14/10/2018

Les Suisses sont géniaux ! (François Garçon)

images-1.jpegVoici un livre qui risque bien de devenir indispensable ! Avec Le Génie des Suisses*, l'écrivain et critique François Garçon déclare encore une fois sa flamme pour la Suisse et les Suisses. Il existait déjà un Dictionnaire amoureux de la Suisse**, que Metin Arditi nous a donné l'année dernière. Mais, en comparaison du livre de Garçon, il est très lacunaire, paresseux et bâclé.

Pour qui s'intéresse à notre petit pays, Le Génie des Suisse est une véritable mine de renseignements (historiques, politiques, sociaux, culturels). Une fois de plus, Garçon décrit par le détail les singularités de ce pays — et une fois de plus il ne tarit pas d'éloges! « J'ai eu à cœur de mettre en valeur des entreprises, des faits historiques, des scientifiques, des événements, des monuments, des paysages, des mythes, des héros ordinaires, des personnages qui m'ont marqué, quelques escrocs aussi, qui témoignenent de la diversité de ce pays, et de ses limites »

Unknown-1.jpegGarçon n'est pas un inconnu (c'est son treizième livre, dont plusieurs ouvrages sur le cinéma) et la Suisse, si j'ose dire, est son cheval de bataille : le sujet qu'il connaît le mieux (il a déjà publié La Suisse, pays le plus heureux du monde et Le modèle suisse***) et qui lui tient le plus à cœur. Et le cœur est présent, ici,  quand l'auteur raconte ses vacances à Genève, chez son grand-père protestant et taiseux, dit son admiration pour Ella Maillard ou Michel Simon, explique son goût pour l'Étivaz — le meilleur fromage du monde —, les Sugus ou les röstis. On a même droit à une recette originale de Birchermuesli (qui doit bien prendre une matinée de préparation) ! Un dictionnaire du cœur, donc, mais aussi de l'humour (des belles pages sur Schneider-Ammann, roi du rire involontaire, et de beaux souvenirs d'enfance sur les boguets), de la distance critique et des partis-pris.

Possédant deux passeports (il est double national suisse et français), Garçon est particulièrement bien placé pour connaître les rouages des deux pays qu'il ne cesse de comparer au niveau politique, social, institutionnel. Et la comparaison n'est pas flatteuse pour la France (juste un chiffre : le PIB français était égal au PIB suisse en 1973 ; aujourd'hui, le PIB suisse est le double du PIB français  !). Unknown-3.jpegAlors que la France est le pays le plus centralisé du monde, rongé par la bureaucratie et se la joue toujours puissance internationale, la Suisse connaît des niveaux de pouvoir échelonnés, fait confiance au mérite et au travail, croit aux vertus de la démocratie directe. Pour Garçon, la France devrait prendre exemple sur ce petit pays discret et sans histoire qui réussit si bien. Hélas, elle ne respecte que les pays qui ont plus de vingt millions d'habitants…

Historien de formation, Garçon nous rafraîchit la mémoire sur des épisodes anciens de notre histoire (les batailles, l'émigration), mais aussi sur les moments récents (la Suisse moderne, la Suisse pendant la guerre, la votation sur l'immigration de masse). Il n'évite jamais les sujets qui fâchent (comme l'islam, l'UDC, la Lega, la question féminine), mais creuse, argumente, approfondit dans un tour d'horizon — une sorte d'état des lieux de la démocratie directe aujourd'hui.

Un chapitre intéressant parle de l'éducation, du « miracle de l'apprentissage dual » que bien des pays nous envient, de la relève et des passerelles qui permettent de réintégrer les Hautes Écoles quand on n'a pas de maturité en poche. Entre l'histoire et les mythes, la frontière est souvent incertaine. Le fameux « Pacte fédéral » de 1291 est-il authentique ou a-t-il été écrit après coup ? images-3.jpegGuillaume Tell a-t-il réellement existé ? Se demande-t-on comment Moïse a fait pour partager les eaux de la Mer Rouge ? Ou Jésus pour changer l'eau en vin ? Comme Cyrulnik ou Levi-Strauss, Garçon pense qu'un mythe est une parole qu'on partage : sa fonction est d'abord symbolique. Peu importe que l'épisode ou le héros en question soit réel. À sa manière, ironique et précise, Garçon éclaire nos mythes fondateurs et en tire des leçons de bonheur.

