10/06/2018

Melgar et les Tartuffe

images-1.jpegIl n'est pas sûr que la récente polémique autour du cinéaste Fernand Melgar rende service au cinéma romand, qui a déjà tant de peine à exister. Pour un observateur extérieur au milieu, la « lettre ouverte » adressée à Fernand Melgar (que ses courageux auteurs n'ont même pas pris la peine de lui envoyer!), signée par une poignée de cinéastes connus et une armée de suiveurs inconnus, transpire en effet l'aigreur, la jalousie et surtout la mauvaise foi. Le ton est martial. Il rappelle celui des tribunaux staliniens de la grande époque ou les beaux temps, aux USA, du maccarthysme (the witch hunt, autrement dit : la chasse aux sorcières). Il est aussi pastoral et moral (on est en Suisse romand et plusieurs cinéastes sont des fils de pasteurs) : Unknown-2.jpegon s'arroge le droit de donner des leçons, on condamne, on ostracise : on cloue l'un des siens au pilori public, comme le faisait Georges Oltramare dans les années 1930 dans son journal Le Pilori

Autrement dit, on fait exactement la même chose que l'on reproche à Fernand Melgar (en prenant des photos des dealers de rue, il les aurait « ostracisés ») ! Le tribunal de la bien-pensance, fait de bric et de broc, de vieux soudards oubliés (Francis Reusser) et de jeunes loups aux dents longues, est en réalité une congrégation de Tartuffes : aigreurs, mauvaise foi, hypocrisie sournoise. Pas un mot ne sonne juste dans cette dénonciation de l'« éthique » d'un cinéaste dont les œuvres (qu'on ne cite jamais, et pour cause) plaident pour lui.

À cet égard, les signataires de cette « lettre ouverte » sont tout à fait dans le ton d'une époque qui célèbre les maîtres du double discours, comme Tariq Ramadan, maître incontesté en la matière.

Unknown-1.jpegUn autre aspect, révélateur, de cette triste affaire, est la mise à l'écart du cinéaste par la direction de la HEAD (Haute École d'Art et de Design de Genève) où Melgar devait enseigner à la rentrée. Levée de boucliers. Protestation des étudiants. Le directeur de l'école, Jean-Pierre Greff, ne cherche pas à jouer les médiateurs et laisse triompher la vox populi : Melgar ne viendra pas donner ses cours en automne. La HEAD doit être la seule école au monde où les étudiants choisissent eux-mêmes leurs professeurs…

En lisant le programme de travail que Melgar leur avait concocté, certains étudiants doivent avoir des regrets, tout de même : il voulait étudier l'exploitation des migrants en Espagne et songeait à inviter en classe le photographe Raymond Depardon et l'artiste Sophie Calle. Beau programme !

La tête de Melgar est désormais mise à prix. Et pas par n'importe qui : par ses pairs. La chasse aux sorcières est ouverte. C'est bientôt le Grand Soir. Selon les directives du Parti, l'avenir sera éthique et radieux.

13:15 Publié dans all that jazz | Lien permanent | Commentaires (11) | Tags : fernand melgar, polémique, deal, drogue, lausanne, head, tartuffe | | |  Facebook

Commentaires

Le Grand Soir, c'est un titre de Reusser, non ? Vous l'avez fait exprès ? En tout cas, vous voilà aussi cramé chez nos grands artistes, grands pompeurs de subventions donc de nos impôts...
On espère que cette sale petite mafia en reçoive un peu moins, de nos impôts, maintenant qu'ils se sont bien mis en lumière dans leurs sales petites affaires...

Écrit par : Géo | 10/06/2018

Excellent commentaire! Rien à ajouter.

Écrit par : Daniel | 10/06/2018

Bravo. Je ne partage pas intégralement son coup
de gueule mais je le comprends et le respecte. L'attitude de Ménage à Infrarouge à été pour le moins désagréable mais rien ne justifie une telle levée de boucliers et de mise à l'index. Inquiétant !

Écrit par : Baud | 10/06/2018

Excellente analyse.
Le Tribunal de la bien-pensance a un immense chantier devant lui. La police de la pensée lui fournira le gibier.

Écrit par : Mireille Vallette | 10/06/2018

On ne peut mieux dire!
Quelle veule lâcheté de la part de ces justes autoproclamés.

Écrit par : nEmo | 10/06/2018

Tartuffe est le nouveau nom qui sied à idéologie.

Écrit par : Mère-Grand | 10/06/2018

Toute cette hypocrisie ambiante me fait quand même bien rire:

Cela fait des années que l'UDC et le MCG dénoncent cette situation, mais comme c'était eux on les a traités de tous les noms et rien n'a été fait, car ces partis n'appartiennent pas au "camp du bien" autoproclamé. Voyez, par exemple, tous les ennuis qui ont été faits à M. Eric Stauffer quand il a filmé ce qui se passait aux Pâquis! Une honte!.

Mais cette fois comme c'est M. Melgar (que je remercie au passage pour son action) qui en parle, voilà que tout le monde soudain ouvre les yeux et traite enfin de ce problème grave. On y consacre même une émission INFRAROUGE, ce qui aurait été absolument impensable avec Mr. Stauffer ou un UDC.

