28/09/2011

La politique des têtes carrées

images.jpegTous les quatre ans, ils se rappellent à notre bon souvenir. Ils ont l'air si gentil. Bien habillés et souriants. On leur donnerait le bon Dieu sans confession. La plupart des têtes sont connues. Mais elles n'ont pas vieilli. Miracle du maquillage ou de la chirurgie esthétique. Le grand blond, sur les affiches, a perdu ses lunettes. Et la dame, qui louche un peu et sourit tout le temps, a gardé les siennes. Est-ce pour voir plus loin ? D'autres têtes sont nouvelles. Mais bientôt, si elles sont élues, elles ressembleront aux autres. Car le moule est le même.

Qu'ont-ils fait ? Qui sont-ils ? Pourquoi, tous les quatre ans, déploient-ils cette énergie infatigable pour attirer nos suffrages ? Sont-ils à ce point narcissiques ? Ou en manque d'amour ?

Comme le beaujolais nouveau ou la musique espagnole, la politique semble un mal nécessaire. Et, comme dit mon voisin socialiste, il faut bien que quelqu'un s'y colle. It's a dirty job. But somebody's got to do it.

Alors courage aux électeurs, qui choisiront, comme sur un site de rencontres, la tête de celles et ceux qui les « représenteront » !

Et bonne chance aux candidats, bien souvent désignés d'office, qui devront descendre dans l'arêne où rugissent les fauves !





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12/09/2011

Le film le plus bête de l'année

images-1.jpegC'est un film un peu lent qui cherche son genre, son rythme, son sens. On y traverse l'Histoire en TGV ou en hélicoptère : tout commence à Paris dans les sixties (charmante évocation du look de ces années-là), puis on file à Prague, puis retour à Paris, avant de partir pour le Canada. Est-ce une comédie romantique ? Un drame ? Une comédie musicale ? Le réalisateur, Christophe Honoré, semble hésiter entre Jacques Demy (Les parapluies de Cherbourg) et Milan Kundera (L'Insoutenable légéreté de l'être) sans jamais prendre lui-même parti. On retrouve, dans ce chassé-croisé amoureux, la blonde Ludivine Sagnier en délicieuse nunuche, l'imposante et glaçante Catherine Deneuve. sa fille Chiara Mastroianni, Louis Garrel, etc. images.jpegLes meilleures moments du film mettent en scène la confrontation, très psy, entre la mère et la fille, avec un mélange d'incompréhension et d'émotion à fleur de peau. Il faut dire que la fille se cherche, comme le film, entre les amants de passage. Jusqu'à s'éprendre d'un batteur gay et séropositif, dont elle veut à tout prix un enfant (!). On le voit : Christophe Honoré n'a pas peur de pousser le bouchon trop loin. Et la scène d'amour finale, au lieu d'être bouleversante, est simplement grotesque.

Deux bonnes surprises, pourtant : la présence du réalisateur tchèque Milos Forman, qui joue dans le film le (premier) mari de Madame Deneuve-Chanel. Il est épatant ! Et, en guest star, le chanteur Michel Delpech, qui ne chante pas, mais interprète le second mari de la dame oxygénée. A ce propos, le film est agrémenté de chansons qui rappellent Serge Gainsbourg, tant par la musique que par le texte. Hélas, ces chansons sont interprétées par les comédiens eux-mêmes, qui chantent faux et semblent chercher un sens aux paroles qu'ils ânonnent. N'est pas Nicole Kidman ou Catherine Zeta-Jones (ou Marilyn) qui veut !

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23/06/2011

Genève, ville idyllique

images.jpegGenève, c'est sûr, est un havre de paix et de sérénité, de luxe et de beauté. Seuls quelques esprits chagrins vous diront le contraire. Des gens infréquentables. Suivez mon regard! C'est là-bas, au fond, à droite…

Je mangeais l'autre avec trois excellents collègues. Le repas était quelconque. Mais la conversation, comme toujours,  intéressante.

L'un d'eux, André W.*, grand violoncelliste devant l'éternel, était encore tout remué : son fils, étudiant à l'Uni, s'était fait attaquer et faucher son PC, alors qu'il travaillait paisiblement dans un parc public. Son agresseur était menaçant et armé. Le jeune étudiant avait eu peur pour sa peau…

Histoire banale,  au fond, qui ne vient pas faire de l'ombre au tableau de la Genève idyllique que certains, au fond, à gauche, essaient de nous vendre.

Cette anecdote en a appelé une autre. Claude D.*, en Suisse depuis trente ans, rentrant chez lui comme chaque soir, était tombé nez à nez avec deux lascars qui avaient mis l'appartement à sac, méticuleusement, emportant les ordinateurs de madame et monsieur, les bijoux de madame, ainsi que de nombreux objets chers à leurs enfants. Claude D.* en était encore tout retourné.

Banal, aussi, cet « accident » qui demeure, au fond, peu représentatif de la réalité genevoise.

François B*, un autre collègue enseignant, a dû subir une grosse frayeur: les cambrioleurs lui ont rendu visite, de nuit, alors que toute la famille dormait tranquillement. Ramdam d'enfer. Stupeur et tremblements. Les voleurs détalent. Et mon ami François B* en est quitte pour expliquer la chose aux policiers, dont c'est l'ordinaire. Il leur raconta que c'était déjà la troisième fois que la chose se produisait…

« Et toi ? me demandèrent en chœur mes trois amis.

