01/10/2013

La stratégie perverse de Bertrand Cantat

Unknown.jpegLa question est toute simple, mais personne ne l'a posée jusqu'ici. Ce n'est pas : comment survivre à la femme qu'on a aimée (et tuée) ? Mais plutôt : que faire, quand on a été un chanteur à succès et qu'on sort de prison ? Quelle autre vie commencer ?

Ces questions, Bertrand Cantat se les est posées. Il y a même répondu : après la meurtre de Marie Trintignant et ses années de taule, après le suicide de sa femme, il retourne au turbin. Il essaie de reformer son groupe mythique. Mais les autres musiciens ne veulent plus de lui. Alors il trouve d'autres comparses, qui sont d'accord de l'accompagner. Son nouveau groupe s'appelle Détroit — traduction française de Dire Straits (sic). Et, cette semaine, il sort son nouveau disque.

Les réactions des « professionnels » sont édifiantes : certains estiment qu'il ne faut plus parler de Cantat, parce qu'il a tué et trahi ceux qui l'aimaient. On n'a plus le droit d'écouter sa musique. Censure, donc. On ne passera pas son disque.

Les autres se la jouent plus finement : on parle de son disque, mais pas de Cantat. C'est une affaire réglée. Il a payé sa dette à la société. On passera son disque, si les chansons sont bonnes, mais plus un mot sur la tragédie de Vilnius…

Le drame, c'est que les nouvelles chansons de Cantat sont mauvaises (je ne dis pas nulles). images.jpegGrimace des programmateurs. On ne passe que de la bonne musique. Et Cantat n'est pas bon.

Au  final, recensure, donc, mais pour d'autres raisons. Plus avouables…

En d'autres termes, on n'aura peu l'occasion d'écouter ses chansons à la radio (et je ne parle pas de la télévision) ou dans les médias officiels.

N'est-ce pas, finalement, la stratégie subtile de sa maison de disques ?

Transformer le bourreau (de deux femmes) en victime (de la censure des médias) ?

En tout cas, cette stratégie est en train de gagner.

Et le bourreau, subrepticement, reprend les habits de l'artiste maudit qu'il rêvait d'être à ses débuts.

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Commentaires

Dans votre article Cantat mort ou vif, j'avais recommandé et j'étais bien la seule à ce que Cantat se fasse discret, qu'il écrive des chansons avec un pseudonyme.
Je trouvais et je trouve toujours indécent que ce triste personnage monte sur scène. Mais, soit lui, soit les promoteurs de disques pensent le contraire, ainsi que ses fans et beaucoup de personnes sur les blogs, tous des inconditionnels de Cantat.

Et, la sortie de son nouveau disque devait se faire, le jour même consacré à la défense des femmes battues. Une stratégie vicieuse et voulue par les directeurs de la maison de disques et par Cantat lui-même. Quant aux journalistes qui se prêtent à ce jeu malsain, je les méprise.

Si Cantat devait vendre beaucoup de disques, il devrait renoncer à cet argent et donner le tout à ses enfants pour réparer le mal qu'il leur a fait. Personnellement, je doute que Cantat ait des sentiments de compassion et de générosité.

Écrit par : Noëlle Ribordy | 01/10/2013

Comme vous, Mme Isabelle Falconnier, dans l'Hebdo de cette semaine, commente la sortie du dernier (Mais est-ce vraiment le dernier ?) disque du tristement célèbre Bertrand Cantat.

Mais avant d'en venir aux propos de Mme Falconnier, je m'interroge souvent sur le paradoxe qui consiste à dire que Cantat a payé sa dette à la société (Son procès n'a été l'objet, à ma connaissance, d'aucune manipulation ni d'aucune complaisance coupables) et l'empêcher d'exercer son métier - chanteur - le seul qu'il sache exercer avec un certain talent. A mon avis, la conduite qui consiste à déclarer les nouvelles chansons de mauvaises afin d'éviter de les programmer alors qu'on souhaite plus méchamment punir Cantat ne me paraît pas être de la meilleure élégance, mais au contraire d'une redoutable stratégie destructrice. Œil pour œil, dent pour dent.

