27/02/2013

Rencontre avec Mélanie Chappuis

DownloadedFile-1.jpegNe manquez pas la rencontre avec Mélanie Chappuis, qui viendra présenter son dernier livre, Maculée conception*, à la librairie du Rameau d'Or, boulevard Georges-Favon, jeudi 28 février, à partir de 18h.

À travers le destin de Maryam 64450_535113613194958_1764780251_n.jpg(alias Marie, vierge et mère du Christ), Mélanie Chappuis parle de toutes les mères, et de tous les enfants. Sujet ambitieux, et pari tenu, pour un roman, tendu comme une corde, qui emmène le lecteur de Galilée en Egypte, et raconte l'histoire d'une double dépossession.

Nous en reparlerons.

* Mélanie Chappuis, Maculée conception, roman, édition Luce Wilkin, 2013.

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18/02/2013

Cartes postales (15) : Carthage

images-14.jpegDerrière les dunes, au pied de l'antique citadelle, la plage est oubliée. Des couples de baigneurs sommeillent dans la lumière éparse. Un vent tiède et salé balaie le sable en tourbillons. Comme des vers luisants, des pêcheurs au flambeau glissent le long des côtes. Un homme marche à travers les roseaux. Il se fraie un chemin vers la mer. Judith est restée à l'hôtel. Simon l'a quittée le cœur libre, abandonné, radieux dans la lumière mourante. Il traverse un éperon de roches jaunâtres. Il s'assied. Son corps prend peu à peu la chaleur des pierres. Il est en embuscade, il ne sait pas ce qu'il attend.

Immobile, ténébreuse, une femme se tient devant la mer immense. D'une voix monocorde, elle fredonne une vieille chanson de marinier. Elle redresse la tête, lui lance un regard de défi. Elle s'agenouille pour baigner son visage. Elle porte une combinaison de plongée sous-marine, un masque rouge et noir, un long trident d'argent. Sous le nylon lustré on devine ses seins durs. Elle s'avance jusqu'à l'eau qui lentement, inexorablement, l'engloutit toute entière.

Alors, sans hésiter, il se jette dans le vide...

 

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17/02/2013

Cartes postales (13) : Cyanée

images-12.jpegAu crépuscule, l'île apparaît enfin, pleine d'arbustes étranges, ondoyants, ébouriffés. Leurs tiges frêles, hautes de deux mètres, arborent à leur sommet des touffes de fils verts, longs, minces et souples comme des cheveux d'enfants.

Ici, à force de silence, les hommes sont devenus des plantes jetées dans l'eau des sources par quelque dieu vengeur et facétieux.

Ce roseau frémissant, plein de murmures filés et mystérieux, qui ploie sous le vent d'est sans jamais se briser, gardien de la pensée des morts, les paysans d'ici l'appellent la parruca : le papyrus de Cyanée.

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16/02/2013

Cartes postales (14) : la Goulette

images-13.jpegA l'aube, on quitte le port de Trapani, longue jetée grise et bitumeuse, sur un paquebot branlant qui met le cap sur la haute mer. Les plus intrépides restent sur le pont, à regarder la terre qui s'éloigne. Les autres passagers, terrés à fond de cale, somnolent vaguement, le visage défait, cherchant à conjurer la houle inexorable qui gagne leurs entrailles. On ne voit plus les côtes de Sicile. On n'aperçoit pas encore le rivage africain.

Miracle du passage de la rive perdue à la rive espérée, réinventée à chaque fois qu'on traverse la mer. Quelques heures plus tard, dans les coursives, sur l'entrepont, dans les petits salons miteux, règne une étrange agitation. Chacun quitte sa cabine, s'enfuit sur le pont supérieur. Au loin, on aperçoit le port de la Goulette. Tunis à la grâce ombrageuse. Si l'on ferme les yeux, la première chose que l'on perçoit, tandis que le bateau rejoint la terre aride, c'est un parfum inoubliable : les grappes blanches du jasmin.

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15/02/2013

Cartes postales (12) : Paleochora

palechora.pngSur le port, tout à gauche, il y a un bar anglais qui sert jusqu'à midi de somptueux breakfasts.

Plus loin, les tavernes se suivent et se ressemblent. Sous le toit de canisse où le soleil parvient toujours à se frayer un passage, on trouve les mêmes petites tables carrées, soigneusement recouvertes de toile cirée jaune ou bleu, les mêmes chaises de paille, le sel et le poivre agglutinés par la chaleur et déposés dans de petits godets de verre. Pourtant, si l'on se lève à l'aube, en attendant de prendre le vapeur qui mène à Agia Roumeli, il faut aller s'asseoir un instant chez Diakakis, la première taverne après le bar anglais.

Dans la fraîcheur de l'aube, on y déjeune d'abondance. Et parfois, si on a de la chance, on y voit apparaître un grand oiseau de mer, chaloupant, la démarche incertaine, le plumage usé par des années de vie sédentaire, les ailes certainement rognées, mais le bec toujours avide et criaillant. Des pêcheurs le gavent de poissons et d'algues, d'os de seiches.

