29/10/2012

Dernières nouvelles d'Hollywood

images.jpegCe matin, je suis allé courir au bord de l’océan, de Santa Monica à Venice, Californie, un peu moins de dix kilomètres. Il faisait beau. L’air était pur. Ici, le ciel ne connaît pas l’orage. Des SDF, emmitouflés dans leur sac de couchage, dormaient sur le sable rincé par les marées. Des surfeurs jouaient à taquiner les vagues. Non loin d’ici, à Santa Barbara, l’un d’eux s’est fait croquer par un requin. Aujourd’hui, je ne me baignerai pas.

Invité par deux grandes universités (UCLA et Long Beach), j’ai parlé de mes livres (un peu), de littérature romande (beaucoup) et de Jean-Jacques Rousseau (passionnément). J’ai évoqué, également, les particularités de ce petit pays, la Suisse, qui est au centre de l’Europe, mais n’en fait pas partie. Et j’ai fêté, avec beaucoup d’émotion, la traduction américaine de deux de mes romans.

images-4.jpegIl faut venir ici, dans ce jardin d’Eden, pour rencontrer des étudiants passionnés de lecture, des découvreurs et des passeurs qui cherchent tous les jours à faire partager leur enthousiasme pour les littératures francophones. À UCLA, j’ai fait la connaissance de Jean-Claude Carron (à gauche), valaisan d’origine, genevois par ses études et professeur émérite de littérature française à Los Angeles. images-3.jpegEt j’ai retrouvé mon ami Alain Mabanckou, poète et romancier franco-congolais, qui enseigne également dans la Cité des Anges. Il faut venir ici, à l’autre bout du monde, pour évoquer les noms de nos Pères : Ramuz, Cendrars, Haldas, Bouvier — et tant d’autres. Et que ces noms suscitent une attente, une émotion, un vrai désir de donner sens au monde. Un désir et une curiosité qui n’existent plus, hélas, dans nos universités en état de mort cérébrale.

 Et bien sûr, un peu plus haut, il y a les collines d’Hollywood. La Mecque du cinéma. On oublie bien souvent que le cinéma est un hommage à la littérature. Les plus grands films sont tirés de romans à succès. Et parfois de romans inconnus, qui deviennent des succès au cinéma. Ainsi fonctionne la magie d’Hollywood. On prend un verre à la terrasse du Savoy et un type vient s’asseoir à la table voisine. Mal rasé et mal habillé. Je connais son visage. Le Terminal. Forrest Gump. Une jolie blonde vient le rejoindre. Il ne faut pas déranger Tom Hanks. images-2.jpegUne limousine s’arrête un peu plus loin. Un couple d’acteurs  s’engueulent sur le trottoir. Ils ont plein de soucis avec leurs enfants, la plupart adoptés. Le dernier vient de se faire exclure de l’école française de Los Angeles parce qu’il jouait avec des allumettes. Je ne les ai jamais rencontrés, mais je les connais bien.

Ici, encore plus qu’ailleurs, la vie est un roman. Je retrouve les visages et les voix que j’ai inventés dans mes livres. Ils sont vrais puisque je les inventés. La route toute en lacets de Mulholland Drive. Le soleil qui rend fou. Le vieux type à petites lunettes noires qui me tend le contrat. L’Amour nègre sera tourné l’année prochaine. Ou dans deux ans. Casting de rêve. Otis Redding murmure sa vieille rengaine, Sitting on the Dock of the Bay. Je regarde le soleil se coucher sur les collines bleues.

Je signe toute la paperasse sans la lire.

08:50 Publié dans all that jazz | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : carron, mabanckou, los angeles, tom hanks, brad pitt, amour nègre, olivier | | |  Facebook

10/10/2012

Dernières nouvelles de Pointe-à-Pitre

La littérature ne connaît pas de frontières. C'est sa force et son charme. Voici un écho sympathique de mon dernier livre sur radio massabielle (pointe à pitre).

olivier_orgie_270-z.jpgLe 18 octobre dernier, nous chroniquions ici-même L'amour nègre, récompensé par le Prix Interallié, dont le personnage principal, Moussa, rebaptisé Adam, avait été adopté par un couple d'acteurs hollywoodiens. Son auteur, Jean-Michel Olivier continue avec cette famille non pas recomposée mais plutôt décomposée avec APRES L' ORGIE dont l'héroïne,  Ming, Chinoise aux yeux bleus, a également été adoptée par les vedettes du grand écran, ce qui fait qu'elle est la demi-soeur d' Adam. Cela ne l'empêchera pas d'avoir une relation quasi incestueuse avec le jeune Africain.
De la Chine où sa mère était parfois figurante de cinéma et plus souvent prostituée à l' Italie, où nous rencontrons un clône de Berlusconi, plus berlusconien que l' original, en passant par les USA et la Suisse où elle a été pensionnaire dans une pension luxueuse, nous suivons le parcours de Ming, au fil des confidences distillées à un psychanaliste. Cynique ? Désabusée ? Réaliste ? La jeune fille n'a pas fini d'étonner son interlocuteur... ni le lecteur.
 APRES L' ORGIE de Jean-Michel Olivier,  éditions de Fallois, 234 pages, 18 € (22 FRS en Suisse)
 Retrouvez A L' ECOUTE DES LIVRES chaque mercredi à 18h30 sur Radio Massabielle (97.8 Mhz et 101.8 Mhz)

