25/12/2009

Hafid Ouardiri, champion du monde

789924557.jpg Il manquait encore un personnage à notre galerie des Grandes-Têtes-Molles. Mais, après avoir tenté, un  soir de décembre, devant Saint-Pierre, de faire scander à une foule naïve et frigorifiée le slogan : « Nous sommes tous des musulmans ! », Hafid Ouardiri s'est rappelé à notre souvenir. On se rappelle que le bonhomme s'était illustré, avec son ami Tarik Ramadan, dans un débat aux subtilités jésuitiques, il y a une dizaine d'années, sur la légitimité de battre sa femme, ou non (sourate 24 du Coran : « L'homme a tout pouvoir sur la femme, y compris celui de la battre »).

À l'époque, c'est le journal le Courrier qui avait abrité ce débat passionnant et passionné dans lequel nos deux as en théologie rivalisaient d'arguments. « Il y a battre et battre » disait l'un. « La violence est déconseillée, rétorquait l'autre, mais enfin, s'il fait battre sa femme (comme le prescrit le texte sacré), il faut que ce soit avec une… brosse à dents (que ceux qui ne me croient pas relisent le Courrier) !

Notre Grande-Tête-Molle a encore frappé la semaine dernière en déposant un recours, lui le docteur en démocratie, devant la Cour de Justice Européenne pour tenter de faire annuler la fameuse votation sur l'interdiction des minarets (initiative que l'Europe entière nous envie). Bel exemple de tolérance ! Venant d'un homme, licentié par les siens, qui s'est donné pour tâche de faire la leçon aux Occidentaux, coupables de tous les vices : racisme, islamophobie, intolérance, déni de démocratie, populisme, etc.

S'il fallait, en cette fin d'annus horribilis, décerner un prix de la plus Grande-Tête-Molle de la République, nul doute que M. Ouardiri décrocherait le pompon.

Toutes nos félicitations !

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24/12/2009

Merry Christmas !

Joyeux Noël à toutes et à tous !

16:29 Publié dans all that jazz | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : bob dylan, noel, chanson | | |  Facebook

13/12/2009

Norah forever

Pour vous, fidèles lecteurs, la voix de Norah Jones, la plus belle voix de ce début de siècle…

Extrait de son nouvel album, intitulé « Chasing Pirates »…

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18:40 Publié dans all that jazz | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : norah jones, chanson, chasing pirates | | |  Facebook

03/12/2009

Michel Buhler à Tard pour Bar

images.jpeg Victime, sans doute, de son succès, la seule émission « culturelle » de la TSR, Tard pour Bar, qui a déjà défrayé cette chronique (voir ici et ici), passe à une heure de plus en plus tardive, jeudi à 22h50. Ce n'est pas une raison pour manquer l'émission de ce soir qui réunira, outre la comédienne Anouk Grinberg, venue présenter un spectacle sur Rosa Luxembourg, quelques vieux de la vieille de la gauche suisse-romande (Pierre-Yves Maillard, Michel Buhler) et des routards du néo-libéralisme (François Schaller, Marc Comina) autour du thème « Vive la révolution ! »

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12:50 Publié dans all that jazz | Lien permanent | Commentaires (10) | | |  Facebook

02/12/2009

Nous sommes tous des fumeurs juifs allemands et musulmans

images-1.jpegNous vivons sous la dictature de l'émotion. Les journaux en font leurs choux gras. Les politiques l'attisent. La radio et la télévision en vivent et s'en délectent. Tout le monde la caresse, l'encense, la glorifie. Ceux qui ont voté pour l'initiative anti-minarets : ils ont voté avec leurs tripes, sans réfléchir, ce ne sont que des émotionnels. Mais aussi les autres, tous les autres. Par exemple ceux qui ont défilé hier soir à Lausanne et à Genève, hurlant leur émotion devant les caméras (tiens, elles étaient là, quelle chance !). Arborant des slogans absurdes comme : « Nous sommes tous des musulmans ». Des slogans absurdes et surtout discriminatoires. Pourquoi seulement « musulmans » ? A-t-on pensé à toutes les autres minorités opprimées de par le monde ? Et les Juifs alors ? Et les fumeurs qu'on relègue dans des cagibis insalubres ? Et les femmes (battues ou non) ? Et les victimes d'actes pédophiles ? Je trouve cela inacceptable…

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08:45 Publié dans all that jazz | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : minaret, musulman, juif, fumeur, émotion | | |  Facebook

30/11/2009

Quelle baffe !