De temps à autre, le pélican secoue sa grosse tête, émet un gloussement étranglé, ouvre à nouveau tout grand son entonnoir. Puis il s'en va, repu, sommeiller dignement à l'ombre des roseaux.

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14/02/2013

Cartes postales (11) : Stromboli

images-10.jpegLes bancs de sable noir, émaillés de galets spongieux, les maisons basses et blanchies à la chaux, les ruelles tournantes parfois couvertes d'un treillis de vigne vierge que de petites fourgonnettes à trois roues empruntent sporadiquement, le soir venu, mais à tombeau ouvert, chargées de caisses de limonade, de poules caquetantes ou de touristes japonais.

Miracle du matin qui monte sur Stromboli, patrie des amants silencieux, porté par l'air marin, l'orage et les vapeurs de soufre.

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13/02/2013

Cartes postales (10) : Assouan

images-9.jpegDouceur du jour sur Assouan, dont l'emblème est un cygne alangui, douceur du jour qui jamais ne prend fin, baignant la ville d'une lumière orangée, teintée d'ocre et de bleu, légèrement granuleuse, limpide et comme pailletée — la plus belle du monde.

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12/02/2013

Cartes postales (9) : Jaffa

images-8.jpegLes collines de Jaffa, le soir, après le couvre-feu.

Une pluie douce et chaude délave les eucalyptus, illumine les visages du couple d'amoureux surpris par l'ondée. La mer roule au loin ses eaux grises.

Vieux jardins reflétés par les yeux... Bruits de bottes dans le gravier humide... Une patrouille se rapproche... Restons sur le qui-vive... Le moindre souffle peut nous trahir... Le canon des armes nues sous l'averse argentée...

Vite, là-bas, dans les buissons de lauriers-roses... Embrasse-moi une dernière fois, vite, encore une fois...

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11/02/2013

Cartes postales (8) : Nauplie

DownloadedFile-3.jpegSur la falaise, une autre citadelle, la Palamède, à Nauplie.

Tandis qu'il pisse, debout, parmi les ronces, le désir prend le pas, bientôt, sur le simple besoin. Alors, dressé dans le jour qui vacille, Simon s'agite, le corps incliné en arrière, tandis que derrière lui, sombre et silencieuse, un ruban rose dans les cheveux, une petite fille s’approche et le nargue, intriguée.

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10/02/2013

Cartes postales (7) : Novi Sad

images-7.jpegUn bac sur le Danube, près de Novi Sad, encombré de chevaux, de paysans trapus coiffés de toques de castor, d'un attelage à demi disloqué sur lequel une femme couverte d'un grand châle blanc a consigné la moitié de sa basse-cour, d'un couple d'amoureux, pensifs, qui se tient à l'arrière du bateau, près des bouées de sauvetage.

On avance à peine. Pas une vague ne vient troubler le miroir de l'eau. Le temps est suspendu entre les rives lumineuses.

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09/02/2013

Cartes postales (6) : Trieste

DownloadedFile-2.jpegL'arrivée à Trieste, dans la tiédeur du soir, par la petite route qui vient de Monfalcone.

La côte est parsemée de môles, de jardins luxuriants, d'anciennes maisons de maître transformées en belles roseraies. De temps à autre, au fond d'un golfe, une plage discrète abrite un couple de baigneurs. Tout le jour, la bora a soufflé sur la ville. Seuls quelques somnambules se sont risqués à sortir de chez eux. D'autres, pour échapper au vent qui rend fou, ont trouvé refuge au Caffe Tergeste.

Une lettre seulement sépare l'amant triste de Trieste, rose des vents, carrefour des langues et cité de l'exil...

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08/02/2013

Cartes postales (5) : Zelicskevo

La tombe de Franz Kafka, à Prague, au nouveau cimetière juif .JPGDévorée par le lierre, toute encombrée en son pourtour par des dizaines de petites pyramides de cailloux blancs, la tombe de Kafka.

C'est à Zelicskevo, le terminus de la ligne de tram, en face d'une usine de papier.

La sépulture est là, en bordure d'une allée rectiligne, muette, impénétrable. Enterré avec son père et maître, Hermann le bien nommé, et sa mère Julie, le Dr Franz Kafka a retrouvé la prison familiale.

Caveau, cachot, château de terre et d'eau.

Son nom est un oiseau sur la pierre tombale.

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07/02/2013

Cartes postales (4) : l'île d'Iki

images-6.jpegAccrochées à des lattes de bambou strictement rectilignes, exposées au soleil des jours durant avant d'être entassées dans des caisses à claire-voie et envoyées dans le monde entier, les seiches de l'Ile d'Iki ressemblent à de grands cerfs-volants blêmes.

Du mollusque secret en forme de bouclier, qui projette sur ses rivaux une sorte d'encre brunâtre, il ne reste plus, désormais, que le fantôme crayeux.