10:32 Publié dans après l'orgie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : après l'orgie, pointe à pitre, roman, adam, ming, à l'écoute des livres | | |  Facebook

08/10/2012

Splendeur et misère de la critique

images-2.jpegCertains auteurs, à juste titre, se plaignent du silence qui entourent leurs livres. Rien n'est pire, en effet, que l'absence de critique. Qui signale quelquefois la censure ou l'autocensure (on ne parle pas d'un livre dérangeant), la paresse (ce livre est trop gros, trop complexe) ou le plus souvent l'indifférence.

Les critiques lisent-ils (elles) encore les livres dont ils (elles) parlent ? Le plus souvent, c'est oui, heureurement. Et on ne chantera jamais assez la gloire des critiques qui éclairent un ouvrage, le décryptent, avec ce zest indispensable d'amour ! Mais il y a des exceptions.

Une anecdote, ici, du vécu simple et vrai : cinq fois, dans ma carrière, j'ai eu à croiser cette auguste papesse de la critique romande, appelons-la Isabelle*, à propos de mes livres. La première fois, c'était en 1988. Un de mes livres, L'Homme de cendre, avait été sélectionné pour le Prix des Auditeurs de la RSR. En arrivant au Café de la Palud, où nous avions rendez-vous, elle me tendit la main et me dit tout de go : « Je n'ai pas lu votre livre et je ne le lirai pas. Mais vous allez m'en parler… » Nous enregistrâmes une heure d'interview, intéressante, surprenante même, au cours de laquelle j'expliquai de long en large le propos de mon livre. Sans que mon interlocutrice, toute ouïe, puisse me contredire une seule fois, puisqu'elle n'avait pas lu le livre incriminé.

images-4.jpegJe recroisai cette dame, en 1990, à la sortie de La Mémoire engloutie (Mercure de France), un autre roman. Le livre était pansu (450 pages). Cela me valut le commentaire suivant : « C'est bien, mais c'est trop long ». images-3.jpegEn 94, je publiai Le Voyage en hiver, roman d'une centaine de pages, qui me valut la réflexion suivante : « C'est bien, mais c'est trop court. »

En 2001, l'auguste papesse, qui avait rejoint le chœur des dames patronnesses du Temps, consentit à écrire une dizaine de lignes sur Nuit blanche, un roman où je parlais justement des dames patronnesses du Temps (les seules pages, sans doute, qu'elle ait lues). Je lui en fus reconnaissant, comme à chaque fois qu'un(e) critique se penche sur mes modestes écrits.

images-5.jpegEnfin, en 2010, dans une émission littéraire mémorable (Zone critique), comme on lui demandait sa réaction face au Prix Interallié que je venais de recevoir pour L'Amour nègre, elle se permit une minute de silence — stupeur, surprise, effarement — avant de balbutier quelques excuses pour dire qu'elle n'avait pas lu le livre, mais que c'était une surprise, mais qu'elle était contente, etc.

Les rapports entre auteurs et critiques sont souvent passionnels, injustes, aveugles. Dans le meilleur des cas. Mais ils peuvent aussi relever du malentendu. Pur et simple.

* prénom d'emprunt.

05/10/2012

Balade littéraire à Nyon

images.jpegLa Bibliothèque municipale de Nyon, ma célèbre ville natale, organise, en collaboration avec les Éditions Encre Fraîche, une balade littéraire à travers la ville, suivie d’un débat sur le thème « Lorsque la littérature parle de mémoire » animé par l'excellente Sita Pottacheruva.
Dimanche 7 octobre à 14h
Avec les auteurs :
- Francine Collet et Félicien ;

- Françoise Roubaudi et Petite Masque ;
- Arthur Brügger et Ciao Letizia.
olivier.jpgEt comme guide, le « Nyonnais » Jean-Michel Olivier et L’enfant secret (sur la photo de couverture, mon père, Juste, à l'avant du tricycle, enlacé par sa petite sœur Jacqueline, sur la terrasse du restaurant que mes grands-parents tenaient à Duillier)


Rendez-vous donc, toutes et tous, ce dimanche 7 octobre, à 14h à la Bibliothèque municipale de Nyon, rue Viollier 10, près de la place Perd-Temps.

04/10/2012

Les deux littératures

AVT_Georges-Bataille_5597.pjpeg.jpeg« Il y a deux types de littérature, écrivait Georges Bataille. La première, plate et anecdotique, fait la une des gazettes, et se vend bien. La seconde, allégorique et souterraine, fait son chemin dans l'ombre et intéresse les lecteurs à venir. »

On ne saurait mieux définir notre époque qui préfère le plat, le sordide et les mensonges de l'autofiction à la littérature d'invention, la fable, la création d'un monde singulier. Tout se passe comme si, de tous les mouvements littéraires, le réalisme avait définitivement remporté la partie. Il suffit de passer en revue quelques stars de la rentrée française. Dans Les Lisières*, Olivier Adam, nous raconte, pour la énième fois, l'histoire d'un homme abandonné par son épouse, et séparé de ses enfants. Avec force détails et serrements de cœur. DownloadedFile-1.jpegL'inénarrable Christine Angot, dans Une semaine de vacances**, nous ressert la resucée de son inceste (une fellation au jambon-beurre) en ne nous épargnant aucun détail. Telle autre, Félicité Herzog***, avec une rage inassouvie, déboulonne la statue de son père, dans un style au plus près du trottoir.

