07/04/2013

À quoi sert Pro Helvetia ?

images.jpegintéressante interview, dans Le Matin Dimanche, du nouveau directeur de la Fondation suisse pour la culture, Andrew Holland. Les questions de la journaliste Christine Salvadé sont pointues et, pour une fois, sans complaisance. Hélas, le jeune et fringant directeur de Pro helvetia, utilise habilement, comme ses prédécesseurs la langue de bois pour noyer le poisson…

Pro Helvetia, comme on sait, multiplie les « antennes » culturelles à l'étranger (Roumanie, Chine…), dont l'utilité, si elle existe, est loin d'être évidente. Le nouveau directeur va-t-il changer de politique ? images-2.jpegSurtout pas ! Au contraire, il va ouvrir de nouvelles « antennes » en Amérique du Sud, et ailleurs si l'occasion se présente. Avant d'aller coloniser la Papouasie ou le Groenland……

Autre questions cruciale : Pro Helvetia va-t-elle rouvrir son antenne genevoise, fermée il y a six ans déjà ? Que nenni ! « Ce qui compte, ce n'est pas l'adresse du bureau ». Argument un peu court…

Pour avoir plusieurs fois fréquenté l'« antenne » genevoise (sise, en réalité, à Carouge), animée à l'époque par l'extraordinaire Marlyse Etter, je peux témoigner de l'activité, de la chaleur et de l'efficacité de l' « antenne » à cette époque. Pro Helvetia était encore vivante et bien administrée. Les artistes romands y étaient bien reçus, écoutés, sencouragés. Aujourd'hui, ils doivent se rendre à Zurich, où ils sont reçus, le plus souvent, avec mépris et siffisance (je puis en témoigner). Et leurs requêtes ou leurs projets tombent aussitôt dans les oubliettes…

Un exemple parmi cent : Pro Helvetia a longtemps soutenu les livres de poche en Suisse. Modestement, mais efficacement. Depuis deux ans, elle a retiré son soutien à toutes les éditions et rééditions de livres de poche des éditeurs suisses. Conséquence : les livres de poche, qui devraient être les plus nombreux, les plus abordables et les plus populaires par nature, restent en rade et ne voient plus le jour. Curieuse manière de faire rayonner la culture suisse…

images-4.jpegAutre exemple, les traductions. la Suisse est un pays plurilingue qui se flatte d'avoir quatre langues nationales. Cette diversité est magnifique, certes, mais rien n'est fait, réellement, pour favoriser les traductions d'une langue dans l'autre. Les Romands ne savent rien de la littérature alémanique, comme les Alémaniques ignorent tout des auteurs romands. Ce que nous savons les uns des autres, grâce aux traductions, passe par Paris, Francfort ou Berlin. Zurich ne joue aucun rôle là-dedans. Et c'est dommage…

Il y aurait cent autres exemples de dysfonctionnement, dont celui du Centre Poussepin de Paris qui, depuis que Daniel Jeannet l'a quitté, navigue dans le brouillard et ne fait rien pour les écrivains suisses…

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Commentaires

A bouffer une partie du fric alloué aux "artistes" subventionnés !

Écrit par : Corto | 07/04/2013

Après le départ de D. Jeannet, le centre Poussepin a été progressivement phagocyté par des propagandistes de l'art comptant pour rien. Ces empileurs de vide n'ont pas de ligne à proprement parler - si on excepte leur adhésion au nihilisme actuel -, mais ils savent surfer avec une arrogance inversement proportionnelle au talent des artistes exposés sur les tendances les plus vaines, les plus laides et donc les plus "in" de l'art post-moderne suisse. Ils appartiennent à un réseau de cooptés repasse-plats qui a des relais sûrs dans les médias nationaux, au Dpt. Beaux-Arts et Culture de Genève, à l'ECAL, etc. L'art comptant pour rien étant devenu art officiel, il est aujourd'hui quasiment impossible d'initier un débat de fond sur le sujet, sa pertinence, ses finances, son public réel, ses fonctionnaires et ses petits et gros népotes.

Écrit par : Malentraide | 08/04/2013

PS: Je ne sais pas si "dysfonctionnement" est le terme qui convient pour parler des choix artistiques imposés par un système mis en place depuis un quart de siècle, système ayant comme but de consacrer l'art post-moderne ou post-conceptuel comme art officiel en-dehors duquel il n'y a pas de salut.

Écrit par : Malentraide | 08/04/2013

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