03/02/2013

Y a-t-il un Français dans la salle ?

 Qui voudrait encore être français, dites-moi, par les temps qui courent ?

DownloadedFile.jpegÇa a commencé par une chasse à l’homme. Le fugitif s’appelait Depardieu. Gérard, dit Gégé. Ou encore Obélix. On l’a traité de tous les noms : minable, traître à la patrie, salaud. Même les ministres, pour accéder à la notoriété, l’ont traîné dans la boue. Et pourquoi lui ? Pourquoi à ce moment-là ? Parce que la France, comme dit la langue de bois, traverse une crise sans précédent. Chômage, dette extérieure, croissance zéro. Moral dans les chaussettes. Sans doute, François Hollande ne s’attendait-il pas à trouver son pays dans cet état. Le fait est qu’il est au bord du gouffre. À la veille de l’élection présidentielle, Manuel Valls l’avait prédit : « Si on perd, on est mal. Si on gagne, on est mort. »

Quand un pays va mal, c’est bien connu, il faut désigner des coupables. Les exilés fiscaux sont devenus de parfaits boucs émissaires. Impossible de les dénoncer tous : il y en a trop. Des industriels, d’abord, de Guerlain à Jean-Louis David, de Bouygues à Daniel Hechter. Des sportifs, ensuite, de Marion Bartoli à Alain Prost, Monfils, Pioline, Killy, Forget, Alesi. Le plus souvent planqués en Suisse.images-3.jpeg Des artistes, enfin, d’Emmanuelle Béart à Johnny, de Patricia Kaas à Daniel Auteuil, sans oublier Marc Lévy et Éric-Emmanuel Schmitt. Comme on voit, rien que du beau monde. Bientôt, il ne restera plus en France qu’un seul chanteur, Michel Sardou, le pire de tous, ce qui n’est pas glorieux !

Cela s’est poursuivi, il y a quelques semaines, avec le grand débat sur « le mariage pour tous ». Pressé par des lobbies puissants, Hollande a lancé le débat, mais à contre cœur, lui qui n’aime pas le mariage et vit avec sa concubine. Et à nouveau, la France s’est embrasée. Pour ou contre, il faut choisir son camp. La logique binaire, toujours. Peut-on critiquer le mariage gay sans être traité, aussitôt, de fasciste ? A-t-on le droit, encore, de poser des questions, sans jeter sur les autres des anathèmes définitifs ? En France, il semblerait que non.

DownloadedFile-1.jpegHeureusement, l’Afrique est venue au secours du gentil Hollande. Un conflit oublié qui durait depuis des mois. Des menaces sur le Mali, producteur d’uranium et de pétrole, d’or et de diamant. Ce n’est pas rien. Sans parler du péril islamiste. Il y a toujours des barbus pour lancer une jihad quelque part. Alors, oui, on y va. En fanfare. Cela détourne l’attention des Français de la crise et ça permet, en plus, de faire une bonne action. Au Mali, les enfants font flotter à nouveau le drapeau français. Ouf, l’infâme est repoussé aux confins du désert !

Enfin une bonne nouvelle en ces temps de déprime et de croissance moribonde !

« La politique est un art subtil, écrivait Machiavel, où les hommes prudents savent toujours se faire un mérite des actes auxquels la nécessité les contraint. »

04:22 Publié dans all that jazz, Histoire | Lien permanent | Commentaires (6) | | |  Facebook

Commentaires

"Mali, producteur d’uranium et de pétrole, d’or et de diamant"
Que voilà des bonnes nouvelles pour le mali, qui à ma connaissance ne produisait que deux ballots de coton et trois mangues. Où ça, ces mines d'or, de diamants, ce pétrole et cet uranium ? En 1986, il y avait des camions abandonnés de la compagnie de géophysique à Tombouctou après la énième campagne de recherche infructueuse...

Écrit par : Géo | 03/02/2013

@ Geo : premier élément de réponse. Mais il y en a d'autres.
http://www.leblogfinance.com/2013/01/mali-un-pays-riche-en-petrole-en-gaz-et-en-mines-dor.html

Écrit par : jmo | 03/02/2013

Je ne sais pas comment vous le dire. L'homme de lettres, c'est vous. Vous connaissez donc la puissance des mots...
Alors quand on dit "or, diamants, pétrole,etc", on voit un dollar s'allumer dans le regard des hommes.
Sauf que vous pouvez aussi dire "brosse à dents, tapettes à mouches, détergents ou meubles Mc Intosh"...
Parce qu'au bout du compte, il faut investir, travailler comme un fou, courir des risques - et beaucoup plus pour or, diamants, pétrole, etc... que pour brosse à dents, etc... - et vendre à un bon prix.
J'ai travaillé pour Johannesburg Consolidated Investmnent Company à la reprise de la mine d'or de Kalana (au Mali). A l'époque, vu le prix de l'once, ce n'était pas rentable et cela a été abandonné. Aujourd'hui, cela l'est. Mais vu l'insécurité, je ne recommanderais à personne d'y travailler. Mieux vaut investir dans la brosse à dents ou l'or russe. Et merde pour les Africains, qu'ils se démerdent sans nous. Est-cela que vous vouliez ?
Vous comprenez ?

Écrit par : Géo | 03/02/2013

Vous réponse est intéressante, Géo, et aborde un aspect du problème que je ne connais pas. L'Afrique est, pour moi, une très ancienne préoccupation: elle me fascine et me désespère. Parce que rien, ou presque, ne semble changer avec le temps. Je ne suis pas du tout pour que les Africains se démerdent seuls, comme vous dites. Et je crois que la France a eu raison d'intervenir au Mali. Son intervention a l'avantage d'élever le débat au-dessus du niveau lamentable du « mariage pour tous. »

Écrit par : jmo | 04/02/2013

Je trouve incroyable cette volonté d'opposer "défense contre le terrorisme musulman" et "défense des intérêts économiques", encore ce matin dans le poste...
Ces journalistes pensent-ils que les Nigériens ne sont pas contents de toucher des royalties sur leurs mines de la part d'Areva ? Quand l'or était à 200 dollars l'once, ces abrutis de la banque nationale suisse ont vendu des tonnes d'or, faisant couler de nombreuses mines en Afrique de l'ouest et faisant perdre à ces pays des sommes bien plus importantes que celles amenées par la DDC. Vous avez entendu un seul de ces abrutis de journalistes la dire, cette vérité-là ?
Je l'avais répercuté à l'époque dans des lettres de lecteur, que les journalistes publiaient selon leur bon vouloir, suffisamment longtemps après pour que personne n'y puisse rien comprendre.

Écrit par : Géo | 04/02/2013

Et encore un dernier point : j'espère que certains voudront bien se souvenir de l'accueil de Hollande à Bamako et à Tombouctou quand ils nous rabâcheront l'impérialisme français, la Françafrique, etc...
En 1986, à Tombouctou. de nombreux vieux me disaient qu'ils regrettaient le temps des Français. Visiblement, les jeunes aussi...

Écrit par : Géo | 04/02/2013

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