18/03/2008

Le Temps fête ses 10 ans


 
Souvenez-vous: il y a dix ans, la Suisse romande comptait deux journaux de plus !
Le Nouveau Quotidien, édité à Lausanne par Édipresse, et le vénérable Journal de Genève, organe des banques genevoises. C'est Édipresse, en lançant son Nouveau Quotidien, qui avait  déclaré la guerre au Journal. L'objectif était simple: faire concurrence, dans un premier temps, au vénérable Journal; et, dans un deuxième temps, le rayer de la carte médiatique, puis le remplacer. Le résultat de cette guerre fut un peu différent, puisque les deux journaux, épuisés par cette lutte fratricide, s'effondrèrent dans les chiffres rouges, avant de déposer les armes.
Certes, Édipresse avait gagné. Mais à quel prix? La mort des deux combattants…
C'est sur ces ruines encore fumantes, il y a dix ans, qu'est né Le Temps. Mal conçu, fruit d'une confusion jamais réglée entre deux lignes rédactionnelles opposées (et rivales), mal fichu dans sa forme comme dans son fond, le journal, après bien des errements, oubliant les blessures encore ouvertes, s'est bientôt fait une place dans le paysage romand.
Dix ans plus tard, il a gardé du Nouveau Quotidien son goùt des belles images, un zest d'impertinence (personnalisée par le génial Chappatte, ancien dessinateur de La Suisse), et quelques chroniqueurs caustiques (Anna Lietti, Joëlle Kunz). Du vénérable Journal de Genève, Le Temps a surtout conservé la place envahissante des pages boursières et économiques, et un certain intérêt, de plus en plus restreint, hélas, pour la culture. La meilleure preuve de cette désaffection est l'actuel «Samedi culturel», lointain bâtard du supplément littéraire du Journal de Genève (intitulé «Samedi littéraire» et lu au-delà de nos frontières). La littérature y est traitée de manière congrue, partiale et paresseuse, quand ce n'est pas avec mépris. Le jazz y est réduit à des notes de dix lignes, comme la musique pop ou la chanson. Quant au cinéma, qui occupe l'essentiel de l'espace, on ne demande toujours si l'on est en train de lire une critique de film ou une publicité rédactionnelle, tant l'une et l'autre, aujourd'hui, sont inextricablement mêlées…
Mais sans doute Le Temps — comme tous les autres journaux victimes d'une désaffection croissante des lecteurs — est-il en train de chercher un deuxième souffle. On ne peut qu'espérer qu'il retrouve, quelquefois, le souffle de liberté et d'audace qui caractérisaient ses géniteurs, morts tous les deux, assez piteusement, au champ d'honneur de la presse romande!
 
 

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11/03/2008

Pourquoi la TSR est-elle si nulle?


