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10/06/2008

Pressées, les oranges!

1689625854.jpgL'équipe des Pays-Bas, qui a fait exploser hier soir le verrou italien, nous a réconciliés avec le football. Finies les affaires de fric! Balayée la psychose des hooligans! Foin des tristes calculs d'apothicaire de Domenech ou Donadoni! Place au jeu! Et sur ce chapitre, croyez-moi, les Bataves en connaissent un rayon! Inventif, dynamique, faisant circuler le ballon à toute vitesse entre les lignes, alternant passes courtes et passes longues, utilisant toute la largeur du terrain, etc., ils ont donné aux Italiens une leçon de football. Ce n'est une surprise que pour les néophytes. Car, de tout temps, les Hollandais ont eu leur propre philosophie du jeu, basée sur un engagement physique de chaque instant, une grande habileté technique, une générosité qui, si elle n'est pas toujours payante, assure au spectacle une tension et une folie sans pareilles. Renouant avec la grande époque des Cruyff, Neeskens et autres, l'équide de Marco Van Basten a fière allure. Comme son aînée, elle va toujours de l'avant, se dépense sans compter. La frileuse équipe de France n'a qu'à bien se tenir. Espérons seulement que les magiciens oranges gardent encore quelques tours dans leur sac pour les prochains matches (il en reste cinq à gagner pour devenir Champions d'Europe) ! Mais que la fête continue!

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26/05/2008

Du Cannes, pur sucre!

Depuis dix ans, le Festival de Cannes, autrefois haut lieu du cinéma, ressemble de plus en plus à « Visions du réel »! Ce ne sont plus les grands films mythiques qui sont primés, mais des œuvres à mi-chemin entre le reality-show et le documentaire. On pense ici aux films des frères Dardenne, monuments de malhonnêteté misérabiliste, ou au film primé cette année, « Entre les murs » du Français Laurent Cantet, qui met en scène des élèves du lycée jouant leur propre rôle, comme leur professeur de français. Dans un cas comme dans l'autre, c'est le triomphe du politiquement correct…
Alors, si vous allez au cinéma, ne ratez surtout pas un autre film français (eh oui, il y a de bons films français!), sélectionné lui aussi à Cannes, mais qui n'a eu, grâce à Catherine Deneuve, qu'une récompense subsidiaire. C'est le dernier film d'Arnaud Desplechin, intitulé « Un Conte de Noël ». On ne raconte pas un film de Desplechin, qui met en pratique les fameuses règles du théâtre de situation de Sartre. Qu'est-ce qu'un film? Des acteurs, un texte, des situations. « Un conte de Noël » met en scène une famille déchirée, déchirante, qui se retrouve, pour une fois au complet, dans la maison paternelle, pour un réveillon pas comme les autres. Toute cette famille porte en secret le deuil d'un petit frère mort, et l'angoisse d'une mère qui vient d'apprendre qu'elle souffre du même mal que son fils. La mère est l'admirable Catherine Deneuve. Les fils sont l'excellent Melvil Poupaud et le génial Mathieu Amalric (sans doute le meilleur comédien français actuel). Anne Consigny, qui joue la sœur des deux précédents (on pense, ici, à Marie Desplechin, la romancière, sœur d'Arnaud), Jean-Paul Roussillon, le père aimant et débonnaire, et Chiara Mastroianni, qui trouve ici son premier rôle important, sont magnifiques, eux aussi, de justesse et de générosité.
Tout le film tourne autour de ça: les liens du sang, le mal et la maladie, le bon sang et le mauvais sang. Servi par des dialogues à couper le souffle et une direction d'acteurs magnifique, « Un conte de Noël » vous empoigne à la gorge et ne vous lâche plus jusqu'à la dernière image — et même au-delà, car on en rêve la nuit! 
Alors oubliez Indiana Jones ou les palmes périssables de Cannes, et allez voir « Un Conte de Noël », un très grand film.
*À Genève, au cinéma Scala. 

