09/11/2009

Vingt ans après

Que faisiez-vous il y a vingt ans exactement ? Vous étiez tous — et moi aussi — devant votre poste de télévision à n'en pas croire vos yeux, comme vos oreilles. Le Mur était enfin tombé ! Larmes et cris de joie. Un vent de liberté sans précédent soufflait sur l'Europe et le monde. On espérait des lendemains qui chantent…

Oubliant, pour une fois, sa mission d'abrutissement, la télévision était aux premières loges. Et nous avec. En plein cœur de l'événement. C'est-à-dire de l'Histoire en train de se faire. La magie du direct…

 

Vingt ans plus tard, l'Europe s'est agrandie. La Suisse n'en fait toujours pas partie. Elle s'est donnée une monnaie forte qui rivalise avec le dollar. Les frontières se sont ouvertes. Non les frontières de l'esprit ou de la culture. Mais celles des travailleurs, qui viennent alimenter un marché de plus en plus gourmand et aveugle. Tous les hommes sont égaux en Europe, car ils ont tous le droit — que dis-je : le devoir — de consommer.

Il vaut la peine de goûter ces images de joie et de liberté, de larmes, de pure jubilation. Elles portent en elles des rêves, peut-être, qui vont bientôt s'évanouir…

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07/10/2009

Quand la TSR se pique de culture…

Il semblerait que mes derniers billets aient provoqué une avalanche de commentaires et quelques malentendus tenaces. Pour ce qui est des commentaires (près de 100!), je m'en félicite : c'est la preuve qu'une discussion s'est ouverte, qui déborde, dérape parfois, mais brasse de vraies questions. Quant aux malentendus, j'aimerais en dissiper quelques-uns, très simplement :

1) je n'ai aucune admiration, ni compassion particulière pour les « violeurs », « abuseurs » et autres « pédophiles » ;

2) je ne place pas les « artistes » au-dessus des lois, ni ne réclame une clémence particulière pour les « grands créateurs » ;

3) les « médiocres » auxquels je faisais allusion dans mon papier sont ceux qui détestent, épidermiquement, les artistes et sortent leur révolver sitôt qu'on prononce le mot « culture ». Je ne citerai pas de noms. Tout le monde les connaît. J'appelle « médiocres » aussi ceux qui s'appliquent avec un zêle immaculé à faire respecter une Loi obsolète.

Pour illustrer mon propos, je me permets de citer une émission de la TSR, une vraie Idée Suisse : Tard pour Bar. Mes collègues de Blogres lui ontimages.jpeg déjà consacré un billet incendiaire (cliquer). Que s'est-il donc passé pendant l'émission du 24 septembre dernier ? Eh bien l'animateur-vedette, Michel Zendali, qui officiait naguère aux débats d'Infrarouge, s'en est pris à l'un de ses invités, l'éditeur Michel Moret, auquel, pour faire court, il a reproché l'inanité des livres qu'il publiait, en particulier des journaux intimes, celui de Moret et celui d'un journaliste de la radio, Raphael Aubert, qu'il trouve sans intérêt. Cela sentait la mise à mort et le règlement de comptes. D'ailleurs, le pauvre Moret, qui n'a pas l'habitude des jeux du cirque, ne s'en est pas relevé.

Or, lundi soir, pendant Forum, sur la Première, Zendali était à son tour mis sur le grill. Cette fois-ci non en maître de cérémonie, mais en guest star. Face à lui, Gérard Delaloye (voir sa lettre à Zendali), écrivain et journaliste, auteur de l'Aire, ne l'a pas ménagé, lui reprochant à la fois son ton agressif (inspiré de Thierry Ardisson), son narcissime et sa paresse (Zendali crie haut et fort qu'il ne lit pas les livres dont il parle). Si les deux interlocuteurs s'étaient trouvés en face l'un de l'autre, nul doute qu'ils en seraient venus aux mains!

Ce dialogue de sourds est révélateur du malaise (ou du malentendu) qui règne entre radio et télévision. Alors que la première, obéissant aux images-1.jpegrègles du Service public, donne la parole aux hommes et femmes qui ont quelque chose à dire — les créateurs en particulier (mais pas seulement) ; la seconde, obnubilée par l'audimat, coupe ou retire la parole à ces mêmes acteurs de la vie culturelle.  Il ne faut jamais oublier que la vraie vedette de Tard pour Bar, c'est Zendali. Toute l'émission vise à flatter son ego (Zendali et ses femmes, Zendali et ses coups de cœur, Zendali et ses coups de griffe, etc.). Et pourquoi pas, au fond ? Ardisson l'a bien fait par le passé. Le problème, ici, c'est que Zendali sort son flingue chaque fois qu'on prononce le mot « culture » ou « littérature ». Il avoue ne pas lire les livres qu'il présente. Ce qui ne l'empêche pas de tirer à vue sur ceux-là même qui écrivent ou éditent des livres en Suisse romande (et qu'on n'invite jamais à la télévision). Il rudoie les comédiennes (Caroline Gasser). Il flatte les politiques (Christophe Darbellay). Etc.

Dans cette arène (c'est l'idéal du « débat télévisé »), le combat est inégal ; les dés pipés d'avance ; la mise à mort programmée. C'est d'autant plus dommage que Tard pour Bar est l'unique émission « culturelle » de la TSR qui décidément n'a pas beaucoup d'estime (je ne dis pas d'amour) pour les artistes et les créateurs de ce pays.

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05/10/2009

Au pays des nains de jardin

images.jpegLa Suisse est un petit pays. Les nains qui la gouvernent sont de bons bougres. Ils font ce qu'ils peuvent avec ce qu'ils ont. ils sont honnêtes et respectent la Loi à la lettre. Bien sûr, parfois, ils se tirent dans les pattes. Mais ce n'est pas de leur faute. Car même quand ils se parlent (le mercredi, pendant deux heures), ils ne se comprennent pas.

Dernier exemple en date : la honteuse « affaire Polanski ».

Il suffit qu'un fonctionnaire zêlé, à Zurich, s'aperçoive que le cinéaste franco-polonais était invité au Festival de Cinéma et qu'un mandat d'arrêt international courait contre lui (ah! le frisson d'effroi et de plaisir du fonctionnaire au moment de mettre en place le traquenard : moi, moi, MOI, je vais me payer une star du cinéma !) pour que la machine judiciaire s'enclenche. La première avertie, Madame Widmer-Schlumpf, avocate et notaire, fille d'avocat et de notaire, « n'a pas le choix ». Elle fait exécuter l'ordre sans avertir aucun de ses collègues du Conseil Fédéral. Se rend-elle compte de ce qu'elle fait ? Sans doute pas. Mais « elle n'a pas le choix ».