 
C'est grâce à un entrefilet du Temps que j'ai appris cette nouvelle stupéfiante: au Canada, dans la belle province du Québec, les téléspectateurs préfèrent regarder les séries (ou fictions) canadiennes plutôt que les séries américaines. Et ce à près de 70%! Pourquoi donc? D'abord parce qu'ils s'y retrouvent, qu'ils ont plaisir à entendre leur langue, à partager les soucis et les joies de leurs voisins-voisines. Ensuite, parce que ces séries pétillent d'imagination, d'humour, de personnages hauts en couleur.
Et nous, alors, me direz-vous, n'avons-nous pas sur la TSR La Minute-kiosque ? Et Tête en l'air?
Je ne sais pas si vous avez déjà regardé cette Minute-kiosque jusqu'au bout? C'est-à-dire 60 secondes? Moi pas. L'envie de zapper est venue tout de suite, puis celle de ne plus payer ma concession, puis celle de mettre le feu à ma télé. Quant à Tête en l'air, qui donne une idée de ce que peut être la télévision quand elle n'a rien à dire, par pudeur je n'en dirai rien.
Inutile d'insister: en matière de fiction ou de divertissement, la TV romande n'est pas franchement mauvaise : elle est nulle! Aucune série digne de ce nom. Aucune fiction qui ose aborder les questions qui nous occupent. Aucun téléfilm ambitieux ou personnel (et pourtant, les réalisateurs de talent ne manquent pas: Jacob Berger, Lionel Baier, Jean-Stéphane Bron, etc.). On dirait que du côté de la fiction, la Grande Tour est vide…
Victime, comme vous, chers lecteurs, de la propagande télévisuelle ânonée par TV Guide, TéléTop et autres brosses à reluire, je me suis laissé embarquer, l'autre soir, dans une série américaine au titre prometteur : Californication. D'abord parce qu'il y avait David Duchovny (le Mulder de X-Files), un comédien que j'aime beaucoup (diplômé de littérature à Yale tout de même!). Et ensuite parce que le héros est un écrivain, et rien que cela est stupéfiant!
Eh bien, courage, mes amis, éteignons notre poste! Rarement série américaine aura été aussi bâclée, mal filmée, mal jouée, mal scénarisée. Rien, dans cette histoire pleine de clichés, ne vaut le détour. Chaque épisode adopte le même schéma: désœuvrement de l'écrivain en mal d'inspiration, alcool ou autre substance euphorisante, partie de jambes en l'air avec femmes jeunes et topless, retour à la déprime. Je peux témoigner, en mon âme et conscience, que la vie d'écrivain, même en Californie, ne ressemble pas souvent à cela!
Bref, nous sommes à des lieues de ces chefs-d'œuvre absolus que sont Nip Tuck (qui va reprendre en avril) et surtout Six Feet Under.
Vous voyez : même quand il s'agit de choisir une série américaine, avec un comédien doué, notre télévision se met le doigt dans l'œil!
 

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19/02/2008

Faut-il se réjouir de l'indépendance du Kosovo?

dessin de Patrick ChappatteFaut-il se réjouir de l'indépendance — autoproclamée, c'est-à-dire sans valeur — du Kosovo?

Oui et non, comme toujours…

Oui, parce que le peuple kosovar, comme tous les peuples du monde, a droit à l'indépendance et à l'autodétermination. Oui, aussi, parce que ce peuple, qui a souffert, comme les autres peuples des Balkans, d'un interminable conflit à la fois stratégique, ethnique et religieux, a le droit de réclamer un territoire et de fonder un état. Oui, enfin, parce que la situation pathétique de cette région doit un jour trouver une solution, ne serait-ce que pour redonner espoir aux populations sinistrées qui l'habitent.
Mais ces raisons, si l'on admet leur pertinence, ne sont, et de loin, pas suffisantes.
Non, un État, aussi estimable soit-il, ne peut tout simplement pas proclamer sa propre indépendance en violant les différentes résolutions de l'ONU qui stipulent que le Kosovo est, et restera, une province de la Serbie. Non, ensuite, parce qu'un État sans frontières, ni armée, ni police indépendante, ni réseau de communication, ni économie autarcique, n'existe tout simplement pas, malgré les émouvantes velléités d'indépendance de ses habitants. Non, enfin, parce que ce n'est pas en manifestant sur la place publique et en agitant des drapeaux qu'un peuple acquiert, aux yeux du monde, une reconnaissance officielle.
En reconnaissant dans l'urgence le nouvel État autoproclamé, certains pays européens ont commis une erreur lourde de sens. Quand la Corse ou le pays basque français feront, à leur tour, une crise de prurit indépendantiste, ce n'est pas l'inénarrable Dr Kouchner qui règlera le problème (à moins qu'il n'y ait des caméras devant lesquelles il pourrait se montrer). Idem pour l'Ulster, la Flandre, Chypre, la Bretagne, et tant d'autres régions impatientes d'en découdre avec le pouvoir central. Sans parler de la Padanie chère à la Lega du Nord qui ne rêve que de proclamer son irréductible indépendance…
Il sera intéressant, dans ce contexte, d'entendre la réaction de Micheline Calmy-Rey qui a, sur la question du Kosovo, déjà mis elle-même le feu aux poudres en déclarant, sans consulter personne, qu'il fallait reconnaître le nouvel État. Excellente ministre des Finances à Genève, Micheline Calmy-Rey multiplie, à Berne, les bourdes les plus monumentales. Gageons que cette fois, si elle persiste dans l'erreur, son inconscience sera une faute que la Suisse risque de payer très cher, et pendant très longtemps.