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30/04/2008

Les comices littéraires

97690832.jpgEnfin, ils sont arrivés, ces fameux comices !
Avec leur lot de Prix, de Distinctions, de médailles du Mérite littéraire…
La grande foire d'empoigne de Palexpo a commencé. Elle durera cinq jours. Les quotidiens se sont mis sur leur trente-et-un pour publier force suppléments et pages spéciales, eux qui ne parlent de littérature que du bout des lèvres, ou en se pinçant le nez. Grâce à Dieu, on y retrouve toujours les mêmes têtes. Ce qui est rassurant. Les grandes stars parisiennes sont venues faire du tourisme en province, avant de reprendre le TGV ou de passer la nuit au Richemond. Les acteurs à belle gueule, comme Richard Bohringer, se prennent pour des poètes. Alexandre Jardin vient faire sa tournée de popotes. Katherine Pancol, un peu plus empâtée chaque année, vient parler d'amour aux lectrices éplorées des magazines féminins. Un peu plus loin, Boris Becker signe ses raquettes. Là bas, l'imam Ramadan dédicace sa nouvelle traduction du Coran. L'ex-porno star Ovidie, qui se lance dans la littérature pour enfants, exhibe ses tatouages. Alors qu'au stand voisin, Rocco Sifredi dédicace ses livres avec son bel organe. Au stand de l'Illustré, Elisabeth Tessier, repeinte à neuf, vient vanter ses salades. Martina Chyba, baskets roses et lunettes d'adolescente, essaye de faire croire qu'elle est un écrivain.
Et les journalistes, ces pauvres diables, ne seront pas en reste. L'un devra animer un débat sur la critique littéraire, l'autre une rencontre autour des écrivains gastronomes, le troisième devra se taper Ueli Leuenberger ou Christophe Darbellay (ou pire: les deux à la fois). Un autre, là-bas, animera une dictée. Quant à celui-là, il distribuera un cadeau à tous ceux qui contractent un nouvel abonnement de hebdomadaire favori…
Dans ce grand carnaval, pourtant, il y a des écrivains. Ils ne font pas la une des journaux. Ils ne couchent pas avec leur fille. Ils n'insultent pas (toujours) la police quand ils sont pris de boisson (ils n'intéressent donc pas les journalistes du Temps). Ils se content d'écrire. Ce qui, ma foi, est une haute ambition, et une tâche souvent ardue.
Alors, chers lecteurs, si vous voulez rencontrer des écrivains, des vrais, non des intermittents de la plume ou des touristes de passage, venez au stand des éditions Zoé, des éditions de l'Aire, des éditions Bernard Campiche, des éditions de l'Âge d'Homme!
Venez rencontrer Georges Haldas, Pierre Béguin, Alain Bagnoud, Mickael Perruchoud, Patrice Duret, Eric Eigenmann, Jean Vuilleumier, Michel Floquet, Serge Bimpage, Olivier Chiachiari, Isabelle Fluekiger, Catherine Lovey, votre serviteur, et tant d'autres…
L'apéro est gratuit! 
 

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27/04/2008

Mai 68: les nostalgiques et les allergiques

110549764.gifNotre époque aime beaucoup les anniversaires : en les fêtant, elle se donne l’illusion d’avancer dans l’Histoire, tout en célébrant l’éternel retour du même. Ainsi, ces jours derniers (car l’anniversaire est toujours fêté en avance, pour court-circuiter la concurrence médiatique) de Mai 68, célébré, autopsié, momifié, dans presque tous les magazines…
Inutile de citer les numéros spéciaux, ni les innombrables publications que cet événement a suscités (dont un essai sur le football en 68 !). Relevons simplement que la supplément édité par la Tribune de Genève, samedi 26 avril, richement documenté, figure parmi les meilleurs essais de compréhension de cette petite — mais fulgurante — révolution.
Face à « Mai 68 », il y a deux types de réactions : les nostalgiques et les allergiques. D’un côté, donc, ceux qui regrettent cette période si mouvementée de notre histoire récente, et pleurent des larmes de crocodile sur les pavés qui volaient dans les rues (Bernard Ziegler, Daniel Cohn-Bendit). De l’autre, les allergiques (Nicolas Sarkozy, Pascal Décaillet, Jean Romain) qui vilipendent cette période troublée, où toutes les règles en vigueur ont été malmenées, et parlent même de « catastrophe ».
831105932.gifCe qui me frappe, dans ces réactions, c’est que la plupart d’entre elles émanent de personnalités qui n’ont pas vécu elles-mêmes les fameux événements ! À l’époque, Jean Romain avait 15 ans, Pascal Décaillet 10 et Nicolas Sarkozy 13. Autant dire qu’ils sont, tous les trois, de lointains spectateurs d’un séisme auquel ils n’ont ni participé, ni assisté en personne. Peut-être est-ce pour cela qu’ils veulent liquider, d’une même voix, le joli mois de mai. Et son héritage qui — même ses adversaires le reconnaissent — englobe à la fois, le suffrage féminin, la libération sexuelle, la prise en compte des droits des minorités, la révolution télévisuelle, la création de nouveaux média (comme le quotidien Libération) et tant d’autres choses…
Pourquoi donc ce rejet ? Parce qu’ils n’y étaient pas…
Sans entrer dans le débat, passionnant, des progressistes et des réactionnaires, relevons simplement que les vrais nostalgiques ne sont peut-être pas ceux qu’on croit. On sent chez Décaillet, comme chez Jean Romain, ce rejet d’une vague qui a emporté tout le monde, et les a laissés, bougonnants, nostalgiques, sur l’autre rive de l’Histoire. Et comme on sait, celle-ci ne se répète jamais, ni ne revient en arrière…
C’est pourquoi il faut goûter, sans nostalgie, mais à sa juste valeur, ce doux parfum de liberté que nous promet, comme chaque année, le joli mois de mai !

