14/09/2009

Le cirque politique

Gros_Banquier.gifDécidément, la Suisse a de la peine à sortir du système archaïque de la concordance — baptisée un peu trop rapidement « formule magique » — qui consiste en une série d'arrangements, de compromis et de manœuvres diverses. Ce système, on en a la preuve aujourd'hui, est obsolète et ne satisfait plus personne. Même les partis, qui s'étaient assurés une représentation régulière (et quasi absolutiste) au Conseil Fédéral, n'y trouvent plus leur compte. Quant au peuple, éternel dindon de la farce, il regarde, il attend, il assiste à cette mascarade en étant de moins en moins dupe.

Tenez, il suffit de regarder ce que les partis (et leurs porte-voix : les média) essaient de nous vendre  depuis le début de l'été pour remplacer Pascal Couchepin. Un opossum neuchâtelois, aussi passionnant qu'un match de tennis féminin, qui semble toujours attendre que commence la campagne d'élection. Un grand blond peroxydé, qui a des idées (simples) sur tout, sauf sur le département fédéral qu'il serait susceptible de reprendre (mais il aime la culture, heureusement, puisqu'il a participé à plusieurs pièces de théâtre amateur, pièces qu'il a subventionnées lui-même : espérons, s'il est élu, qu'il payera de sa poche les futurs chefs-d'œuvre  du cinéma suisse!). Enfin, une belette singinoise, ni blanche ni noire, ni romande ni alémanique, ni à gauche ni à droite, ni gentille ni méchante, bien au contraire…

Ainsi posé, le choix qui se présente aux pauvres députés fédéraux relève de l'impossible…

N'y a-t-il vraiment aucun-e candidat-e* de valeur au sein du PLR ? La Suisse est-elle un si petit pays qu'on ne trouve nulle part une personnalité digne d'être élue ? Ou est-ce la faute du système qui exclut, a priori, toute personnalité qui sort un tant soit peu des rangs ?

Bien sûr, il reste toujours la possibilité d'élire au outsider (Dick Marty, par exemple, que certains plébiscitent). Mais alors à quoi tout ce foin ?

Les élections au Conseil Fédéral correspondent toujours, à Genève, avec la venue du Cirque Knie. Ce n'est pas une coïncidence. Cette année le spectacle est excellent. Il a beaucoup plu à ma fille. Les clowns en particulier qui ont provoqué cette remarque : « Regarde Papa, on dirait les gens qui parlent à la télé. Mais ceux-ci sont plus drôles ! »

* Comme Blondesen, j'essaie de m'adapter au langage épicène.

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04/09/2009

Le choc des cultures

images.jpeg L'affaire Kadhafi, me semble-t-il, est révélatrice de ce que d'aucuns appellent « le choc des civilisations » — c'est-à-dire des cultures, des rites et des coutumes.

Acte premier. Le fils d'un despote étranger maltraite ses domestiques dans un grand hôtel genevois. La police intervient, comme Zorro, menote l'énergumène, l'arrête, lui fait passer deux jours dans un cachot infâmant. Pourquoi? Parce qu'il contrevient aux lois suisses. Aurait-il agi de la même manière à Tripoli, personne ne l'aurait inquiété. Non pas que tous les Libyens maltraitent leurs domestiques (quand ils en ont), mais, en Libye il ne viendrait à l'idée de personne d'arrêter le fils du dictateur local pour d'aussi futiles raisons. Première erreur.

Acte deuxième. Le despote, dont le fils a été humilié, se venge en faisant disparaître le frère de l'un des domestiques, puis en arrêtant deux ressortissant suisses qui n'ont bien sûr rien à voir avec l'affaire. Cette prise d'otages, bien dans l'esprit teroriste, ne soulève que peu d'émotion. Tout le monde, en Suisse et ailleurs, est persuadé que tôt ou tard les otages (qui, pour les Libyens, n'en sont pas) seront libérés. Nouvelle erreur, bien sûr, à mettre sur le compte du fameux choc des cultures.

Acte troisième. Pendant plus d'une année, la diplomatie suisse multiplie les contacts, sa cheftaine se rend à Tripoli, discute avec des sous-fifres. On lui fait maintes et maintes promesses. On est même à « deux millimètres » d'une solution. Nouvelle erreur : on ne discute pas avec quelqu'un qui s'est senti humilié et qui n'a qu'un désir : humilier l'autre à son tour. Cela, madame Calmy-Rey ne l'a visiblement pas compris, persistant à croire à une illusoire négociation.

Acte quatrième. Prenant son courage à deux mains, fâché par l'inefficacité de sa diplomatie, le Président de la Confédération décide de se rendre à Tripoli. Il va même jusqu'à s'excuser publiquement des exploits de la police genevoise. Ce qui a dû lui coûter beaucoup. On lui fait, une fois encore, maintes promesses, qui ne seront jamais tenues. Parce la parole d'un terroriste humilié n'a aucune valeur. Le petit Président s'en revient. À son retour, on le couvre d'insultes et de quolibets. Il garde la tête haute. Cet homme qui a frôlé la mort en a vu d'autres.

Acte cinquième. L'affaire n'a pas avancé d'un pouce. On est toujours à deux millimètres d'une solution. Tout le monde, en Suisse, met son grain de sel. Les partis pérorent, comme à leur habitude. Les beaux-parleurs des hauts parleurs (Me Poncet, Jean Ziegler, etc) en profitent pour se faire valoir. C'est le grand cirque médiatique. Là encore, le choc des civilisations. D'un côté, les palabres sans fin et de l'autre la Loi du Talion. Deux points de vue inconciliables. Le despote éclairé demande même à l'ONU le démantèlement de la Suisse. Preuve que toutes les manœuvres diplomatiques n'ont servi à rien. Une fois de plus, il se ridiculise aux yeux du monde. Mais un despote se fout du monde. Il se songe qu'à tyraniser son peuple, et, une fois de plus, à appliquer la fameuse Loi du Talion.

Tout cela ne ressemble-t-il pas à un « choc des civilisations » ?

 

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02/09/2009

Parole de bédouin

Un bon sketch vaut mieux qu'un long discours, parole de bédouin !