En fait on voit ainsi qu'il faut être dans le bon camp pour être écouté, sinon on n'est qu'un sale populiste etc. (ajoutez ici une liste d'insultes en -iste et en -phobe).

Mais même M. Melgar doit désormais faire face au rouleau compresseur de la pensée unique du prétendu "camp du bien", la pensée unique de ces bobos et pseudo-artistes bienpensants qui dans leur délire idéologique d'ultra-gauche caviar pensent être les seuls à avoir droit à la parole. En théorie ils prônent le vivre ensemble, la tolérance, le respect d'autrui, mais en pratique tout cela ne s'applique qu'à ceux qui pensent comme eux. Comme on le voit une fois de plus, dans cas à la manière dont ils traitent M. Melgar, ces "antifascistes" d'opérette sont en fait les pires fascistes.

Il est bon au passage de rappeler la définition du terme "bobo" donnée par professeur de sociologie Michel Clouscard:

"économiquement à droite et idéologiquement à gauche ; le plus souvent, le bobo se prétend du peuple tout en possédant un gros patrimoine et d'importants revenus ; il n'a par conséquent pas la mentalité d'un homme du peuple, qu'il soit prolétaire, artisan ou marginal."

Toute cette hypocrisie des politiques, des médias vendus, des universitaires à la gomme et des artistes bidons est simplement écoeurante. Idéologie mondialiste et mauvaise foi!

BRAVO ET MERCI à M. Melgar

Écrit par : Samantha | 10/06/2018

Il existait autrefois des artistes et des intellectuels à l'indépendance de pensée chez nous. Maintenant ils semblent devenir, et des jeunes de plus, devenus adeptes du "politiquement correct".

Écrit par : Mère-Grand | 11/06/2018

Bonjour,

Les petits chefs et les vieux briscards de l'ultra-gauche romande ont le même comportement de meute que leurs homologues parisiens. Partisans de la liberté d'expression uniquement pour ceux qui pensent comme eux, au premier signe d'une dissidence, ils érigent des bûchers médiatiques et dressent des listes noires pour perpétuer ce qui leur tient lieu de programme : Le Déni de Réel.
Merci de ce billet.

Écrit par : Malentraide | 11/06/2018

Il est encore temps pour le directeur de l'HEAD, Monsieur Jean-Pierre Greff, de démissionner ! Il serait aussi bienveillant que nos politiques ouvre une commission pour évalluer l'acte odieux du responsable de l'HEAD concernant son attitude totalement irresponsable de directeur. Dans votre mémo vous citer que ce serait la seule école qui donne le choix de ses enseignants ! A croire que ce directeur a pris peur en voulant absolumment engager Mr Melgar. Ceci est un abut de pouvoir et une attitude irréponsable de sa part en organisant, ordonnant une lettre de pétition.
Ceci d'autant plus que des réalisateurs tels que Reusser, Bron, etc, l'aient signée. Mais de quoi ont ils eu si peur ? De ne plus recevoirs des subventions de la TSR, Loterie romande, ou autres institutions finançant le cinéma suisse ?
Quelle image cette école de renommée internationale va laisser dans l'opignion professionnel ?
Quand je pense que maintenant les jeunes étudiants vont devoir promulguer une censure qui condamne la liberté d'expression et d'information, qui sera une idéologie propre dans leur futur métier !!!
Monsieur Melgar n'a fait que son devoir de citoyen (seul) et cela démontre bien que dans notre société actuelle bien des démons ressurgissent encore et toujours.

Je souhaite que les médias francophones prennent cette affaire en mains et qu'ils informent le public suisse.
Quant aux médias suisses, j'espère qu'ils suivront de près cette polémique et apporteront un débat sur la place publique.

Écrit par : Jean Michel Kohler | 11/06/2018

Il est encore temps pour le directeur de l'HEAD, Monsieur Jean-Pierre Greff, de démissionner ! Il serait aussi bienveillant que nos politiques ouvre une commission pour évalluer l'acte odieux du responsable de l'HEAD concernant son attitude totalement irresponsable de directeur. Dans votre mémo vous citer que ce serait la seule école qui donne le choix de ses enseignants ! A croire que ce directeur a pris peur en voulant absolumment engager Mr Melgar. Ceci est un abut de pouvoir et une attitude irréponsable de sa part en organisant, ordonnant une lettre de pétition.
Ceci d'autant plus que des réalisateurs tels que Reusser, Bron, etc, l'aient signée. Mais de quoi ont ils eu si peur ? De ne plus recevoirs des subventions de la TSR, Loterie romande, ou autres institutions finançant le cinéma suisse ?
Quelle image cette école de renommée internationale va laisser dans l'opignion professionnel ?
Quand je pense que maintenant les jeunes étudiants vont devoir promulguer une censure qui condamne la liberté d'expression et d'information, qui sera une idéologie propre dans leur futur métier !!!
Monsieur Melgar n'a fait que son devoir de citoyen (seul) et cela démontre bien que dans notre société actuelle bien des démons ressurgissent encore et toujours.

Je souhaite que les médias francophones prennent cette affaire en mains et qu'ils informent le public suisse.
Quant aux médias suisses, j'espère qu'ils suivront de près cette polémique et apporteront un débat sur la place publique.

Écrit par : Jean Michel Kohler | 12/06/2018

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