— Oh, moi, rien de spécial. Je me suis fait cambrioler deux fois ma voiture (les voleurs n'ont pas voulu des épreuvres de matu qui étaient dans ma serviette sur le siège arrière!). Ma fille s'est fait dérober trois vélos. Ma femme, un seul, mais de marque italienne. Et notre cave, qui a longtemps abrité des squatters heureux, a été vidée deux fois de tout son contenu… »

Nous avons compté d'une seule voix : à nous quatre, nous comptabilisions 18 (dix-huit) vols ou cambriolages ! Belle moyenne…

Rien que de très banal, sans doute, dans notre belle ville, mais cela fait du bien de le dire!

* Noms connus de la rédaction !

 

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27/05/2011

Une occasion manquée

images-3.jpegOn l'attendait, avec un peu d'angoisse et beaucoup d'impatience, ce volume consacré à la Suisse dans la prestigieuse collection Découvertes-Gallimard. Et il est arrivé. Pas tout de suite, d'ailleurs, puisqu'il est seulement le 573e de la collection ! Il est signé François Walter, un professeur d'histoire moderne et contemporaine à l'Université de Genève depuis 1986.

Ne boudons pas notre plaisir : l'iconographie, comme d'habitude, y est très soignée ; la mise en page, magnifique ; le texte parfaitement mis en valeur. En bon disciple de la « nouvelle histoire suisse », François Walter déconstruit habilement tous les mythes fondateurs : le pacte de 1291, antidaté, ne serait qu'un document rédigé après coup pour édifier le mythe de la Confédération. Guillaume Tell, bien sûr, n'a jamais existé. Quant aux exploits guerriers des premiers Suisses, ils ne sont qu'« une construction idéologique » visant à donner une base identitaire à la future Confédération. Cela dit, même si l'auteur raffole des clichés de la « nouvelle histoire », il ne passe pas pour autant sous silence les innombrables conflits, traumatismes, voire antagonismes religieux (la guerre du Sonderbund) auxquels la Suisse a dû faire face, et  qu'elle a réglés à sa manière, c'est-à-dire plutôt bien. Comme il n'oublie pas de mentionner, plus loin, certains épisodes peu glorieux de l'histoire contemporaine, tel le fameux tampon J apposé sur les passeports des ressortissants juifs, que l'auteur qualifie de « capitulation morale ». Comme il n'oublie pas de dénoncer « les compromissions avec l'économie de guerre nazie », « les fréquentations douteuses des régimes corrompus » ou encore la complaisance à accueillir des fonds soustraits au fisc, etc.

On le voit : l'auteur adhère à cette image peu reluisante de « pays crapule », si largement diffusée à l'étranger qu'elle en est devenue un stéréotype!

Plus intéressante est la partie du livre consacrée à l'importance du paysage, autre élément constitutif de l'« identité suisse » (qui, comme chacun sait, est un mirage !). Ici François Walter fait montre d'une connaissance certaine de l'imagerie helvétique : lacs, montagnes, forêts, glaciers. images.jpegDont tout le monde vante l'inexprimable beauté. Signe, sans doute, d'une Nature encore intacte, proche de sa pureté originelle. Vantées par les premiers touristes anglais au XIXe siècle, ces « beautés naturelles » attireront, plus tard, le tourisme de masse vers les stations de sports d'hiver, transformant la Suisse en pays de cartes postales.

images-4.jpegTout n'est pas à jeter, sans doute, dans ce petit livre où l'on retrouve toutes les finesses, mais aussi toutes les naïvetés de la « nouvelle histoire suisse. » Un bémol, cependant : l'absence, quasi totale, mais effarante, de la culture (au sens large) qui s'est développée dans ce pays. Quelques noms d'écrivains, jetés ici ou là (Rousseau 1712-1778), à la sauvette, mais jamais développés, ni interrogés. Aucune mention de Georges Haldas, de Nicolas Bouvier, de Corinna Bille ! Idem pour Albert Cohen ou Denis de Rougemont, grand penseur de l'Europe (cité tout de même en annexe). Les mêmes lacunes s'appliquent à la peinture, à la musique ou encore à l'architecture, complètement oubliées dans ce panorama de cartes postales. De telles lacunes étonnent, surtout chez un professeur d'Université.

Quand on se rappelle les chroniques savoureuses de Louis Gaulis (La Suisse insolite, Mondo) ou de Nicolas Bouvier (L'Art populaire en Suisse, Zoé), on regrette que ce livre n'ait pas été confié à un écrivain. Par exemple à un Jean-Louis Kuffer, grand bourlingueur devant l'Eternel, qui excelle dans l'art du portrait, de l'analyse fine, du regard amoureux. Cela aurait donné un livre non seulement de savoir, mais aussi — et surtout — de saveur. Mais l'occasion est manquée…

* François Walter, La Suisse au-delà du paysage, Découvertes-Gallimard, 2011.

 

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21/05/2011

Un peu de beauté dans ce monde de brutes

Qu'est-ce que la danse sinon l'art de la possession (et de la dépossession) ? Le danseur est hanté par le corps, les sentiments, l'âme d'un autre. C'est pourquoi chaque spectacle est une manière d'exorcisme. Dans cette cérémonie, l'immense Pina Bausch était une sorte de prêtresse, muette et solennelle. Elle seule pouvait exorciser ces corps en transe, habités par le rêve ou l'amour, la solitude ou la musique. Ce n'est pas le moindre mérite de Pina Bausch d'avoir rendu le danse au théâtre, et le théâtre à la cérémonie antique.

Wim Wenders, son ami de toujours, lui rend hommage dans un film magnifique, enjoué, nostalgique, drôle, émouvant. Il met son grand talent de visionnaire au service de la danse, c'est-à-dire du silence et du mouvement. C'est un plaisir, également, de retrouver toute la troupe de Pina — sa famille d'élection — qui nous accueille dans son cercle enchanté.