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31/08/2009

Le retour du grand blond

images.jpegSouvenez-vous du Grand blond avec une chaussure noire, inoubliable nanar français réalisé par Yves Robert, en 1972, avec Bernard Blier, Jean Rochefort, Mireille Darc et, bien sûr, Pierre Richard…

Ça ne vous rappelle rien ? Dans le cadre d'une guerre des chefs aux Services secrets, on décide d'utiliser un inconnu,  « n'importe qui, un homme dans la foule » et de faire croire que l'inconnu en question est un redoutable agent secret destiné à régler l'affaire de l'agent double. Cet inconnu, choisi par hasard à Orly parce qu'il porte une chaussure noire à un pied et une marron à l'autre, est François Perrin un violoniste étourdi, joué par Pierre Richard. Pour faire parler de « nobody », on enrôle même une sorte de Mata Hari au décolletté vertigineux (Mireille Darc) qui tombera amoureuse de l'étourdi…

Nul doute que le parti libéral-radical suisse, ce week-end, a vu et revu le film d'Yves Robert.  C'est pourquoi il a désigné un grand blond, tiré à quatre épingles, le visage repeint et le cheveu oxygéné de frais, sorte d'agent double destiné à jouer les leurres dans la prochaine élection au Conseil fédéral. On aura reconnu Christian Luscher, dont le moindre fait de gloire n'est pas d'avoir coulé le Servette, avant de le remettre dans les mains d'un homme de confiance, le français Marc Roger, autre Tartarin de province, qui vient de sortir de prison…

images-1.jpegLa Suisse est un petit pays. Les hommes (et femmes) politiques sont à la mesure du pays. Il ne faut pas qu'une tête dépasse. Pour perpétuer un système d'élection qui devrait être profondément réformé, on désigne le premier grand blond venu, comme appât, avant la curée du 16 septembre. Dans le film d'Yves Robert, tout se termine par un bain de sang où les chefs, sous-chefs et sous-sous-chefs s'entretuent.

Alors Luscher ou Burkhalter? Le grand blond ou Snoopy, l'éteignoir ?

Gageons que les débats seront animés et sanglants…

 

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27/08/2009

Pure laine : un pur bonheur!

images-1.jpegEn attendant le dénouement du feuilleton libyen de l'été — qui devrait être heureux, même si, par la faute de Micheline Calmy-Rey, il est très mauvais — je vous recommande une série qu'on peut découvrir actuellement sur TV5 Monde, autour de 13 heures, un vrai chef-d'œuvre : Pure Laine.

On sait que notre chère TSR brille souvent par ses documentaires et son département information. En revanche, elle est à peu près nulle dans le domaine des séries (autochtones) et des fictions. La preuve, hélas, avec les Petits déballages entre amis au scénario inepte, sinon inexistant. Et lorsqu'on découvre Pure Laine, ou encore l'extraordinaire série belge Melting Pot Café, les chaussettes, littéralement, vous en tombent…

Pure laine, me direz-vous, ça veut dire quoi?

Ceux qui ont (un peu) voyagé savent qu'il s'agit là d'une expression québéquoise, qui signifie « de pure souche ». Autrement dit, la série Pure Laine est une série canadienne (allons, québéquoise…) qui met en scène un immigré haïtien (fabuleux Dominique!), prof à Montréal, qui rencontre, puis épouse une Québéquoise « pure laine ». Le couple adoptera rapidement une petite fille, Ming, venant tout droit de Chine…

Noir, jaune, blanc : on le voit, ce sont les couleurs du Québec!

images.jpegCe trio improbable (mais plus vrai que nature) va traverser une série d'aventures croustillantes qui, toutes, tournent autour de l'identité culturelle (des Québéquois, en l'occurence). Qu'est-ce qu'être Canadien? Pourquoi les Québéquois sont-ils constamment en guerre contre les anglophones? Quels sont les mythes et les valeurs de la société canadienne? Comment s'intégrer dans une société si complexe? Etc.

Chaque épisode dure une quarantaine de minutes. C'est un petit bijou. Les comédiens sont épatants. C'est vivant, drôle, haletant. La mise en scène est dynamique. Et la langue! Quelle saveur que cette langue québéquoise, unique et riche, pleine de trouvailles (pour ceux que cela inquiéterait, la série est sous-titrée en « français »). Bref, un moment de grande jubilation…

Allez, voici quelques séquences de Pure Laine à déguster.



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25/08/2009

Une rentrée explosive

craie_icone.jpgLa nouvelle n'a pas fait la une des journaux, trop occupés à disserter sur l'équipée folle (mais courageuse) de Hans-Rudolf Merz en Lybie ou la future élection au Conseil Fédéral (la valse des neutrons). Pourtant, elle mérite qu'on s'y arrête quelques instants.

Comme on sait, l'école genevoise va très bien. Effectifs réguliers, profs satisfaits de leur sort, locaux modernes,  nouvelle matu tip-top, etc. Sauf que…

L'école genevoise va si bien, elle est si attractive, si compétitive, qu'elle attire de plus en plus d'élèves (débauchés, le plus souvent, des écoles privées). Seulement, s'il y a dee nouveaux élèves, la logique voudrait que l'on engageât aussi de nouveaux profs. Mais voilà ! Pour ne pas engager de nouveaux profs, on falsifie volontairement le chiffre des nouveaux arrivants. Lesquels, pour le post-obligatoire, se chiffreraient cette année à plus de 1200 ! Ce qui voudrait dire qu'il faudrait ouvrir au moins 48 nouvelles classes (à effectif surpeuplé…)! Comme on aime à s'étourdir de mensonges, on se retrouve, à la rentrée, avec plus d'un millier de nouveaux élèves qu'il faut caser, coûte que coûte, et illico presto. Les directions d'établissement font ce qu'elles peuvent pour jouer le jeu. Mais le fait est que la situation est explosive dans plusieurs écoles et collèges. On gonfle l'effectif des classes (certains élèves n'auront pas de pupitre, ni de chaise où s'asseoir : il faudra qu'ils apprennent à rester debout!). On surcharge les postes de maîtres (certains travaillent à 110%, voire davantage). On supprime, dans la foulée, les cours facultatifs et les cours d'appui. En bref, on rend la vie des élèves comme des profs de plus en plus précaire et difficile.

Juste un chiffre : depuis, 1991, l'effectif des élèves au PO a augmenté de 30%, tandis que, pendant cette même période, l'effectif des maîtres augmentait de 3%. Cherchez l'erreur…

Il faudra garder ces chiffres en mémoire au moment d'élire nos futurs Conseillers d'État!