Le lendemain, jour de l'arrestation, Micheline Calmy-Rey manie l'euphémisme en disant que l'affaire « manque de doigté » (traduisez : ma collègue a agi comme une écervelée : c'est de nouveaux ennuis pour la Suisse, qui n'en manque pas). Puis le grand Pascal, quelques  jours après, tire à son tour contre Micheline en disant qu'il ne voyait pas « le manque de doigté » qu'on pouvait reprocher à la sœur cachée d'Edith Piaf. Il faut dire que Couchepin n'est plus vraiment concerné par les bourdes des autres nains du Collège : il tire sa révérence dans quelques jours (il garde pourtant une dent contre Madame Schlumpf pour n'avoir pas été informé plus tôt puisque c'est lui — par l'intermédiaire de l'Office Fédéral de la Culture — qui non seulement subventionne le Festival de Cinéma de Zurich, mais paie aussi le Prix que Polanski aurait dû recevoir).

Dans la presse dominicale, la sémillante Evelyne met publiquement la faute sur l'Office Fédéral de la Culture (c'est-à-dire Jauslin et Couchepin) et les organisateurs du Festival de Cinéma qui « auraient dû prendre en compte, avant d'inviter Roman Polanski en Suisse pour lui remettre un prix, qu'en Suisse, la prescription pour les affaires d'extradition entre la Suisse et les Etats-Unis est calculée en fonction du droit en vigueur dans le pays qui demande l'extradition » : dura lex, sed lex. Répondant, dans la même interview, à la critique émise par sa collègue Calmy-Rey, le manque de doigté de la Suisse dans l'arrestation de Roman Polanski, EWS répond: « Je ne sais pas ce qu'elle s'imagine » (!).

Quand je vous disais qu'au pays des nains de jardins, la communication est difficile…

Et les autres Conseillers Fédéraux, me direz-vous, qu'en pensent-ils ?

Burkhalter ? Il a déjà provoqué, par ses déclarations intempestives, la « mise en sécurité » des deux otages suisses retenus en Libye. Alors, ce coup-ci, motus et bouche cousue ! Par sa faute, la crise libyenne a reculé d'une année.

Maurer ? Il déteste à la fois sa collègue Widmer-Schlumpf et le cinéma, surtout étranger.

Merz ? Pour ménager son cœur, il est resté en dehors de l'affaire. Mais il n'est pas impossible qu'il doive un jour réparer lui-même les pots cassés (avec nos amis français, polonais, voire américains), comme il l'a fait pour l'affaire Kadhafi et celle de l'UBS.

Mais alors Moritz, allez, ouste, on se réveille ! La culture, au Conseil Fédéral, c'est toi, bon dieu ! Ton frère est un artiste en vue, ta femme tient une galerie de peinture à Zurich…

Voici ce qu'a déclaré le plus dynamique de nos nains de jardin : « L'arrestation de Roman Polanski me surprend. La Suisse, en la matière, a agi de manière très formaliste. Ce qui n'est pas un reproche. Mais le résultat est étrange, car le cinéaste avait été invité pour recevoir un prix co-financé par la Confédération. » D'un seul coup, donc, il dégomme sa collègue EWS et son copain Couchepin. Beau tir groupé…

On s'étonnera, ensuite, que l'image de la Suisse, comme on dit, soit pareillement écornée à l'étranger. Rien de plus normal, pourtant, quand on assiste à une pareille cacophonie.

 

30/09/2009

Soyons médiocres!

images-1.jpeg La violence des réactions suscitées par l'« affaire Polanski » est révélatrice de notre époque bien-pensante et médiocre.

Ces réactions, me semble-t-il, sont de quatre types :

1) même si les faits remontent à plus de 32 ans, qu'ils ont été commis dans des circonstances particulières et à une époque particulière, ils demeurent impardonnables. En cela, les Suisses sont de vrais calvinistes : pour eux, pas de pardon, pas de pitié pour ceux qui ont pêché. Surtout sexuellement. L'injure suprême, ici, c'est pédophile. Bien sûr, personne ne s'interroge sur ce terme : est-ce un vice, une maladie qui se soigne ? Un penchant criminel et inné ? Polanski est un pédophile (même certains journalistes l'ont écrit!) : il doit donc payer, et si possible finir ses jours en prison.

2) à travers Polanski, qui en serait le symbole, on s'en prend à la clique « médiatico-gaucho-culturelle ». Au fond, comme le jogging serait de droite, la « pédophilie » serait de gauche ! Une spécialité naturelle, en somme. Relents nauséabonds de populisme.

3) la Suisse était tenue de respecter le Droit international, surtout si la demande vient des USA (mon Dieu, quelles misères vont-ils encore causer à l'UBS?). Il fallait donc tendre un piège à Polanski, ce couard qui a fui la justice américaine (cette noble institution qui pratique la torture et la peine de mort), pour que Justice soit faite. L'argument juridique prime, bien entendu, sur le facteur humain : l'âge de l'accusé, le fait que la victime ait demandé à ce qu'on classe l'affaire, les circonstances infâmes de l'arrestation, etc.

images-2.jpeg4) mais ce qu'on ne pardonne pas à Polanski, au fond, c'est d'être un artiste — et même de génie. Tout le déferlement de haine auquel son « affaire » donne lieu trouve là son ultime expression. Elle n'est pas pas accidentelle ni occasionnelle : le siècle dernier, elle a frappé Charlie Chaplin (ce monstre), Vladimir Nabokov (tiens, encore un pédophile, chasseur de papillons en plus), Thomas Mann, Hermann Hesse, et j'en passe. (Relevons, entre parenthèses, que Chaplin, Nabokov et Hesse ont trouvé refuge en Suisse : mais c'était une autre époque).  Auparavant, elle a frappé Baudelaire, Flaubert, Oscar Wilde, etc. Cette haine de l'artiste est parfois sous-jacente : elle peut aujourd'hui s'afficher au grand jour. Quoi!  Tous ces malades, ces pervers, ces coupeurs de vérité en quatre, ces femmes et ces hommes dissolus, ces producteurs d'éphémères chefs-d'œuvre, pourquoi seraient-ils au-dessus des lois ? Pourquoi auraient-ils le droit d'outrepasser les règles de la vie sociale ?

