31/08/2013

L'air de la guerre

images.jpegRappelez-vous : il y a dix ans, c’était au mois de mars, George W. Bush, président des États-Unis, décidait d’attaquer l’Irak, au prétexte que ce pays développait des armes de destruction massive. Pour convaincre l’opinion, défavorable à cette intervention, le secrétaire d’État Colin Powell avait exhibé quelques fioles mystérieuses devant l’assemblée des représentants l’ONU. Ce tour de passe-passe opéra, du moins en apparence, puisque les va-t’en-guerre Américains furent bientôt rejoints par les fidèles Anglais (Tony Blair fut traité de caniche), les Italiens du beau Silvio Berlusconi, les Espagnols, les Polonais, etc. Seuls les Français, par la voix de Jacques Chirac, refusèrent d’entrer dans la danse, ce qui leur fut sévèrement reproché. Cette guerre, initiée en 2003, dura huit ans, puisqu’il fallut attendre décembre 2011 pour voir le dernier soldat yankee quitter le sol irakien.

Aujourd’hui, on entend la même sinistre musique. Fifres et tambours de guerre. Grandes manœuvres dans la Méditerranée. Logomachie des chefs d’État. On prépare l’opinion à une intervention armée. images-1.jpegQuoi de plus juste ? Le président syrien, Bachar-el-Assad, n’est-il pas un tyran ? Et de la plus odieuse race ? N’utilise-t-il pas, contre son propre peuple, des armes chimiques, comme Saddam Hussein, dix ans plus tôt, en Irak, accumulait les « armes de destruction massive » ?

Les bruits de bottes se rapprochent, mais Barak Obama hésite encore. Celui qui reçut le Prix Nobel de la Paix en 2009 « pour ses efforts extraordinaires en faveur du renforcement de la diplomatie et de la coopération internationales entre les peuples » n’est pas très chaud, on le sent. En bon chef d’État pacifique, il préférerait la voie de la négociation. Mais comment négocier avec un dictateur qui s’accroche à son trône et massacre ses compatriotes ? Le voici acculé, comme son prédécesseur, à prendre le chemin de la guerre. Mais une guerre « propre », bien sûr, sans victimes, ni dégâts, ni effusion de sang…

Une « juste punition ». Quelques « frappes chirurgicales », ici et là, et puis basta.

images-2.jpegLa guerre est toujours fascinante. Elle oppose des hommes qui se battent sans raison, ou pour des causes qu’ils ne comprennent pas. Pétrole ? Pouvoir ? Religion ? Ce sont souvent les frères d’une même famille. Des voisins. Des amis. Le journaliste Jean Hatzfeld, grand reporter du journal Libération, a publié, il y a quelques années, un témoignage poignant sur la guerre en ex-Yougoslavie. Dans son livre, il montre la vraie guerre. Et non les frappes chirurgicales, par missiles interposés. La guerre humaine, sanglante et toujours fratricide. Ça s’appelle L ‘Air de la guerre*. Il faut relire ces histoires d’hommes et de femmes pris dans une tourmente absurde et obligés de fuir, de se cacher, de quitter leur pays pour simplement sauver leur peau.

L’histoire ne se répète jamais, mais les guerres se ressemblent.

Elles commencent toutes au son des fifres et des tambours.

* Jean Hatzfeld, l’Air de la guerre, Le Seuil, Points.

 

12:00 Publié dans chroniques nouvelliste | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : assad, syrie, obama, guerre, hatzfeld | | |  Facebook

Commentaires

C'est parce qu'on à rien à dire qu'il faille fermer sa gueule !!

Écrit par : Corto | 31/08/2013

Comme vous avez raison !
Hélas la guerre n'est que la conséquence d'alibis douteux destinés à motiver les peuples. On ne débat jamais des véritables raisons, le pouvoir et l'argent. On parle religion, classes, dictature, armes de destruction massive, etc. Tous les alibis sont bons. Et ça marche depuis la nuit des temps. Il suffit de motiver quelques va-t-en-guerre pour que le reste du peuple suive benoitement.

Écrit par : Lambert | 31/08/2013

Quel beau texte! On ne prépare jamais la guerre pour des raisons pacifistes.
Obama veut sa guerre, à l'instar de ses prédécesseurs. Le "dream" se transforme en "drone". Le pouvoir et l'avoir, l'orgueil de celui qui montre ses muscles pour se bomber le torse, sont ses seules motivations. Et l'expérience n'apprend hélas rien. Les dindons de la farce sont toujours les mêmes personnes, qui ne comprennent guère à ce qui se passe. Enfin, se faire une petite guerre entre gens qui se connaissent très bien mais qui ne se comprennent pas toujours (souvent par manque de volonté pour des raisons obscures), c'est de bonne guerre. Sinon, à quoi servirait le pouvoir, si ce n'est d'en user et de n'en abuser.

Écrit par : Micheline P. | 01/09/2013

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