31/08/2011

L'amour est insulaire

DownloadedFile.jpegC’est l’un des livres les plus intrigants de la rentrée. Son titre : Les Îles*. Son auteur : Philippe Lançon, accessoirement critique littéraire à Libération. Dans ce roman, dense et labyrinthique, qui flirte avec l’autofiction, Lançon retrace la folie d’une femme qu’il a aimée. De Jad la folle, son enquête l’entraîne de femme en femme, et d’île en île. Comme l’amour, la folie est contagieuse. Et insulaire. Entretien.

 

Raconter la folie d'une femme (Jad) : tel est le projet du livre. Pourtant, dès les premières pages, cette folie paraît toucher, par contagion, les autres personnages : Ali, Jun et, bien sûr le narrateur, qui navigue entre ces îles…

— Elle les touche, en effet — chacun à sa façon et selon son caractère. J'espère que le récit est une juste rétribution. Il devrait l'être en tout cas.

 

— Comment avez-vous construit votre livre ?

En commençant par le premier chapitre et en finissant par les chapitres sur la "descente" de Jad. J'ai écrit le prologue et l'épilogue chemin faisant.images.jpeg

 

On voyage beaucoup, dans votre livre, entre les femmes qui sont des îles et qui semblent détenir, pour le narrateur, les secrets de l'amour et de la folie. L'homme est-il condamné à cette errance en mer ? A ne jamais toucher une terre stable ?

— J'ignore à quoi l'homme est condamné. Le narrateur ne détient aucun secret. C'est une conscience molle, dépressive, dont les errances et tourbillons ne sont bons qu'à accueillir les autres, sous forme de paysages, de scènes ou de portraits.

 

Votre livre est semé de formules, sentences ou maximes qui font penser à La Rochefoucauld. Quelle est le rôle de ces « sentences » ?

Suspendre le récit. Lui donner, à certains moments, certaines couleurs (plutôt sombres). L'alourdir aussi, en faire trop : ne pas lui épargner les vices, les excès, la prétention. Et rendre hommage, entre autres, à La Rochefoucauld. Hommage naturellement honteux, pastiche et postiche.

 

Vous sentez-vous davantage moraliste ou romancier ?

Je ne me pose pas cette question. Je ne me sens rien. J'écris.

 

Est-ce que Jad a lu votre livre ? Si oui, qu'en a-t-elle pensé ?

Jad n'existe pas (dans le monde réel). Celle qui l'a — en partie — inspirée n'a pas davantage lu le livre que Jad ne l'a fait, dans le livre.

Propos recueillis par JMO

* Philippe Lançon, Les Îles, roman, édition Lattès, 2011.

09:45 Publié dans livres en fête | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : roman, littérature, philippe lançon, folie, île | | |  Facebook