Au fond, cette affaire infamante pour la Suisse (qui restera, à jamais, le pays qui arrêté Polanski — ce qu'avaient refusé de faire l'Italie, l'Allemagne, la Suède, le Canada, etc.) révèle au grand jour la haine des créateurs. C'est la revanche des médiocres. Plus besoin, désormais, de regarder les films de Polanski, puisque c'est un pédophile, doublé d'un lâche. Autrement dit : le diable.

Les esprits bien-pensants sont rassurés. La Suisse peut dormir sur ses deux oreilles. Les médiocres ont le dernier mot.

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22/09/2009

Devinette d'automne

images.jpegPour fêter le début de l'automne, et le premier anniversaire de la « crise », je vous propose une devinette.

Qui a écrit les lignes suivantes ? Et quand ont-elles été écrites ?

« Je pense que les institutions bancaires sont plus dangereuses pour nos libertés que des armées entières prêtes au combat. Si le peuple américain permet un jour que des banques privées contrôlent leur monnaie, les banques et toutes les institutions qui fleuriront autour des banques priveront les gens de toute possession, d'abord par l'inflation, ensuite par la récession, jusqu'au jour où leurs enfants se réveilleront sans maison et sans toit sur la terre que leurs parents ont conquise. »

Le-la vainqueur-vainqueuse recevra libéralement un exemplaire de La Vie mécène, roman qui ne parle pas que d'argent, publié en 2007 aux Editions l'Âge d'Homme-de Femme.

09:52 Publié dans all that jazz | Lien permanent | Commentaires (10) | Tags : crise, banque, devinette | | |  Facebook

21/09/2009

Happy birthday, Leonard!

Alors qu'il donnait un concert à Valence (E), jeudi dernier, Leonard Cohen s'est effondré sur scène. Grosse frayeur dans la salle et parmi les musiciens. Son malaise serait dû, selon les médecins de l'hôpital de Valence, à une intoxication alimentaire. Le chanteur canadien (de Montréal) reprendra sa tournée aujourd'hui à Barcelone.

C'est aujourd'hui, précisément, que Leonard Cohen fête ses 75 ans! Le concert qu'il a donné à l'Arena de Genève en octobre dernier reste encore dans toutes les mémoires (voir ici ).

Happy Birthday, Leonard, and dance us to the end of love!

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17/09/2009

Les invectives de Monsieur Weiss

images.jpeg

Monsieur Weiss n'aime pas les enseignants. Allez savoir pourquoi ? Une rivalité conjugale ? Le souvenir traumatisant d'un ancien cancre dont l'institutrice n'a pas su reconnaître le talent ? Ou simplement la haine de soi (Monsieur Weiss est enseignant lui-même) ? Et quand je dis qu'il n'aime pas les enseignants, je devrais dire qu'il les hait, puisqu'il parle, à leur propos, de « hargne furieuse ».

Dans une réponse cavalière à mon ancien billet (voir ici), Monsieur Weiss se livre, une fois de plus, à l'invective, sans avancer aucun chiffre probant, ni convaincre personne. Je ne me lancerai pas dans une bataille de chiffres — surtout pas avec quelqu'un qui sait si bien les manipuler. Je n'en retiendrai qu'un, de chiffre, le plus impressionnant et le plus inquiétant : le Post-Obligatoire genevois a accueilli, lors de la rentrée 09, exactement 1137 nouveaux élèves! Ce qui, de l'aveu même du DIP, aurait nécessité l'ouverture de 100 nouveaux postes. Pourquoi autant d'élèves ? La raison en est double : premièrement, une partie de ces nouveaux élèves proviennent des écoles privées. Deuxièmement, cette forte croissance des effectifs s'explique aussi par des raisons historiques : elle a d'abord frappé le primaire dans les années 90, puis le CO. Elle frappe maintenant le PO de plein fouet depuis 5 ans. Cette « explosion » de nouveaux élèves était donc prévisible. Mais de réforme en réformette, et de restriction budgétaire en restriction du personnel, on (c'est-à-dire la sémillante Martine Brunschwig-Graf, puis le ténébreux Charles Beer) a laissé les choses aller leur train d'enfer. On voit aujourd'hui le résultat…

N'en déplaise à Monsieur Weiss : les enseignants ne réclament pas, dans ce débat, des avantages financiers, mais des conditions de travail qui leur permettent de faire face à cet afflux de nouveaux élèves afin que chacun de ces élèves puisse être accueilli comme il le mérite, comme il en a le droit, dans une classe à l'effectif raisonnable, et qui ne pratique pas l'« overbooking ».

Nos élèves — c'est-à-dire nos enfants — ne méritent-ils pas tous une école équitable et de bonne qualité ?

 

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14/09/2009

Le cirque politique

Gros_Banquier.gifDécidément, la Suisse a de la peine à sortir du système archaïque de la concordance — baptisée un peu trop rapidement « formule magique » — qui consiste en une série d'arrangements, de compromis et de manœuvres diverses. Ce système, on en a la preuve aujourd'hui, est obsolète et ne satisfait plus personne. Même les partis, qui s'étaient assurés une représentation régulière (et quasi absolutiste) au Conseil Fédéral, n'y trouvent plus leur compte. Quant au peuple, éternel dindon de la farce, il regarde, il attend, il assiste à cette mascarade en étant de moins en moins dupe.

Tenez, il suffit de regarder ce que les partis (et leurs porte-voix : les média) essaient de nous vendre  depuis le début de l'été pour remplacer Pascal Couchepin. Un opossum neuchâtelois, aussi passionnant qu'un match de tennis féminin, qui semble toujours attendre que commence la campagne d'élection. Un grand blond peroxydé, qui a des idées (simples) sur tout, sauf sur le département fédéral qu'il serait susceptible de reprendre (mais il aime la culture, heureusement, puisqu'il a participé à plusieurs pièces de théâtre amateur, pièces qu'il a subventionnées lui-même : espérons, s'il est élu, qu'il payera de sa poche les futurs chefs-d'œuvre  du cinéma suisse!). Enfin, une belette singinoise, ni blanche ni noire, ni romande ni alémanique, ni à gauche ni à droite, ni gentille ni méchante, bien au contraire…

Ainsi posé, le choix qui se présente aux pauvres députés fédéraux relève de l'impossible…

N'y a-t-il vraiment aucun-e candidat-e* de valeur au sein du PLR ? La Suisse est-elle un si petit pays qu'on ne trouve nulle part une personnalité digne d'être élue ? Ou est-ce la faute du système qui exclut, a priori, toute personnalité qui sort un tant soit peu des rangs ?