Et c'est pour cela que la conclusion d'Isabelle Falconnier m'a paru intéressante :"(...)L'artiste Cantat n'est pas dangereux. L'homme oui, sans doute, par négligence, névrose, narcissisme, impuissance, dépression, agressivité mal gérée. Mais une chanson de Cantat ne tuera jamais aucune femme. S'il y a quelque chose à sauver de Cantat, c'est le chanteur."

Je peux imaginer, enfin, que seul le public décidera de la qualité du "nouveau Cantat". Si le public le trouve bon, la radio et la télévision n'y pourront rien. Et s'il est mauvais les média n'auront pas à intervenir...

Écrit par : Michel Sommer | 01/10/2013

Oui, Noëlle, je suis d'accord avec vous. Mais Cantat pose un problème intéressant :que peut faire un artiste après une telle tragédie (dont il est coupable)? Un peintre devrait-il cesser de peindre? Le sulfureux William Burroughs a tué sa femme (par accident, dit-il) et pourtant continué à écrire... Est-ce que Cantat peut faire autre chose que des chansons? Et si la chanson est bonne, peut-on oublier qu'elle est chantée par un assassin?
Oui, Michel, difficile de séparer l'artiste de l'œuvre, surtout si elle est mauvaise! On peut lire Céline en sachant que c'était un salopard (mais pas un assassin). Idem pour tant d'autres personnages peu fréquentables. Et d'ailleurs Verlaine n'a-t-il pas essayé de trucider Rimbaud? Sa poésie reste inimitable. Vaste débat, en somme...

Écrit par : Jmo | 02/10/2013

Les ennemis de Bertrand appartiennent ou sont les amis de la secte des thuriféraires du clan Trintignant. Depuis toujours ils hurlent dans les médias parisiens et croient qu'ainsi ils affaiblirons de retour de Cantat, ils se trompent : il suffit de voire le succès de Dieudonné et ses quenelles.

Quant à moi j'achèterais son album et s'il monte sur scène j'assisterai à ses concerts.

Certains crétins pensent le jeter dans la fosse des chanteurs maudits comme Hubert-Félix Thiéfaine ils se mettent le doigt dans l'oeil jusqu'au coude

Écrit par : Hypolithe | 02/10/2013

Un homme tue une femme, est jugé, condamné. Au terme de sa peine, il cherche à reprendre son emploi. Sauf qu'il n'a pas un emploi commun : il est chanteur d'un groupe de musique. Et pas n'importe lequel. Et manque de pot, il en est le principal auteur-compositeur, probablement l'un des plus doués de sa génération. Re-manque de pot, le gars est très charismatique. Ça fait beaucoup pour un seul homme et ce n'est pas comparable, selon moi, avec un écrivain qui n'a pas besoin de se montrer pour rédiger son œuvre. Cantat est médiatique. Et il n'est pas possible de séparer l'homme de l'artiste.

Pour moi, quelque serait la stratégie de sa maison de disque, elle serait nécessairement sujet de discussion car nous avons toutes et tous une sensibilité différente vis-à-vis de Bertrand Cantat et du drame. Je m'amuse de lire des tas d'articles sur son retour, y compris celui-ci, car aucun ne parle de musique. La maison de disque n'a même pas besoin de faire la promo de l'album, puisque c'est vous qui la faites, M. Olivier, à travers votre article.

Les admirateurs de l'artiste Cantat (dont je fais partie) auraient écouté l'album sans la moindre hésitation et sans la moindre nécessité de promotion. Effectivement, nous n'aurons certainement pas l'occasion d'entendre ses chansons à la radio. Nombre de gens auraient ignoré le retour de Bertrand Canta et ne se serait pas intéressé au disque. L'effet pervers des articles sur son retour sera d'inciter une population a priori indifférente à s'intéresser à l'album.

