09/03/2018

Où sont passés les Maîtres (sur la misère universitaire) ?

starobinski,dragonetti,université,genève,études genre,butorÉtudiant en Lettres à Genève à la fin des années 70, j'ai eu la chance unique d'avoir non seulement des professeurs, mais des Maîtres. Je ne citerai ici que Jean Starobinski (dit « Staro «), Jean Rousset, Michel Butor, Georges Steiner et l'immense et regretté Roger Dragonetti (ici avec son fils Philippe, ami, collègue et fantastique musicien). 

Je ne parle ici que des  « stars » du Département de Français. Mais il faudrait citer aussi les excellents Michel Jeanneret, Lucien Dällenbach ou encore  Philippe Renaud (qui s'occupait de la Littérature romande).

On le voit : que du beau monde !

Je ne veux pas tomber dans la rengaine nostalgique, mais je mets quiconque au défi de citer, aujourd'hui, un seul nom de professeur du Département de Français. Bien sûr, ils sont nombreux, et certainement bardés de diplômes internationaux. Et adoubés, sans doute, par la sororité des Études Genre qui occupe désormais le terrain universitaire.  Nombreux, donc, et parfaitement inconnus. Des professeurs sérieux, peut-être même compétents. Mais pas des Maîtres.

28378927_1181513048646132_8410184824736122498_n.jpgQuant à la Littérature romande, qui occupait jusqu'ici un strapontin (car elle ne fait pas partie de la Littérature française!), elle est inexistante. Nulle et non avenue (a-t-elle d'ailleurs jamais existé ?). Personne n'en parle. Peut-être par souci de discrétion ?

Je me souviens des lettres de Staro ou de Drago m'encourageant à suivre ma voie et à oublier le plus possible leur enseignement : écrivez ce que vous devez écrire, ce que personne d'autre que vous ne peut écrire !

Leurs mots, leur voix, résonnent encore dans ma tête chaque fois que je m'installe à ma table de travail. 

Et pas un jour ne passe sans que je les remercie !

10:35 Publié dans all that jazz | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : starobinski, dragonetti, université, genève, études genre, butor | | |  Facebook

Commentaires

N'aurait-il pas un rapport entre le vide que vous décrivez et le statut même des études littéraires? J'ai vécu l'époque où la section classique du Collège Calvin attirait la plupart des élèves doués et voués à remplir les professions et les fonctions les plus prestigieuses de la République.
La section scientifique peinait encore à se faire reconnaître a d'intérêt de d'utilité, la section moderne n'existait même pas. Faites la comparaison avec la situation actuelle.
P.S. Marcel Raymond était le grand maître en littérature française à cette époque-là et Paul Rousset débutait.

Écrit par : Mère-Grand | 10/03/2018

Le monde académique en Suisse romande a été lyophilisé, tout ce qui pouvait créer une émulation en dehors du courant imposé en a été écarté.

Je ne connais pas le milieu académique des Lettres mais il n’est pas difficile d’imaginer qu’il a suivi son cousin des Sciences politiques, une même langue et de mêmes gens. Tout ce qui pouvait être contraire à la doxa en a petit à petit été écarté, la moindre âme intelligente comprenant d’emblée qu’à trop discuter elle se verrait dénier dans le monde concret toute possibilité d’avenir dans la fratrie.

Vous parlez de Maîtres qui offraient la liberté ? Je n’ai pas tous les éléments pour en juger mais permettez-moi d’en douter. Tout ce qui sort des Lettres en Suisse-romande à la même couleur politique, le même discours stéréotypé.

Comment voulez-vous alors qu’ils écrivent ce que personne d’autres ne peut écrire ? Puisqu’ils écrivent la même chose et pensent la même chose, après avoir appris la même chose.

Un exemple concret.

La Constitution de la Suisse est violée (inapplication illicite du vote du 9 février 2014), et je pense que les gens de Lettres sont capables de comprendre l’importance d’une constitution. Combien de voix de ces gens de Lettres avez-vous entendu s’élever ?

Rien, zilch, nada, tipota.

Vous parlez de Maîtres ? Sans doute.

Vous parlez de liberté d’écrire et de penser ? On reste ici largement dans l’illusion, plus proche de la théorie du frayage social que du début d’une vraie capacité libre de penser par soi-même.

Après cela, qui s’étonne de ce monde des Lettres moutonnier que vous décrivez ?

N’est-il pas dans l’ordre des choses qu’après les Maîtres viennent les esclaves ? N’est-il pas dans l’ordre des choses que lorsque des gens ont été bien formatés qu’ils ne s’interrogent même plus lorsqu’un coup d’Etat porte atteinte à leur liberté ?

Écrit par : Piccand Michel | 11/03/2018

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