Bien sûr, il reste toujours la possibilité d'élire au outsider (Dick Marty, par exemple, que certains plébiscitent). Mais alors à quoi tout ce foin ?

Les élections au Conseil Fédéral correspondent toujours, à Genève, avec la venue du Cirque Knie. Ce n'est pas une coïncidence. Cette année le spectacle est excellent. Il a beaucoup plu à ma fille. Les clowns en particulier qui ont provoqué cette remarque : « Regarde Papa, on dirait les gens qui parlent à la télé. Mais ceux-ci sont plus drôles ! »

* Comme Blondesen, j'essaie de m'adapter au langage épicène.

10:40 Publié dans all that jazz | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : politique, cirque knie, conseil fédéral | | |  Facebook

04/09/2009

Le choc des cultures

images.jpeg L'affaire Kadhafi, me semble-t-il, est révélatrice de ce que d'aucuns appellent « le choc des civilisations » — c'est-à-dire des cultures, des rites et des coutumes.

Acte premier. Le fils d'un despote étranger maltraite ses domestiques dans un grand hôtel genevois. La police intervient, comme Zorro, menote l'énergumène, l'arrête, lui fait passer deux jours dans un cachot infâmant. Pourquoi? Parce qu'il contrevient aux lois suisses. Aurait-il agi de la même manière à Tripoli, personne ne l'aurait inquiété. Non pas que tous les Libyens maltraitent leurs domestiques (quand ils en ont), mais, en Libye il ne viendrait à l'idée de personne d'arrêter le fils du dictateur local pour d'aussi futiles raisons. Première erreur.

Acte deuxième. Le despote, dont le fils a été humilié, se venge en faisant disparaître le frère de l'un des domestiques, puis en arrêtant deux ressortissant suisses qui n'ont bien sûr rien à voir avec l'affaire. Cette prise d'otages, bien dans l'esprit teroriste, ne soulève que peu d'émotion. Tout le monde, en Suisse et ailleurs, est persuadé que tôt ou tard les otages (qui, pour les Libyens, n'en sont pas) seront libérés. Nouvelle erreur, bien sûr, à mettre sur le compte du fameux choc des cultures.

Acte troisième. Pendant plus d'une année, la diplomatie suisse multiplie les contacts, sa cheftaine se rend à Tripoli, discute avec des sous-fifres. On lui fait maintes et maintes promesses. On est même à « deux millimètres » d'une solution. Nouvelle erreur : on ne discute pas avec quelqu'un qui s'est senti humilié et qui n'a qu'un désir : humilier l'autre à son tour. Cela, madame Calmy-Rey ne l'a visiblement pas compris, persistant à croire à une illusoire négociation.

Acte quatrième. Prenant son courage à deux mains, fâché par l'inefficacité de sa diplomatie, le Président de la Confédération décide de se rendre à Tripoli. Il va même jusqu'à s'excuser publiquement des exploits de la police genevoise. Ce qui a dû lui coûter beaucoup. On lui fait, une fois encore, maintes promesses, qui ne seront jamais tenues. Parce la parole d'un terroriste humilié n'a aucune valeur. Le petit Président s'en revient. À son retour, on le couvre d'insultes et de quolibets. Il garde la tête haute. Cet homme qui a frôlé la mort en a vu d'autres.

Acte cinquième. L'affaire n'a pas avancé d'un pouce. On est toujours à deux millimètres d'une solution. Tout le monde, en Suisse, met son grain de sel. Les partis pérorent, comme à leur habitude. Les beaux-parleurs des hauts parleurs (Me Poncet, Jean Ziegler, etc) en profitent pour se faire valoir. C'est le grand cirque médiatique. Là encore, le choc des civilisations. D'un côté, les palabres sans fin et de l'autre la Loi du Talion. Deux points de vue inconciliables. Le despote éclairé demande même à l'ONU le démantèlement de la Suisse. Preuve que toutes les manœuvres diplomatiques n'ont servi à rien. Une fois de plus, il se ridiculise aux yeux du monde. Mais un despote se fout du monde. Il se songe qu'à tyraniser son peuple, et, une fois de plus, à appliquer la fameuse Loi du Talion.

Tout cela ne ressemble-t-il pas à un « choc des civilisations » ?

 

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02/09/2009

Parole de bédouin

Un bon sketch vaut mieux qu'un long discours, parole de bédouin !



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31/08/2009

Le retour du grand blond

images.jpegSouvenez-vous du Grand blond avec une chaussure noire, inoubliable nanar français réalisé par Yves Robert, en 1972, avec Bernard Blier, Jean Rochefort, Mireille Darc et, bien sûr, Pierre Richard…

Ça ne vous rappelle rien ? Dans le cadre d'une guerre des chefs aux Services secrets, on décide d'utiliser un inconnu,  « n'importe qui, un homme dans la foule » et de faire croire que l'inconnu en question est un redoutable agent secret destiné à régler l'affaire de l'agent double. Cet inconnu, choisi par hasard à Orly parce qu'il porte une chaussure noire à un pied et une marron à l'autre, est François Perrin un violoniste étourdi, joué par Pierre Richard. Pour faire parler de « nobody », on enrôle même une sorte de Mata Hari au décolletté vertigineux (Mireille Darc) qui tombera amoureuse de l'étourdi…

Nul doute que le parti libéral-radical suisse, ce week-end, a vu et revu le film d'Yves Robert.  C'est pourquoi il a désigné un grand blond, tiré à quatre épingles, le visage repeint et le cheveu oxygéné de frais, sorte d'agent double destiné à jouer les leurres dans la prochaine élection au Conseil fédéral. On aura reconnu Christian Luscher, dont le moindre fait de gloire n'est pas d'avoir coulé le Servette, avant de le remettre dans les mains d'un homme de confiance, le français Marc Roger, autre Tartarin de province, qui vient de sortir de prison…

images-1.jpegLa Suisse est un petit pays. Les hommes (et femmes) politiques sont à la mesure du pays. Il ne faut pas qu'une tête dépasse. Pour perpétuer un système d'élection qui devrait être profondément réformé, on désigne le premier grand blond venu, comme appât, avant la curée du 16 septembre. Dans le film d'Yves Robert, tout se termine par un bain de sang où les chefs, sous-chefs et sous-sous-chefs s'entretuent.

Alors Luscher ou Burkhalter? Le grand blond ou Snoopy, l'éteignoir ?