Allez, dites-nous, M. Olivier, combien avez-vous touché de la part de la maison de disque pour rédiger cet article ?

PS : Je n'ai pas écouté l'album, je n'ai pas lu l'article de l'Hebdo, je ne fais que réagir à votre post. Et ma dernière question est une boutade ! Concernant Noir Désir, c'est Cantat et Denis Barthe qui ont décidé de mettre un terme au groupe suite au départ de Serge Teyssot-Gay, membre fondateur. Trouver un guitariste de talent n'aurait certainement pas été insurmontable pour un groupe de cette envergure.

PS2 : je n'ai pas compris le lien entre Detroit et Dire Straits. A part qu'actuellement, la ville de Detroit "is in dire straits". Le groupe de Mark Knopfler n'a jamais été cité parmi les références de Bertrand Cantat.

@ Noëlle : en 2013, un artiste utilisant un pseudo reste inconnu environ 36 secondes. Voir Goldman qui en a utilisé une bonne demi-douzaine ces dernières années. Cela dit, le disque est celui du groupe Detroit et non celui de Bertrand Cantat. Pour la fin de votre commentaire, je doute que Cantat vous informe s'il fait quelque chose avec l'argent gagné. Votre jugement est pour le moins inadéquat.

Écrit par : Dave | 02/10/2013

Pourquoi traite-t-on avec plus d'empathie un assassin soi-disant talentueux qu'un assassin lambda? Comme si le talent excusait des crimes sordides!

Prenez Cantat, chacun s'accorde à dire qu'il a payé sa dette, après avoir fait quelques années de prison.
Prenez l'assassin d'Adeline, chacun s'accorde à dire qu'il doit rester en prison à vie.

Cantat est dangereux. Il a tué Marie Trintignant et poussé une autre au suicide. Sa femme, selon des conversations téléphoniques, disait: "en sa présence, je n'ose même plus respirer"! Qui sera sa prochaine victime? Cantat, chanteur et ange, je n'y crois pas un instant.

L'assassin d'Adeline,récidiviste notoire, croupit en prison et personne se demande s'il avait un quelconque talent.

Il n'y a pas deux poids deux mesures. Un criminel est responsable de ses actes.

Écrit par : Noëlle Ribordy | 02/10/2013

@Dave: gardez pour vous votre rage impuissante! Bien sûr, je ne suis payé par personne pour tenir ce blog, et à me lire je ne pense pas que quiconque ait envie d'acheter les navets de Cantat, ce monstre chantant. Vous semblez bien connaître Noir Désir, tant mieux pour vous. Le groupe est mort, comme tout ce que touche Cantat. Il pousse encore la chansonnette? Tant mieux pour lui. Même si elle est nulle et nauséabonde.

Écrit par : Jmo | 02/10/2013

"Le groupe est mort, comme tout ce que touche Cantat. Il pousse encore la chansonnette? Tant mieux pour lui. Même si elle est nulle et nauséabonde."

Et vous parlez de rage impuissante... Un connaisseur, je vois.

Plus sérieusement, vous êtes pour la double peine? Pour une "justice" extra-judiciaire?


"Il n'y a pas deux poids deux mesures. Un criminel est responsable de ses actes."

Oui, il y a deux mesures, mais parce qu'il y a deux poids différents. Ainsi fonctionnent les tribunaux qui jugent chaque cas selon les circonstances. Il ya individualisation des peines. Les mesures que vous préconisez, c'est-à-dire la peine automatique, ne sont pas celles qui sont voulue par le législateur. Commencez par respecter vous-même la loi. Ou changez la. Ou appelez à la changer. Mais vous devez savoir dans quel type de régime nous conduisent vos "principes".