Un film éblouissant sur un génie de la danse contemporaine. Dépêchez-vous d'aller le voir…

 

14:25 Publié dans all that jazz | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : pina bausch, wim wenders, film, danse | | |  Facebook

18/05/2011

L'acte manqué (réussi) de DSK

images.jpegL'affaire est simple : vous avez un homme riche, brillant, marié à l'une des femmes les plus célèbres de France. Un homme de scène et de pouvoir. Directeur du FMI et grand stratège de la finance mondiale. En outre, le favori des sondages pour l'élection présidentielle française de 2012. Un homme à qui tout réussit…

Et que fait ce Surhomme ?

Il se laisse prendre dans une affaire sordide avec la femme de chambre d'un grand hôtel new yorkais ! Noire, pauvre, musulmane pratiquante et sans doute au-dessus de tout soupçon…

Y a-t-il une raison logique à ce comportement ?

Certains parlent d'addiction sexuelle, de désir tyrannique, d'« instinct du violeur ». DSK serait un monstre déguisé en représentant de la gauche caviar. Un malade. Un psychopathe. Cela arrange beaucoup de monde, à gauche comme à droite. Même les plus navrants, comme Holenweg ou Brunier. Rien n'est plus faux, bien sûr.

D'autres parlent de complot, orchestré par on ne sait quel rival satanique. Sarkozy (qui se frotte les mains) ? Ségolène Royal (qui a beaucoup de mal à cacher la joie que lui donnent les images de DSK menotté) ? Marine le Pen (qui savait tout avant tout le monde) ? La CIA ? Feu Ben Laden (paix à ses cendres) ? On le voit : la théorie du complt ne tient pas une seconde…

A moins que…

Et s'il ne s'agissait pas d'un complot extérieur ? Si l'ennemi ne venait pas du dehors, mais du dedans ? Autrement dit : et si DSK l'avait fait exprès ? Sans le vouloir, bien sûr. Si quelqu'un, en lui, avait décidé de mettre un terme à cette mascarade? La mascarade du premier de classe, du mari exemplaire, du dirigeant inspiré. Du futur Président. Voilà pourquoi, inconsciemment, il a si bien réussi son acte manqué. « Mon royaume pour une pipe ! » suppliait l'homme qui voulait échapper à la comédie politique. Poser le masque de l'imposteur. Et qui a tout perdu. C'est la moindre des choses.

Au grand bonheur de son inconscient.

09:05 Publié dans all that jazz | Lien permanent | Commentaires (25) | Tags : dsk, new york, socialisme, france | | |  Facebook

11/05/2011

Cantat mort ou vif

bertrand-cantat-1-by-Taniou.jpgNoir Désir. Quel programme ! Eros et Thanatos. Aimer à en mourir. Aimer jusqu'à tuer.

On peut dire que Bertrand Cantat a rempli sa devise. Sa première femme s'est suicidée et sa maîtresse, battue à mort, a dû agoniser toute une nuit avant qu'il lui porte secours. Pourtant, nous avons aimé Noir Désir. Passionnément. Et nous aimons toujours Bertrand Cantat. Comme on aime les voleurs et les assassins, les pédophiles et les criminels en col blanc. Repentis. Au nom de la miséricorde, tout le monde est prêt à lui donner une seconde chance.

Mais personne n'est dupe. Qui ira-t-on admirer sur la scène de la Comédie ? La trilogie de Sophocle, mise en scène par Wajdi Mouawad, ou Bertrand Cantat, le chanteur devenu assassin ? Pourquoi a-t-il besoin des hourras de la foule ? Veut-il être admiré, applaudi, lapidé ? Exécuté en public ?

Le théâtre, parfois, ressemble à la tragédie grecque. Il faut du sang et des larmes pour produire cette terreur sacrée qui trouvait son issue, chez Sophocle ou Euripide, dans la catharsis finale.

20:05 Publié dans all that jazz | Lien permanent | Commentaires (83) | Tags : bertrand cantat, noir désir, comédie, genève | | |  Facebook

04/05/2011

Souvenirs du Salon (2)

IMG_0445.JPGLes Salons du Livre, croyez-moi, c'est la barbe. Bruxelles, Paris, Genève : le topo est toujours le même. A moitié dissimulés derrière une pile de livres, les auteurs font l'article, comme les dames dans les vitrines, mais avec sans doute moins de succès. Chacun essaie de vendre ses charmes. Sourires. Paroles amènes. Regards accrocheurs. Parfois, ça marche. Le plus souvent, on en est quitte pour un long soliloque, au terme duquel le chaland (et bien plus souvent la chalande) repose le livre qu'il tient dans les mains (le vôtre, donc) et s'en va avec une moue dédaigneuse. Pendant ce temps, votre voisin de table, qui, lui, a signé quelques livres, vous regarde du coin de l'oeil en ricanant...

Mais faut-il rencontrer, à tout prix, les écrivains dont on aime les livres ? À part quelques fétichistes (dont je suis) toujours avides d'exemplaires dédicacés, qui peut bien s'intéresser aux auteurs ? La lecture n'est-elle pas ce plaisir solitaire, parfois même clandestin, qui exige du lecteur à la fois le silence, le secret et la solitude ?