 

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11/08/2009

Recherche Pelli désespérément

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Fulvio Pelli existe-t-il? Quelqu'un l'a-t-il rencontré en personne ? Quelqu'un lui a-t-il parlé ? Est-on sûr que c'était lui?

Il me semble l'avoir croisé à Locarno, où le gratin politique aime à se faire voir, mais peut-être était-ce son sosie…

La politique suisse, qui n'a jamais brillé par son lustre et sa visibilité, avait besoin de Fulvio Pelli* pour incarner cette présence diaphane, cette transparence spectrale, en un mot cette inexistence qui semble si bien la caractériser.

Dans son genre, Fulvio Pelli* incarne à merveille la confusion du centre politique suisse. Ni dedans, ni dehors ; ni avec, ni sans ; ni de gauche, ni de droite. Bien au contraire. Ce candidat fantôme appartient à un parti fantôme qui mène depuis deux mois une stratégie fantôme pour ne pas perdre son siège au Conseil fédéral (ce qui s'annonce mal). Aucun projet, aucune initiative positive, aucun débat d'idées, aucune volonté d'engagement. On laisse les autres occuper le terrain en attendant qu'ils se fatiguent, ou qu'ils se retirent d'eux-mêmes. Voilà tout le programme du nouveau parti libéral-radical (ou l'inverse)…

Dans le pire des cas, Fulvio Pelli* sera élu le mois prochain. A l'insu de son plein gré bien sûr. Et l'on aura un Conseiller fédéral encore plus gris, neutre, pleutre, transparent, que les autres. Dans le meilleur des cas, l'assemblée fédérale renverra tous ces fantômes à leur inexistence (ce qui semble peu probable).

Alors, peut-être, un véritable candidat avec un programme, des idées, de l'imagination, voire du culot, sortira des rangs pour occuper la place du grand Pascal, qui doit bien s'amuser, depuis deux mois, de ce bal des fantoches.

* Nom fictif.

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14/07/2009

Le bilan du roi Couchepin

images.jpeg Dans la grisaille politique suisse, le départ de Pascal Couchepin, soigneusement mis en scène par ses conseillers en communication, a fait figure de coup de tonnerre, alors qu'il n'est, au mieux, qu'un non événement. En effet, depuis le temps que tout le monde, à Berne et ailleurs, réclamait la démission du conseiller fédéral valaisan, son départ faisait partie de la logique des choses. Même si, refusant de céder aux pressions, le Roi Couchepin a voulu décider lui-même du moment de partir…

Étrange parcours que celui de cette « bête politique », comme l'appelle la presse spécialisée ! « Une bête » qui a conjugué à la fois la nostalgie impériale (un homme politique, en Suisse, aujourd'hui, a encore du pouvoir) et la nécessité de négocier et de communiquer au mieux pour faire passer ses idées. Le problème de Pascal Imperator, on l'a très vite compris, c'est les autres. Ceux qu'il aime affronter (c'est un homme de combat) et qui, sur presque tous les dossiers, ont eu le dernier mot! Ce n'est pas le moindre paradoxe de la démocratie de voir un homme à idées et à convictions échouer sur (presque) tous les dossiers qui lui ont été confiés.

On connaît ses déboires sur la question de l'AVS, ses déclarations intempestives, les haines qu'elles lui ont valu. Sur ce dossier sensible, de révision en révision, toujours en retard d'un train, Pascal Couchepin a plombé pendant un lustre toute avancée décisive.

Idem sur la question de l'assurance-maladie : naviguant à vue, sans vision à long terme, ayant de la peine à cacher son mépris pour les médecins (ni ses sympathies pour certaines caisses-maladie valaisannes!), il aura non seulement échoué à stabiliser des primes qui prennent l'ascenseur chaque année, mais il se sera mis à dos tous les acteurs du dossier. Et celui (ou celle) qui reprendra le flambeau aura fort à faire pour débloquer les choses !

Autre paradoxe de cet homme de caractère et d'esprit : en tant que responsable de la culture, il aura beaucoup fait pour le cinéma suisse, en soutenant les efforts d'un Nicolas Bideau, par exemple, promu grand manitou du 7ème art. Il fallait le faire et on le félicite.  Il aura défendu, également, la liberté d'expression lorsque l'artiste Thomas Hirschhorn aura été attaqué pour les œuvres qu'il exposait au Centre Culturel suisse de Paris. Là encore, bravo! En revanche, grand lecteur devant l'Eternel, citant facilement les poètes et les philosophes, il n'aura rien fait pour le livre, dont la place est chaque jour plus menacée. On connaît la situation difficile (pour ne pas dire plus) des maisons d'édition suisses, les problèmes de diffusion, la disparition dramatique des petites librairies, la question du prix du livre, etc.

Sur ce point, comme sur les autres, le chantier est ouvert, et dans une grande pagaille.

Pourtant, sous ses airs bourrus, Pascal Couchepin aura toujours été un homme sensible, intelligent, subtil, volontaire. Alors que lui a-t-il manqué pour devenir un grand homme politique ? L'humilité, peut-être. Ou, plus simplement, le doute, la remise en question, la vision à long terme. En tous points, le poète Couchepin (inégalable pour son phrasé et sa syntaxe rocailleuse) n'aura jamais été prophète.

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11/07/2009

Moutinot publie ses Mémoires, un brûlot politique

images.jpegÀ trois semaines du Salon du Livre, tout Genève ne parle que de ça : le brûlot politique que Laurent Moutinot publie aujourd'hui sous le titre sibyllin de Nom d'une pipe*. À mi-chemin de la confession (Rousseau n'est jamais loin) et du règlement de comptes, ce pamphlet risque bien de supplanter Zones humides et Un Juif pour l'exemple au sommet des meilleures ventes de Suisse romande…

Il faut dire que Laurent Moutinot, dont la discrétion a toujours été la marque de fabrique (surtout dans son travail) n'y va pas de main morte. Il balance tout, et tout le monde. Et cela fait mal ! Comme si notre célèbre Conseiller d'État voulait vider son cœur une dernière fois avant de donner son sac. Passons sur les souvenirs d'enfance malheureuse à Champel, le traumatisme de l'argent facile, le mépris du travail insufflé par ses parents (« Quoi de plus vulgaire que de gagner sa vie ? »), mépris largement mis en pratique par le fiston. Passons aussi sur les déboires du jeune footballeur qui rêvait de jouer au Servette, et à qui l'entraîneur, un jour, a dit : « Toi, tu n'es bon qu'à couper les citrons à la mi-temps ! » Terrible traumatisme… Passons enfin sur les premières déceptions politiques, quand le jeune candidat au Grand Conseil se vit supplanter par de meilleurs ou de plus forts en gueule que lui — et même par des femmes. Suprême humiliation…