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Que d'âneries n'a-t-on pas entendues à propos de la votation d'hier sur les minarets  ! « Honte à la Suisse », « intolérance », « infâmie »… Les mêmes qui vantaient la démocratie quand elle leur était favorable la dénigre aujourd'hui en la traitant de tous les noms. Est-ce vraiment une preuve d'intelligence ?

Pourtant, il faut le dire et le redire : le vote contre les minarets n'est pas un vote contre l'islam, ni contre les musulmans. Lesquels, dans leur immense majorité ne vont jamais à la mosquée et se contrefoutent des minarets (puisqu'ils ne sont ni nécessaires, ni indispensables à leur religion). C'est le symptôme d'une peur diffuse qui doit être prise en compte et comprise pour être exorcisée.

 

 

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09:30 Publié dans all that jazz | Lien permanent | Commentaires (27) | Tags : minarets, initiative, udc, peur | | |  Facebook

28/11/2009

Roman Polanski bientôt libre

images-1.jpeg Décidément, on n'aura rien épargné à Roman Polanski, l'un des plus grands cinéastes de notre époque (aussi !) Ni le traquenard d'une arrestation crapuleuse à Zurich, alors qu'il était invité à recevoir une distinction lors d'un Festival international de cinéma. Ni la détention dans des conditions difficiles pour un homme de 76 ans (il aura passé plus temps en prison en Suisse qu'aux États-Unis). Ni la résidence surveillée. Ni même le port infâmant d'un bracelet électronique qui l'apparentera, bientôt, aux plus dangereux criminels…

La Suisse est un drôle de pays, qui s'illustre à sa manière. On n'hésite pas à baisser son froc devant les États-Unis, lorsque ceux-ci se montrent menaçants pour nos banques et leur sacro-saint « secret bancaire ». On a peu de scrupule à s'en aller faire des courbettes en Libye devant un dictateur à la petite semaine pour obtenir la libération d'otages qui sont toujours détenus. Dans ce même pays, aux mœurs décidément très insolites, on n'inquiète pas outre mesure quatre fils-à-papa russes qui jouent les Schumacher au volant de leur bolide et envoient à l'hôpital un conducteur qui roulait normalement sur la route de Suisse transformée en circuit de F1. Il faudra que la victime dépose plainte pour que les policiers genevois s'intéressent à l'affaire…

Qui dira, après ça, que le Justice est la même pour tous, alors que tantôt elle s'acharne et tantôt elle fait preuve d'une coupable négligence ?

13:50 Publié dans all that jazz | Lien permanent | Commentaires (26) | | |  Facebook

22/11/2009

Hymne à Thierry Henry

Un bon croquis vaut mieux qu'un long discours, non ?

12:40 Publié dans all that jazz | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : thierry henry, france-irlande, football, tricherie | | |  Facebook

20/11/2009

Le foot est un sport de voyous

images.jpeg On l'avait oublié : le foot est un sport de voyous. Ça se joue dans les préaux d'école, pendant les cours, dans les impasses mal famées, les terrains vagues. C'est un sport réservé aux zonards, aux bras ballants, aux mauvais élèves, aux va-nu-pieds. Le rendez-vous des voyous du quartier, tous ceux qui jouent leur vie sur une tête piquée ou un petit pont diabolique. A ceux qui l'avaient oublié, Thierry Henry vient de le rappeler mercredi soir…

Ça fait toute la beauté du foot, le sport le plus universel — parce que le plus subtil et le plus intelligent — du monde. On n'a pas le droit d'utiliser ses mains, qui sont réservées aux tâches nobles, utiles, productives. On joue avec sa tête, ses jambes, ses pieds — autrement dit la part la plus basse, la plus méprisée du corps humain. Le foot ne sert à rien : c'est là sa plus grande force. Il produit de la beauté et des émotions. De l'angoisse. Du suspense. Des retournements de situation qu'on n'osait pas imaginer. Un bon match de foot vaut toutes les pièces de théâtre…

Tenez, l'autre soir, à Paris…

Jamais, de mémoire de supporter, l'équipe de France n'a aussi mal joué, peu inspirée, paresseuse, maladroite : lamentable ! En face, une équipe vaillante et batailleuse, avec un cœur grand comme ça, l'Irlande, des joueurs techniquement limités, mais extraordinairement généreux dans l'effort. Et, récompense méritée : un but qui tombe comme un fruit mûr. L'équipe de France est liquéfiée, sans idées, sans leader, inexistante. Les Français tiennent jusqu'aux prolongations. C'est déjà ça. Ils vont s'écrouler dans le temps additionnel. Les Irlandais se ruent à l'attaque, ratent une, deux, trois occasions de but. Damned !