Heureusement, il y a les rencontres. C'est la seule et la meilleure raison de fréquenter les Salons du livre. Les rencontres obligées, qu'on appelle pompeusement « signatures » ou « dédicaces ». Et les rencontres imprévues. Comme, par exemple, celle de Stéphanie Pahud (photo 1), maître-assistante à l'UNIL et auteure/autrice d'un épatant Petit traité de désobéissance féministe* (voir un article du Temps, ici), qui signe, en toute quiétude, de sa plus belle plume, un exemplaire de son livre. Dans la seconde partie de son Petit traité, Stéphanie Pahud interroge une trentaine de personnalités romandes sur leur vision du féminisme. Réponses passionnantes, qui n'échappent pas à la doxa dominante (tout le monde ici, ou presque — même Michel Zendali ! —, est féministe!). Mais qui trace un portrait assez juste et nuancé de l'époque. Dans la première partie, Stéphanie Pahud analyse avec finesse et (im)pertinence les clichés qui entourent le féminisme aujourd'hui. Images à l'appui. Un livre à lire et à faire lire.

Autre rencontre, au Salon africain, celle de Gorgui Wade NDOYE, journaliste et animateur du site continentpremier.com. IMG_0447.JPGJe me réjouissais et appréhendais au peu les débats prévus autour de L'Amour nègre. Vous imaginez pourquoi. Mais quand on aime la provocation (et le titre du livre est provocateur), il faut assumer, n'est-ce pas ? J'attendais ce moment depuis longtemps : parler du roman avec les premiers intéressés, lecteurs du continent premier, précisément : les Africains. La rencontre — et les débats (plus de deux heures !) — ont été passionnants, drôles, émouvants. En un mot : très enrichissants. Les questions ont fusé. J'ai essayé d'y répondre le mieux possible. Les débats étaient animés par Gorgui Wade Ndoye, blogueur émérite de la TdG et de 24Heures (voici son blog), journaliste et animateur du site Continent Premier. Un grand moment de partage et de dialogue. Merci Gorgui !

* Stéphanie Pahud, Petit traité de désobéissance féministe, éditions Arttesia, 2011.

03/05/2011

Requiem pour Ben Laden

images-2.jpegAinsi donc il repose, par mille mètres de fond, dans la Mer d'Oman, dévoré par les congres et les murènes.

Comme les passagers des avions qu'il a fait exploser, un peu partout, dans le monde, depuis vingt ans, sans leur réserver d'autre sépulture que la mer immense.

Honnêtement, qui s'en soucie ? Qu'un homme soit exécuté, assassiné, voire même torturé, puis livré en pâture aux requins, quand cet homme a lui-même organisé la mort de milliers d'innocents ? À part quelques nostalgiques de la guerre terroriste, une poignée de pusillanimes de gauche et de droite, effarouchés qu'on viole ainsi le sacro-saint « droit international », personne ne regrettera Ben Laden, triste pitre barbu, idéologue à la petite semaine, philosophe pour classes élémentaires. Quel autre message que celui de la violence — parfaitement aveugle – a-t-il porté au jour ? Quelle vision messianique ? Quel projet d'avenir ?

Il repose, par mille mètres de fond, mangé par les requins, et bientôt on l'aura oublié. Seul restera le souvenir, indélébile, du sang qu'il aura fait verser.

Dessin de Patrick Chappatte, paru dans Le Temps du mardi 3 mai 2011.


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30/04/2011

Dans la jungle des livres

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Il n’y a pas si longtemps, dans l’autre siècle, c’est là que j’allais jouer au football et marauder des pommes !

Aujourd’hui, la campagne Sarasin abrite les halles immenses de Palexpo. C’est là qu’ouvre ses portes le 25e Salon du Livre. Un quart de siècle, c’est un bail, pour une manifestation qui a grandi et grossi avec les années. Et qui accueille, bon an mal, depuis sa première édition en 1986, plus de 100'000 visiteurs.

Certes, le Salon du Livre de Genève n’est pas le premier, ni le plus important. Devant lui, il y a la Foire de Francfort, réservée aux « professionnels », celle de Bruxelles, exclusivement dédiée à l’édition, et le Salon du Livre de Paris, aujourd’hui Porte de Versailles, qui donne le vertige avec ses innombrables « animations », « débats » et autres « rencontres » avec près de 2000 auteurs en dédicace !

Mais le Salon de Genève, s’il n’est pas le plus grand, a son charme particulier. D’abord, c’est aussi le Salon de la Presse. Et l’occasion, pour les journaux comme pour leurs lecteurs, de faire plus ample connaissance. Dans un monde de plus en plus virtuel, où l’information passe d’un écran à l’autre à la vitesse de la lumière, où l’homme n’est bientôt plus qu’un avatar, il n’est pas inutile de rencontrer réellement ses lecteurs. Ni, inversement, tel ou tel journaliste, ne serait-ce que pour le féliciter, ou bien lui frotter les oreilles…

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21/04/2011

Je n'ai rien oublié

images.jpegQue serait le cinéma sans la littérature ? Rien, sans doute. Puisque les plus grands cinéastes ont adapté, transformé, pillé les grandes œuvres littéraires. Parfois le résultat est pitoyable (Tous les soleils, roman de Philippe Claudel adapté et réalisé au cinéma par l'auteur) ; parfois, au contraire, remarquable, comme si le cinéma donnait un second souffle au livre qui l'a inspiré.