Le cœur de ce petit pamphlet paru chez Zoé (« J'aime les livres de Zoé, parce qu'ils sont toujours minces ») est une véritable confession publique. Moutinot y révèle son addiction pour le tabac hollandais (« Tout Moutinot tient dans une pipe » dit de lui son collègue Longchamp). Plusieurs cures de désintoxication, dont l'une en compagnie de la chanteuse Amy Winehouse et du comédien David Duchovny, n'ont rien pu y changer. Plus intéressant : Moutinot y confesse ses amours malheureuses pour plusieurs femmes, dont la mystérieuse Martine Blum-Giraffe (sans doute un pseudonyme) qui, hélas pour lui, n'a jamais répondu à ses lettres passionnées, ni à ses attentes. Autre péché avoué : Moutinot nous confie qu'il a toujours été jaloux de son camarade de parti Manuel Tornare, toujours mieux habillé que lui et jouissant d'un véritable triomphe auprès de la gent féminine. Autre déception que l'auteur en mal de confidence nous révèle : enfant déjà, il ne rêvait que d'une chose : prendre sa retraite.

Rassurons-le et rassurons-nous : ce sera bientôt chose faite.

Il n'est pas rare qu'un homme politique crache dans la soupe. En revanche, il est rare qu'un magistrat se mette ainsi à nu. Qu'il vide son cœur et son sac en public (le livre a été tiré à 100'000 exemplaires, c'est mieux que le dernier Angot). Qu'il balance tout sur ses collègues, son  parti, cette bonne ville de Genève qui l'a vu naître et qu'il exècre (il a prévu d'aller passer sa retraite à Phuket, et de n'en jamais revenir). Qu'attend-il de cette confession impudique? Un improbable pardon ? Une absolution tardive?

Interrogé sur la question, Laurent Moutinot se terre, comme d'habitude, dans le silence. En revanche, Mgr Genoud a peut-être le fin mot de l'histoire : « La pression qu doivent supporter chaque jour les politiques est énorme. Écrire, alors, est une soupape de sécurité, un exutoire. Et , croyez-moi, il n'y a pas de péché qui ne puisse être pardonné. Monsieur Moutinot le sait bien. En cette année où l'on commémore en grandes pompes Calvin, il a voulu faire son coming out. Je trouve sa décision courageuse. Et d'avance je lui accorde mon pardon. Et toute ma miséricorde. Il en a bien besoin. »

* Laurent Moutinot, Nom d'une pipe, 21 p., éditions Zoé, 2009.

 

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10/07/2009

Littérature subventionnée

images.jpegUn critique éminent de la Tribune de Genève, toujours haut en couleur, reproche souvent à la littérature romande d’être « polysubventionnée ». Autrement dit, de n’exister que grâce à la générosité des divers départements culturels cantonaux ou d’autres mécènes désintéressés tels la Migros, la Loterie romande ou encore Pro Helvetia. Le fait est avéré : la plupart des livres publiés en Suisse romande ne verraient pas le jour sans une aide financière extérieure. Mais pourrait-il en être autrement dans une portion de pays qui ne compte qu’un million et demi d’habitants, ou de lecteurs potentiels, alors qu’il en faudrait dix fois plus pour qu’un livre ait des chances d’être « rentabilisé » ?
Au palmarès des auteurs subventionnés, le pompon revient sans conteste à Daniel de Roulet, champion toute catégorie. Son dernier livre, Un glacier dans le cœur*, bénéficie de multiples subsides. Rien de remarquable, ni de honteux à cela, bien sûr. Ce qui étonne, pourtant, c’est le propos du livre : à travers une galerie de portraits de Suisses marginaux et contestataires (Giacometti, Frisch, Tinguely, etc.) ou franchement « collabos » (saisissant texte sur Le Corbusier), de Roulet se demande si la Suisse existe encore (une vieille rengaine) et si, surtout, elle continuera à exister. Autrement dit : prise, comme toutes les autres nations, dans le maelström de la mondialisation, maltraitée, neutralisée, la Suisse n’existe plus. Ses derniers mythes sont en passe d’être déboulonnés. Et c’est tant mieux. Ce qui permet à de Roulet de se demander, non sans pertinence, ce qui viendra après la Suisse…
On retrouve dans ce livre tous les défauts et toutes les qualités des précédents ouvrages de Daniel de Roulet, devenu aujourd'hui écrivain officiel de l'establishment. Les qualités d’abord : un regard acéré sur la Suisse, souvent original, intelligent, attaché à ressortir de l’ombre des figures oubliées pour leur rendre justice. J'ai cité l'étonnante promenade à Vichy, sur les traces du grand Corbu. Mais il y a aussi la belle évocation des amours de Robert Walser, l'écrivain le plus suisse — c'est-à-dire le plus seul — du monde. L'hommage au délicat Jean Rousset, admirateur passionné et passionnant de l'âge baroque. On y retrouve aussi quelques défauts : la plupart des textes réunis dans le livre sont des ébauches, rapides et lacunaires, de sujets qui gagneraient à être approfondis ; la naïveté de l’analyse, qui repose sur des partis-pris trop peu interrogés ;  et cette haine de la Suisse que l’auteur a parfois tant de peine à cacher.
Bref, malgré son caractère inégal (mettre dans le même panier le grand Muschg et Yves Laplace ou Noëlle Revaz relève de la faute de goût), le livre est stimulant, caustique, parfois même drôle. Il faut donc se féliciter qu’il ait pu voir le jour en Suisse. Grâce au « polysubventionnement ». Ce qui, en France ou en Italie, n’aurait sans doute jamais été possible.
* Daniel de Roulet, Un Glacier dans le cœur, Métropolis, 2009.