Soudain, comme chez Shakespeare ou Racine : le coup de théâtre ! L'arbitre oublie un hors-jeu. Il ne voit pas Thierry Henry contrôler le ballon de la main. Il valide le but scandaleux du bouledogue Gallas. Le ciel tombe sur la tête des pauvres Irlandais, qui ont eu le grand tort de respecter les règles du jeu…

Mais c'était oublier que le foot est un  sport de voyous. Les joueurs sont censés suivre les règles du jeu. Mais pas toujours. Et pas tous. Et tous les moyens sont bons pour abuser l'arbitre (car tromper l'homme en noir fait partie du football). Thierry Henry le sait. Certes c'est un gentleman, mais un gentleman cambrioleur. Il n'oublie pas son passé de voyou, de va-nu-pieds. Soyons honnêtes : n'importe qui aurait fait la même chose à sa place. Surtout Domenech, sans doute le plus mauvais entraîneur du monde.

Allez, sans rancune ! Rendez-vous l'année prochaine en Afrique du Sud…

 

 

15:40 Publié dans all that jazz | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : football, france, irlande, thierry henry, main, tricherie | | |  Facebook

18/11/2009

Le PS fait son autocritique

images.jpeg Tout arrive à Genève : même le Parti socialiste se pose des questions ! Après le naufrage (annoncé) du week-end dernier, où seul le camarade Beer a passé la rampe du Conseil d'État, les socialistes font leur autocritique. C'est l'occasion, pour chacun, de vider son cœur et ses rancœurs sur la place publique, d'accuser tout à la fois le MCG et les dissidents du parti, le brave soldat Longet (qui n'a rien vu venir) et l'extrême-gauche qui a trahi les siens…

 

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16:30 Publié dans all that jazz | Lien permanent | Commentaires (3) | | |  Facebook

16/11/2009

2009 : petite cuvée ou grand cru ?

Sur le plan politique, aucune doute : 2009 fut une très petite cuvée. Un cru des plus médiocres. La dernière preuve est l'élection d'hier au Conseil d'Etat qui a vu la victoire des assis. Les tristes hères (Muller, Hiller, Hunger…). La majorité bascule. Mais quelle importance ? On reprend les mêmes et on recommence. Car, à Genève, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes ! Les socialistes en savent quelque chose, eux qui voulaient remplacer une absence (Moutinot) par une transparence (Pürro)…

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09:05 Publié dans all that jazz | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : élections genevoises, football, m17, suisse, champion du monde | | |  Facebook

14/11/2009

Un grand dimanche après-midi !

Un clin d'œil à celles et ceux (policiers, dealers, promoteurs, fonctionnaires, partisans ou ennemis du CESA, tribuns populistes, etc.)

dont la vie va changer (un peu) en ce dimanche après-midi…

 

11:55 Publié dans all that jazz | Lien permanent | Commentaires (2) | | |  Facebook

11/11/2009

Elections cantonales : help !

images.jpeg A quelques jours des élections genevoises au Conseil d'État, le pauvre citoyen que je suis est toujours perplexe. Il s'est renseigné. Il a lu tous les journaux, qui ont fait un bon travail, potassé Saint Mabut et Saint Décaillet. Il a écouté les belles paroles des candidats (pas tous). Il a vu leurs photos partout affichées dans la ville. Tout cela l'a jeté dans une grande confusion…

 

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10:00 Publié dans all that jazz | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : élections, geneve, conseil d'état | | |  Facebook

09/11/2009

Vingt ans après

Que faisiez-vous il y a vingt ans exactement ? Vous étiez tous — et moi aussi — devant votre poste de télévision à n'en pas croire vos yeux, comme vos oreilles. Le Mur était enfin tombé ! Larmes et cris de joie. Un vent de liberté sans précédent soufflait sur l'Europe et le monde. On espérait des lendemains qui chantent…

Oubliant, pour une fois, sa mission d'abrutissement, la télévision était aux premières loges. Et nous avec. En plein cœur de l'événement. C'est-à-dire de l'Histoire en train de se faire. La magie du direct…

 

Vingt ans plus tard, l'Europe s'est agrandie. La Suisse n'en fait toujours pas partie. Elle s'est donnée une monnaie forte qui rivalise avec le dollar. Les frontières se sont ouvertes. Non les frontières de l'esprit ou de la culture. Mais celles des travailleurs, qui viennent alimenter un marché de plus en plus gourmand et aveugle. Tous les hommes sont égaux en Europe, car ils ont tous le droit — que dis-je : le devoir — de consommer.