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18/04/2008

Quand le Temps fait le trottoir

1582824848.jpgSaviez-vous qu'Amy Winehouse, la plus grande chanteuse soul de l'après-guerre (du Golfe), souffrait d'impétigo, une maladie de la peau due à un streptocoque ou un staphylocoque, qui laisse sur le visage (et ailleurs, semble-t-il) des plaques rouges fort disgracieuses? Et que la cocaïne, qu'Amy consomme en doses déraisonnables, rendait tout traitement aléatoire, voire inutile? À son médecin qui suppliait la diva d'arrêter la poudre blanche, Amy a répondu en pleurant : « C'est plus fort que moi... J'aime trop ça ! »
C'est la même poudre blanche qu'on a retrouvée sur le porte-monnaie que Valérie Garbani, conseillère administrative de la ville de Neuchâtel, a oublié par mégarde chez un ami de longue date, qui pourrait bien être dealer…
Où ai-je trouvé ces informations de la plus hautes importance?
Dans Le Matin, me direz-vous. Ou pire : Le Matin Bleu.
Pas du tout.
Dans La Tribune de Genève, alors, qui cultive tous les jours sa rubrique people?
Que nenni!
C'est dans La Temps, héritier lointain du vénérable (et austère) Journal de Genève, qu'on trouve aujourd'hui ce genre de ragots. Non content d'avoir ouvert le feu roulant des potins, Le Temps en remet chaque jour une couche, en révélant tous les secrets d'alcôve que ses plus fins limiers ont découverts, après avoir analysé le contenu des poubelles de la dame, et passé au peigne fin ses draps de lit…
Rappelons qu'au départ les déboires de la politicienne ont été rendus publics à la suite d'un courrier anonyme envoyé au Temps. Au lieu d'écarter d'emblée cette source peu glorieuse, le journal a reproduit des notes internes de la police cantonale, parvenues par le plus grand hasard à un journaliste du « quotidien suisse édité à Genève ». Inutile de se demander à qui profite le crime! Victime d'un véritable lynchage médiatique (une fois les chiens lâchés, on ne les arrête plus) Valérie Garbani ne s'en relèvera pas. Déjà en congé maladie, elle aura besoin de beaucoup de courage pour simplement revenir à une vie normale. Et Le Temps, qui en a vu d'autres, saluera comme il se doit l'élection dans quelques jours du candidat libéral ou UDC qui n'a rien à voir, c'est sûr, avec les fuites orchestrées depuis l'Hôtel de Police…
Disons tout net notre écœurement devant ce journalisme de trottoir — tellement dans l'air du temps — qui s'attaque à la personne humaine, avec ses faiblesses et ses défauts, et pas à ses idées, ses convictions, son engagement politique. Quand une « personnalité » est livrée (par la police!) à la fureur des média, il y a bien peu de chance qu'elle y survive. Souhaitons tout de même à cette femme sympathique (et remarquable) d'avoir la force de traverser cette tempête qui ne la laissera pas indemne.

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03/04/2008

Quoi de neuf sous la couette?

1423096488.jpg Il y a des jours où la Julie se livre plus que d'autres…

Ainsi apprend-on, aujourd'hui, sous la plume de la si féminine Marie-Claude Martin, selon une enquête très sérieuse, que la sexualité des Françaises est en constant progrès depuis plusieurs années. Pourquoi donc? Parce qu'elle se rapprocherait de plus en plus de la sexualité masculine. Ceci n'est pas une blague! Comme les hommes le font depuis toujours, les femmes pratiqueraient sans restriction tous les jeux sexuels : fellation, sodomie, sextoys, boundage, etc. Plus aucun de ces anciens travers n'a de secret pour elles. Pour nous autres, c'est bien sûr tout bénéfice…

Cette enquête si sérieuse, menée sous la direction de l'INSERM, révèle pourtant un élément étrange, mais non dénué d'enseignements : plus une femme est cultivée, plus elle pratique la fellation. Plus elle est inculte, plus elle adore la sodomie. Cela ouvre d'intéressantes perspectives érotiques! Selon le goût du moment,

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