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07/07/2009

Qui punira Israël?

images.jpeg Alors que l'ex-humoriste Dieudonné refait des siennes, en attribuant à l'infâme Robert Faurisson, médiocre universitaire et fielleux négationniste, un Prix de l'insolence, devant un parterre bien garni de people de gauche comme de droite, l'État d'Israël en profite pour pillonner, une fois encore, la trop célèbre bande de Gaza. En toute impunité, comme toujours. Avec les bienveillance des États-Unis, le grand frère protecteur qui a tant besoin de l'argent du lobby juif, et dans l'indifférence quasi générale du monde entier. Il faut dire que le moment est particulièrement bien choisi: un peu partout, dans le monde, on fête Noël, la naissance du Messie, l'espoir d'une humanité enfin sortie de la sauvagerie primitive, l'amour du prochain, la fraternité, le don gratuit — toutes ces choses désuètes. Les gens (et que dire des journalistes?) ont l'esprit ailleurs. Il faut préparer la dinde. Les cadeaux ne sont pas tous emballés. Vite, encore un achat…
Alors, tandis que tout le monde regarde ailleurs, Israël se venge (200 morts le premier jour des « frappes » de Tsahal), en profite pour « terminer le boulot » comme disait Dieudonné, il y a quelques années, à son compère Élie, à propos des chambres à gaz. On bombarde des camions supposés transporter des explosifs, on rase des maisons, on assassine des femmes et des enfants. Rien de nouveau, hélas, sous le soleil du Proche-Orient : Israël ne fait que « répondre » aux roquettes balancées à l'aveuglette sur son territoire depuis la bande de Gaza. Légitime défense. Rien à dire, donc. Et c'est vrai que personne ne dit rien. Où ce massacre va-t-il s'arrêter? Qui punira Israël? Quand il ne restera plus un bâtiment debout à Gaza? Quand l'une des armées les plus efficaces du monde en aura fini avec le dernier Palestinien vivant? Quand la terre de Gaza sera à ce point imprégnée de sang que plus rien n'y poussera dans les siècles des siècles?
Un Livre (qui a eu un certain retentissement en Occident) nous apprend que même Goliath, si sûr de sa puissance, a trouvé un jour plus fort que lui. Le grand tort d'Israël est de se croire au-dessus des lois, et donc invulnérable. Or, l'histoire nous apprend qu'un David, tôt ou tard, viendra rétablir la justice, punissant l'arrogance du géant aveugle et assoiffé de sang.

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25/06/2009

Minutes heureuses et sanglantes

images.jpeg Calvin est à la mode et Genève lui fait sa fête. À vrai dire, il en prend pour son grade, le grand théologien genevois (d'adoption) ! Le spectacle concocté par François Rochaix, sur un texte de Michel Beretti, enfoncera le clou au mois de juillet. On se réjouit déjà. En attendant, comme une mise en bouche, voici Le Maître des minutes, qu'on peut aller découvrir à Saint-Gervais jusqu'à la fin du mois. Un spectacle épatant, fort, riche en couleurs et admirablement joué. Le texte et la mise en scène sont signées Dominique Ziegler et Nicolas Buri. Ziegler est un agitateur d'idées, d'images et de paroles qui a le vent en poupe. Ses spectacles, à cent lieues de la doxa officielle du théâtre contemporain, sont toujours des événements. C'est un Suisse au-dessus de tout soupçon! Quant à Nicolas Buri, nous avons déjà souligné les qualités de son excellent Pierre de scandale (éditions d'autre part, voir ici), une biographie tout à fait saisissante et personnelle du grand homme célébré aujourd'hui.

Je ne vous résumerai pas Le Maître des minutes : il faut aller le découvrir séance tenante au Temple de Saint-Gervais, puis au théâtre du même nom. Le spectacle réserve bien des surprises. Pas tellement au niveau du contenu, car on y insiste sur l'expèce de dictature morale que Calvin a imposée à cette brave ville de Genève (assortie de toute sorte de procès, supplices, mises à mort ou bannissements) qui n'en demandait pas tant. Mais plutôt au niveau des personnages mis en scène : une tenancière de cabaret, un sonneur de cloches (le magnifique Roland Vouilloz), un excellent syndic (Bernard Escalon), un pasteur un peu dépassé (le très bon Alexandre Blanchet), une belle allumeuse (Pascale Vachoux), etc. Tous absolument crédibles, intéressants et surtout faits d'une pâte humaine qui nous ressemble. Et au niveau d'une réflexion sur le temps et sa maîtrise, obsession calvinienne fort bien développée dans la pièce. Et qui connaît de beaux jours encore maintenant...

En un mot, une belle soirée comme le théâtre nous en réserve parfois, vivante et émouvante.

* Le Maître des minutes, Calvin, le guetteur et l'horloge, de Dominique Ziegler et Nicolas Buri, au Théâtre Saint-Gervais jusqu'au 28 juin. Tous les soirs à 20h30.

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08/06/2009

Le Stade du tennis

images-2.jpeg En hommage à Roger le Magnifique, une petite élucubration sur le tennis et la sexualité, tirée de L'Amour fantôme (1999).