Il vaut la peine de goûter ces images de joie et de liberté, de larmes, de pure jubilation. Elles portent en elles des rêves, peut-être, qui vont bientôt s'évanouir…

10:00 Publié dans all that jazz | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : mur, berlin, télévision | | |  Facebook

07/10/2009

Quand la TSR se pique de culture…

Il semblerait que mes derniers billets aient provoqué une avalanche de commentaires et quelques malentendus tenaces. Pour ce qui est des commentaires (près de 100!), je m'en félicite : c'est la preuve qu'une discussion s'est ouverte, qui déborde, dérape parfois, mais brasse de vraies questions. Quant aux malentendus, j'aimerais en dissiper quelques-uns, très simplement :

1) je n'ai aucune admiration, ni compassion particulière pour les « violeurs », « abuseurs » et autres « pédophiles » ;

2) je ne place pas les « artistes » au-dessus des lois, ni ne réclame une clémence particulière pour les « grands créateurs » ;

3) les « médiocres » auxquels je faisais allusion dans mon papier sont ceux qui détestent, épidermiquement, les artistes et sortent leur révolver sitôt qu'on prononce le mot « culture ». Je ne citerai pas de noms. Tout le monde les connaît. J'appelle « médiocres » aussi ceux qui s'appliquent avec un zêle immaculé à faire respecter une Loi obsolète.

Pour illustrer mon propos, je me permets de citer une émission de la TSR, une vraie Idée Suisse : Tard pour Bar. Mes collègues de Blogres lui ontimages.jpeg déjà consacré un billet incendiaire (cliquer). Que s'est-il donc passé pendant l'émission du 24 septembre dernier ? Eh bien l'animateur-vedette, Michel Zendali, qui officiait naguère aux débats d'Infrarouge, s'en est pris à l'un de ses invités, l'éditeur Michel Moret, auquel, pour faire court, il a reproché l'inanité des livres qu'il publiait, en particulier des journaux intimes, celui de Moret et celui d'un journaliste de la radio, Raphael Aubert, qu'il trouve sans intérêt. Cela sentait la mise à mort et le règlement de comptes. D'ailleurs, le pauvre Moret, qui n'a pas l'habitude des jeux du cirque, ne s'en est pas relevé.

Or, lundi soir, pendant Forum, sur la Première, Zendali était à son tour mis sur le grill. Cette fois-ci non en maître de cérémonie, mais en guest star. Face à lui, Gérard Delaloye (voir sa lettre à Zendali), écrivain et journaliste, auteur de l'Aire, ne l'a pas ménagé, lui reprochant à la fois son ton agressif (inspiré de Thierry Ardisson), son narcissime et sa paresse (Zendali crie haut et fort qu'il ne lit pas les livres dont il parle). Si les deux interlocuteurs s'étaient trouvés en face l'un de l'autre, nul doute qu'ils en seraient venus aux mains!

Ce dialogue de sourds est révélateur du malaise (ou du malentendu) qui règne entre radio et télévision. Alors que la première, obéissant aux images-1.jpegrègles du Service public, donne la parole aux hommes et femmes qui ont quelque chose à dire — les créateurs en particulier (mais pas seulement) ; la seconde, obnubilée par l'audimat, coupe ou retire la parole à ces mêmes acteurs de la vie culturelle.  Il ne faut jamais oublier que la vraie vedette de Tard pour Bar, c'est Zendali. Toute l'émission vise à flatter son ego (Zendali et ses femmes, Zendali et ses coups de cœur, Zendali et ses coups de griffe, etc.). Et pourquoi pas, au fond ? Ardisson l'a bien fait par le passé. Le problème, ici, c'est que Zendali sort son flingue chaque fois qu'on prononce le mot « culture » ou « littérature ». Il avoue ne pas lire les livres qu'il présente. Ce qui ne l'empêche pas de tirer à vue sur ceux-là même qui écrivent ou éditent des livres en Suisse romande (et qu'on n'invite jamais à la télévision). Il rudoie les comédiennes (Caroline Gasser). Il flatte les politiques (Christophe Darbellay). Etc.

