16/04/2018

Retour vers l'enfance (Amélie Plume)

Unknown-2.jpegIl y a une petite musique d'Amélie Plume comme il y a une musique d'Annie Ernaux ou de Corinna Bille : on reconnaît tout de suite l'auteur au ton vif, au verbe précis, à l'écriture courante (comme disait Duras). Et son dernier livre, Un voile de coton*, n'échappe pas à la règle. On y retrouve la vivacité des aventures de Plumette ou de Marie-Mélina s'en va (tous publiés aux éditions Zoé). Une ode à la liberté et l'écriture.

Autobiographique, comme tous les livres d'Amélie Plume, Le voile de coton comporte deux parties, à la fois distinctes et inséparables. Dans la première, la narratrice-auteure se lance dans une randonnée jurassienne (sa terre natale) tantôt en voiture, tantôt en train ou en car postal. Elle veut revoir les lieux de son enfance. Évidemment, tout a changé. Elle ne retrouve rien (ou presque) de ses premières années d'école, de son village natal, des gens qui ont connu sa famille (Ah ! Mais nous n'étions pas nés ! »). Ses souvenirs sont imprécis, imaginaires. Elle poursuit sa quête, sac au dos, sur des sentiers inconnus, croisent des champignonneurs (ah ! les écumeux au vinaigre de sa mère !), est surprise par l'accueil amical des aubergistes ou des buralistes, tous charmants. Grâce à elle, nous suivons des chemins de traverse et découvrons des villages au nom chantant : Sonceboz, Corgémont, Renan, Sonvillier. C'est une sorte de road-movie aventureux, drôle et surprenant.

Unknown-1.jpegLa seconde partie est plus convenue. L'écrivaine est rentrée chez elle, à Genève, et s'appuyant à la fois sur ses souvenirs et une abondante documentation (photos, lettres), elle entreprend d'écrire l'histoire de son enfance. Son père de plus en plus absent. Sa mère qui trime pour joindre les deux bouts avec ses trois enfants et son ménage à tenir. Très vite, le récit va se centrer sur la figure de la mère, à la fois sainte et sacrifiée. Une mère attentive et protectrice, qui tisse un voile de coton autour de ses enfants, surtout Amélie. Le récit autobiographique se transforme ainsi en hommage à cette femme silencieuse et discrète, aidante, aimante, qui s'accompagne au piano pour chanter des chansons de Jean Villard-Gilles (Les Trois Cloches, le Bonheur). 

Toute la question, pour la petite fille devenue grande, c'est de savoir comment déchirer ce voile de coton qui la protège, à la fois, et l'emprisonne. Une issue possible est le mensonge. Et la jeune ado ne s'en prive pas. De là, sans doute, son goût pour la fable et l'affabulation. Une autre est l'écriture qu'elle commence à tisser dès l'adolescence. Les mots sont une arme pour sortir de l'emprise maternelle, à la fois douce et implacable (d'autant plus implacable qu'elle est douce). C'est la voie royale que va choisir Amélie Plume, qui l'amènera au combat féministe et à l'écriture libre et engagée. À cette petite musique, reconnaissable entre toutes, qui résonne dans chacun de ses livres.

C'est un bonheur de l'entendre à nouveau dans Le Voile de coton.

* Amélie Plume, Le Voile de coton, Zoé, 2018.

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