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05/02/2013

Cartes postales (3) : la Louisiane

 DownloadedFile.jpegLes grands canots d'écorce étroits et longs qui sillonnent, le soir, la touffeur des bayous. On glisse sur les eaux comme en un rêve silencieux.

Parfois, un petit opossum blanc et gris bondit hors des feuillages, le museau intrigué. Ailleurs, niché au creux d'un arbre, c'est un serpent couleur de glaise qui réintègre lentement les eaux mortes. Un vieil Américain, la pipe vissée entre les dents, commente à sa manière chacun de ces petits miracles.

A l'extrémité de la barque, marquée d'un écriteau pisseux, une place est réservée aux gens de couleur : les brownies. C'est la place la plus dangereuse et, bien sûr, la plus exposée au gros temps.

C'est ainsi, en Louisiane, qu'on s'assure la bienveillance des vieux alligators et du Diable qui rôdent sournoisement sur les eaux vertes et brunes.

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03/02/2013

Y a-t-il un Français dans la salle ?

 Qui voudrait encore être français, dites-moi, par les temps qui courent ?

DownloadedFile.jpegÇa a commencé par une chasse à l’homme. Le fugitif s’appelait Depardieu. Gérard, dit Gégé. Ou encore Obélix. On l’a traité de tous les noms : minable, traître à la patrie, salaud. Même les ministres, pour accéder à la notoriété, l’ont traîné dans la boue. Et pourquoi lui ? Pourquoi à ce moment-là ? Parce que la France, comme dit la langue de bois, traverse une crise sans précédent. Chômage, dette extérieure, croissance zéro. Moral dans les chaussettes. Sans doute, François Hollande ne s’attendait-il pas à trouver son pays dans cet état. Le fait est qu’il est au bord du gouffre. À la veille de l’élection présidentielle, Manuel Valls l’avait prédit : « Si on perd, on est mal. Si on gagne, on est mort. »

Quand un pays va mal, c’est bien connu, il faut désigner des coupables. Les exilés fiscaux sont devenus de parfaits boucs émissaires. Impossible de les dénoncer tous : il y en a trop. Des industriels, d’abord, de Guerlain à Jean-Louis David, de Bouygues à Daniel Hechter. Des sportifs, ensuite, de Marion Bartoli à Alain Prost, Monfils, Pioline, Killy, Forget, Alesi. Le plus souvent planqués en Suisse.images-3.jpeg Des artistes, enfin, d’Emmanuelle Béart à Johnny, de Patricia Kaas à Daniel Auteuil, sans oublier Marc Lévy et Éric-Emmanuel Schmitt. Comme on voit, rien que du beau monde. Bientôt, il ne restera plus en France qu’un seul chanteur, Michel Sardou, le pire de tous, ce qui n’est pas glorieux !

Cela s’est poursuivi, il y a quelques semaines, avec le grand débat sur « le mariage pour tous ». Pressé par des lobbies puissants, Hollande a lancé le débat, mais à contre cœur, lui qui n’aime pas le mariage et vit avec sa concubine. Et à nouveau, la France s’est embrasée. Pour ou contre, il faut choisir son camp. La logique binaire, toujours. Peut-on critiquer le mariage gay sans être traité, aussitôt, de fasciste ? A-t-on le droit, encore, de poser des questions, sans jeter sur les autres des anathèmes définitifs ? En France, il semblerait que non.

DownloadedFile-1.jpegHeureusement, l’Afrique est venue au secours du gentil Hollande. Un conflit oublié qui durait depuis des mois. Des menaces sur le Mali, producteur d’uranium et de pétrole, d’or et de diamant. Ce n’est pas rien. Sans parler du péril islamiste. Il y a toujours des barbus pour lancer une jihad quelque part. Alors, oui, on y va. En fanfare. Cela détourne l’attention des Français de la crise et ça permet, en plus, de faire une bonne action. Au Mali, les enfants font flotter à nouveau le drapeau français. Ouf, l’infâme est repoussé aux confins du désert !

Enfin une bonne nouvelle en ces temps de déprime et de croissance moribonde !

« La politique est un art subtil, écrivait Machiavel, où les hommes prudents savent toujours se faire un mérite des actes auxquels la nécessité les contraint. »

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02/02/2013

Cartes postales (2) : Keli Mutu !

 

images-5.jpeg « Keli Mutu ! Keli Mutu ! »

C'est le nom que l'on donne, dans l'île de Florès, aux lacs qui se sont installés dans les cratères des volcans. Certains, riches en fumerolles acides, brillent d'un bel éclat d'émeraude. D'autres, rouge sombre ou noir, à forte densité de fer, ressemblent à d'immenses plages d'encre.

Un aiguillon rocheux, large seulement de quelques mètres, les sépare en surface.

Mais comme les archipels dispersés dans la mer, ils communiquent en profondeur et s'ingénient à confondre leurs eaux vertes et rouges.

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