11/01/2012

Un écrivain est né

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Souvent, dans la littérature romande, on respire mal. L’air y est rare. Quelquefois on étouffe. Il y a des barreaux aux fenêtres. Des murs partout. La porte est verrouillée de l’intérieur. Et même, parfois, une corde est préparée au salon pour se pendre. Le monde entier se limite à une chambre. Pourquoi écrire ? Comment sortir de sa prison ?

Heureusement, de temps en temps, il y a des livres qui donnent le goût du large. L’aventure. Les rencontres. Les bagarres amoureuses. La vie, quoi. L’auteur est inconnu. Normal. C’est son premier livre. Il s’appelle Quentin Mouron. Retenez ce nom. Il a à peine vingt-deux ans. Il vit entre Bex et Lausanne. Il n’est pas seulement suisse, mais canadien aussi. Et ça se sent à chaque page. Le goût du large, on vous disait. Les grands espaces. L'Amérique. Le bruit de l’océan qui vous réveille après une nuit alcoolisée.

Bien sûr, il faut passer l’écueil du titre, Au point d’effusion des égouts*, qui est une citation du poète français Antonin Artaud. Il ne rend pas totalement justice au souffle, à la verve, à l’énergie singulière de l’écriture de Quentin Mouron, si rares sous nos contrées moroses et renfermées sur elles-mêmes.

De quoi s’agit-il dans ce roman qui sort de l’ordinaire ?

D’une longue errance, à travers l’Amérique, d’un jeune homme en rupture de ban et de famille. Il a quitté la Suisse et, comme tant d’autres, il est parti à la conquête de l’Amérique. Son voyage le mènera de la Cité des Anges (Los Angeles) à la Cité du Jeu (Las Vegas). C’est une quête d’identité ponctuée de rencontres tout à fait surprenantes. Il y a d’abord Paul, le cousin flic, qui accueille le narrateur pour quelque temps. Puis l’inénarrable Clara, trop grosse, trop névrosée, trop accro aux neuroleptiques. Mais combien attachante (un vrai sparadrap !). Portrait haut en couleur d’une femme qui semble droit sortie des romans de l’affreux Bukowski. Ensuite, il y aura Laura, trop maigre, trop pâle, trop versatile, qui laissera dans le cœur de Quentin une blessure incurable. Puis un soldat à la retraite, rescapé du Viet Nam, l’accueillera quelques jours dans la mythique Vallée de la Mort, aux confins de la Californie et du Nevada. Autre rencontre marquante, ressuscitée par la langue énergique, inventive et précise de Mouron.

Il est rare, dans le petit monde de l’édition romande, on ne peut plus plan-plan, de découvrir un tel talent, non pas à l’état brut, mais à l’écriture déjà affirmée, nerveuse et personnelle. Il faut donc lire de toute urgence Quentin Mouron.

Si vous ne me croyez pas, allez-y voir vous-même !

* Quentin Mouron, Au point d'effusion des égoûts, Olivier Morattel éditeur, 2012.

11:15 Publié dans livres en fête | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : quentin mouron, roman, littérature romande, découverte | | |  Facebook

Commentaires

Je ne connais pas personnellement Quentin Mouron, je précise - je veux dire périmètriquement dans un même espace d'une réalité partagée - mais nous avons échangé quelques propos à bâtons rompus par échanges de courriels. Etant à Paris, je dois me procurer d'urgence "Au point d'effusion des égoûts", en effet, l'auteur touche un univers que je souhaite traverser en lisant les mots et les descriptions de ce jeune voyageur de la Vie, dont la dérive n'en serait pas une mais ressemblerait plutôt à une sorte de confrontation au temps, le temps de sa propre vie en roue libre superposé au temps distordu et figé des choses de vies en arrêt sur images.

Écrit par : John N.F. AGERA | 11/01/2012

Merci à Jean-Michel Olivier et à son commentateur de nous donner envie, en effet, de lire et de découvrir l'écrivain et son premier ouvrage!

Écrit par : Hélène Richard-Favre | 19/01/2012

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