Dernier exemple en date : Je n'ai rien oublié*. C'était déjà un très bon roman de Martin Suter, notre storyteller suisse à succès. C'est désormais un très bon film, tout en clair-obscur, en recoins secrets, en regards croisés. Un film à mots couverts. Très bien réalisé d'abord, par Bruno Chiche, sans effet inutile, sans image de synthèse (c'est reposant), sans tape-à-l'œil, dans le respect éclairant et éclairé du roman de Suter (qui a participié au scénario). Magnifiquement interprété, ensuite, par un quatuor d'acteurs au mieux de leur forme. Françoise Fabian, en douairière hautaine, manipulatrice, mystérieuse, trouve ici l'un de ses meilleurs rôles. Niels Arestrup, un cran en-dessous de son rôle de caïd corse dans Un prophète, est parfait aussi en alcoolique fuyant la réalité de ses souvenirs. La longiligne Alexandra Maria Lara, actrice d'origine roumaine, qu'on a déjà découverte dans La Chute d'Oliver Hirschbiegel et dans Eden à l'Ouest de Costa-Gavras, est époustouflante de vérité et d'émotion. images-1.jpegQuant à Gérard Depardieu, qui a trouvé désormais sa carrure naturelle, qui est celle d'un colosse aux pieds d'argile, il est tout simplement prodigieux, léger (mais oui!), fragile, malicieux, candide. Depuis la mort de son fils Guillaume, le géant français enchaîne les films comme on se jette à l'eau, comme s'il jouait à chaque fois sa vie en revêtant la peau d'un autre. Il y a là un mystère (ou peut-être aucun mystère) dont seul le cinéma peut nous donner la clé…

Oui, c'est un bel hommage à la littérature — c'est-à-dire à la mémoire, à la ruse, aux manigances du langage — que nous propose Bruno Chiche, dans Je n'ai rien oublié, qui nous montre, en passant, qu'il n'y a pas de bon film sans bon scénario (c'est-à-dire sans bonne littérature) !

*Dans les salles de Suisse romande actuellement.

 

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15/04/2011

Misère de l'Université

baudelaire_par_courbet.1302456231.jpgGeorges Blin, précurseur de la « Nouvelle critique », a enseigné à Bâle, puis à la Sorbonne, puis au Collège de France. C'est dire son aura, et sa carrière remarquable. Il a écrit plusieurs livres essentiels, dont un Baudelaire, qui fait autorité, mais qui était devenu introuvable. Grâce aux bons soins de Robert Kopp, un autre Bâlois, ce monument de la critique baudelairienne reparaît, enrichi des résumés de ses cours en Sorbonne.

Autre temps, autres ambitions !

Pour le plaisir, je cite ici les propos de Robert Kopp, qui mesure l'écart intellectuel entre l'époque où Blin était un des fleurons de l'Université de Bâle, et aujourd'hui, où les études littéraires ont été bannies de cette même Université…

« Blin est resté à Bâle jusqu’en 1959, année de son entrée à la Sorbonne. Les études romantiques ont continué à illustrer la chaire de Bâle jusqu’à sa suppression. La republication du Baudelaire est aussi un hommage rendu à l’histoire de cette institution, saccagée désormais par des gestionnaires ignorants qui veulent tout noyer dans d’insipides « Cultural Studies » et oublient qu’une Faculté des Lettres vit d’abord grâce à des personnalités de premier plan et non pas grâce à des prétendus centres d’excellence ou des laboratoires. On confond tout en transposant dans le domaine des sciences humaines les schémas valables en sciences exactes. Georges Blin n’est pas un grand scientifique, mais un grand penseur et un grand écrivain. »

Georges Blin, Baudelaire, suivi de Résumés de cours au Collège de France 1965-1977, Gallimard, coll. « Cahiers de la NRF », 258 pages, 26 €

17:55 Publié dans all that jazz | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : lettres, université, georges blin, baudelaire | | |  Facebook

08/04/2011

Chessex, encore

images.jpegJe viens de recevoir, par la poste, le dernier livre de Jacques Chessex, L'Interrogatoire*. Avec, sur la page de garde, une dédicace écrite au Pentel noir, d'une graphie souple et belle. En amitié. Jacques C.

Impossible ! me direz-vous. Chessex est mort le 9 octobre 2009, à Yverdon, après avoir été pris à partie, publiquement, par un médecin vaudois, qui a courageusement pris la fuite. Et qui, à l'heure actuelle, ne doit pas être très fier de lui.

Mort, Chessex?

Oui et non. Les écrivains ne meurent jamais tout à fait. Jamais complètement. La preuve? Sort de presse, ces jours-ci, le dernier livre de Chessex, issu des notes que l'écrivain avait rassemblées dans les semaines précédant le drame d'Yverdon. L'Interrogatoire.

Ce n'est pas un roman, ni un essai, ni un conte philosophique. Mais une longue confession, à la manière de Rousseau, que JC admirait comme un maître. Chessex est mis à la question. Remis en question(s). Interrogé par une voix anonyme qu'on suppose venir de très haut. Et qui le connaît bien. Une voix qui gratte, qui rôde, qui fouine dans la vie du grand écrivain. Une voix qui ne s'en laisse pas conter. Opiniâtre, forte, impitoyable. Et Chessex se livre entièrement à cette confession. Non pour alléger sa conscience. Mais pour creuser encore cette conscience de soi, cette présence au monde et à autrui qu'il a essayé de fouiller dans tous ses livres, même les moins autobiographiques.

Examen de conscience, diront les protestants, qui s'y connaissent pour sonder leurs abîmes ou tourmenter leur âme.

Besoin de lumière. Exigence de clarté. Sur sa vie. Ses amours. Ses amitiés. Ses admirations. Ses livres.

Un livre qui se lit d'une traite. Parce qu'il vous est adressé. A vous. A moi.

Par-delà la mort et les péripéties de l'existence.

Un écrivain ne meurt jamais tout à fait. Sa voix s'entend encore longtemps après que son visage nous a quitté.

* Jacques Chessex, L'Interrogatoire, Grasset, 2011.

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01/04/2011

Bravo Djemâa !

DSC00625.JPGToutes mes félicitations à Djemâa, qui vient de recevoir le Prix  « Femme exilée, femme engagée. » !