Gageons que les débats seront animés et sanglants…

 

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27/08/2009

Pure laine : un pur bonheur!

images-1.jpegEn attendant le dénouement du feuilleton libyen de l'été — qui devrait être heureux, même si, par la faute de Micheline Calmy-Rey, il est très mauvais — je vous recommande une série qu'on peut découvrir actuellement sur TV5 Monde, autour de 13 heures, un vrai chef-d'œuvre : Pure Laine.

On sait que notre chère TSR brille souvent par ses documentaires et son département information. En revanche, elle est à peu près nulle dans le domaine des séries (autochtones) et des fictions. La preuve, hélas, avec les Petits déballages entre amis au scénario inepte, sinon inexistant. Et lorsqu'on découvre Pure Laine, ou encore l'extraordinaire série belge Melting Pot Café, les chaussettes, littéralement, vous en tombent…

Pure laine, me direz-vous, ça veut dire quoi?

Ceux qui ont (un peu) voyagé savent qu'il s'agit là d'une expression québéquoise, qui signifie « de pure souche ». Autrement dit, la série Pure Laine est une série canadienne (allons, québéquoise…) qui met en scène un immigré haïtien (fabuleux Dominique!), prof à Montréal, qui rencontre, puis épouse une Québéquoise « pure laine ». Le couple adoptera rapidement une petite fille, Ming, venant tout droit de Chine…

Noir, jaune, blanc : on le voit, ce sont les couleurs du Québec!

images.jpegCe trio improbable (mais plus vrai que nature) va traverser une série d'aventures croustillantes qui, toutes, tournent autour de l'identité culturelle (des Québéquois, en l'occurence). Qu'est-ce qu'être Canadien? Pourquoi les Québéquois sont-ils constamment en guerre contre les anglophones? Quels sont les mythes et les valeurs de la société canadienne? Comment s'intégrer dans une société si complexe? Etc.

Chaque épisode dure une quarantaine de minutes. C'est un petit bijou. Les comédiens sont épatants. C'est vivant, drôle, haletant. La mise en scène est dynamique. Et la langue! Quelle saveur que cette langue québéquoise, unique et riche, pleine de trouvailles (pour ceux que cela inquiéterait, la série est sous-titrée en « français »). Bref, un moment de grande jubilation…

Allez, voici quelques séquences de Pure Laine à déguster.



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25/08/2009

Une rentrée explosive

craie_icone.jpgLa nouvelle n'a pas fait la une des journaux, trop occupés à disserter sur l'équipée folle (mais courageuse) de Hans-Rudolf Merz en Lybie ou la future élection au Conseil Fédéral (la valse des neutrons). Pourtant, elle mérite qu'on s'y arrête quelques instants.

Comme on sait, l'école genevoise va très bien. Effectifs réguliers, profs satisfaits de leur sort, locaux modernes,  nouvelle matu tip-top, etc. Sauf que…

L'école genevoise va si bien, elle est si attractive, si compétitive, qu'elle attire de plus en plus d'élèves (débauchés, le plus souvent, des écoles privées). Seulement, s'il y a dee nouveaux élèves, la logique voudrait que l'on engageât aussi de nouveaux profs. Mais voilà ! Pour ne pas engager de nouveaux profs, on falsifie volontairement le chiffre des nouveaux arrivants. Lesquels, pour le post-obligatoire, se chiffreraient cette année à plus de 1200 ! Ce qui voudrait dire qu'il faudrait ouvrir au moins 48 nouvelles classes (à effectif surpeuplé…)! Comme on aime à s'étourdir de mensonges, on se retrouve, à la rentrée, avec plus d'un millier de nouveaux élèves qu'il faut caser, coûte que coûte, et illico presto. Les directions d'établissement font ce qu'elles peuvent pour jouer le jeu. Mais le fait est que la situation est explosive dans plusieurs écoles et collèges. On gonfle l'effectif des classes (certains élèves n'auront pas de pupitre, ni de chaise où s'asseoir : il faudra qu'ils apprennent à rester debout!). On surcharge les postes de maîtres (certains travaillent à 110%, voire davantage). On supprime, dans la foulée, les cours facultatifs et les cours d'appui. En bref, on rend la vie des élèves comme des profs de plus en plus précaire et difficile.

Juste un chiffre : depuis, 1991, l'effectif des élèves au PO a augmenté de 30%, tandis que, pendant cette même période, l'effectif des maîtres augmentait de 3%. Cherchez l'erreur…

Il faudra garder ces chiffres en mémoire au moment d'élire nos futurs Conseillers d'État!

 

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11/08/2009

Recherche Pelli désespérément

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Fulvio Pelli existe-t-il? Quelqu'un l'a-t-il rencontré en personne ? Quelqu'un lui a-t-il parlé ? Est-on sûr que c'était lui?

Il me semble l'avoir croisé à Locarno, où le gratin politique aime à se faire voir, mais peut-être était-ce son sosie…

La politique suisse, qui n'a jamais brillé par son lustre et sa visibilité, avait besoin de Fulvio Pelli* pour incarner cette présence diaphane, cette transparence spectrale, en un mot cette inexistence qui semble si bien la caractériser.

Dans son genre, Fulvio Pelli* incarne à merveille la confusion du centre politique suisse. Ni dedans, ni dehors ; ni avec, ni sans ; ni de gauche, ni de droite. Bien au contraire. Ce candidat fantôme appartient à un parti fantôme qui mène depuis deux mois une stratégie fantôme pour ne pas perdre son siège au Conseil fédéral (ce qui s'annonce mal). Aucun projet, aucune initiative positive, aucun débat d'idées, aucune volonté d'engagement. On laisse les autres occuper le terrain en attendant qu'ils se fatiguent, ou qu'ils se retirent d'eux-mêmes. Voilà tout le programme du nouveau parti libéral-radical (ou l'inverse)…

Dans le pire des cas, Fulvio Pelli* sera élu le mois prochain. A l'insu de son plein gré bien sûr. Et l'on aura un Conseiller fédéral encore plus gris, neutre, pleutre, transparent, que les autres. Dans le meilleur des cas, l'assemblée fédérale renverra tous ces fantômes à leur inexistence (ce qui semble peu probable).

Alors, peut-être, un véritable candidat avec un programme, des idées, de l'imagination, voire du culot, sortira des rangs pour occuper la place du grand Pascal, qui doit bien s'amuser, depuis deux mois, de ce bal des fantoches.

* Nom fictif.

