04/10/2012

Les deux littératures

AVT_Georges-Bataille_5597.pjpeg.jpeg« Il y a deux types de littérature, écrivait Georges Bataille. La première, plate et anecdotique, fait la une des gazettes, et se vend bien. La seconde, allégorique et souterraine, fait son chemin dans l'ombre et intéresse les lecteurs à venir. »

On ne saurait mieux définir notre époque qui préfère le plat, le sordide et les mensonges de l'autofiction à la littérature d'invention, la fable, la création d'un monde singulier. Tout se passe comme si, de tous les mouvements littéraires, le réalisme avait définitivement remporté la partie. Il suffit de passer en revue quelques stars de la rentrée française. Dans Les Lisières*, Olivier Adam, nous raconte, pour la énième fois, l'histoire d'un homme abandonné par son épouse, et séparé de ses enfants. Avec force détails et serrements de cœur. DownloadedFile-1.jpegL'inénarrable Christine Angot, dans Une semaine de vacances**, nous ressert la resucée de son inceste (une fellation au jambon-beurre) en ne nous épargnant aucun détail. Telle autre, Félicité Herzog***, avec une rage inassouvie, déboulonne la statue de son père, dans un style au plus près du trottoir.

« Le réalisme, disait mon cher professeur Roger Dragonetti, c'est la lèpre de la littérature. » Et cette lèpre, semble-t-il, a gagné aujourd'hui toute la littérature…

De l'autre côté, il y a le poème, la fable, le roman philosophique ou satirique. Cette littérature commence avec Homère et passe (pour aller vite) par Rabelais, La Fontaine, Swift, Voltaire, Nerval et, plus près de nous, Joyce, Kafka, Céline, images-1.jpegKundera, Quignard****, etc. Il s'agit toujours de rendre compte du monde et de ses aberrations, mais en créant un langage singulier. À chaque époque sa langue, me direz-vous. Rien de plus vrai.

Et le romancier (le poète en mouvement) doit inventer la sienne pour provoquer (découvrir, dévoiler) la vérité.

* Olivier Adam, Les Lisières, Flammarion, 2012.

** Christine Angot, Une semaine de vacances, Flammarion, 2012.

*** Félicité Herzog, Un héros, Grasset, 2012.

**** Pascal Quignard, Les désarçonnés, 2012.

01:43 Publié dans all that jazz | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : réalisme, littérature, angot, adam, herzog, quignard, voltaire | | |  Facebook

Commentaires

Pierre Jourde vient de publier un livre fondé comme Rabelais sur le fabuleux, "le Maréchal absolu", il se vend moins que l'Angot, mais est assez apprécié par la critique, il faudrait que je le lise, mais le renvoie à Rabelais m'ennuie un peu, il faut aussi pouvoir prendre l'imaginaire au sérieux, et ne pas seulement le prendre comme un "truc", un procédé de rhétorique.

Écrit par : Rémi Mogenet | 04/10/2012

Courte et bonne analyse! Je suis tombé par hasard, récemment sur l'Abbé C. de Georges Bataille. Est-ce un paradoxe que de ranger ce dernier, comme romancier, dans la première catégorie qu'il décrit? Son roman me me paraît pas dépasser le stade de l'anecdote un peu sordide et dégage un ennui terrible sans jamais enrichir par résonance la rêverie du lecteur - je parle pour moi, bien sûr.

Écrit par : l'Acratopège | 04/10/2012

Merci de votre commentaire, Acratopège. Pour Bataille, je suis d'accord avec vous. Il y a chez lui une volonté de transgression qui semblait inouïe à son époque, mais paraît désuète aujourd'hui. Dire les choses comme il le dit, c'est-à-dire crûment, faisait déjà scandale. Mais il y a aussi ce désir sacrilège, blasphématoire, qui tombe aujourd'hui à plat (sauf chez nos frères musulmans!).

Écrit par : jmo | 04/10/2012

Bonjour Rémi ! Oui, j'ai vu que Pierre Jourde venait de publier quelque chose à ce sujet, mais pas encore eu le temps de lire. Mais vous avez raison : la difficulté, c'est de prendre l'imagination au sérieux ! On raconte que quand Kafka lisait ses textes à ses amis, ceux-ci étaient morts de rire ! Mais voyaient-ils le côté métaphysique de ces textes ? Le sérieux derrière le farfelu ? Très difficile de combiner les deux. J'en sais quelque chose. Bonne journée à vous et à Ripaille, un jour ou l'autre !

Écrit par : jmo | 04/10/2012

Oh, oh, Jean-Michel, vous êtes sûr? Le drapeau, en France, est chose légalement sacrée et ne peut être insultée. L'hymne national sifflé, ce fut un gros scandale. Quand j'ai écrit un article contre Mitterrand, certains s'avouèrent choqués.

Écrit par : Rémi Mogenet | 04/10/2012

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