Née en Tunisie, fonctionnaire et écrivaine, Djemâa Chraiti quitte son pays après la condamnation à mort de son père, ancien syndicaliste. En Suisse, elle assume notamment des responsabilités au sein d’Amnesty International auprès de l’ONU. Elle est également l’auteure de plusieurs romans, dont un sur les clandestins, et a créé plusieurs blogs.

J'ai eu la chance de la rencontrer au Salon du Livre de Paris, il y a deux semaines.

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30/03/2011

Pourquoi nous sommes médiocres !

images.jpegPrenez le train, l'avion, le paquebot! N'ésitez pas à passer les frontières ! Quittez votre fauteuil cossu pour aller respirer l'air du dehors, ailleurs, loin de vos Alpes…

Où que vous soyez, en France ou en Océanie, à New York ou à Tombouctou, on vous posera toujours la même question (on me l'a posée 300 fois depuis novembre) : y a-t-il de bons écrivains en Suisse ? Et si oui, lesquels ?

Au début, la question étonne et interpelle. Puis elle consterne.

— Bien sûr ! dites-vous, l'air offusqué. Et vous commencez à énumérez les Saintes Ecritures : Ramuz (le Z ne se prononce pas), Haldas (le S se prononce), Chessex (le X ne se prononce pas), Bouvier, Chappaz (le Z ne se prononce pas), Corinna Bille, Monique Laederach, etc. Et vous continuez avec les écrivains vivants : Sprenger, de Roulet, Layaz, Bagnoud, Albanese, Kramer, Béguin, Bimpage, Comment, Safonoff, Moeri, etc.

Au bout d'une heure, votre interlocuteur marque une pointe de lassitude. Il vous coupe la parole.

— Mais alors, ricane-t-il, pourquoi ne sont-ils pas connus ?

Bonne question. À laquelle, bon prince, vous prenez la peine de répondre.

— Si nous sommes si médiocres, si nous n'existons pas à l'étranger, c'est essentiellement pour deux raisons.images-1.jpeg

1) Malgré tous les efforts des éditeurs, qui sont modestes, les livres d'auteurs suisses sont mal distribués en France. Voire, le plus souvent, pas distribués du tout. Faute de moyens financiers, d'abord. Faute aussi d'aide confédérale ciblée. Pro Helvetia, qui devrait favoriser la diffusion de la littérature suisse à l'étranger, fait très mal son travail. Sur ce plan, c'est un échec complet. Tous les auteurs vos le diront. Les éditeurs itou. Pas de diffusion, pas de ventes, ni de lecture.

2) Si la litttérature de ce pays est si mal connue hors des frontières, c'est aussi qu'elle est très mal défendue. Par certains journalistes locaux, d'abord, qui l'ignorent ou la boudent, victimes du préjugé selon lequel cette littérature ne peut être qu'ennuyeuse et vaine. Mal défendue, ensuite, par celles et ceux qui, à Pro Helvetia ou dans les journaux de « référence », devraient la soutenir et qui ne font rien, par incompétence ou par paresse. Allez faire un tour, par exemple, au Centre Culturel suisse de Paris et vous serez consterné : hormis les livres d'architecture et de design, il n'y a pratiquement aucun livre suisse à la bibliothèque du CCs ! Impossible de faire connaître une littérature sans passerelles ou passeurs d'exception, tels que furent, en leur temps, Bertil Galland et Vladimir Dimitrijevic. Et ces passeurs, aujourd'hui, n'existent plus. Un gang de fonctionnaires, peu versés en littérature et particulièrement inefficaces ou méprisants, les a remplacés.

Que faire alors ? Multiplier les passerelles. Ouvrir des brèches (comme les blogs, par exemple). Briser cette conjuration étrange du silence et de l'incompétence. Le complot triste des éteignoirs. Lire et faire lire les ouvrages qu'on aime.

Voyager. Traverser les frontières.

Toujours un livre à la main.

 

 

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27/03/2011

L'Amour nègre au Palais Mascotte!

affiche_v3_-_moyenne.jpgNe manquez pas cette nouvelle soirée autour de L'Amour nègre

mardi 29 mars à 21 heures

au ZAZOU-CLUB du mythique Palais Mascotte

43 rue de Berne - 1201 Genève. Réservations : 022 741 33 33

Mise en voix par l'auteur.

Aux consoles, platines et mix : Sarah Olivier.
Pour plus de renseignements
: http://les-soirees-de-la-rime.com/

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21/03/2011

Souvenirs du Salon

images-2.jpegLes Salons du Livre, croyez-moi, c'est la barbe. Bruxelles, Paris, Genève : le topo est toujours le même. A moitié dissimulés derrière une pile de livres, les auteurs font l'article, comme les dames dans les vitrines, mais avec sans doute moins de succès. Chacun essaie de vendre ses charmes. Sourires. Paroles amènes. Regards accrocheurs. Parfois, ça marche. Le plus souvent, on en est quitte pour un long soliloque, au terme duquel le chaland (et bien plus souvent la chalande) repose le livre qu'il tient dans les mains (le vôtre, donc) et s'en va avec une moue dédaigneuse. Pendant ce temps, votre voisin de table, qui, lui, a signé quelques livres, vous regarde du coin de l'oeil en ricanant...

Mais faut-il rencontrer, à tout prix, les écrivains dont on aime les livres ? À part quelques fétichistes (dont je suis) toujours avides d'exemplaires dédicacés, qui peut bien s'intéresser aux auteurs ? La lecture n'est-elle pas ce plaisir solitaire, parfois même clandestin, qui exige du lecteur à la fois le silence, le secret et la solitude ?