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14/07/2009

Le bilan du roi Couchepin

images.jpeg Dans la grisaille politique suisse, le départ de Pascal Couchepin, soigneusement mis en scène par ses conseillers en communication, a fait figure de coup de tonnerre, alors qu'il n'est, au mieux, qu'un non événement. En effet, depuis le temps que tout le monde, à Berne et ailleurs, réclamait la démission du conseiller fédéral valaisan, son départ faisait partie de la logique des choses. Même si, refusant de céder aux pressions, le Roi Couchepin a voulu décider lui-même du moment de partir…

Étrange parcours que celui de cette « bête politique », comme l'appelle la presse spécialisée ! « Une bête » qui a conjugué à la fois la nostalgie impériale (un homme politique, en Suisse, aujourd'hui, a encore du pouvoir) et la nécessité de négocier et de communiquer au mieux pour faire passer ses idées. Le problème de Pascal Imperator, on l'a très vite compris, c'est les autres. Ceux qu'il aime affronter (c'est un homme de combat) et qui, sur presque tous les dossiers, ont eu le dernier mot! Ce n'est pas le moindre paradoxe de la démocratie de voir un homme à idées et à convictions échouer sur (presque) tous les dossiers qui lui ont été confiés.

On connaît ses déboires sur la question de l'AVS, ses déclarations intempestives, les haines qu'elles lui ont valu. Sur ce dossier sensible, de révision en révision, toujours en retard d'un train, Pascal Couchepin a plombé pendant un lustre toute avancée décisive.

Idem sur la question de l'assurance-maladie : naviguant à vue, sans vision à long terme, ayant de la peine à cacher son mépris pour les médecins (ni ses sympathies pour certaines caisses-maladie valaisannes!), il aura non seulement échoué à stabiliser des primes qui prennent l'ascenseur chaque année, mais il se sera mis à dos tous les acteurs du dossier. Et celui (ou celle) qui reprendra le flambeau aura fort à faire pour débloquer les choses !

Autre paradoxe de cet homme de caractère et d'esprit : en tant que responsable de la culture, il aura beaucoup fait pour le cinéma suisse, en soutenant les efforts d'un Nicolas Bideau, par exemple, promu grand manitou du 7ème art. Il fallait le faire et on le félicite.  Il aura défendu, également, la liberté d'expression lorsque l'artiste Thomas Hirschhorn aura été attaqué pour les œuvres qu'il exposait au Centre Culturel suisse de Paris. Là encore, bravo! En revanche, grand lecteur devant l'Eternel, citant facilement les poètes et les philosophes, il n'aura rien fait pour le livre, dont la place est chaque jour plus menacée. On connaît la situation difficile (pour ne pas dire plus) des maisons d'édition suisses, les problèmes de diffusion, la disparition dramatique des petites librairies, la question du prix du livre, etc.

Sur ce point, comme sur les autres, le chantier est ouvert, et dans une grande pagaille.

Pourtant, sous ses airs bourrus, Pascal Couchepin aura toujours été un homme sensible, intelligent, subtil, volontaire. Alors que lui a-t-il manqué pour devenir un grand homme politique ? L'humilité, peut-être. Ou, plus simplement, le doute, la remise en question, la vision à long terme. En tous points, le poète Couchepin (inégalable pour son phrasé et sa syntaxe rocailleuse) n'aura jamais été prophète.

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11/07/2009

Moutinot publie ses Mémoires, un brûlot politique

images.jpegÀ trois semaines du Salon du Livre, tout Genève ne parle que de ça : le brûlot politique que Laurent Moutinot publie aujourd'hui sous le titre sibyllin de Nom d'une pipe*. À mi-chemin de la confession (Rousseau n'est jamais loin) et du règlement de comptes, ce pamphlet risque bien de supplanter Zones humides et Un Juif pour l'exemple au sommet des meilleures ventes de Suisse romande…

Il faut dire que Laurent Moutinot, dont la discrétion a toujours été la marque de fabrique (surtout dans son travail) n'y va pas de main morte. Il balance tout, et tout le monde. Et cela fait mal ! Comme si notre célèbre Conseiller d'État voulait vider son cœur une dernière fois avant de donner son sac. Passons sur les souvenirs d'enfance malheureuse à Champel, le traumatisme de l'argent facile, le mépris du travail insufflé par ses parents (« Quoi de plus vulgaire que de gagner sa vie ? »), mépris largement mis en pratique par le fiston. Passons aussi sur les déboires du jeune footballeur qui rêvait de jouer au Servette, et à qui l'entraîneur, un jour, a dit : « Toi, tu n'es bon qu'à couper les citrons à la mi-temps ! » Terrible traumatisme… Passons enfin sur les premières déceptions politiques, quand le jeune candidat au Grand Conseil se vit supplanter par de meilleurs ou de plus forts en gueule que lui — et même par des femmes. Suprême humiliation…

Le cœur de ce petit pamphlet paru chez Zoé (« J'aime les livres de Zoé, parce qu'ils sont toujours minces ») est une véritable confession publique. Moutinot y révèle son addiction pour le tabac hollandais (« Tout Moutinot tient dans une pipe » dit de lui son collègue Longchamp). Plusieurs cures de désintoxication, dont l'une en compagnie de la chanteuse Amy Winehouse et du comédien David Duchovny, n'ont rien pu y changer. Plus intéressant : Moutinot y confesse ses amours malheureuses pour plusieurs femmes, dont la mystérieuse Martine Blum-Giraffe (sans doute un pseudonyme) qui, hélas pour lui, n'a jamais répondu à ses lettres passionnées, ni à ses attentes. Autre péché avoué : Moutinot nous confie qu'il a toujours été jaloux de son camarade de parti Manuel Tornare, toujours mieux habillé que lui et jouissant d'un véritable triomphe auprès de la gent féminine. Autre déception que l'auteur en mal de confidence nous révèle : enfant déjà, il ne rêvait que d'une chose : prendre sa retraite.

Rassurons-le et rassurons-nous : ce sera bientôt chose faite.

Il n'est pas rare qu'un homme politique crache dans la soupe. En revanche, il est rare qu'un magistrat se mette ainsi à nu. Qu'il vide son cœur et son sac en public (le livre a été tiré à 100'000 exemplaires, c'est mieux que le dernier Angot). Qu'il balance tout sur ses collègues, son  parti, cette bonne ville de Genève qui l'a vu naître et qu'il exècre (il a prévu d'aller passer sa retraite à Phuket, et de n'en jamais revenir). Qu'attend-il de cette confession impudique? Un improbable pardon ? Une absolution tardive?

