11/02/2012

Deux grands crus littéraires

Le Valais est une terre de vignerons et d’écrivains. Il n’y a pas si longtemps, Maurice Chappaz, grand bourlingueur devant l’Éternel, poète lumineux, fut le gardien des vignes de son oncle Troillet, à Fully. Si l’encre est le sang des livres, le vin, souvent, est le sang des poètes.

Chaque année, à l’époque des vendanges, des livres sortent des presses romandes, parmi lesquels il y a de grands crus. C’est le cas de deux écrivains valaisans, Germain Clavien et Alain Bagnoud. Tous deux sont fils et frères de vignerons. Et leurs livres poursuivent, à leur manière, le cycle de la vigne. C’est-à-dire des saisons.

images.jpegOn ne présente plus Germain Clavien (né à Sion en 1933). Tour à tour enseignant, journaliste et romancier, il est d’abord poète. C’est en poète qu’il rédige, depuis près de 40 ans, sa Lettre à l’imaginaire. Une chronique de la vie au long cours. En Valais et ailleurs. Le dernier volume paru s’intitule Au gré des jours, du ciel et de la plume*. Il retrace avec émotion et sagesse, mais aussi indignation, les événements de l’année 2005. C’est une chronique des jours de notre vie. C’est-à-dire à la fois ordinaires et absolument uniques — puisque personne, ici-bas, ne peut vivre ces jours à notre place. C’est donc le livre d’un homme et d’une terre. Comme le vin. Clavien nous parle au cœur, d’une plume claire et précise, en dénonçant les ravages des arnaqueurs, les petits arrangements entre amis du monde littéraire romand, la guerre aux tympans lancée par les F/A-18 qui empoisonnent le ciel valaisan. Il y a de la colère dans les chroniques de cet écrivain-philosophe. De la douceur et de l’amour. Et le cru 2005, publié cette année, est un grand millésime.

L’œuvre d’Alain Bagnoud (né en 1959) est sans conteste l’une des plus intéressantes de Suisse romande. DownloadedFile.jpegVoilà un Valaisan de pure souche, né au milieu des vignes, à Chermignon, qui, par les hasards de l’existence, est venu s’installer à Genève, où il a poursuivi des études universitaires. Il raconte l’histoire de ce déracinement, à la fois douloureux et nécessaire, dans une trilogie autobiographique parue aux éditions de l’Aire. Aujourd’hui, il nous donne une sorte de « journal extime ». Un recueil de textes parus d’abord sur le blog qu’il anime depuis plusieurs années, et qui est une mine d’informations et de réflexions sur la littérature (http://bagnoud.blogg.org). Cela s’appelle Transports**. C’est une série d’instantanés, poétiques et fugaces, dans lesquels Bagnoud essaie de ressaisir une atmosphère, d’éclairer le mystère d’une rencontre. Il écrit dans le mouvement, parfois la hâte. Les bus, les trains, les trams. Ce qu’on appelle les transports publics. Mais son œil est celui d’un poète et d’un entomologiste. Il étudie les hommes (les femmes surtout !) avec amour et étonnement. Il ne se lasse pas de les regarder. De les décrire. De les interroger. Sous la loupe de son style élégant et précis. Son petit recueil de proses poétiques est l’un des plus beaux livres de cette année.


 

* Germain Clavien, Au gré des jours, du ciel et de la plume, L’Age d’Homme, 2011.

** Alain Bagnoud, Transports, L’Aire, 2011.

 

10:18 Publié dans chroniques nouvelliste | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : bagnoud, clavien, littérature suisse, vins | | |  Facebook

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