Heureusement, dans les Salons, il y a les rencontres. C'est la seule et la meilleure raison de fréquenter les Salons du livre. A Paris, où j'étais vendredi et samedi, un parmi les 2000 (!) auteurs invités, j'ai eu la chance et le bonheur de retrouver mon ami Dany Laferrière (qui a adoré L'Amour nègre). Il revenait de Genève, où il avait été invité par la Maison de la Littérature avec d'autres écrivains haïtiens. images-3.jpegIl avait même été le rédacteur en chef d'un jour du supplément culturel du journal Le Temps, placé sous la direction d'Arnaud Robert, excellent journaliste. Dany était sur le stand canadien (vivant à Montréal, il a le passeport canadien) — de loin le stand le plus animé et le plus chaleureux du Salon. Nous avons beaucoup ri, échangé quelques livres, passé un moment épatant.

De retour au stand suisse, morne et silencieux comme Délémont après 10 heures du soir, une autre rencontre : Djémâa, collègue blogueuse de la Tribune. Je l'avais croisée une ou deux fois sans avoir le temps de parler avec elle. 935769500.JPGElle a posé sa valise contre la table. Elle a pris quelques photos, puis s'est assise à côté de moi, profitant de l'absence de mon rival écrivain (qui va à la chasse perd sa place!), et nous avons bavardé longuement et passionnément. Elle me fait l'honneur de son blog ce matin (voir ici). C'était la seconde bonne surprise du Salon.

Comme quoi, il ne faut jamais désespérer. Par définition, les surprises, bonnes ou mauvaises, ne s'annoncent pas.

Elles étaient au rendez-vous du Salon de Paris — qui ressemble comme un frère à celui de Genève, en cinq fois plus grand. Grâce à Dany et à Djémâa,

 

 

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16/03/2011

La vie est une combat

images.jpegLa vie est un combat. Le cinéma américain ne cesse de nous le rappeler. Le plus souvent, la boxe est la métaphore de ce combat. Cela donne Rocky (1, 2, 3…), Hurricane, et surtout Raging Bull, le chef-d'œuvre de Scorsese. Difficile à surpasser. Alors, en allant voir The Fighter, le dernier film de David O. Russel, je m'attendais à suivre l'itinéraire somme toute assez banal du boxeur d'origine pauvre qui parvient, grâce à son sport et sa ténacité, à sortir de sa condition et à être reconnu pour son talent. Sa pugnacité.

En bien, The Fighter parle de tout autre chose, au fond. Bien sûr, c'est aussi l'histoire édifiante d'un boxeur qui, après avoir connu moultes humiliations, parvient enfin à réaliser son rêve : devenir professionnel et, pourquoi pas, champion du monde. La boxe est bien le prétexte et l'arrière-plan du film. Mais The Fighter est d'abord un film extraordinaire sur une famille recomposée qui vit le rêve américain comme une névrose. Pour réaliser son rêve, Micky (émouvant Mark Wahlberg) doit d'abord affronter son frère, ex-boxeur devenu addict au crack (extraordinaire Christian Bale, Oscar du meilleur second rôle), puis affronter sa mère (terrible Melissa Leo), mégère peroxydée qui règne sur sa tribu comme une mante religieuse. Sans parler de ses innombrables sœurs, infernal gynécée…

images-1.jpegLa vie est un combat, certes. Contre soi-même, contre la société. Contre sa famille, d'abord. Il faut tuer son frère, dont l'ombre envahissante menace à chaque instant de vous engloutir. Il faut s'arracher aux griffes de sa mère qui préférera toujours son frère junkie parce qu'ainsi, shooté à mort, il n'échappe pas à sa toute-puissance castratrice . Oui, The Fighter est un film œdipien. Pour advenir à soi-même, il faut d'abord tuer les autres. Ceux qui sont le plus proches. Dans le film, Micky y parvient grâce à Charlene (délicieuse Amy Adams) qui l'aide à rompre les amarres.

La boxe est l'archétype du rêve américain. Mais c'est aussi la métaphore de l'écriture, de la peinture, de la musique. Pour écrire, il faut tuer beaucoup de monde. Il faut se battre contre soi-même, contre sa famille, contre la société. Kafka l'a très bien dit : « La société ne veut pas que j'écrive. Mais moi je le dois. » Il faut une discipline spartiate (pourquoi écrire quand on pourrait aller se promener, je vous le demande ?). Des arrangements familiaux (comment écrire quand les enfants jouent dans l'appartement ?!). Une résistance farouche à la pensée dominante (pourquoi écrire, ou peindre, ou faire de la musique, quand il y a des choses tellement plus importantes à faire ?).

Courage, les amis ! The Fighter montre que le rêve est possible. Il suffit de se battre…

10:05 Publié dans all that jazz | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : the fighter, cinéma, mark wahlberg, christian dale | | |  Facebook

08/03/2011

Mille merci !

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S’il y a une chose que j’ai apprise*, depuis le 16 novembre, date à laquelle L'Amour nègre a reçu le Prix Interallié, c’est bien à dire merci.

Merci dans toutes les langues et à beaucoup de monde.

Dans la langue de ma mère, l’italien, merci se dit grazie. Grâce à vous, grâce à toi. Grâce aux autres. Et d’habitude il y en a toujours mille. Mille grâces. Grazie mille. En Italie, on ne mesure jamais sa gratitude. Elle est infinie, comme tous ceux à qui l’on doit rendre grâce.

En anglais, merci se dit thank you. C’est-à-dire grâce à toi, grâce à vous. Grâces vous soient rendues. On peut noter qu’il signifie à la fois merci et s’il vous plaît, lorsqu’il est employé seul en réponse à une question. Il exprime une acceptation et non pas un refus poli, comme c’est le cas en français.

