12/12/2012

L'année Rousseau

images-2.jpegNé à Genève, il y a 300 cents ans, et mort en France, à Ermenonville, en 1778 (avec un passeport prussien !), Jean-Jacques Rousseau aura mené la vie d’un vagabond, tantôt adulé par les grands de ce monde et tantôt pourchassé pour ses idées progressistes. On se souvient que sa bonne ville natale, à l’exemple de Paris, a brûlé deux de ses livres, L’Émile et Le Contrat social, sur la place publique, en 1762. Il a refusé les honneurs et les compromissions. Il s’est battu, sa vie durant, pour son indépendance irréductible. Il a aimé des marquises et des comtesses, mais a passé trente ans avec Thérèse Levasseur, une blanchisseuse qui ne savait ni lire, ni écrire, selon la légende, et qu’il a épousée, lui, l’adversaire farouche des conventions.

L’année qui se termine aura été l’année Rousseau. Publications et republications (dont l’œuvre complète en version numérique chez Slatkine). Colloques. Pièces de théâtre. Opéras. Films et téléfilms. N’en jetez plus, la cour est pleine ! Il y aura eu à boire et à manger dans cette frénésie commémorative. images-4.jpegDu bon, et même du très bon, comme le livre de Guillaume Chevevière, Rousseau, une histoire genevoise (Labor et Fides), et la pièce de Dominique Ziegler, Le trip Rousseau. images-3.jpegUn opéra plutôt moyen : JJR (Citoyen de Genève). Une série de courts métrages : La faute à Rousseau, où le meilleur côtoyait très souvent le pire. Mais Rousseau n’était-il pas l’adversaire acharné du spectacle ?

Moi qui ai eu la chance de parler de Rousseau à New York, à Paris et en Californie, j’ai pu me rendre compte de l’extraordinaire actualité de sa pensée, qu’elle soit politique (elle a influencé le mouvement Occupy Wall Street et celui des Indignés), pédagogique (on lit encore L’Émile dans tous les instituts de formation des maîtres), musicale ou botanique (on considère Jean-Jacques comme le précurseur de l’écologie). Sans parler, bien sûr, de son influence littéraire. Son roman épistolaire, La Nouvelle Héloïse, a fait pleurer des générations de lectrices. Et les Confessions, chef-d’œuvre d’introspection rusée, a montré la voie à ce qu’on appelle aujourd’hui l’autofiction, représentée par Annie Ernaux, Delphine de Vigan ou Christine Angot.

images-6.jpegCette année aura été également celle de Jean Starobinski, écrivain et critique genevois qui vient de fêter ses 92 ans et de publier, coup sur coup, trois livres extraordinaires. L’un sur Rousseau*, le deuxième sur Diderot** et le dernier sur l’histoire de la mélancolie***. Que serait Jean-Jacques sans Staro, comme l’appelaient ses étudiants ? Le professeur genevois a contribué, comme nul autre, à faire (mieux) connaître, la pensée de Rousseau : l’importance du regard dans son œuvre, son désir constant de transparence, ses ruses pour séduire ses contemporains tout en les accusant, son tempérament mélancolique.

Oui, il faut relire Rousseau, tous les jours, comme Starobinski nous le conseille : c’est une mine, un trésor d’humanité, de liberté et de poésie.

* Jean Starobinski, Accuser et séduire, Gallimard, 2012.

** Jean Starobinski, Diderot, un diable de ramage, Gallimard, 2012.

*** Jean  Starobinski, L’Encre de la mélancolie, Le Seuil, 2012.


02:40 Publié dans anniversaire, Genève, rousseau | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : rousseau, starobinski, chenevière, olivier, confessions | | |  Facebook

Commentaires

Bonjour
Je vous signale en complément de votre article bien exhaustif, ma ..."Lettre à JJ Rousseau" rédigée sur mon blog "neidinger" de la Tribune de Genève pile le jour du Tricentenaire. Oui : merci Rousseau d'être.... né !

http://duboutduborddulac.blog.tdg.ch/archive/2012/07/05/x.html
Sylvie Neidinger

Écrit par : sylvie neidinger | 12/12/2012

Merci, Sylvie, pour ce complément et l'adresse de votre blog qui est très bien fait.
Je prépare un petit roman sur la mort de JJR (sa dernière nuit à Ermenonville) qui parlera beaucoup de sa compagne Thérèse Levasseur, « laide, acariâtre, jalouse, bavarde, pocharde », selon Diderot, mais personnage passionnant.
Quand Diderot venait rendre visite à JJR, c'est ce dernier qui descendait à la cave pour chercher du vin. Un jour, Diderot s'étonna : « Pourquoi n'envoyez-vous pas Thérèse ? » Et JJ répondit : « Quand j'envoie Thérèse à la cave, elle y reste ! »

Écrit par : jmo | 12/12/2012

On attend votre roman avec impatience. La relation de Rousseau avec les femmes est très complexe; alors que dire de celles avec Thérèse Levasseur, sa compagne de vie qui a tout supporté. Vous allez donner des infos certainement inédites. Au plaisir de les lire et de les... commenter. Sylvie Neidinger

Écrit par : sylvie neidinger | 12/12/2012

Les commentaires sont fermés.