Interrogé sur la question, Laurent Moutinot se terre, comme d'habitude, dans le silence. En revanche, Mgr Genoud a peut-être le fin mot de l'histoire : « La pression qu doivent supporter chaque jour les politiques est énorme. Écrire, alors, est une soupape de sécurité, un exutoire. Et , croyez-moi, il n'y a pas de péché qui ne puisse être pardonné. Monsieur Moutinot le sait bien. En cette année où l'on commémore en grandes pompes Calvin, il a voulu faire son coming out. Je trouve sa décision courageuse. Et d'avance je lui accorde mon pardon. Et toute ma miséricorde. Il en a bien besoin. »

* Laurent Moutinot, Nom d'une pipe, 21 p., éditions Zoé, 2009.

 

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10/07/2009

Littérature subventionnée

images.jpegUn critique éminent de la Tribune de Genève, toujours haut en couleur, reproche souvent à la littérature romande d’être « polysubventionnée ». Autrement dit, de n’exister que grâce à la générosité des divers départements culturels cantonaux ou d’autres mécènes désintéressés tels la Migros, la Loterie romande ou encore Pro Helvetia. Le fait est avéré : la plupart des livres publiés en Suisse romande ne verraient pas le jour sans une aide financière extérieure. Mais pourrait-il en être autrement dans une portion de pays qui ne compte qu’un million et demi d’habitants, ou de lecteurs potentiels, alors qu’il en faudrait dix fois plus pour qu’un livre ait des chances d’être « rentabilisé » ?
Au palmarès des auteurs subventionnés, le pompon revient sans conteste à Daniel de Roulet, champion toute catégorie. Son dernier livre, Un glacier dans le cœur*, bénéficie de multiples subsides. Rien de remarquable, ni de honteux à cela, bien sûr. Ce qui étonne, pourtant, c’est le propos du livre : à travers une galerie de portraits de Suisses marginaux et contestataires (Giacometti, Frisch, Tinguely, etc.) ou franchement « collabos » (saisissant texte sur Le Corbusier), de Roulet se demande si la Suisse existe encore (une vieille rengaine) et si, surtout, elle continuera à exister. Autrement dit : prise, comme toutes les autres nations, dans le maelström de la mondialisation, maltraitée, neutralisée, la Suisse n’existe plus. Ses derniers mythes sont en passe d’être déboulonnés. Et c’est tant mieux. Ce qui permet à de Roulet de se demander, non sans pertinence, ce qui viendra après la Suisse…
On retrouve dans ce livre tous les défauts et toutes les qualités des précédents ouvrages de Daniel de Roulet, devenu aujourd'hui écrivain officiel de l'establishment. Les qualités d’abord : un regard acéré sur la Suisse, souvent original, intelligent, attaché à ressortir de l’ombre des figures oubliées pour leur rendre justice. J'ai cité l'étonnante promenade à Vichy, sur les traces du grand Corbu. Mais il y a aussi la belle évocation des amours de Robert Walser, l'écrivain le plus suisse — c'est-à-dire le plus seul — du monde. L'hommage au délicat Jean Rousset, admirateur passionné et passionnant de l'âge baroque. On y retrouve aussi quelques défauts : la plupart des textes réunis dans le livre sont des ébauches, rapides et lacunaires, de sujets qui gagneraient à être approfondis ; la naïveté de l’analyse, qui repose sur des partis-pris trop peu interrogés ;  et cette haine de la Suisse que l’auteur a parfois tant de peine à cacher.
Bref, malgré son caractère inégal (mettre dans le même panier le grand Muschg et Yves Laplace ou Noëlle Revaz relève de la faute de goût), le livre est stimulant, caustique, parfois même drôle. Il faut donc se féliciter qu’il ait pu voir le jour en Suisse. Grâce au « polysubventionnement ». Ce qui, en France ou en Italie, n’aurait sans doute jamais été possible.
* Daniel de Roulet, Un Glacier dans le cœur, Métropolis, 2009.

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07/07/2009

Qui punira Israël?

images.jpeg Alors que l'ex-humoriste Dieudonné refait des siennes, en attribuant à l'infâme Robert Faurisson, médiocre universitaire et fielleux négationniste, un Prix de l'insolence, devant un parterre bien garni de people de gauche comme de droite, l'État d'Israël en profite pour pillonner, une fois encore, la trop célèbre bande de Gaza. En toute impunité, comme toujours. Avec les bienveillance des États-Unis, le grand frère protecteur qui a tant besoin de l'argent du lobby juif, et dans l'indifférence quasi générale du monde entier. Il faut dire que le moment est particulièrement bien choisi: un peu partout, dans le monde, on fête Noël, la naissance du Messie, l'espoir d'une humanité enfin sortie de la sauvagerie primitive, l'amour du prochain, la fraternité, le don gratuit — toutes ces choses désuètes. Les gens (et que dire des journalistes?) ont l'esprit ailleurs. Il faut préparer la dinde. Les cadeaux ne sont pas tous emballés. Vite, encore un achat…
Alors, tandis que tout le monde regarde ailleurs, Israël se venge (200 morts le premier jour des « frappes » de Tsahal), en profite pour « terminer le boulot » comme disait Dieudonné, il y a quelques années, à son compère Élie, à propos des chambres à gaz. On bombarde des camions supposés transporter des explosifs, on rase des maisons, on assassine des femmes et des enfants. Rien de nouveau, hélas, sous le soleil du Proche-Orient : Israël ne fait que « répondre » aux roquettes balancées à l'aveuglette sur son territoire depuis la bande de Gaza. Légitime défense. Rien à dire, donc. Et c'est vrai que personne ne dit rien. Où ce massacre va-t-il s'arrêter? Qui punira Israël? Quand il ne restera plus un bâtiment debout à Gaza? Quand l'une des armées les plus efficaces du monde en aura fini avec le dernier Palestinien vivant? Quand la terre de Gaza sera à ce point imprégnée de sang que plus rien n'y poussera dans les siècles des siècles?
Un Livre (qui a eu un certain retentissement en Occident) nous apprend que même Goliath, si sûr de sa puissance, a trouvé un jour plus fort que lui. Le grand tort d'Israël est de se croire au-dessus des lois, et donc invulnérable. Or, l'histoire nous apprend qu'un David, tôt ou tard, viendra rétablir la justice, punissant l'arrogance du géant aveugle et assoiffé de sang.