Écrit par : Johann | 02/10/2013

@Johann :je ne sais pas où vous me voyez prôner une peine automatique? Je dis simplement que Canata devrait arrêter de chanter. D'abord parce que ses chansons sont mauvaises (les ex de Noir Désir le lui ont dit). Et ensuite, parce que dans son cas, il faut chercher le silence et la discrétion. Les monstres nous fascinent. Mais pour sortir de cette fascination, il faut (peut-être) éviter de monter sur scène...

Écrit par : Jmo | 02/10/2013

@ Noëlle : mais quelle empathie ? Il y a des tas d'assassins qui, ayant payé leur dette, reprennent leur travail, une vie active. Peut-être même y en a-t-il dans votre entourage professionnel. Le problème de Bertrand Cantat, c'est qu'il est chanteur. C'est son métier.

Vous comparez à Fabrice A. mais vous savez pertinemment que cette comparaison n'a absolument pas lieu d'être. Je vous entends déjà : "C'est la même chose, deux femmes sont mortes". Ce sont deux meurtres certes mais qui n'ont rien à voir l'un avec l'autre (meurtre de sang froid/crime passionnel). La société traite ainsi différemment les assassins en fonction des circonstances du crime. ça s'appelle la justice. Je répète ce que j'ai écrit quelques lignes plus haut, mais vous avez peut-être, sans le savoir, un homme/une femme qui a tué dans votre entourage.

@ jmo : j'aurais préféré que vous me répondiez sur le fond plutôt que sur la forme. Je sais bien que vous n'êtes payé par personne, si vous m'aviez lu jusqu'au bout, vous vous seriez aperçu qu'il s'agissait d'une "boutade" (voir le PS).
Alors, avez-vous une proposition de "stratégie" pour que Bertrand Cantat puisse refaire de la musique sans déferlante médiatique ? Avez-vous une idée pour qu'un chanteur que vous appréciez (vu que Noir Désir ne semble pas être votre tasse de thé) puisse pratiquer son talent s'il avait commis l'irréparable ? Moi, non. En cela, la maison de disque n'a fait qu'annoncer la sortie de l'album. Pouvait-elle faire moins que ça ?

Maintenant, pourquoi tant d'articles de la part de la presse non-musicale alors que l'album n'est pas sorti (juste une chanson) ? Ce n'est pas la maison de disque qui cherche à se faire de l'argent, mais bel et bien les médias, vous savez, la retour de la rock star meurtrière, le couple maudit. L'odeur du sang. Je vous "taquine" sur ce point, car la meilleure réponse que l’intelligensia journalistique pouvait donner était l'indifférence. Mais Cantat, c'est beaucoup trop bankable pour éviter la double page...

J'ai écouté le single. J'ai aimé. Mais je me retrouve dans la position expliquée dans cet article :
http://apeupresrien.blogspot.fr/2013/10/limpossible-innocence.html

PS : Vous pourrez quand même m'expliquer le truc pour Dire Straits ?

Écrit par : Dave | 02/10/2013

Parce qu'AVANT, les chansons de "Noir désir" passaient à la radio? Allons, allons... Lesquelles?
Et puis finalement c'est quoi "un artiste maudit"?
Bien à vous

Écrit par : Doug Destroy | 03/10/2013

Rassurez-vous,Dave, dans un mois plus personne ne parlera de l'album de Cantat. Et dans un an, il sera oublié. Il y a tant d'autres artistes qui ont plus de talent que lui...

Écrit par : Jmo | 03/10/2013

Dave,

Il est vrai que la justice donne une peine moindre pour un crime par passion. Qui suis-je pour juger? Mais permettez-moi d'avoir une opinion. Frapper une femme au visage à coup de poing jusqu'à ce qu'elle meure (cela me fait froid dans le dos)mériterait un petit châtiment pour le criminel?

Des assassins dans ma famille, je ne crois pas, mais dans mes romans, oui...0:)!