Dans cette arène (c'est l'idéal du « débat télévisé »), le combat est inégal ; les dés pipés d'avance ; la mise à mort programmée. C'est d'autant plus dommage que Tard pour Bar est l'unique émission « culturelle » de la TSR qui décidément n'a pas beaucoup d'estime (je ne dis pas d'amour) pour les artistes et les créateurs de ce pays.

09:39 Publié dans all that jazz | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : télévision, zendali, tard pour bar, michel moret, livres, actualité | | |  Facebook

05/10/2009

Au pays des nains de jardin

images.jpegLa Suisse est un petit pays. Les nains qui la gouvernent sont de bons bougres. Ils font ce qu'ils peuvent avec ce qu'ils ont. ils sont honnêtes et respectent la Loi à la lettre. Bien sûr, parfois, ils se tirent dans les pattes. Mais ce n'est pas de leur faute. Car même quand ils se parlent (le mercredi, pendant deux heures), ils ne se comprennent pas.

Dernier exemple en date : la honteuse « affaire Polanski ».

Il suffit qu'un fonctionnaire zêlé, à Zurich, s'aperçoive que le cinéaste franco-polonais était invité au Festival de Cinéma et qu'un mandat d'arrêt international courait contre lui (ah! le frisson d'effroi et de plaisir du fonctionnaire au moment de mettre en place le traquenard : moi, moi, MOI, je vais me payer une star du cinéma !) pour que la machine judiciaire s'enclenche. La première avertie, Madame Widmer-Schlumpf, avocate et notaire, fille d'avocat et de notaire, « n'a pas le choix ». Elle fait exécuter l'ordre sans avertir aucun de ses collègues du Conseil Fédéral. Se rend-elle compte de ce qu'elle fait ? Sans doute pas. Mais « elle n'a pas le choix ».

Le lendemain, jour de l'arrestation, Micheline Calmy-Rey manie l'euphémisme en disant que l'affaire « manque de doigté » (traduisez : ma collègue a agi comme une écervelée : c'est de nouveaux ennuis pour la Suisse, qui n'en manque pas). Puis le grand Pascal, quelques  jours après, tire à son tour contre Micheline en disant qu'il ne voyait pas « le manque de doigté » qu'on pouvait reprocher à la sœur cachée d'Edith Piaf. Il faut dire que Couchepin n'est plus vraiment concerné par les bourdes des autres nains du Collège : il tire sa révérence dans quelques jours (il garde pourtant une dent contre Madame Schlumpf pour n'avoir pas été informé plus tôt puisque c'est lui — par l'intermédiaire de l'Office Fédéral de la Culture — qui non seulement subventionne le Festival de Cinéma de Zurich, mais paie aussi le Prix que Polanski aurait dû recevoir).

Dans la presse dominicale, la sémillante Evelyne met publiquement la faute sur l'Office Fédéral de la Culture (c'est-à-dire Jauslin et Couchepin) et les organisateurs du Festival de Cinéma qui « auraient dû prendre en compte, avant d'inviter Roman Polanski en Suisse pour lui remettre un prix, qu'en Suisse, la prescription pour les affaires d'extradition entre la Suisse et les Etats-Unis est calculée en fonction du droit en vigueur dans le pays qui demande l'extradition » : dura lex, sed lex. Répondant, dans la même interview, à la critique émise par sa collègue Calmy-Rey, le manque de doigté de la Suisse dans l'arrestation de Roman Polanski, EWS répond: « Je ne sais pas ce qu'elle s'imagine » (!).

Quand je vous disais qu'au pays des nains de jardins, la communication est difficile…

Et les autres Conseillers Fédéraux, me direz-vous, qu'en pensent-ils ?

Burkhalter ? Il a déjà provoqué, par ses déclarations intempestives, la « mise en sécurité » des deux otages suisses retenus en Libye. Alors, ce coup-ci, motus et bouche cousue ! Par sa faute, la crise libyenne a reculé d'une année.

Maurer ? Il déteste à la fois sa collègue Widmer-Schlumpf et le cinéma, surtout étranger.

Merz ? Pour ménager son cœur, il est resté en dehors de l'affaire. Mais il n'est pas impossible qu'il doive un jour réparer lui-même les pots cassés (avec nos amis français, polonais, voire américains), comme il l'a fait pour l'affaire Kadhafi et celle de l'UBS.