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25/06/2009

Minutes heureuses et sanglantes

images.jpeg Calvin est à la mode et Genève lui fait sa fête. À vrai dire, il en prend pour son grade, le grand théologien genevois (d'adoption) ! Le spectacle concocté par François Rochaix, sur un texte de Michel Beretti, enfoncera le clou au mois de juillet. On se réjouit déjà. En attendant, comme une mise en bouche, voici Le Maître des minutes, qu'on peut aller découvrir à Saint-Gervais jusqu'à la fin du mois. Un spectacle épatant, fort, riche en couleurs et admirablement joué. Le texte et la mise en scène sont signées Dominique Ziegler et Nicolas Buri. Ziegler est un agitateur d'idées, d'images et de paroles qui a le vent en poupe. Ses spectacles, à cent lieues de la doxa officielle du théâtre contemporain, sont toujours des événements. C'est un Suisse au-dessus de tout soupçon! Quant à Nicolas Buri, nous avons déjà souligné les qualités de son excellent Pierre de scandale (éditions d'autre part, voir ici), une biographie tout à fait saisissante et personnelle du grand homme célébré aujourd'hui.

Je ne vous résumerai pas Le Maître des minutes : il faut aller le découvrir séance tenante au Temple de Saint-Gervais, puis au théâtre du même nom. Le spectacle réserve bien des surprises. Pas tellement au niveau du contenu, car on y insiste sur l'expèce de dictature morale que Calvin a imposée à cette brave ville de Genève (assortie de toute sorte de procès, supplices, mises à mort ou bannissements) qui n'en demandait pas tant. Mais plutôt au niveau des personnages mis en scène : une tenancière de cabaret, un sonneur de cloches (le magnifique Roland Vouilloz), un excellent syndic (Bernard Escalon), un pasteur un peu dépassé (le très bon Alexandre Blanchet), une belle allumeuse (Pascale Vachoux), etc. Tous absolument crédibles, intéressants et surtout faits d'une pâte humaine qui nous ressemble. Et au niveau d'une réflexion sur le temps et sa maîtrise, obsession calvinienne fort bien développée dans la pièce. Et qui connaît de beaux jours encore maintenant...

En un mot, une belle soirée comme le théâtre nous en réserve parfois, vivante et émouvante.

* Le Maître des minutes, Calvin, le guetteur et l'horloge, de Dominique Ziegler et Nicolas Buri, au Théâtre Saint-Gervais jusqu'au 28 juin. Tous les soirs à 20h30.

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08/06/2009

Le Stade du tennis

images-2.jpeg En hommage à Roger le Magnifique, une petite élucubration sur le tennis et la sexualité, tirée de L'Amour fantôme (1999).

« Chez Neige, ils dînaient au salon, assis l'un et l'autre en tailleur, partageant riz et rouleaux de printemps, buvant le vieux sauternes qu'il avait débouché.
Neige portait une robe en viscose et des socquettes blanches. Ses cheveux blonds formaient une admirable queue de cheval. Exceptionnellement, elle avait maquillé ses yeux, teinté de bleu ses cils, mis du rouge à ses lèvres.
Comme chaque soir, Neige exposait sa théorie sur les stades de l'homme.
« Chez l'enfant, disait-elle, le plaisir sexuel est tout d'abord lié à l'excitation de la cavité buccale qui accompagne l'alimentation, puis à celle de l'anus et, enfin, à celle des organes génitaux. Le stade ultime de l'évolution libidinale intervient vers quarante ans, lorsque le sujet adulte reconnaît le caractère secondaire de son activité sexuelle et investit l'essentiel de son énergie psychique dans le tennis… »
— Et moi ? disait Colin (qui venait d'avoir trente-trois ans). Suis-je encore au stade génital ou déjà au stade du tennis ?
— Si j'en juge à ton jeu, répondait le jeune fille, tu n'es pas encore parvenu au stade ultime de ton évolution. Ton jeu comporte trop de ratures… Tu ne mets pas ton désir tout entier dans tes coups !
— C'est vrai ! reconnaissait Colin, perplexe.
— Quand tu atteindras ce stade (mais, je le répète, tu en es encore loin), tu connaîtras vraiment l'extase du coup droit qui ne revient pas… »
Il s'était rapproché de Neige, tandis qu'elle parlait, et il avait glissé sa main sous la robe en viscose.
« Mais avant, Colin, il faut atteindre le centre de ton jeu. Certains l'appellent le Graal, le mandala ou le Secret. D'autres le saint des saints, l'androgyne ou encore l'âme…
— Comment y parvenir ?
— C'est un long, très long chemin ! Mais tu peux y arriver par la méditation, l'incantation ou d'autres techniques qui augmentent l'harmonie des ondes cérébrales… »
Très lentement, sa main remontait sur la cuisse de Neige.
« Il faut changer de paradigme, Colin ! Entrer enfin dans la quatrième dimension… »
Jamais encore il n'était allé aussi loin sur le corps minéral de Neige !
« Cette quatrième dimension est une prise de conscience qui permet à l'information de s'ordonner selon une nouvelle structure. Le changement de paradigme épure et intègre. Il représente un essai de guérison du déchirement entre le ou-bien-ou-bien, le ceci-ou-cela… »
Colin touchait au cœur de Neige et tout son corps tremblait.
« C'est au tour du changement de changer, comme dans la nature l'évolution évolue selon un processus de complexification. Toute nouvelle occurrence modifie la nature de celles qui suivent à la manière d'un intérêt composé. Le changement de paradigme n'est pas un simple effet linéaire : c'est un changement spontané de structure, une spirale et parfois un cataclysme… »
N'y tenant plus, Colin se pencha pour embrasser Neige.
Mais la jeune fille, dans une esquive gracieuse, se leva brusquement.
« C'est l'heure de ma méditation ! »
Il se leva pour suivre Neige, mais elle avait déjà fermé la porte de sa chambre.
De rage, il alla se coucher sur le vieux lit de camp qu'elle lui prêtait généreusement depuis qu'il avait quitté la demeure maternelle et il commença à se caresser.
Mais au lieu du plaisir attendu, il fit un cauchemar qui le terrorisa : il était sur le court en face d'une jeune fille qui devait être Neige, il frappait comme un sourd dans la petite sphère jaune et lentement son adversaire changeait de forme : Neige perdait son visage, ses jambes d'acier inoxydable, ses bras robustes, et à la place, maintenant, il y avait un mur !
Oui, un mur de briques rouges qui renvoyait impitoyablement toutes les balles qu'il frappait… »

11:04 Publié dans all that jazz | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : tennis, littérature, federer.amour fantôme | | |  Facebook