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17/02/2008

Les éteignoirs

Quand on publie un livre — dirait Woody Allen — il y a toujours un risque (une chance) que quelqu’un le lise ! En conséquence de quoi il faut s’attendre à tout : au meilleur, comme au pire…
Le pire, bien sûr, c’est le silence : la forme de critique la plus pratiquée à Genève. Dès qu’un livre paraît, qui pourrait intéresser ou provoquer le lecteur, dès qu’une minuscule étincelle surgit quelque part dans la nuit impénétrable de la « littérature romande » (AOC), vite, il faut l’éteindre, par n’importe quel moyen, de peur que cette lueur n’éclaire un lecteur.
Ou pire : ne lui donne envie de lire un livre qui vient de paraître…
À Genève, le règne des éteignoirs a commencé il y a une dizaine d’années, quand les derniers critiques ont soit pris leur retraite, soit disparu des pages culturelles des médias. On se rappelle bien sûr Georges Anex au Journal de Genève, Jean Vuilleumier et Serge Bimpage à la Tribune de Genève, etc. Si l’on fait exception, comme toujours, du Courrier, où Anne Pitteloud, à la plume à la fois libre et compétente sauve l’honneur de la profession, on ne trouve plus, ailleurs, que des généralistes plus ou moins débordés, souvent blasés ou excédés, plus déprimés encore que les livres dont ils parlent, et dont l’unique référence littéraire semble être le dernier best-seller de Marc Lévy !
Heureusement, face à l’armée des éteignoirs, une autre forme de critique existe encore en Suisse romande qui agrandit, interroge, éclaire les livres dont elle parle.. Il suffit d’ouvrir La Liberté et de lire Jacques Sterchi ou Alain Favarger. Ou Le Nouvelliste, où Jean-François Fournier parle régulièrement (et avec bienveillance) des dernières parutions. Ou encore Le Quotidien jurassien où Bernadette Richard défend avec fougue nos auteurs. Ou enfin 24 Heures où Jean-Louis Kuffer poursuit depuis près de 40 ans son travail admirable d’éclaireur de la littérature romande…
.Lire, c’est non seulement vibrer ou être ému, heurté, embrasé, c’est aussi partager cette flamme, transmettre à d’autres lecteurs, toujours inconnus, ce feu sacré qui nous a emportés loin du monde, non dans une tour d’ivoire, mais dans une maison de verre (comme dirait André Breton) où nous pouvons mieux comprendre et aimer le monde qui est le nôtre.

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29/01/2008

La critique passe-plats


zidane chez astérix
Je ne sais pas si vous êtes au courant, mais le dernier Astérix vient de sortir. Pas la BD, bien sûr, qui, depuis la mort du génial René Goscinny, ne crée plus jamais l'événement, malgré le talent d'Albert Uderzo. Non, le FILM. THE MOVIE. Avec tout ce que la France compte de talents de première et seconde zone. En vrac, pour ne froisser personne : Gérard Depardieu, Alain Delon, Clovis Cornillac et même… l'inénarrable Zizou, le roi du coup de boule. dans le rôle de Numérodix…
Si vous n'avez pas remarqué la sortie du film, c'est que, sans doute, vous n'achetez pas les journaux ou que vous vivez sur une autre planète. Car comment échapper à cette campagne de promotion tous azimuts? Une page entière dans Le Matin dimanche, deux pages dans L'Hebdo, des articles substantiels dans le Temps, la Tdg, TVGuide, et j'en passe… Partout, les mêmes salades, les mêmes interviews creuses, les mêmes anecdotes lues mille fois ailleurs.
À se demander si les critiques de cinéma lisent les journaux où écrivent leurs collègues…
Bref, de la pure propagande, sans l'ombre d'une réflexion personnelle. C'est aujourd'hui le rôle de la critique cinématographique : passer les plats, résumer l'histoire, gommer toutes les questions, mettre en valeur le produit promu à force de millions…
Le drame, dans cette nouvelle économie du cinéma (plus le budget de promotion est important, plus on parle du film dans les médias), ce n'est pas que des milliers de spectateurs aillent voir le dernier Astérix (si seulement c'était le dernier!) qui, après tout, n'est pas pire que la plupart des films français qui sortent dans nos salles. Non, le drame, c'est que les grosses machines comme Astérix occultent les vrais films, les vrais bons films.
Vous voulez des exemples?
Alors courez, toutes affaires cessantes, voir le dernier film de Sean Penn, Into the Wild, un pur chef-d'œuvre de par son scénario, ses acteurs, sa musique, ses images. Jean-Louis Kuffer en a largement parlé sur son blog : le film de Sean Penn, d'une pureté absolue de sentiments, d'intelligence artistique, est un des grands films de ce début de millénaire.
L'autre film à ne pas manquer, c'est le très beau film de Jacob Berger, 1 journée, qui passe actuellement en Suisse romande. Un film qui nous bouleverse avec, là encore, une honnêteté rare, une justesse de ton, un sens magnifique du dialogue et de la mise en scène. Jacob Berger, enfant de Meyrin, filme la ville où il a grandi avec amour et précision, sans jamais tricher, comme seuls les grands réalisateurs savent le faire. Après Aime ton père, qui mettait en scène les Depardieu père et fils, Berger sonde ici un couple qui avance tout au bord de l'abîme, sans s'en rendre compte, en confiant le récit tantôt à la femme, tantôt à l'homme et tantôt à l'enfant. Du grand art.
 

