25/01/2017

Mort de L'Hebdo : colère et mépris

images-3.jpegCe qui arrive aujourd'hui à L'Hebdo (une catastrophe) est arrivé déjà à de nombreux journaux romands. Faute d'argent, le quotidien La Suisse a cessé de paraître en 1994. Le prestigieux Journal de Genève, comme son concurrent Le Nouveau Quotidien (lancé par Jacques Pilet pour torpiller le premier) a disparu en 1998 — pour se muer, tant bien que mal, dans le journal Le Temps. images-5.jpegOn se souvient également de l'hebdomadaire dimanche.ch, disparu lui aussi trop tôt. Tous ces journaux (à l'exception du dernier, propriété du groupe Ringier) appartenaient à des patrons romands (Jean-Claude Nicole pour La Suisse ; la famille Lamunière pour Le Nouveau Quotidien).

images-6.jpegCe qui est différent, aujourd'hui, c'est que tous les journaux et hebdomadaires romands (sauf quelques-uns comme La Liberté ou Le Courrier) sont la propriété de grands groupes zurichois (Tamedia), voire allemands (Ringier appartient à la galaxie Springer). Autrement dit, toute l'information que nous « consommons » chaque jour est tributaire du bon vouloir de quelques décideurs de Zurich ou de Berlin. Cela s'est confirmé lundi avec la mort de L'Hebdo, fleuron de la presse romande, mort décidée depuis le QG Springer à Berlin, et programmée sans doute depuis longtemps. Le prochain sur la liste, semble-t-il, c'est Le Temps, dont les jours sont comptés.

images-7.jpegComment en est-on arrivé là ? Pourquoi la Suisse romande a-t-elle vendu pareillement son âme (car les journaux sont l'âme d'une région) à des groupes de presse situés à mille lieues de ses préoccupations, et obéissant à la seule loi du profit ? La responsabilité des grands patrons de presse romands est ici engagée. Et quand on voit le résultat — un désastre —, il y a de quoi être en colère…

images-8.jpegPourquoi personne, en Suisse romande, région apparemment prospère (sic!), ne s'est-il levé pour reprendre le flambeau ? Pourquoi ce silence et cette indifférence embarrassée ? Comment peut-on supporter cette situation d'extrême dépendance face à Zurich ou à Berlin qui gèrent leurs navires, de loin, au gré de leur caprice ? N'est-ce pas le signe — comme le suggère l'écrivain Daniel de Roulet — d'un mépris profond pour la Suisse romande, qui ne sera jamais que la cinquième roue du char ?

Il est temps, je crois, de se poser ces questions. Et ces questions sont de plus en plus urgentes, si l'on considère les difficultés de la presse aujourd'hui. Car il en va de son avenir. C'est-à-dire du nôtre aussi.

09:15 Publié dans all that jazz | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : hebdo, mort, ringier, presse romande, tamedia, pilet | | |  Facebook

Commentaires

J'admire ces grandes envolées pour regretter l'hebdo mais personne ne donne de solution pour y remédier. Toujours dire manque d'argent cela ne devrait pas exister etc.... n'est pas la solution car si c'est des subventions de l'état il y a risque d'intervention du ou des partis au pouvoir, alors qui veut investir de grosses sommes à perte, la philanthropie en affaire n'existe pas. Mais personne ne semble demander que les lecteurs paient le prix effectif du journal, pourquoi ???

Écrit par : grindesel | 25/01/2017

Bravo pour votre prise de position en faveur de la survie de la presse romande! Quel contraste tout de même avec votre récent commentaire sur FACEBOOK de dimanche dernier : "Pourquoi les média romands sont-ils tombés si bas?"
Je ne suis pas certain non plus que Pascal Décaillet regrette autant que vous la disparition de l'hebdo... Et pourtant, vous avez répercuté le blog vengeur portant sa signature qui accusait la presse romande de vulgarité et de lynchage médiatique parce qu'elle osait dénoncer les excès langagiers et le ridicule du président Donald Trump. N'est-ce pas contradictoire de défendre la liberté de la presse et de se battre pour le maintien de sa diversité, mais quasiment dans le même souffle de la vouer aux gémonies dès qu'elle prend de la hauteur en jugeant sévèrement le président américain ? N'a-t-elle pas quelques bons arguments à faire valoir pour dénoncer cet homme politique parce qu'à ses yeux il n'incarne pas (encore?) la haute idée qu'ils se font de l'exercice du pouvoir en démocratie.