Écrit par : Noëlle Ribordy | 03/10/2013

C'est une erreur de croire qu'il s'agit ici d'un « crime passionnel ». Cela n'a d'ailleurs pas été retenu par le tribunal de Vilnius. Il s'agit, plus banalement, d'une triste histoire de violence domestique.
A ce propos, si « l'affaire Cantat » vous intéresse, il faut lire l'excellent livre de Stéphane Bouchet et Frédéric Vézard, éditions l'Archipel, 2013.
http://www.ouest-france.fr/ofdernmin_--L-amour-a-mort-un-livre-accablant-pour-Bertrand-Cantat_6346-2206393-fils-tous_filDMA.Htm

Écrit par : jmo | 03/10/2013

Vous persistez à ne pas me répondre sur le fond. J'aimerais bien qu'à la place de Cantat, vous mettiez une chanteur que vous aimez parce que votre vision est biaisée du fait que vous n'appréciez pas son style de musique. Pour vous, il ne devrait plus faire de musique ?

Vous faites l'amalgame entre l'homme et l'artiste. Son talent n'a rien à voir avec ses actes. Le problème est de pouvoir désormais écouter Cantat sans y voir l'ombre de Vilnius, Marie ou Krystina. Car bourreau il est, bourreau il restera. Il n'y a aucune stratégie visant à le faire victimiser. La seule stratégie, c'est d'annoncer la sortie de son album. Et vous avez raison : aujourd'hui personne n'en parle de son album ! On ne parle que de lui, vous le premier !

Je pourrais d'ailleurs vous poser la question : pourquoi écrire un article sur un artiste qui vous indiffère et un homme que vous vomissez ? J'en reviens à une question toujours sans réponse : si l'artiste en question était l'un de vos préféré, auriez-vous écrit le même article ?

Le problème posé par le retour de Bertrand Cantat est un problème de société, qui fait appel autant à l'émotion qu'à la raison. C'est très intéressant et peut-être sans précédent (au niveau musical du moins). Malheureusement, il est regrettable que vous ne preniez pas la hauteur nécessaire pour le traiter.

Écrit par : Dave | 03/10/2013

Noëlle,

Rappelez-moi : Bertrand Cantat a été disculpé ? Non, il a été condamné et a effectué une peine de prison. Le juge qui l'a condamné avait certainement plus d'informations que nous à sa disposition. On ne va pas revenir sur le jugement.

Aujourd'hui, ce qui fait polémique, c'est qu'il refait de la musique et sort un album. Je vous pose la même question qu'à l'auteur de ce blog : comment réagiriez-vous s'il s'agissait d'un artiste que vous appréciez vraiment ?

Écrit par : Dave | 03/10/2013

La réponse est simple. J'aimais beaucoup Dave à ses débuts. Mais j'aurais préféré qu'il s'arrêtât de chanter (j'allais dire : canter!)…

Écrit par : jmo | 03/10/2013

Il est vrai que la déception serait à la hauteur de l'admiration que j'aurai pu avoir pour n'importe quel artiste, Cantat ou un autre.

Donc mes réactions seraient les mêmes.

Bonne journée

Écrit par : Noëlle Ribordy | 03/10/2013

Justement, l'affaire de Vilnius ne m'intéresse pas. Ce qui préoccupe aujourd'hui est de savoir comment un chanteur meurtrier peut continuer à "excercer son métier". Pire, il se pourrait même que ses chansons plaisent à nouveau, puisque l'artiste Cantat est talentueux. Comme je l'ai écris plus haut, les fans de Noir Désir écouteront sans doute les nouvelles compositions mais nous allons considérer cette population comme marginale.

Ce que je trouve totalement aberrant, c'est la multiplication des articles à propos de son retour. Tous les journaux francophones en parlent. Si vous tapez "Cantat" sur le site du Matin, il y a pas moins de 5 articles en moins d'une semaine ! Ce que j'essaye de démontrer, c'est que cette surmédiatisation va amener une population qui n'est pas celle décrite au dessus à écouter l'album, par curiosité ou voyeurisme. Que vous critiquiez Cantat haut et fort n'est pas la question : en écrivant sur le sujet, vous participez à la médiatisation du retour. Et elle n'est en rien orchestrée par la maison de disque puisqu'aucune interview ou passage télé n'est prévu.