« Chez Neige, ils dînaient au salon, assis l'un et l'autre en tailleur, partageant riz et rouleaux de printemps, buvant le vieux sauternes qu'il avait débouché.
Neige portait une robe en viscose et des socquettes blanches. Ses cheveux blonds formaient une admirable queue de cheval. Exceptionnellement, elle avait maquillé ses yeux, teinté de bleu ses cils, mis du rouge à ses lèvres.
Comme chaque soir, Neige exposait sa théorie sur les stades de l'homme.
« Chez l'enfant, disait-elle, le plaisir sexuel est tout d'abord lié à l'excitation de la cavité buccale qui accompagne l'alimentation, puis à celle de l'anus et, enfin, à celle des organes génitaux. Le stade ultime de l'évolution libidinale intervient vers quarante ans, lorsque le sujet adulte reconnaît le caractère secondaire de son activité sexuelle et investit l'essentiel de son énergie psychique dans le tennis… »
— Et moi ? disait Colin (qui venait d'avoir trente-trois ans). Suis-je encore au stade génital ou déjà au stade du tennis ?
— Si j'en juge à ton jeu, répondait le jeune fille, tu n'es pas encore parvenu au stade ultime de ton évolution. Ton jeu comporte trop de ratures… Tu ne mets pas ton désir tout entier dans tes coups !
— C'est vrai ! reconnaissait Colin, perplexe.
— Quand tu atteindras ce stade (mais, je le répète, tu en es encore loin), tu connaîtras vraiment l'extase du coup droit qui ne revient pas… »
Il s'était rapproché de Neige, tandis qu'elle parlait, et il avait glissé sa main sous la robe en viscose.
« Mais avant, Colin, il faut atteindre le centre de ton jeu. Certains l'appellent le Graal, le mandala ou le Secret. D'autres le saint des saints, l'androgyne ou encore l'âme…
— Comment y parvenir ?
— C'est un long, très long chemin ! Mais tu peux y arriver par la méditation, l'incantation ou d'autres techniques qui augmentent l'harmonie des ondes cérébrales… »
Très lentement, sa main remontait sur la cuisse de Neige.
« Il faut changer de paradigme, Colin ! Entrer enfin dans la quatrième dimension… »
Jamais encore il n'était allé aussi loin sur le corps minéral de Neige !
« Cette quatrième dimension est une prise de conscience qui permet à l'information de s'ordonner selon une nouvelle structure. Le changement de paradigme épure et intègre. Il représente un essai de guérison du déchirement entre le ou-bien-ou-bien, le ceci-ou-cela… »
Colin touchait au cœur de Neige et tout son corps tremblait.
« C'est au tour du changement de changer, comme dans la nature l'évolution évolue selon un processus de complexification. Toute nouvelle occurrence modifie la nature de celles qui suivent à la manière d'un intérêt composé. Le changement de paradigme n'est pas un simple effet linéaire : c'est un changement spontané de structure, une spirale et parfois un cataclysme… »
N'y tenant plus, Colin se pencha pour embrasser Neige.
Mais la jeune fille, dans une esquive gracieuse, se leva brusquement.
« C'est l'heure de ma méditation ! »
Il se leva pour suivre Neige, mais elle avait déjà fermé la porte de sa chambre.
De rage, il alla se coucher sur le vieux lit de camp qu'elle lui prêtait généreusement depuis qu'il avait quitté la demeure maternelle et il commença à se caresser.
Mais au lieu du plaisir attendu, il fit un cauchemar qui le terrorisa : il était sur le court en face d'une jeune fille qui devait être Neige, il frappait comme un sourd dans la petite sphère jaune et lentement son adversaire changeait de forme : Neige perdait son visage, ses jambes d'acier inoxydable, ses bras robustes, et à la place, maintenant, il y avait un mur !
Oui, un mur de briques rouges qui renvoyait impitoyablement toutes les balles qu'il frappait… »

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01/06/2009

Quel avenir pour l'Hebdo?

images.jpegLa presse, on le sait, traverse une crise sans précédent : une manne publicitaire qui s'amenuise chaque jour, des lecteurs qui fuient dans toutes les directions (surtout vers l'internet, universel et gratuit), l'augmentation du prix du papier, du transport,  des frais de port, etc. Des journaux ont déjà mis la clé sous la porte ; d'autres vont bientôt cesser de paraître. Dans ce contexte, chaque média essaie de draguer le chaland à sa manière, qui parfois est efficace. L'Illustré, par exemple, ratisse large et multiplie les portraits et les interviews. Le Temps, pour sa part, s'est ouvert aux grandes questions de société et de culture, tout en gardant une grande exigence dans le fond, comme la forme, de ses articles.

D'autres font peine à voir, tant ils font des efforts désespérés pour suivre un fleuve aux eaux troublées qui les dépasse. L'Hebdo en est l'exemple le plus criant. Fondé il y a des lustres par une équipe de journalistes brillants et audacieux (Jacques Pillet, bien sûr, mais aussi Michel Baettig et quelques autres pointures), il a subi depuis les années 2000 une dérive attristante. Au joyeux bazar instauré par Ariane Dayer, la réd'en chef d'alors, licenciée par Ringier, a succédé l'ordre économique pur et dur d'Alain Jeannet, chantre du libéralisme officiel. L'impression de fourre-tout est la même, à la différence près que l'Hebdo d'aujourd'hui n'a que deux préoccupations : l'argent et les people. Qui sont le plus souvent mêlés ou liés, d'ailleurs, puisque l'idée dominante est que les people sont intéressants parce qu'ils ont de l'argent ; et que l'argent est important parce qu'il produit des people!

Regardez les couvertures de notre hebdomadaire national. Semaine 1 : Comment gagner plus d'argent ? Semaine 2 : Comment payer moins d'impôts ? Semaine 3 : comment gagner encore plus d'argent ? Semaine 4 : comment payer encore moins d'impôts ? Etc.

Quant au contenu, il s'allège chaque semaine, au point de devenir quasi immatériel, à mesure que les préoccupations économiques deviennent obsédantes. Est-ce un paradoxe ? Sans doute pas. On remarque que les rubriques nationale et internationale ont été remplacées par la rubrique « Actuels ». La rubrique économique s'intitule très pédagogiquement « Mieux comprendre ». Quant à la culture, elle a passé purement et simplement par-dessus bord au profit du bazar intitulé « Passions » ! L'Hebdo ne parle plus guère de livres, de films, de disques ou de pièces de théâtre, mais d'icônes (littéraires ou cinématographiques) et de people, bien sûr. Ce qui compte, désormais, c'est l'image, l'interview-choc, les révélations sur la vie privée de quelques VIP autoproclamés, comme Kudelski, Chessex ou l'inénarrable Marie-Hélène Miauton. Ce qui fait de L'Hebdo, désormais, le magazine préféré des coiffeurs, au même titre que Voici, Gala ou Interview.

Sans doute est-là la l'ambition profonde d'Alain Jeannet. Mais ce n'est assurément pas celle des Romands, qui boudent de plus en plus un journal autrefois prestigieux qui a perdu son âme, ou plutôt l'a vendue  aux valeurs dépassées (et nauséabondes) de la finance.

10:20 Publié dans all that jazz | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : hebdo, presse, suisse, people, argent | | |  Facebook

29/05/2009

Servette sauvé!

Comme il a été rétrogradé sur le tapis vert, grâce aux bons soins du fanfaron Marc Roger, Servette sauve sa place en Challenge League sur le tapis vert! Il y a tout de même une justice!

Pour fêter le retour des beaux jours, voici la belle (et double finale) de la Coupe de Suisse 1979, l'année où Servette a remporté quatre titres (Champion suisse, Coupe de Suisse, Coupe des Alpes et Coupe de la Ligue : personne n'a fait mieux !). Equipe de rêve composée de Engel, Barberis, Schnyder, Pfister, Weber, Hamberg, Andrey, Trinchero, etc.

Nous y étions!