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25/01/2008

Desperate Swiss Housewife

claude-inga barbey
La littérature romande a depuis quelque temps sa desperate housewife : Claude-Inga Barbey.
On ne présente plus la Monique de Bergamote, ni celle qui livre, chaque semaine, ses états d’âme aux auditeurs de la Première. Depuis l’année 2000, Claude-Inga Barbey a écrit des chroniques (Petite dépression centrée sur le jardin), un roman (Le Palais de sucre) et des nouvelles (Le Portrait de Madame Mélo), tous publiés aux éditions d’Autre Part.
Aujourd’hui, elle nous donne un roman, Les petits arrangements, qui ressemble à une confession déguisée. Claude-Inga Barbey y endosse le rôle de Pénélope, l’épouse délaissée, qui voit son Ulysse partir à l’étranger pour un séminaire dont il ne reviendra pas indemne, ni seul… La trame est simple, son évolution inéluctable. Tout le monde la connaît. Pourtant, en fin de course, contrairement à ce qui se passe chez Homère, Ulysse quittera Pénélope pour une collègue plus jeune qu’elle…
Construit en résonance avec L’Odyssée, ces Petits arrangements se lisent vite et bien. Ils ne sont pas portés par un grand souffle littéraire, mais témoignent d’une urgence qui touche le lecteur : dire la douleur de l’abandon, la vie qui continue sans l’autre, les mille et un soucis de la vie quotidienne. C’est là, sans doute, que Claude-Inga Barbey excelle : dans l’évocation des tracas ordinaires, des longues lessives déprimantes de la ménagère au foyer, de l’ennui qui la ronge comme un cancer, à l’image de la Susan des Desperate Housewives ou de la Monique de Bergamote.
Claude-Inga Barbey, Petits arrangements, éditions d'Autre Part, 2007. 


