30/03/2012

À qui profite le stupre ?

images.jpegÀ qui profite le crime ? Au criminel qui a volé, tué ou violé ? À la victime qui a fait la preuve de son innocence ? À la Justice qui tranche entre le Bien et le Mal ?

Ces réponses, d'ordre moral ou juridique, n'ont plus cours aujourd'hui. Elles appartiennent, déjà, à une histoire ancienne. Une époque révolue où la vérité, patiemment mise à jour, se jouait au prétoire. Dans le théâtre de la Justice. Avec avocats en robes noire et juges en perruques poudrées et col d'hermine.

Aujourd'hui, tout est différent. Personne n'attend plus la sanction des juges (d'ailleurs parfaitement inutile). Les avocats se livrent à des gesticulations bruyantes, via Twitter, Facebook ou les micros que quelques journalistes complaisants veulent bien leur tendre. Tout cela fait partie du spectacle. Le show va toujours de pair avec le business.

Mais dans l'affaire DSK, par exemple, à qui profite le stupre ?

C'est vite vu. Les seuls à profiter de cette sordide affaire sont les médias. Tous les médias. Sans exception (il n'y a aucune différence, ici, entre Le Monde et Le Matin ou le Blick). Qui en remettent, chaque jour, une nouvelle couche. images-1.jpegEn publiant des documents volés, des extraits d'interrogatoire couverts par le secret de l'instruction, des confidences et des ragots insensés. Jamais la presse n'est tombée aussi bas. Voyeurisme. Populisme. Jamais elle n'a fait preuve d'un tel acharnement. Pourquoi ? Pour défendre les pauvres escorts malmenées par DSK ? Si seulement ! Par nostalgie puritaine ? Non plus. Pour écarter définitivement un homme politique du pouvoir ? Peut-être bien. Mais alors pourquoi ? Pour une raison toute simple : à l'époque où la presse tire la langue, où les journaux voient leur audience diminuer chaque jour, l'affaire DSK est du pain béni. Une aubaine ! Elle fait grimper les ventes, aussi sûrement que le Viagra aide à redresser certaines situations défaillantes. Le seul intérêt des articles minables qui retracent cette affaire, c'est d'augmenter le tirage des journaux, de prendre les lecteurs non par les sentiments, mais par les couilles (ou ailleurs, si l'on veut). Et une fois qu'on les tient, on ne les lâche plus…

Merci DSK !

À défaut d'avoir sauvé la Grèce, l'ex-patron du FMI sauve la presse du monde entier. C'est une noble mission. À la hauteur de ses indéniables talents. J'espère qu'un jour, reconnaissants, les journalistes érigeront une statue en son honneur. Bien droite. Et éternelle. Comme la vérité.

 

09:00 Publié dans all that jazz | Lien permanent | Commentaires (11) | Tags : dsk, médias, sexe, nafissatou diallo, politique, france | | |  Facebook

Commentaires

Oh, il ne faut pas exagérer. Avez-vous vu ce qu'aurait dit un ami du Monsieur célèbre au sein de ses séances? "Le pouvoir, ça a du bon". Cela a choqué jusqu'aux filles elles-mêmes. Il y a toujours un moment où la morale se confond avec les vertus civiques, il est donc faux que dès qu'on évoque les moeurs sexuelles, il soit interdit de distinguer le bien et le mal. La République française prône le respect de la personne humaine et l'égalité entre les sexes: il ne s'agit pas de mots creux, en principe. Or, les filles impliquées dans les derniers rebondissements ont parlé dans le même sens que Nafitassou Diallo, à cet égard. La République n'est pas une machine, elle a une âme. Qu'elle prône l'amour libre, soit; cela n'est pas forcément contre toute valeur, la poésie galante a toujours eu ses adeptes. Mais là, c'est autre chose. Il faut distinguer en cela, et non pas entre le sexe et le reste du monde.

Écrit par : Rémi Mogenet | 29/03/2012

Belle chute, mais trop métaphorique pour ne pas être soupçonnée d'une forme de fascination immodérée pour le (votre?) phallus. Tout le reste n'est que soupçon et dénigrement : la presse d'information générale, dans l'affaire DSK comme dans de multiples autres dénonciations d'abus de pouvoir ou de corruption, fait un travail nécessaire même si le cas est peu reluisant. Il en va de même dans de nombreux dossiers criminels et même de faits divers. La question n'est pas tant de savoir si les publics consomment par voyeurisme ou souci de véracité, mais ce qu'ils consomment comme contenus médiatiques et comment. Enfin il n'est pas nécessaire relire Le Petit Journal ou les archives des titres du 19e siècle pour se rappeler que la presse populaire (qualifiée de boulevard par les uns, de presse à sensation par les autres) et tous les médias de masse apparus aux 20e siècle ont satisfait les appétits des foules en matière d'odeurs de sang, de larmes et de sexe. Internet ou papier: ce ne sont pas les offrants qui créent les jeux du cirque mais les demandeurs qui s'y précipitent avec délice. Et depuis toujours.