Mais alors Moritz, allez, ouste, on se réveille ! La culture, au Conseil Fédéral, c'est toi, bon dieu ! Ton frère est un artiste en vue, ta femme tient une galerie de peinture à Zurich…

Voici ce qu'a déclaré le plus dynamique de nos nains de jardin : « L'arrestation de Roman Polanski me surprend. La Suisse, en la matière, a agi de manière très formaliste. Ce qui n'est pas un reproche. Mais le résultat est étrange, car le cinéaste avait été invité pour recevoir un prix co-financé par la Confédération. » D'un seul coup, donc, il dégomme sa collègue EWS et son copain Couchepin. Beau tir groupé…

On s'étonnera, ensuite, que l'image de la Suisse, comme on dit, soit pareillement écornée à l'étranger. Rien de plus normal, pourtant, quand on assiste à une pareille cacophonie.

 

30/09/2009

Soyons médiocres!

images-1.jpeg La violence des réactions suscitées par l'« affaire Polanski » est révélatrice de notre époque bien-pensante et médiocre.

Ces réactions, me semble-t-il, sont de quatre types :

1) même si les faits remontent à plus de 32 ans, qu'ils ont été commis dans des circonstances particulières et à une époque particulière, ils demeurent impardonnables. En cela, les Suisses sont de vrais calvinistes : pour eux, pas de pardon, pas de pitié pour ceux qui ont pêché. Surtout sexuellement. L'injure suprême, ici, c'est pédophile. Bien sûr, personne ne s'interroge sur ce terme : est-ce un vice, une maladie qui se soigne ? Un penchant criminel et inné ? Polanski est un pédophile (même certains journalistes l'ont écrit!) : il doit donc payer, et si possible finir ses jours en prison.

2) à travers Polanski, qui en serait le symbole, on s'en prend à la clique « médiatico-gaucho-culturelle ». Au fond, comme le jogging serait de droite, la « pédophilie » serait de gauche ! Une spécialité naturelle, en somme. Relents nauséabonds de populisme.

3) la Suisse était tenue de respecter le Droit international, surtout si la demande vient des USA (mon Dieu, quelles misères vont-ils encore causer à l'UBS?). Il fallait donc tendre un piège à Polanski, ce couard qui a fui la justice américaine (cette noble institution qui pratique la torture et la peine de mort), pour que Justice soit faite. L'argument juridique prime, bien entendu, sur le facteur humain : l'âge de l'accusé, le fait que la victime ait demandé à ce qu'on classe l'affaire, les circonstances infâmes de l'arrestation, etc.

images-2.jpeg4) mais ce qu'on ne pardonne pas à Polanski, au fond, c'est d'être un artiste — et même de génie. Tout le déferlement de haine auquel son « affaire » donne lieu trouve là son ultime expression. Elle n'est pas pas accidentelle ni occasionnelle : le siècle dernier, elle a frappé Charlie Chaplin (ce monstre), Vladimir Nabokov (tiens, encore un pédophile, chasseur de papillons en plus), Thomas Mann, Hermann Hesse, et j'en passe. (Relevons, entre parenthèses, que Chaplin, Nabokov et Hesse ont trouvé refuge en Suisse : mais c'était une autre époque).  Auparavant, elle a frappé Baudelaire, Flaubert, Oscar Wilde, etc. Cette haine de l'artiste est parfois sous-jacente : elle peut aujourd'hui s'afficher au grand jour. Quoi!  Tous ces malades, ces pervers, ces coupeurs de vérité en quatre, ces femmes et ces hommes dissolus, ces producteurs d'éphémères chefs-d'œuvre, pourquoi seraient-ils au-dessus des lois ? Pourquoi auraient-ils le droit d'outrepasser les règles de la vie sociale ?

Au fond, cette affaire infamante pour la Suisse (qui restera, à jamais, le pays qui arrêté Polanski — ce qu'avaient refusé de faire l'Italie, l'Allemagne, la Suède, le Canada, etc.) révèle au grand jour la haine des créateurs. C'est la revanche des médiocres. Plus besoin, désormais, de regarder les films de Polanski, puisque c'est un pédophile, doublé d'un lâche. Autrement dit : le diable.

Les esprits bien-pensants sont rassurés. La Suisse peut dormir sur ses deux oreilles. Les médiocres ont le dernier mot.

