12/12/2016

L'ère du soupçon

images-5.jpegUn soupçon pèse aujourd'hui sur la presse. Ce n'est pas tout à fait nouveau. Il y a longtemps que la presse, pour certains, est au service du Pouvoir (ou des pouvoirs). Les pays totalitaires, c'est bien connu, ont une presse à voix unique et dûment muselée. Heureusement, nous ne vivons pas dans un pays totalitaire, nos journaux sont riches et diversifiés, et pourtant, très souvent, nous avons l'impression d'une information orientée à sens unique.

On a longuement disserté sur le fiasco ahurissant de la presse bien-pensante, qui n'a rien vu venir — ni le Brexit, ni l'élection de Donald Trump, ni la désignation de François Fillon à la primaire de la droite française, etc. Aveuglement momentané ? Politique du déni ? Ou recours à la méthode Couet ? Toutes les explications ont été avancées pour expliquer un tel acharnement (presque jubilatoire) dans l'erreur.

« Votre raisonnement est factuellement faux, disait un jour Lénine.

— Oui, mais il est politiquement correct, rétorqua Trotski.

Pourquoi donc les électeurs (et les lecteurs, car chaque lecteur est un électeur) n'ont-ils pas suivi les directives des journalistes, pourtant bien informés et si bien intentionnés ?

images-2.jpegParce que nous sommes entrés, avec Nathalie Sarraute (photo de gauche), dans l'ère du soupçon : pour la plupart des gens, les journaux (la radio, la télévision) ne disent plus la vérité. Ou plutôt : cette vérité n'est plus une, pure, univoque. Le lecteur a compris que cette vérité est partiale et orientée. Toujours dans le sens qui convient. Et il va donc la chercher ailleurs…

Où ? Sur les réseaux sociaux, par exemple, qui diffusent des vérités plus contrastées, diversifiées, souvent contradictoires. Il doit faire le tri entre les vraies et les fausses informations. Il compare les sources. Il juge sur pièces en jetant le soupçon sur ce qu'il lit (ce soupçon s'exprime à l'air libre dans les commentaires!). Aujourd'hui, le lecteur (l'électeur) butine entre les articles (certains très peu recommandables), surfe, papillonne comme un électron libre.

Il n'y a pas si longtemps, chaque journal avait un lectorat relativement stable et identifiable. Mais ces lecteurs se sont dispersés dans la nature. Ils vont faire leur miel dans d'autres ruches, un peu partout. Ils ne sont plus tenus par la pensée unique. Ils votent à rebours du bon sens. Ils expriment leur colère, leur exaspération ou seulement leur incompréhension face aux médias qui ne les voient jamais (ecar, pour eux, ils sont transparents). 

Oui, nous sommes entrés dans l'ère du soupçon.

09:55 Publié dans all that jazz | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : pensée unique, brexit, trump, presse, journaux, télévision, fiasco | | |  Facebook

Commentaires

Autant il y aurait à dire sur certains médias, autant je ne suis pas certain que notre entrée dans l'ère du soupçon soit une si bonne nouvelle que ça.

D'autant que votre mépris à peine voilé pour "la presse bien-pensante" me fait imaginer qu'il y aurait donc, à contrario, une presse.... mal-pensante.

Doit-on vraiment s'en réjouir ?

Écrit par : Vincent | 12/12/2016

@ Vincent. A vrai dire, je n'ai aucun mépris pour la presse bien-pensante. Je remarque seulement qu'elle s'est trompée. Sur toute la ligne. Ce n'est pas une erreur ponctuelle, mais, à mon humble avis, une erreur de « logiciel » : elle n'a pas su lire l'actualité (c'est-à-dire aussi l'histoire). Je ne suis pas pour une presse « mal-pensante », mais une presse diversifiée, qui ose aller contre ses préjugés et ses réticentes. Mais, bien sûr, il faudrait développer tout ça…"

Écrit par : jmo | 12/12/2016

"ni le Brexit, ni l'élection de Donald Trump, ni la désignation de François Fillon"

"'elle s'est trompée. Sur toute la ligne."

Plus ou moins. Sur le Brexit les sondages relayés dans la presse donnaient une différence trop faible pour trancher. On était en plein dans la marge d'erreur. Dans ce sens, la presse et les sondeurs ne se sont pas trompés, il n'avaient juste pas de données assez fiables pour trancher. La remontée de Fillon a bien été annoncée dans la presse généraliste (Le Monde, notamment) lorsqu'elle s'est produite. La presse n'a peut-être pas prévu à l'avance que l'électorat de droite allait évoluer, mais elle en a bien rendu compte en temps réel, ce qui est le maximum qu'on peut attendre. Il n'y a que l'élection de Trump qui a été une surprise, encore que la presse ait correctement prévu la majorité de Clinton dans la population. On ne peut pas dire que ce soit là des prévisions parfaites, mais ce n'était pas de si mauvaises approximations.

Écrit par : Aristobulus Ursiclos | 12/12/2016

La populace n'a pas variée depuis Rome. Toujours la même. Elle préfère le mensonge effronté à la vérité complexe. Rien de nouveau concernant la nature des primates..

Écrit par : Dominique | 12/12/2016

- « Oui, nous sommes entrés dans l'ère du soupçon. »

J'aime beaucoup. Ca me rappelle mes origines paysannes.

Je crois ben qu'il est temps de retourner à la terre.

Écrit par : Chuck Jones | 12/12/2016

Les commentaires sont fermés.