Écrit par : Amez-Droz | 29/03/2012

La justice qui s'étale ainsi ne respecte pas ses propres codes. Où est sa morale? Qui donc a intérêt dès le lendemain à diffuser des documents couverts par le secret de l'instruction? Et pourquoi la hiérarchie judiciaire semble-t-elle si passive face à cette caricature de procédure?

A quoi, à qui toute cette affaire sert-elle?

Écrit par : hommelibre | 29/03/2012

John, les magistrats sont des êtres corruptibles, eux aussi. Le public veut pouvoir entrer dans le secret de l'instruction. Il en est ainsi pour toutes les affaires qui le passionnent. Et souvent, ce qui le passionne, c'est que les grands personnages qui se présentent comme des gens civilisés et raffinés apparaissent dans l'intimité comme des gens différents. Balzac fonctionnait-il différemment, lorsque, dans "La Cousine Bette", il fait du maire de Paris un être ridicule et lamentable? C'est un symptôme du temps. Peut-être qu'il faudrait aussi développer une littérature journalistique au sein de laquelle les gens apparemment médiocres sont des âmes radieuses et belles. Dans la lignée des "Misérables" de Victor Hugo. J'ai bien essayé de le faire avec Leigh Brackett.

Écrit par : Rémi Mogenet | 30/03/2012

@ Amez-Droz. Qu'avez-vous contre le phallus ? Nous venons tous de là. De ça. Même les féministes (ce détail les rend malades). Cela dit, la presse, dans le cas DSK, n'informe pas. Elle ragote. Elle fait le trottoir. Elle se contente de publier des documents volés ou des bruits de couloir. Parce qu'elle y trouve son compte sonnant et trébuchant. C'est d'ailleurs son seul avantage.

@ hommelibre: vous avez raison, ce qui frappe dans cette affaire, c'est aussi l'inertie (ou le double jeu) de la Justice, qui instruit le dossier à ciel ouvert,m si j'ose dire. Alors que tout cela devrait se faire dans le respect du prévenu et le secret. Mais certains, comme les médias, y trouvent leur compte. Le quotidien Libération, dont les ventes étaient en chute libre, a ressuscité l'an dernier grâce à l'affaire DSK. Une aubaine !

@ Rémi : le sexe, et ce qui va avec, est toujours sale, selon les médias. C'est le grand retour du puritanisme. L'homme idéal, artiste ou politique ou autre chose, ne devrait avoir aucune vie sexuelle. C'est un pur idéal! Dès qu'il touche au sexe (en dehors de la reproduction, bien sûr), il est perdu. C'est un pervers. Un obsédé. Un malade. C'est ainsi qu'au XXIe siècle on considère encore le sexe dans nos sociétés.

Écrit par : jmo | 30/03/2012

Je ne suis pas très convaincu, Jean-Michel, car j'ai le souvenir qu'il a fallu attendre la titularisation de Dominique S.-K. à la tête du F.M.I. pour que le grand public apprenne qu'il était très pressant avec les femmes. Pendant longtemps les journalistes n'en ont pas parlé. Et puis les Américains en parlent et du coup en France on en parle aussi. Ce qui est vrai, c'est que cette coutume française de ne pas en parler ou de ne pas s'y intéresser de trop près est bien, comme vous le dites, supplantée par un puritanisme d'inspiration américaine, toute la culture en Europe et donc en France est en train d'être américanisée en profondeur. Mais il n'en est pas moins vrai, je crois, qu'il a fallu attendre un événement particulier pour que la vanne de ce subconscient nourri de puritanisme américain s'ouvre. Cet événement renvoie à un tableau qui contredit l'image de la vie sexuelle libre, inspirée des images du XVIIIe siècle, qu'on a essayé d'entretenir en France. On imaginait des femmes libres et d'accord, riantes et gaies, et ce n'est pas cela. Ce n'est pas "Les Liaisons dangereuses", en fait. L'atmosphère est soudain différente. Or, je crois, personnellement, que le sentiment moral n'a rien d'artificiel, il s'appuie bien sur l'âme telle qu'elle est naturellement. Historiquement, ça va et ça vient, parce qu'on va d'un excès à l'autre, tantôt on veut se libérer parce qu'il y a trop de contraintes, tantôt on veut se restreindre parce qu'il y a des dérives. Au fond de soi, on regarde comme beau ce qui est équilibré, non ce qui est excessif.