18:35 Publié dans all that jazz | Lien permanent | Commentaires (1) | | |  Facebook

25/05/2009

Cannes, mode d'emploi

images.jpeg

Vous faites du cinéma ? Et vous voulez gagner un Prix au Festival de Cannes ? Rien de plus facile. La recette tient en deux mots : du sang et des larmes. Mais attention, pas des larmes de joie et de compassion. Non ! On est en 2009 ! Mais des larmes de souffrance et de cruauté, versées sous la torture. Et de l'hémoglobine, s'il vous plaît, par tonneaux, par torrents ! Pas d'éraflures ou de blessures légères. Non. Mais des mutilations, des excisions, des décapitations, des émasculations, des viols, des artères sectionnées (Nuits d'ivresse printannière, de Lou Ye), des festins vampiriques (Thirst, du Coréen Park Chan-Wook, des massacres à la machette (Kinatay, du Philippin Brillante Mendoza), des sévices sadiques ou pédophiles (ou les deux) dans le dernier Michael Haneke, Palme d'Or 2009, Le Ruban blanc

Sexe et violence, le cocktail n'est certes pas nouveau. Mais, mondialisation oblige, il semble contaminer aujourd'hui presque tous les cinéastes. Parmi lesquels des vieux renards, comme très superficiel Lars van Triers ou le bluffeur Quentin Tarantino, excellent show-man, mais cinéaste de seconde zone. La violence est partout. Mais d'abord, comme le suggère l'excellent Thierry Jobin (voir ici)  dans la famille. « Même hors compétition, de Mother (du Sud-Coréen Bong Joon-ho) au Le Père de mes enfants (de la Française Mia Hansen-Love), les parents auront été, avec la violence et le sexe, les figures récurrentes de cette édition 2009. Vengeurs (chez Johnnie To), indignes (chez Andrea Arnold), sévères (chez Michael Haneke), pédophiles (chez Haneke encore), absents (chez Marco Bellocchio), dépassés (chez Ang Lee) et souvent responsables d’accidents traumatisants (chez Gaspar Noé ou Marina de Van), ils sont aussi des empêcheurs d’aimer en rond (chez Jane Campion), de vivre en rond ou de mourir en rond. Ils sont le noyau du mal, du mensonge, de la violence. »

Le cinéma, miroir d'une société régie (ou menacée) par la violence ? Ou, plus trivialement, exploitation d'un phénomène (la violence) qui attire les foules et, par conséquent, rapporte gros ?

Comme toujours, le cinéma, art populaire par excellence, est déchiré entre expression subjective et pure merchandisation d'un produit au contenu insignifiant, mais qui doit faire du chiffre.

En cela, le Festival de Cannes est instructif : il cherche à concilier ces deux tendances — de fait inconciliables — : le film d'auteur et le blockbuster. Les spectateurs, avertis des flots d'hémoglobine qui les attendent, jugeront bientôt par eux-mêmes du résultat…

 

 

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20/05/2009

Mugny et les hypocrites

images.jpeg Indispensable à la survie de l'être humain, c'est une maîtresse jalouse, qui parfois prend le masque du savoir-vivre, de la politesse ou de la décence. Certains prétendent la mépriser, mais c'est en fait ceux qui la servent le mieux. C'est le fonds de commerce de tout homme (ou femme) politique. Et cela semble, de plus en plus, être une spécialité genevoise. Vous avez reconnu : l'hypocrisie.

Seul un écologiste, à Genève, peut être assez naïf ou assez fou pour réclamer le ministère de la Culture, depuis toujours  réputé ingérable. Patrice Mugny est cet homme-là. Saluons donc son courage. Car il en faut pour empoigner tous les dossiers pourris du paysage culturel genevois (le PCG) et, envers et contre tous, prendre finalement une décision. Ce que personne, au fond, ne lui pardonne.

Petit rappel des faits : quand Mugny prend le rênes de la culture genevoise, en 2003, tout le monde s'accorde pour dire qu'il faut un grand coup de balais dans certaines institutions culturelles particulièrement poussiéreuses, ou atteintes de dysfonctionnement chronique. Tout le monde ? C'est-à-dire le microcosme culturel, les députés et même le public. Quelles institutions ? Le Musée d'Ethnographie, tout d'abord, dont le personnel ne cesse de se plaindre, menaçant même de faire grève. Mugny crève l'abcès et licencie le directeur en place. Première volée de bois vert de la part même de ceux (les députés, la presse, les hypocrites) qui réclamaient un changement. Bientôt c'est au tour du Grand-Théâtre : la révolte gronde parmi le personnel. On déplore des dépressions, du surmenage et même un suicide. Mugny se renseigne, comme il a coutume de le faire, et, une fois encore, il tranche dans le vif, se séparant de la diva d'opérette qui dirigeait l'institution. Bronca dans la République! Ceux-là même qui dénonçaient la situation dramatique de l'Opéra tombent à bras raccourcis sur le magistrat, coupable de tous les maux, écolo soixante-huitard, ignare en grande musique et même joueur d'accordéon…

La coupe est pleine ! Comme les vautours de Lucky Luke, les hypocrites attendent la curée…

Aujourd'hui, Mugny crée une fois de plus le scandale en commandant un audit que tout le monde réclamait (le personnel du MHA, les députés, la presse, le public) à propos d'un Musée dont chacun s'accorde à dire — parmi les Genevois comme les nombreux visiteurs étrangers de notre belle ville — qu'il est indigne de Genève, parce qu'il manque de rayonnement, d'imagination, de visibilité (parlez à ces mêmes visiteurs du Musée de l'Hermitage, à Lausanne, ou de la Fondation Giannada, à Martigny, et vous verrez leurs réactions). Bref, depuis des lustres, Genève a mal à ses musées. Une fois encore, tout le monde le sait, tout le monde le murmure. Mais lorsqu'un magistrat prend ses responsabilités (ce qu'on attend de lui), il est exécuté sur la place publique! Par ceux-là même qui le suppliaient d'agir…

Le prochain coup de Mugny, chacun peut le prévoir : il concerne le théatre de la Comédie, qui a perdu depuis quelques années l'aura considérable qu'il avait acquise sous le règne de Benno Besson, puis de Claude Stratz. De théâtre au rayonnement national, voire international (on se souvient des tournées triomphantes de L'Oiseau vert ou de L'École des Mères de Marivaux, mise en scène par Stratz), la Comédie est devenue un théâtre d'ambition régionale, régatant avec peine avec d'autres institutions plus dynamiques comme Carouge ou le Forum de Meyrin. Là-dessus, tout le monde est d'accord. Les députés, le public, la presse, les hypocrites. Mais on rechigne à couper une tête, parce qu'il s'agit d'une femme…

Diriger la culture n'est pas une sinécure, surtout à Genève, où chacun a sa propre idée sur la question. Il faut être fou pour rêver de ce poste. Ou idéaliste. Ou écolo. Ou joueur d'accordéon. Patrice Mugny est ce fou-là. Politics is a dirty business, but somebody has got to do it. La politique est un sale boulot, mais quelqu'un doit le faire. Alors soyons reconnaissants à notre « ayatollah vert » de prendre enfin les décisions (bonnes ou mauvaises, l'avenir seul le dira) que chacun, plus ou moins ouvertement, réclamait dans la République. Le public. La presse. Les hypocrites.