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23/01/2008

Devine qui vient dîner…

J’étais, hier soir, sur La Première, invité par Michèle Durand-Vallade, et invitant, à mon tour, l’écrivain tuniso-moudonois Rafik Ben Salah. Autant dire en excellente compagnie…
Disons-le sans ambages : la radio (romande en particulier) possède sur ses concurrents de la presse écrite d’immenses avantages. Lesquels ? D’abord, ce luxe exorbitant à notre époque de frénésie et d’oubli : elle dispose du temps, une plage de temps, plus ou moins étendue, qu’elle offre à l’invité (vous, moi), et qui est une plage de liberté absolue. Ensuite, elle n’est pas, contrairement à la presse écrite, esclave des contingences économiques : peu de censure (ou d’autocensure), aucun annonceur qui vous dicte sa loi, aucun racolage (pas besoin de pages people à la radio), etc. Enfin, elle offre le contact et la chaleur humaine.
J’étais donc l’invité, pour un soir, avec mon ami Rafik Ben Salah, de la chaleureuse (et espiègle) Michèle Durand-Vallade. Discussion libre, vive, passionnée (c’est si rare en Suisse romande) au cours de laquelle chacun peut non seulement développer les idées qui lui sont chères, mais également ouvrir son cœur. Ce qui, dans le contexte actuel sinistré de la presse romande, est impossible.
C’est une grande bouffée d’air, pour un écrivain (et, hier soir, il y en avait deux), de pouvoir parler de son travail, de ses envies, de ses regrets, de ses ambitions. Là où la presse effleure un livre (quand elle ne le passe pas simplement sous silence), la radio prend le temps d’approfondir, de questionner, de retourner le couteau dans la plaie. À ce jeu-là, Michèle Durand-Vallade est experte. Sa chaleur, son écoute, sa vivacité donnent lieu à de passionnants moments de vérité.
Alors un conseil: éteignez votre télévision ou transformez votre poste en aquarium, et écoutez, quand la nuit tombe, Devine qui vient dîner ce soir ou Drôle d’histoires avec Lolita et Miruna Coca-Cozma : ce sont de vrais moments de bonheur.

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11/01/2008

La France schizophrène

nicolas et carla
La France est un bien beau pays. Si fameux ! Et tellement plus grand que nous… Quel autre pays peut exhiber une Histoire plus glorieuse ? Une telle lignée de rois félons ou fainéants, cruels, dépravés, dévots ou paresseux? Même un roi horloger, qui pourrait être de chez nous, ce qui ne lui a pas porté chance, puisqu'il est mort sur l'échafaud…
Quel autre pays peut s'enorgueillir de plusieurs révolutions : 1789, 1830, 1848 ? Sans parler de l'épisode de la Commune de Paris ou de Mai 68 ?
Il m'a toujours semblé que nos voisins français vivaient dans une curieuse schizophrénie : en régime monarchique, ils ne rêvent que de démocratie ; et en régime démocratique, ils ont la nostalgie des monarques tout-puissants.
N'est-ce pas ce qui se passe actuellement avec Nicolas Sarkozy, premier «président-citoyen» autoproclamé?
A peine élu, le Roi divorce, car désormais c'est un citoyen comme les autres. Commence alors le bal des soupirants et des favorites. Autrement dit, Bernard Kouchner et Carla Bruni. Comme à l'époque du Roi Soleil, les courtisans jouent des coudes pour approcher ce nouveau fils de Dieu ou se faire remarquer de lui. Que Nicolas lâche un pet de travers, il y aura toujours en France 500 journalistes pour humer l'air autour de lui! Quel pays admirable! Qui manipule qui? Est-ce une presse formée aux méthodes américaines et bien dressée par le pouvoir qui organise à grand renfort de photos retouchées les réjouissances royales? Ou est-ce le fameux « président-citoyen ». ce nouveau roi de pacotille, qui ordonne narcissiquement son propre sacre?
Bien malin qui pourrait le dire.
Ce qu'on peut affirmer, en revanche, dans les deux cas de figure, c'est que le peuple français se retrouve gagnant : en mai dernier, il a élu un simple citoyen, proche de la middle class, à qui il a conféré les pouvoirs exorbitants d'un monarque de l'ancien régime. Pour le même prix, il a donc un roi et un simple citoyen…
Le bonheur pour un peuple schizophrène!
 
 

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14/12/2007

Vae Victis, Herr Blocher !

la rage du fakir Un bon croquis, n'est-ce pas, vaut mieux qu'un long discours!

Alors savourons, autant que faire se peut, la rage du fakir zurichois, brusquement étonné par le jeu d'alliances et de contre-alliances secrètes qui fait tout l'intérêt de la politique…

Hué et humilié, le fakir populiste, n'en doutons pas, aura bien d'autres occasions de mordre et de laisser exploser sa rage. Laissons-le ruminer sa vengeance, bien au chaud dans sa niche de luxe. Laissons-le haïr ce pays qu'il prétend défendre et honorer. N'écoutons pas ses plaintes de vieil homme poignardé dans le dos. Quatre ans, c'est peu et c'est beaucoup pour se faire détester de ses pairs…

Notre petit fakir a réussi cet exploit: rendons-lui cette justice!