En norvégien, il se dit tak et signifie le toit de la maison. « Tu es le bienvenu sous mon toit. »

En néerlandais, il se dit tank. Un mot qui signifie aussi l’aiguière, le réservoir, la citerne, le char. Le tank. Mais aussi, curieusement, la jambe.

En russe, il se dit spassibo et signifie Dieu sauve.

En portugais, il se dit obrigado. C’est-à-dire : je suis votre obligé. J’ai contracté une dette à votre égard. Je vous suis redevable pour ce que vous avez dit ou fait.

Et en français, dans la langue de mon père, on dit simplement merci. Ce qui n’est jamais simple. Merci est un mot qui vient de loin. En latin, mercedem signifiait le salaire, puis la récompense. Enfin, la faveur que l’on fait à quelqu’un en épargnant sa vie. Quelqu’un qui est à votre merci. Il a donné merci, qui est le témoignage de cette faveur, qui est une grâce. Une miséricorde. Une pitié.

J’ai donc appris à dire merci. Grâce à vous.

« Il faut supprimer les douanes, mais conserver les frontières » disait un cinéaste de mon pays qui a inventé la Nouvelle Vague.

En m’honorant du Prix Interallié, vous avez fait sauter une frontière. Invisible et secrète, mais souvent désarmante. Vous avez abattu quelques murs. Vous avez ouvert une brèche qui, je l’espère, restera encore longtemps ouverte.

* Petit discours improvisé à l'Ambassade de Suisse, à Paris, le mercredi 2 mars, pour fêter, encore une fois, le Prix Interallié attribué à L'Amour nègre.

09:55 Publié dans all that jazz | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : prix interallié, merci, ambassade de suisse | | |  Facebook

18/02/2011

L’idole aux trois visages*

images.jpegNe riez pas : je suis le dernier spécimen d’une génération sacrifiée. Oui, parfaitement. Sur l’autel d’une déesse implacable dont j’ai subi, de plein fouet, le triomphe éclatant, puis le déclin inexorable. L’idole à laquelle j’ai sacrifié ma jeunesse — comme beaucoup d’autres de ma génération (comme on ne choisit pas son nom, on ne choisit pas son époque non plus) — a trois visages : marxisme, psychanalyse et féminisme.
Le marxisme, d’abord. La dialectique entre les dominants et les dominés, la lutte des classes, le rêve d’un avenir radieux qui serait comme le paradis terrestre retrouvé. La psychanalyse, ensuite : la dialectique entre le conscient et l’inconscient, la force de retour du refoulé, le rêve d’une harmonie entre le monde et moi. Le féminisme, enfin : la dialectique entre l’homme (dominant) et la femme (dominée), la lutte implacable de sexes, le rêve d’une égalité qui passerait par un renversement des rôles et des valeurs.
Déboulonnée, comme les statues de Saddam Hussein ou de Moubarak, l’idole aux trois visages exhibe aujourd’hui ses ruines encore fumantes. Celui (ou celle) qui se réclamerait du marxisme passerait au mieux pour un naïf ; au pire pour un dangereux criminel. Comment peut-on parler de lutte des classes à une époque où l’ambition la plus élevée est de posséder une Rolex à trente ans ? Où les fameuses « classes sociales » chères à Marx, si distinctes et antagonistes à son époque, ne tendent plus à former aujourd’hui qu’une tribu indifférenciée de bobos ? Où la seule chose qu’on attend avec impatience n’est pas la révolution, mais le tout dernier modèle de smartphone ? Et l’avenir radieux ? No future ! Nous vivons un présent éternel dont les seuls diktats sont : consommer davantage, faire la fête à tout prix et rester éternellement jeune…
Divisée par les conflits entre disciples plus ou moins reconnus du Maître, la psychanalyse, dans le meilleur des cas, s’est recyclée en thérapie alternative, développement intérieur. Rêves new age. Que reste-t-il de l’inconscient à une époque où les neurosciences, qui ont si bien cartographié notre cerveau, n’ont pas décelé la moindre trace de ça ou de surmoi ?
Comme Dieu, l’inconscient était une hypothèse intéressante. Mais s’il n’existe pas ?
Calquée sur le modèle marxiste, la lutte féministe a subi, également, bien des outrages. Dans un pays gouverné par une majorité de femmes (quatre femmes sur sept conseillers fédéraux), peut-on encore parler de sexe dominé ou dominant ?  Si oui, par un renversement complet, le sexe dominé alors n’est plus le même. Bien sûr, l’égalité (salariale, entre autres) n’est pas acquise. Le combat mérite d’être mené. Mais le discours des féministes de la première génération, repris par une Isabelle Alonso, semble aujourd’hui bien désuet. Non seulement passé de mode, mais à côté de la plaque.  Je veux que mon homme fasse la vaisselle ! — OK. Et ensuite ? — Qu’il change les couches de bébé ! — OK. What next ? Qu’il me laisse conduire sa Mercedes le dimanche ! — Pas de problème…
L’avenir du marxisme ? Bouché. Les lendemains de la psychanalyse ? De plus en plus inconscients. Le furur du féminisme ? Derrière nous.
À défaut d’instaurer de nouvelles valeurs, le temps nous a ouvert les yeux. L’idole aux trois visages est tombée de son socle. Des enfants dansent sur les ruines. La musique est légère et entraînante. Et la vie continue…
Est-ce vraiment un mal ?

* texte à paraître en avril prochain dans Petit traité de
désobéissance féministe
, de Stéphanie Pahud (éditions Arttesia)

09:14 Publié dans all that jazz | Lien permanent | Commentaires (12) | Tags : féminisme, marxisme, psychanalyse, post-féminisme | | |  Facebook