Écrit par : Georges Maeder | 25/01/2017

l’Hebdo ne pouvait plus vivre. Il vivait sous assistance financière depuis plusieurs années. Un chiffre résume la situation 40000 abonnés il y a dix ou quinze ans 10000 à ce jour.

Ce journal n’avait plus que du « succès » dans les salles d’attente ou le lecteur n’avait pas d’autres choix.

Ce détachement est dû principalement à un manque de vision et à des journalistes qui n'ont pas vu (ou qui ont refusé de voir) en face la réalité de la société. Un désintéressement dû à l'entêtement d'un Jacques Pilet qui chapeautait toujours ce journal en nous servant la même soupe depuis sa création en refusant d’accepter les critiques des personnes qui pensaient différemment. (Bonjour la diversité).

L'hebdo a fatigué et ennuyé ses lecteurs avec ses convictions de « bobos bienpensants » et par son manque d’ouverture d’esprit. Ca ressemblait de plus en plus à de la propagande. La baisse des lecteurs en est la preuve.
La solution : Créer un journal à l’opposé de l’Hebdo.

Écrit par : Boccard | 25/01/2017

A un moment donné, il faut trancher entre l'idéal de la diversité de la presse et son envie de n'avoir que des médias favorables à ses propres idées.

Il est reproché à l'Hebdo d'avoir eu une ligne éditoriale trop comme ci et pas assez comme ça.
Certains milieux affichent sans vergogne une Schadenfreude, comme si enfin justice était faite ! Comme si l'Hebdo n'avait été qu'une officine pro-Europe et anti-UDC. Peut-on se prétendre démocrate et espérer ne plus avoir d'adversaire dans les médias ?
Le magazine avait beaucoup de rubriques, dont des chroniques culturelles et des traductions d'interviews parus dans la presse allemande ou italienne.
Les enquêtes sur des phénomènes sociétaux en Suisse romande n'avaient peut-être aucun intérêt ? Ou tout récemment les 8 pages sur la visite du président chinois en Suisse ?
Je n'arrive pas à croire, que ceux qui se réjouissent de la disparition du seul magazine hebdomadaire romand l'aient lu récemment.
Maintenant, on va lire Die Weltwoche dans le texte ? Ou se rabattre sur la presse-magazines française.
Belle perspective...

Écrit par : Calendula | 25/01/2017

@ Georges Maeder. J'apprécie le courage et le style de P. Décaillet, mais ses idées ne sont pas (souvent) les miennes ! Il fustige l'unanimité de la presse romande à propos de Trump — une presse qui réagit de manière allergique et sans aucune distance. Ce que PD déplore, c'est justement le manque de diversité de la presse. Et en cela il a raison. Quant à L'Hebdo, je ne suis pas sûr en effet qu'il regrette sa disparition (mais il faudrait le lui demander). Merci de votre commentaire.

Écrit par : jmo | 26/01/2017

Mr Pillet veut lancer un média internet pour enterrer l'Hebdo encore une fois ! Regarder Tamedia avec sa politique de rentabilité ! Notre confédération doit créer un fond de solidarité pour perdurer l'information romande aussi et empêcher le métier de pigiste qui menace des éditeurs !

Écrit par : Kohler Jean-Michel | 26/01/2017

@ J-M Kohler
Monsieur vous faites erreur : ce n'est pas à "la confédération de créer un fonds de solidarité pour perudrer l'information romande" mais aux romands de s'abonner ou d'acheter les divers titres auxquels ils tiennent ! Combien de ceux qui "pleurent" l'Hebdo comme ils ont "pleuré" La Suisse, le Journal de Genève, etc. y étaient abonnés ? Très peu ! Ce sont les premiers par contre à réclamer à l'Etat d'intervenir ! Cherchez l'erreur...

Écrit par : A. Piller | 27/01/2017

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