17/03/2015

Feu mon père

images.jpegMon père n’a pas de tombe. Il repose dans une boîte à biscuits sur le bord de la cheminée entre deux channes en cuivre (mes trophées sportifs) qu’Azari a remplies de fleurs séchées. Il a toujours aimé le feu.

Ce qui me reste de lui, ce n’est pas son visage long et maigre, le visage de la fin, celui de la maladie : c’est son rire.

Le rire fou des commencements.

Il ne dit rien, il est penché sur mon berceau. Je ne connais pas le son de sa voix. Peut-être n’a-t-il pas encore les mots pour me parler ?

Mais ce qui reste, ce qui l’entoure comme une aura, c’est un parfum de fumée.

Mon père fumait des Gauloises bleues. Au moins deux paquets de cigarettes par jour. Comme tous les hommes de sa génération, il toraillait beaucoup. Il ne fume pas sur mon berceau (Mégère a dû lui faire les gros yeux), il ne souffle pas sa fumée sur mon visage, mais je sens cette odeur sur ses doigts jaunis de nicotine, sur ses habits, dans son haleine qui m'enivre.

* extrait de Passion noire, roman en chantier.

15:50 Publié dans all that jazz | Lien permanent | Commentaires (2) | | |  Facebook

Commentaires

J'ai perdu mon père lorsque j'avais 9 ans, et j'ai été touché par les quelques lignes que vous publiez là. Et puis, il y a " rire fou des commencements ", expression qui résonne nostalgiquement pour moi avec le titre le plus génial de la littérature française du XX ème siècle : " Promesse de l'aube ". Romain Gary y parle de sa mère, et non de son père. Qui étaient mes parents ? Voici une question que se poseront sans doute mes enfants. Bonne chance pour trouver la réponse !

Écrit par : Aur pheulin | 17/03/2015

La plus élémentaire bienséance aurait dû me préserver de prendre avec mon I-phone une photo de mon père dans son cercueil.
Par la suite, elle apparaissait sporadiquement en fond d'écran et je l'ai "censurée" (et oui, on peut les faire disparaitre momentanément) pour ne pas choquer mes filles.
Mais pour moi, bien qu'il ait un visage un peu cireux, je n'ai jamais vu une telle paix, une telle sérénité dans son expression. Je le trouve beau.
Bon quand je parle d'expression, c'est beaucoup dire puisqu'il ne dit plus rien. Et pourtant... je ne regrette pas de garder cette image qui en accompagne évidemment plein d'autres.

Écrit par : PIerre Jenni | 20/03/2015

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