Une femme de plus au Conseil fédéral, c'est une chance de plus d'ouvrir le débat, de faire entendre d'autres idées, de laisser une chance, peut-être, à l'avenir de ce pays — qui ne se joue ni sur le terrain de la xénophobie, ni sur celui de l'isolement, ni sur celui du mépris social…

Alors, Hop, Evelyne, courage et bonne chance !

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11/12/2007

Une expérience stimulante

la vie mécène

A la veille de la grande mascarade fédérale, où chacun se pousse des coudes en espérant faire trébucher le voisin, sans avoir le courage ni l'envergure pour briguer une place de haute responsabilité, il est sain de parler d'autre chose. Et pourquoi pas de littérature, me direz-vous? Aie, aie, aie! J'en vois déjà qui quittent ce blog pour aller s'étourdir sur des sites moins sérieux, comme celui de Pascal Décaillet ou du Maire de Genève…

Je vous propose une expérience tout à fait stimulante…

Il y a quelque temps, je me promenais dans les rues de Montréal, dans la belle province du Québec, invité à venir y parler, dans deux importantes Universités, des auteurs suisses que j'aime. Candide en la matière, j'abordai une jolie passante, emmitouflée dans son loden, et engageai la conversation : « Excusez-moi, mademoiselle ! Je suis de passage à Montréal et je m'intéresse beaucoup à la littérature canadienne. Pourriez-vous me conseiller un ou deux auteurs importants d'aujourd'hui ? »

Sans un mot, elle me prit pas le bras et m'emmena dans la librairie la plus proche. C'était une grande librairie, qui ressemblaient aux nôtres, à la différence près que les livres canadiens n'étaient pas confinés dans l'arrière-boutique (sinon dans des cartons fermés), mais occupaient la vitrine et la plus grande partie des tables-présentoirs.

— Qu'est-ce qui vous intéresse? demanda la jeune femme.

— Tout, répondis-je. Mais il me suffirait d'un ou deux noms…

Elle commença alors à me vanter les mérites de Dominique Lavallée (La Course folle des spermatozoïdes, 2003), Hedi Bouraoui (Rose des sables, 1998), Louise-Anne Bouchard (Les Sans-soleil, Vai Piano), Normand Chaurette (Le Petit Köchel, 2001) et bien sûr Réjean Ducharme (Dévadé, 1991)…

Elle s'empressa de poursuivre : « Mais ce n'est qu'un choix subjectif. Je pourrais vous citer quinze autres auteurs canadiens importants d'aujourd'hui.

— Tout le monde les connaît ici ? demandai-je.

— Oui, bien sûr. On commence à les lire à l'école primaire, puis au lycée, puis, bien sûr, à l'Université. Les journaux en parlent, comme la radio et la télévision. Ce n'est pas la même chose chez vous?

— En Suisse, c'est plutôt l'omerta. Quand un livre important sort (ou dérangeant, ou atypique, ou poétique, ou original), on s'arrange pour ne pas en parler. Ou on liquide la chose en dix lignes en bas de page dans Le Temps…

— Et à l'Université ? demanda ma belle Québécoise.

— On ne parle pas des écrivains vivants (surtout suisses), ça risquerait de réveiller les morts! Et les professeurs ne lisent jamais ce qui paraît…

— Mais alors qui vous lit?

— Mystère et boule de gomme! Si un lecteur, malgré le silence de la presse et la discrimination des grands libraires, parvient à se frayer un chemin jusqu'au livre de son cœur, il a bien du mérite… »

Je vous fais grâce de la suite de ma conversation avec la belle québécoise. Sachez seulement qu'elle se poursuivit ailleurs, dans un endroit plus tempéré, et qu'elle fut douce et agréable…

De retour en Suisse, j'ai envie de tenter la même expérience. Promenez-vous dans les rues de Genève, en ce jour d'Escalade, et demandez aux gens que vous croisez de vous citer les noms de — mettons — trois écrivains genevois d'aujourd'hui.