Écrit par : RM | 30/03/2012

Rémi, vos commentaires sont en harmonie avec mes convictions. Il ne faut en aucun cas confondre le poète libertin et son libertinage avec un mac de caniveau qui traite les filles de "matériel" et qui, en plus, se protège sous son immunité diplomatique devenant une impunité diplomatique, ou l'inverse; qui ose dire, avec le plus absolu des cynismes et d'aplomb, d'une fille à poil "qu'on ne peut savoir si elle est prostituée"... ou amoureuse...à défaut nymphomane désireuse de sauter DSK... Vous connaissez beaucoup de jeunes femmes entre 20 et 30 ans désireuses de se farcir DSK sans contre-partie financière juste pour aller dire à leurs copines qu'elles se sont fait DSK? Clooney, ok, c'est encore crédible vu que les femmes en raffolent dans leur majorité. Mais DSK, franchement, l'homme qui sent l'argent du FMI, il ne faut pas nous raconter des salades. Une histoire romantique avec un distributeur à monnaie?...les femmes ne sont pas bêtes. Elles savent qui leur racontent des histoires romantiques et qui leur balancent leur virilité en pleine figure. Nafissatou Diallo, entre autres, connaît l'histoire. N'est-ce pas?...Elle qui n'a jamais reçu ce chèque de DSK sur la tablette de nuit...tellement DSK était sûr qu'une fois sa pipe bourrée et fumée de force. il repartirait sans retour de flamme du Sofitel... en toute impunité.

Écrit par : pachakmac | 30/03/2012

@ pachakmac : « Vous connaissez beaucoup de jeunes femmes entre 20 et 30 ans désireuses de se farcir DSK sans contre-partie financière juste pour aller dire à leurs copines qu'elles se sont fait DSK? » Oui, j'en connais ! Vous oubliez que le pouvoir est aphrodisiaque, pour les femmes comme pour les hommes. Et que DSK, sur ce sujet, a eu beaucoup de propositions…
Cela dit, je n'ai pas d'affection particulière pour le bonhomme, libertin, certes, mais aussi arrogant et peu courageux (sa demande d'immunité). Mais trop, c'est trop. Qu'on lui lâche la grappe ! Et que les femmes se vengent, à leur manière, en remettant le bonhomme à sa place. Ce n'est pas à la presse de jouer les pères-la-vertu!

Écrit par : jmo | 30/03/2012

Il est bien dommage que les journalites ne s'intéressent qu'à la vie sexuelle des politiciens, et des stars.
Je suis sûre que s'ils faisaient des enquêtes dans leur propre milieu, rédacteurs en chefs, éditeurs, patrons des médias.. ils trouveraient des affaires de moeurs des plus croustillantes.
Qu'est-ce qui les empêche de mettre à la Une la vie sexuelle débridée d'un des leurs? Si une éthique journalistique ne les autorise pas à s'épancher sur les moeurs de leur propre confrère qu'ils ouvrent leur colonne "tribune libre" et les écrivains qui sont sur ce site partiront à la pêche aux informations et raconteront de leur plus belle plume les aventures torides des gens de médias.

Écrit par : Noëlle Ribordy | 30/03/2012

Mais enfin, Jean-Michel, trop c'est trop... C'est quand même bien à l'occasion d'une inculpation. La presse rapporte au public les affaires de justice. Ce que "Le Monde" a publié n'est pas la vie privée du grand homme en dehors de l'affaire pour laquelle il a été inculpé. On ne peut pas dire cela. Si c'est trop, alors, il faut aussi demander aux magistrats d'arrêter, car faire un procès, c'est porter une affaire devant le public. Maintenant, plutôt que d'arrêter avec ces affaires qui font retentir les tribunaux de leurs horreurs, je pense qu'on pourrait aussi accorder de l'importance à ce qui retentit au contraire de beauté morale. Cela équilibrerait l'ensemble. Peut-être qu'on ne le fait pas assez, qu'on passe en fait trop de temps à glorifier des gens qui ne font aucune bonne action, mais qui acquièrent une force particulière. Moi aussi, quand j'entends parler des hommes politiques, j'ai envie de dire que trop c'est trop. Il faudrait aussi glorifier des gens qui ont manifesté leur belle âme. Evoquer davantage les poètes qui ont reçu un prix de poésie, je ne sais pas.

Écrit par : Rémi Mogenet | 30/03/2012

j-p xxxxx inculpé pour viol de 3 garçons de 14 ans, pas un seul interrogatoire par la police, de vagues déclarations en plus mensongères via le parquet et une amende avec sursis, déjà que la presse censure l'identité de ce malade, vous me censurez aussi ???

Écrit par : Corto | 31/03/2012

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