Vous auriez préféré que Dave cesse de chanter. Soit. Mais s'il avait tenu à le faire, de quelle manière aurait-il dû s'y prendre ? Comment faire pour que ses détracteurs ne puissent l'accuser d'essayer de passer pour une "victime" ? Auriez-vous écrit le même article sur lui ?

Écrit par : Dave | 03/10/2013

Dave,

Je vais vous apporter de l'eau à votre moulin. et, vous verrez que l'histoire Cantat est un sujet certes médiatisé, mais comme toutes les histoires passées, présentes, lorsqu'il s'agit d'un chanteur en vue.

Prenons Dalida, c'est vrai, elle n'a pas battu à mort un de ses amants, mais ils se sont pour la plupart suicidés.

En 1970, son ancien mari, Lucien Morisse se suicide.
Luigi Tenco, est trouvé mort dans une chambre d'hôtel avec une balle dans la tête.
Richard Chanfray, dit le Comte de St-Germain se suicide en 1983.

Dalida se suicide aussi.

Des milliers d'articles ont été écrits sur elle, sur le mauvais oeil qui la suivait, sur ses transformations physiques et sur tous ses amants qui se suicidaient.

Je crois qu'elle continue à faire un tabac avec ses chansons....Voyez, peut-être que Cantat, malgré le voyeurisme des gens, la médiatisation à outrance, les critiques que j'estime justifiées à son égard, aura le succès que vous lui souhaitez.

Écrit par : Noëlle Ribordy | 03/10/2013

Noëlle,

Je n'étais pas au courant de la vie de Dalida et de ces suicides. Je ne sais pas si on peut y trouver des similitudes, mais vous avez raison, c'est également un personnage médiatique dont la vie privée est parsemée de drames.

Que Cantat ait du succès ou non m'importe peu. Honnêtement, j'écouterai parce que sa voix, ses mots, font partie de mon univers musical depuis mon adolescence et me touchent. J'aimerai ou pas. Mais je ne vais pas me voiler la face, je sais désormais quel homme est derrière l'artiste et je ne sais pas si je parviendrai un jour à l'écouter sans penser à ce qu'il s'est passé. S'il n'avait jamais refait de musique, j'aurais été déçu, mais j'aurais compris. Pas plus tard que cet après-midi, je suis tombé sur une chanson de Noir Désir. Ma pensée première : "C'était bien, c'était avant". Je vous laisse deviner avant quoi...

Cependant, je regrette qu'on lui reproche ici de ressortir un album sans essayer de comprendre qu'un artiste reste animé du même talent quelque soit les actions de l'homme. L'introduction de l'article pose une bonne question (que faire...) mais M. Olivier n'y répond pas. Il juge abruptement et négativement l'artiste et l'album ("chansons mauvaises", "Cantat pas bon") à l'aune des actes de l'homme, de façon à orienter le lecteur vers la conclusion désirée : la victimisation de Bertrand Cantat et sa fameuse stratégie perverse.
1/ seule UNE chanson a été dévoilée et on peut l'apprécier. L'honnêteté intellectuelle aurait été de dire que lui, Jean-Michel Olivier, n'aime pas cette chanson. L'a-t-il seulement écoutée ? De plus, la chanson n'est en rien "calibrée" pour passé à la radio (contrebasse et guitare sèche, chant minimaliste). Tout sauf commercial.
2/ le minimalisme vaut pour la stratégie de la maison de disque. Annonce des dates de sortie du single et de l'album. Pas d'interviews, pas de plateaux télé, pas de promo, rien, nada. Personne n'en veut (à raison), mais tout le monde en parle.
3/ "En tout cas, cette stratégie est en train de gagner". La cerise sur le gâteau. Pour M. Olivier, la victoire de Cantat réside dans le fait que les méchantes radios ne vont pas passer la chanson. Comme doug l'a dit, peu de titres de Noir Désir passaient à la radio : en 15 ans de carrière, j'en vois 4 ou 5 en comptant très large et seul "Le vent nous portera" a eu un réel succès. Alors quelle victimisation ?