Par les temps qui courent, cela fait chaud au cœur.

* François Garçon, Le Génie des Suisses, Taillandier, Paris, 2018.

** Metin Arditi, Dictionnaire amoureux de la Suisse, Plon, 2017.

*** François Garçon, La Suisse, pays le plus heureux du monde, Taillandier, 2015.

— François Garçon, Le modèle suisse, Perrin, 2011.

Commentaires

Merci de nous informer de la sortie du dernier livre de François Garçon et de ses éloges sur la Suisse.

Je ne suis pas sûr qu'il sera lu sous les ors de la République, dans des milieux plus empressés à entretenir ces éternels clichés sur le modèle suisse, plutôt que de l'étudier et de s'en inspirer sur les plans institutionnels et économiques.

Je voudrais toutefois corriger une inexactitude s'agissant de la comparaison des PIB respectifs de la France et de la Suisse :

" Et la comparaison n'est pas flatteuse pour la France (juste un chiffre : le PIB français était égal au PIB suisse en 1973 ; aujourd'hui, le PIB suisse est le double du PIB français !). "

Selon les données du FMI pour l'année 2017, le PIB de la France est de 2'583,56 milliards de US$, ce qui la place au 7ème rang mondial, derrière ses éternels rivaux que sont l'Allemagne et le Royaume-Uni.
Selon ce même classement, la Suisse se situe au 20ème rang avec un PIB de 678,58 milliards de US$.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_pays_par_PIB_nominal#cite_note-3

Le PIB global de la France est donc d'environ quatre fois supérieur à celui de la Suisse, pour une population huit fois plus importante (65 millions, respectivement 8,5 millions).

C'est donc lorsqu'il est exprimé par habitant, que le PIB de la Suisse est de deux fois plus élevé que celui de la France.

Laissons Jupiter jubiler avec son PIB et Schneider-Ammann concurrencer Cuche et Barbezat avec ses propos hilarants ...

Bien à vous !

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 15/10/2018

Merci de vos précisions. Garçon parlait bien du PIB par habitant, qui a doublé en Suisse depuis les années 70. J’aurais dû préciser!

Écrit par : Jmo | 15/10/2018

N'empêche, les Français qui parlent en bien de la Suisse m'escagassent autant que ceux qui en disent du mal. Ceux-ci ont au moins une excuse : leur stupidité...
Mais le camp des encenseurs se met souvent le doigt dans l'oeil jusqu'au coude. L'exemple caricatural : Bayrou brandissant le code du travail français et le comparant au suisse. Oui, mais, et les conventions collectives ?
L'autre exemple : les Suisses respectent les piétons sur les passages cloutés, pas les Français. Quelle blague ! Le problème, c'est que les piétons, suisses ou français, ne regardent même plus avant de traverser. Il y a de plus en plus de morts sur les passages cloutés et ce n'est pas un hasard, merci les smartphones...
Les patrons suisses se plaignent de plus en plus de la bureaucratie, comme en France. Les dépenses de l’État se reportent sur les communes, en France comme en Suisse. La classe moyenne, les petit-bourgeois, pour parler comme en 68, se font bouffer en France comme en Suisse par les impôts, les taxes, les amendes,etc, etc...
Oui mais nous on a les initiatives ? Les dirigeants font caca dessus, comme celle du 9 février, celle pour l'expulsion des criminels dangereux et celle pour l'internement à vie des mêmes et bientôt, celle contre les juges étrangers...

Écrit par : Géo | 15/10/2018

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