« Le réalisme, disait mon cher professeur Roger Dragonetti, c'est la lèpre de la littérature. » Et cette lèpre, semble-t-il, a gagné aujourd'hui toute la littérature…

De l'autre côté, il y a le poème, la fable, le roman philosophique ou satirique. Cette littérature commence avec Homère et passe (pour aller vite) par Rabelais, La Fontaine, Swift, Voltaire, Nerval et, plus près de nous, Joyce, Kafka, Céline, images-1.jpegKundera, Quignard****, etc. Il s'agit toujours de rendre compte du monde et de ses aberrations, mais en créant un langage singulier. À chaque époque sa langue, me direz-vous. Rien de plus vrai.

Et le romancier (le poète en mouvement) doit inventer la sienne pour provoquer (découvrir, dévoiler) la vérité.

* Olivier Adam, Les Lisières, Flammarion, 2012.

** Christine Angot, Une semaine de vacances, Flammarion, 2012.

*** Félicité Herzog, Un héros, Grasset, 2012.

**** Pascal Quignard, Les désarçonnés, 2012.

01:43 Publié dans all that jazz | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : réalisme, littérature, angot, adam, herzog, quignard, voltaire | | |  Facebook

01/10/2012

Eros et Thanatos

anne-sylvie sprenger,eros,thanatos,littérature romande,romanCertains livres ont la force d’un exorcisme. Ils prennent le mal à bras le corps, essaient de lui tordre le cou. Mais le combat se révèle inégal. Le mal est là, en soi et hors de soi. Il s’appelle déception, fascination pour le néant, douleur de vivre. L’amour, seul, peut lui tenir la dragée haute. Encore faut-il qu’il soit pur et profond !

 C’est le cas du dernier livre d’Anne-Sylvie Sprenger, née à Lausanne en 1977, dont le titre est déjà tout un programme : Autoportrait givré et dégradant*. Il raconte une histoire simple : une jeune femme qui veut se jeter sous un train, des amours improbables avec son sauveur, le conducteur de la locomotive, l’enfer qui s’installe lentement, la naissance d’un enfant naturel, la haine de sa belle-famille, la plongée à nouveau dans les eaux du désespoir. Le livre flirte constamment avec la mort. Heureusement Eros, le frère jumeau de Thanatos,  n’est jamais loin. Judith, l’héroïne du roman, lui prête des pouvoirs magiques. Seul l’amour, pense-t-elle, peut la sauver. Non d’une faute que la jeune femme aurait commise. Mais, simplement, organiquement, de la souffrance d’être au monde.

anne-sylvie sprenger,eros,thanatos,littérature romande,romanCar Judith croit trouver en Paul, le cheminot, son sauveur. En réalité, cet homme taciturne et sournois va l’entraîner dans la spirale de l’alcool. Bientôt, l’amour rêvé se transforme en cauchemar. Même le Sauveur porte le mal en lui, encouragé, comme dans une tragédie grecque, par le chœur des belles-sœurs qui poussent des cris d’orfraie. Judith, qui enseigne le français, tombe amoureuse de l’un de ses élèves et se retrouve enceinte. Paul, mari cocu, accepte cette situation honteuse. Mieux même : il tente de s’amender. Il cesse de boire, tente de reconquérir sa femme. Il réinvente, au fond de lui, l’amour des commencements. Mais le destin guette, qui va réduire à néant sa volonté de rédemption…

Inutile d’en dire davantage : tout le roman d’Anne-Sylvie Sprenger tient sur ce fil tendu, fragile, entre l’amour et la mort. Il est écrit en brefs chapitres entre lesquels, heureusement, le lecteur peut reprendre son souffle. Il en a bien besoin. Car l’histoire est intense et admirablement construite. On est emporté par le destin de Judith, sa souffrance, ses rêves de bonheur. On suit sa quête pas à pas, captivé par la force du désir. Et sa folie.

« Un roman est crédible, écrivait Jacques Chessex, quand son style lui donne corps. » C’est le cas d’Anne-Sylvie Sprenger, l’un des rares écrivains suisses-romands à posséder un style. Poétique, précis, unique, profond. Il faut lire ce roman, jusqu’au retournement final, où l’auteur se sauve, littéralement, en laissant derrière elle un manuscrit qui est la preuve de sa rédemption. Signe d’un exorcisme réussi.

* Anne-Sylvie Sprenger, Autoportrait givré et dégradant, roman, Fayard, 2012.

01:21 Publié dans livres en fête | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : anne-sylvie sprenger, eros, thanatos, littérature romande, roman | | |  Facebook