 

 

10:10 Publié dans all that jazz | Lien permanent | Commentaires (13) | Tags : genève, mugny, culture, musée | | |  Facebook

14/05/2009

Sauvons l'école!

Un clin d'œil à tous les enseignants — et aux autres — à la veille d'une votation décisive sur l'avenir du Cycle d'Intégration, euh, je veux dire d'Orientation, le week-end prochain à genève. C'est un sketch de Jean Dell, comédien français qui semble en connaître un bout sur l'école…

08:49 Publié dans all that jazz | Lien permanent | Commentaires (6) | | |  Facebook

08/05/2009

Quand les Grandes Têtes Molles font la fête

cover.jpg Comme chaque année, l'Hebdo organise à l'Université de Lausanne, et à grands frais, un forum réunissant les « 100 personnalités qui font la Suisse romande ». On n'y croise que du beau linge : Pascal Couchepin, qui comprend si bien les problèmes des médecins, Nicolas Hayek, notre Swatch-man, Maria Roth-Bernasconi, notre Mère Teresa, Gilles Marchand,  le futur fossoyeur de la RSR, et même l'inénarrable Marie-Hélène Miauton, grande prêtresse des sondages plus ou moins trafiqués. Sans oublier, bien sûr, quelques alibis culturels, stars sur le retour ou « décideurs » omnipotents.

Un tel rassemblement de Grandes Têtes Molles est exceptionnel. Il n'a d'équivalent que Davos, et son World Economic Forum. Dont on sait l'arrogance et l'immense vanité. Le forum de l'Hebdo est-il plus utile ? Pour répondre à cette insidieuse question, il suffit de revenir sur le Forum de l'an dernier. Qui, parmi cette assemblée de lumières, a vu venir la crise ? Qui l'a seulementr pressentie ou imaginée ? Personne. On y a parlé d'économie, comme toujours, de mondialisation, de libéralisation (pour certains, le marché n'est jamais assez libéral). Personne n'a évoqué la possibilité d'une crise ou d'une faillite du système. Normal, me direz-vous, puisque les « décideurs » sont précisément à l'origine de cette crise et de cette faillite. Peut-être, cette année, nos Grandes Têtes Molles seront-elles plus modestes, plus lucides, ou simplement plus honnêtes ?

Rien n'est moins sûr, pourtant, car le système d'autocélébration est bien rodé. Et, chez ces gens-là, on ne fait pas de vagues, ni de bruit : l'important est d'être sur la photographie. Guy Debord l'a bien analysé : c'est la loi de la société de spectacle.

La crise, née aux États-Unis, mais largement mondialisée, et qui va toucher avant tout les pays les plus pauvres, nous a-t-elle appris quelque chose ? Il semblerait que non. Nous poursuivons notre chemin vers l'abîme. Aveuglément, obstinément. Nous fonçons dans le mur que tant de « décideurs » extralucides ont bâti pour nous. Nous bavardons, nous ergotons. Nous célébrons nos Grandes Têtes Molles, à grand renfort de caviar et de champagne.

 

09:20 Publié dans all that jazz | Lien permanent | Commentaires (16) | Tags : hebdo, forum des 100, lausanne | | |  Facebook

03/05/2009

Jet Side Story, une comédie qui décoiffe

Affiche_comedie_web.jpg Les anniversaires ont du bon : dans le cadre des festivités entourant le 450è anniversaire du collège de Genève, le collège de Saussure propose une comédie musicale… en hommage à la comédie musicale.

Tous ceux qui ont vu et apprécié les spectacles musicaux des années précédentes ne seront pas déçus, une fois de plus. Il faut dire qu'avec Philippe Dragonetti à la direction musicale, Philippe Girard à la direction des chœurs, Claude Demeure au scènario et à la mise en scène, Rossella Riccaboni aux chorégraphies, Nathalie Wetzel et Patrick Reymond à la scénographie, l'affiche a fière allure ! Et le spectacle distille une énergie magique et communicative. De Georges Gershwin à Leonard Bernstein, en passant par les airs d'Irving Berlin, de Kurt Weill, de Michel Legrand (« Nous sommes des jumelles, nées sous le signe des Gémeaux… »), Jet Side Story revisite toute la grande époque de la comédie musicale, et de manière magistrale.

Bien sûr, comme on le devine, tous les rôles (chanteurs, musiciens, chœurs) sont tenus par des collègiennes et des collègiens genevois dont le talent éclate à chaque instant. Énergie, on l'a dit, mais aussi justesse, générosité, fraîcheur, intelligence, sensibilité. C'est fou ce que ces jeunes ont du talent ! Ils savent danser, chanter, interpréter des partitions souvent d'une grande difficulté (Bernstein)! Véritable (re)création collective, Jet Side Story raconte les déboires (et les bonnes surprises) d'un collégien américain venu passer quelques mois à Genève en échange linguistique : à cette occasion, il découvrira la rivalité des bandes, les squatts, les promenades au clair de lune sous le Jet d'eau et… le Palais Mascotte, fort bien reconstitué ! Manière, pour les auteurs, de revisiter Genève loin des clichés et des sentiers battus.

Allez, même si, victime, comme chaque année, de son succès, le spectacle affiche complet presque  tous les soirs, essayez tout de même d'obtenir un billet. Vous passerez une excellente soirée !

Tous les soirs à 20h (4-5-6-7-8-9 mai) et à 14h (9 mai). Aula du collège de Saussure, 8 Vieux-Chemin d'Onex, 1212 Petit-Lancy (GE).

19:35 Publié dans all that jazz | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : comédie musicale, collège, saussure | | |  Facebook