J'attends vos réponses avec impatience.

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06/12/2007

Ma fille a fait sa batmitsva

Je ne sais pas comment ça s'est passé pour vous, mais moi, quand ma fille m'a annoncé qu'elle voulait suivre des cours d'histoire religieuse, je me suis posé des questions.

C'est vrai : pourquoi des cours de religion?

Et surtout avec qui ?

Quand elle m'a dit qu'elle suivrait les cours du rabbin Garaï avec son grand ami Samuel, cela ne m'a rassuré qu'à moitié…

Mais, au fil des semaines et des mois, je me suis aperçu que ces cours la passionnaient. Au point d'apprendre à psalmodier pendant des heures des textes imprononçables dans une langue sémitique qui — allez savoir pourquoi ? — fait l'économie de toute voyelle.

Bref, comme toujours, j'ai dit oui. En me demandant, pourtant, où tout cela allait me mener. Et surtout combien tout cela allait me coûter…

Je ne sais pas comment c'est pour vous, mais pour moi ce n'est pas tous les jours que ma fille m'annonce avec un regard de défi qu'elle veut faire sa batmitsva!

Qu'est-ce que c'est que ça, une batmitsva ?

Un opéra-rock? Une pâtisserie orientale ? Une espèce de surprise-partie? Un vaccin contre le tétanos ou la scarlatine?

Quelle mouche l'a donc piquée?

« Mais non papa! Assieds-toi, je vais t'expliquer… »

Je me suis donc assis sur une chaise et ma fille m'a expliqué…

« C'est un rite de passage, papa! Cela marque le fait que je suis une adulte maintenant. »

Aïe! Vous imaginez que cela ne m'a pas rassuré…

Que la petite fille que vous avez nourrie au lait vitaminé six fois par jour et aux œufs Kinder pendant des années vous dise un jour : « Je suis une adulte maintenant. » — cela vous fait comme une boule dans la gorge. Car, quoi qu'on dise, et bien qu'on s'y prépare très longtemps à l'avance, on ne s'attend jamais à ce genre de déclaration.

Pas si tôt. Pas maintenant.

Alors j'ai acquiescé encore une fois.

Reste une question qui n'est pas simple, vous me l'accorderez : la question de Dieu.

Je vous épargnerai l'Ancien et le Nouveau Testament, la Torah, le Coran et l'épopée de Gilgamesh — non que je n'aie rien à dire sur le sujet (vous imaginez bien), mais nous manquons de temps, et il y a encore vingt discours après le mien. Je passerai également comme chat sur braise sur l'épopée tragique du Ramayana et les 26 volumes de Mahabarata (intéressants, surtout vers la fin). Mais c'est quand même une question importante que la question de Dieu. Une question qui a rempli des millions de volumes et qui — entre parenthèses — n'a jamais trouvé de réponse…

Bref, tandis que nous étions vautrés, ma fille et moi, sur le canapé du salon en train de regarder à la télévision un épisode de la série Nip Tuck, pendant que le beau Docteur Troy s'apprêtait à donner une leçon de physique expérimentale à l'une des ses patientes, une nouvelle question — une nouvelle épouvante —m'a torturé l'esprit.

Je vous la livre comme elle m'est venue : ma fille est-elle en train de devenir mystique?

Qu'elle ait envie de virer sa cutie, c'est toujours douloureux pour un père, mais enfin il n'y a rien de plus normal. Mais qu'elle devienne mystique, pratiquement du jour au lendemain, sans même l'intervention du Saint Esprit, ça vous en bouche un coin.

C'est vrai quoi : pourquoi, pendant des années, l'avoir élevée aux grands philosophes matérialistes? Pourquoi lui avoir fait lire toute l'œuvre de Voltaire et Brazelton à 5 ans? Pourquoi lui avoir lu les pensées de Cioran tous les soirs avant de s'endormir? Pourquoi l'avoir baignée toute petite dans Nietzsche, Schopenhauer, Foucault, Freud?

Vous voyez le résultat!

Un jour, heureusement, une étincelle m'a traversé l'esprit.