10:25 Publié dans all that jazz | Lien permanent | Commentaires (92) | Tags : polanksi, suisse, cinéma, infâme | | |  Facebook

22/09/2009

Devinette d'automne

images.jpegPour fêter le début de l'automne, et le premier anniversaire de la « crise », je vous propose une devinette.

Qui a écrit les lignes suivantes ? Et quand ont-elles été écrites ?

« Je pense que les institutions bancaires sont plus dangereuses pour nos libertés que des armées entières prêtes au combat. Si le peuple américain permet un jour que des banques privées contrôlent leur monnaie, les banques et toutes les institutions qui fleuriront autour des banques priveront les gens de toute possession, d'abord par l'inflation, ensuite par la récession, jusqu'au jour où leurs enfants se réveilleront sans maison et sans toit sur la terre que leurs parents ont conquise. »

Le-la vainqueur-vainqueuse recevra libéralement un exemplaire de La Vie mécène, roman qui ne parle pas que d'argent, publié en 2007 aux Editions l'Âge d'Homme-de Femme.

09:52 Publié dans all that jazz | Lien permanent | Commentaires (10) | Tags : crise, banque, devinette | | |  Facebook

21/09/2009

Happy birthday, Leonard!

Alors qu'il donnait un concert à Valence (E), jeudi dernier, Leonard Cohen s'est effondré sur scène. Grosse frayeur dans la salle et parmi les musiciens. Son malaise serait dû, selon les médecins de l'hôpital de Valence, à une intoxication alimentaire. Le chanteur canadien (de Montréal) reprendra sa tournée aujourd'hui à Barcelone.

C'est aujourd'hui, précisément, que Leonard Cohen fête ses 75 ans! Le concert qu'il a donné à l'Arena de Genève en octobre dernier reste encore dans toutes les mémoires (voir ici ).

Happy Birthday, Leonard, and dance us to the end of love!

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09:30 Publié dans all that jazz | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : leonard cohen, chanson, poésie, musique | | |  Facebook

17/09/2009

Les invectives de Monsieur Weiss

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Monsieur Weiss n'aime pas les enseignants. Allez savoir pourquoi ? Une rivalité conjugale ? Le souvenir traumatisant d'un ancien cancre dont l'institutrice n'a pas su reconnaître le talent ? Ou simplement la haine de soi (Monsieur Weiss est enseignant lui-même) ? Et quand je dis qu'il n'aime pas les enseignants, je devrais dire qu'il les hait, puisqu'il parle, à leur propos, de « hargne furieuse ».

Dans une réponse cavalière à mon ancien billet (voir ici), Monsieur Weiss se livre, une fois de plus, à l'invective, sans avancer aucun chiffre probant, ni convaincre personne. Je ne me lancerai pas dans une bataille de chiffres — surtout pas avec quelqu'un qui sait si bien les manipuler. Je n'en retiendrai qu'un, de chiffre, le plus impressionnant et le plus inquiétant : le Post-Obligatoire genevois a accueilli, lors de la rentrée 09, exactement 1137 nouveaux élèves! Ce qui, de l'aveu même du DIP, aurait nécessité l'ouverture de 100 nouveaux postes. Pourquoi autant d'élèves ? La raison en est double : premièrement, une partie de ces nouveaux élèves proviennent des écoles privées. Deuxièmement, cette forte croissance des effectifs s'explique aussi par des raisons historiques : elle a d'abord frappé le primaire dans les années 90, puis le CO. Elle frappe maintenant le PO de plein fouet depuis 5 ans. Cette « explosion » de nouveaux élèves était donc prévisible. Mais de réforme en réformette, et de restriction budgétaire en restriction du personnel, on (c'est-à-dire la sémillante Martine Brunschwig-Graf, puis le ténébreux Charles Beer) a laissé les choses aller leur train d'enfer. On voit aujourd'hui le résultat…

N'en déplaise à Monsieur Weiss : les enseignants ne réclament pas, dans ce débat, des avantages financiers, mais des conditions de travail qui leur permettent de faire face à cet afflux de nouveaux élèves afin que chacun de ces élèves puisse être accueilli comme il le mérite, comme il en a le droit, dans une classe à l'effectif raisonnable, et qui ne pratique pas l'« overbooking ».

Nos élèves — c'est-à-dire nos enfants — ne méritent-ils pas tous une école équitable et de bonne qualité ?

 

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