J'ai ainsi posté car l'article est un prétexte pour pour une charge violente et largement erronée contre Bertrand Cantat alors que la question initiale se voulait ouverte, certes complexe mais fichtrement intéressante.

Au fait, il devient quoi Roman Polanski ?

Écrit par : Dave | 03/10/2013

"Au fait, il devient quoi Roman Polanski ?"

Est-ce une suggestion pour Cantat de se convertir au judaïsme?

Écrit par : Johann | 04/10/2013

Roman Polanski va bien. Il m'a chargé de vous saluer...
J'ai pris la peine d'écouter la bluette de Cantat. Cela m'a fait penser aux chansons folk de mon adolescence. Les plus mauvaises.. Musique gnangnan. Paroles consternantes. Et cette tête de chien battu...
J'aimais bien ND. Et cette chanson n'est pas digne d'eux. D'ailleurs ils ont viré Cantat...
Cela dit, cette obsession de remonter sur la scène (du crime) doit relever du désir trop humain d'expiation. Sans doute est-ce une manière de payer... Car, même s'il a purgé sa peine, pour la justice des hommes, il n'en finira jamais d'expier. Relisez Dostoievski...

Écrit par : Jmo | 04/10/2013

@Johann: je ne pense pas une seconde que Cantat soit libre!

Écrit par : Jmo | 04/10/2013

Vous n'aimez pas cette chanson, mais vous pourriez aimer la suivante. Allez-vous aller contre votre sensibilité artistique ? Parce qu'aussi "mauvaise" soit-elle, cette chanson semble plaire si je me fie aux réactions lues ici ou là et loin des forums pro-ND. Même si les gens sont partagés, gênés d'apprécier, mal à l'aise...

Concernant les paroles, je pensais justement qu'elles vous "plairaient" tant le désir d'expiation y est manifeste. Sur ce point (l'expiation), je ne peux être que d'accord avec vous. Dommage que vous n’abordiez le sujet qu'au 23e commentaire alors qu'il aurait pu (dû ?) être traiter dans l'article. Vous avez fait du populisme d'un sujet sociologique voir théologique.

Sinon, deux choses :
- pour la 3e fois, ND n'a pas viré Cantat. Teyssot-Gay a essayé mais n'a pas pu retravailler avec Cantat et a choisi de quitter le groupe. C'est tout à son honneur. Barthe et Cantat ont mis un terme à l'aventure dans la foulée puisqu'ils considéraient que le groupe n'avait pas de raison d'être sans Teyssot-Gay. Si, si, rappelez-vous, Barthe parlait également au nom de Cantat et Roy lorsqu'il a annoncé la fin du groupe.
- Détroit/Dire Straits : vous livrez votre secret ? :-)

Écrit par : Dave | 04/10/2013

"@Johann: je ne pense pas une seconde que Cantat soit libre!"

Est-ce que cela vous arrive souvent de répondre à un commentaire que vous avez sucré? Curieux procédé.

Vous pensez ce que vous voulez. C'est son affaire à lui, pas à vous.


"Car, même s'il a purgé sa peine, pour la justice des hommes, il n'en finira jamais d'expier. Relisez Dostoievski..."

Tout le monde n'est pas imbu de christianisme. Pour la justice des hommes, il est libre. Je maintiens. Qu'il puisse remonter sur scène en est la démonstration. Pour le reste, des goûts et des couleurs.

Écrit par : Johann | 05/10/2013

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