Qu'est-ce que le mysticisme ? me suis-je demandé.

J'ai ouvert ma Bible à moi — c'est-à-dire les œuvres complètes de Marx et Engels, Deleuze, Derrida. Et j'ai trouvé la réponse…

Oui, qu'est-ce vraiment que le mysticisme?

N'est-ce pas, au fond, l'idéalisation du Père?

Et le père, dans toute cette histoire, est-ce que ça ne serait pas moi?

Je connais d'autres pères, dans les mêmes circonstances, qui auraient été rassurés d'arriver à pareille conclusion.

Moi pas.

Parce qu'aujourd'hui je me demande ce que ma fille — à peine 17 ans, même pas majeure, bien que batmitsvée — va encore m'annoncer.

Je suis prêt à tout entendre et à tout endurer.

Il y a longtemps que j'ai pris le parti de la suivre, d'acquiescer, d'apprendre d'elle ce que je n'aurais jamais appris si elle n'avait pas été là.

Car c'est une erreur trop commune de croire que ce sont les parents qui tracent la voie à leurs enfants. C'est une erreur de croire que ce sont eux, les parents, qui disent à leurs enfants ce qu'ils doivent faire ou penser, s'ils doivent voter rose, rouge, vert ou brun, s'ils doivent pratiquer la natation ou le lancer de nains.

En vérité, c'est tout le contraire qui se produit : ce sont nos enfants qui nous guident, qui nous gardent, qui nous bousculent, qui ouvrent nos esprits à l'air du large, qui agrandissent nos émotions, qui nous emmènent parfois dans des endroits inaccessibles où nous ne serions jamais allés sans eux.

Voilà pourquoi, au fond, je suis content et fier d'avoir une fille batmitsvée.

Alors, comme on dit chez nous, mazeltof!

Bon vent et bonne chance à tous les deux!

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27/11/2007

Parlez-moi d'amour

Restons encore un peu avec Maurice Béjart. Regardez bien cette photo, là. Elle date de 1953. On y découvre deux danseurs portés par la grâce et, sans doute, l'amour. Il s'appelle Maurice Béjart. Elle s'appelle Asa Lanova. Ça vous rappelle quelque chose? Lui incarne Hamlet. Elle se glisse dans la peau d'Ophélie. C'est un sublime pas de deux, immortalisé par la photographie. L'art n'est rien sans la grâce de l'amour. Béjart est toujours parmi nous. Quant à Asa Lanova — il serait temps que cela se sache ! —, elle écrit des livres magnifiques. Revenons un peu en arrière…

asa lanova et maurice béjart (1953) Asa Lanova et Maurice Béjart, dans le pas de deux de Hamlet et Ophélie (1953) 

Sous le beau titre de La Gazelle tartare (publié il y a quelques années par Bernard Campiche), Asa Lanova explore son passé. Délaissant le roman, la narratrice s’aventure dans le labyrinthe des souvenirs et des songes. Elle qui se croyait insensible et stérile retombe sous le charme de « Satan » qui a illuminé et terrifié son adolescence. « Tout me revenait en mémoire, tel un ruban de feu qui se déroulait impitoyablement devant moi: mes fuites restées inexplicables, Deauville et son théâtre, Monte Carlo et ses palmiers léthéens, mon impuissance à vivre depuis l’enfance, et surtout, l’amour perdu, et, sans doute, renoué dans ma seule imagination. » Ce retour au passé – à la lumière noire de l’amour – va ramener la narratrice vers le jardin de son enfance, source inépuisable d’émerveillement. Jardin rêvé des étreintes amoureuses (mais ont-elles vraiment eu lieu?) et terre de la dernière demeure. C’est sur cette image, à la fois nostalgique et rassurante, que s’achève le beau récit d’Asa Lanova, qui tient de l'exorcisme et de la célébration mystique. Une réussite.

Il faut relire ce livre étonnant, dense, magique, qui ressuscite la figure d'un Satan qui ressemble beaucoup à Maurice Béjart. Il parle d'amour impossible. Il parle d'elle et de lui. Il parle surtout de nous. Il faut le lire de toute urgence.

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