29/06/2011

Vladimir Dimitrijevic (1934-2011)

Triste jour pour la littérature — romande, suisse, européenne — : Vladimir Dimitrijevic, né en 1934 à Skopje, fondateur des éditions de L'Âge d'Homme, nous a quittés hier soir, 28 juin, victime d'un accident de la route, près de Clamecy, au sud de Paris. Nous rendrons hommage, dans les jours qui viennent, à cet homme exceptionnel.

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28/06/2011

Barbara Polla en miroir

b.polla.jpgVoici un livre étrange et envoûtant* : la femme qui écrit s’avance ici sans masque, un miroir à la main. Ce miroir, elle le tend à sa mère, qui porte le même prénom qu’elle, Barbara, pour arracher au temps quelques images, des souvenirs d’enfance, des sensations qu’elle croyait oubliées, mais qui surgissent, brusquement, sous le regard de la mère.

Séquence après séquence, grâce au miroir magique, Barbara sort de l’ombre, renaît une seconde fois, en 1922, avec des yeux vairons qui lui donnent, tout de suite, la conscience d’être unique. Celle qui suivait son père partout, aimait à se cacher sous les tables, avait peur de l’orage comme du feu, adorait chanter en famille et dessiner, cette Barbara-là voulait être médecin. Au fil des pages, sa figure ressurgit, sous la plume de sa fille, avec une précision mêlée de tendresse et de fascination.

 


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07:35 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : barbara polla, miroir, à toi bien sûr | | |  Facebook

23/06/2011

Genève, ville idyllique

images.jpegGenève, c'est sûr, est un havre de paix et de sérénité, de luxe et de beauté. Seuls quelques esprits chagrins vous diront le contraire. Des gens infréquentables. Suivez mon regard! C'est là-bas, au fond, à droite…

Je mangeais l'autre avec trois excellents collègues. Le repas était quelconque. Mais la conversation, comme toujours,  intéressante.

L'un d'eux, André W.*, grand violoncelliste devant l'éternel, était encore tout remué : son fils, étudiant à l'Uni, s'était fait attaquer et faucher son PC, alors qu'il travaillait paisiblement dans un parc public. Son agresseur était menaçant et armé. Le jeune étudiant avait eu peur pour sa peau…

Histoire banale,  au fond, qui ne vient pas faire de l'ombre au tableau de la Genève idyllique que certains, au fond, à gauche, essaient de nous vendre.

Cette anecdote en a appelé une autre. Claude D.*, en Suisse depuis trente ans, rentrant chez lui comme chaque soir, était tombé nez à nez avec deux lascars qui avaient mis l'appartement à sac, méticuleusement, emportant les ordinateurs de madame et monsieur, les bijoux de madame, ainsi que de nombreux objets chers à leurs enfants. Claude D.* en était encore tout retourné.

Banal, aussi, cet « accident » qui demeure, au fond, peu représentatif de la réalité genevoise.

François B*, un autre collègue enseignant, a dû subir une grosse frayeur: les cambrioleurs lui ont rendu visite, de nuit, alors que toute la famille dormait tranquillement. Ramdam d'enfer. Stupeur et tremblements. Les voleurs détalent. Et mon ami François B* en est quitte pour expliquer la chose aux policiers, dont c'est l'ordinaire. Il leur raconta que c'était déjà la troisième fois que la chose se produisait…

« Et toi ? me demandèrent en chœur mes trois amis.

— Oh, moi, rien de spécial. Je me suis fait cambrioler deux fois ma voiture (les voleurs n'ont pas voulu des épreuvres de matu qui étaient dans ma serviette sur le siège arrière!). Ma fille s'est fait dérober trois vélos. Ma femme, un seul, mais de marque italienne. Et notre cave, qui a longtemps abrité des squatters heureux, a été vidée deux fois de tout son contenu… »

Nous avons compté d'une seule voix : à nous quatre, nous comptabilisions 18 (dix-huit) vols ou cambriolages ! Belle moyenne…

Rien que de très banal, sans doute, dans notre belle ville, mais cela fait du bien de le dire!

* Noms connus de la rédaction !

 

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20/06/2011

Blind date (8)

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Comme autrefois sur la place de l’Horloge, un homme lui prend la main.

Mais ce n’est pas Philippe.

« Ça va, Adèle ? demande-t-il d’une voix inquiète. Vous êtes toute pâle…

Ce n’est rien. J’ai repensé à Philippe et…

Il est toujours là ?

Oui. Comme un ange gardien. »

Elle finit sa tasse de Maestro Lorenzo.

Nouvel assaut de souvenirs.

Main dans la main, ils traversent la touffeur des hangars où une troupe de fous joue Molière par 45° à l’ombre. Elle revoit les petits-déjeuners qui se prolongent jusqu’à l’heure du pastis. Les rues bruyantes et folles pleines de cracheurs de feu. De fausses chiromanciennes. De vrais pickpockets…

Adèle ne retire pas sa main.

« Vous reprenez quelque chose ? demande une voix inconnue. Un autre expresso ?

— Volontiers. »

Adèle ouvre les yeux. Elle scrute avec intensité le visage de l’homme assis en face d’elle.

« C’est là que nous nous sommes croisés ?

— Oui, dit-il. Ce jour-là. À cette petite table ronde couverte de prospectus…

— Je ne me souviens pas.

— La première fois ne compte pas…

— Et que s’est-il passé ?

— Nous avons bu un verre de Baumes. À la santé du vieux Léo ! Et nous avons beaucoup parlé. Philippe était intarissable. Il semblait heureux de me voir… »

Elle fouille dans sa mémoire. À la recherche d’une voix ou d’une image. Elle boit une gorgée de ce café magique.

« Vous m’avez plue tout de suite.

Pourquoi n’avez-vous pas cherché à me revoir ?

— Philippe est mort à la fin de l’été. Je vous ai revue dans la petite église…

— Vous étiez là ?

— Bien sûr. J’ai serré votre main. Mais vous ne m’avez pas reconnu… »

L’homme respire bruyamment, en proie à l’émotion.

« Peu de temps après, j’ai quitté le journal. Comme la moitié de la rédaction, d’ailleurs.

Pourquoi ?

Le journal a été racheté par notre concurrent.

Le gros ogre lausannois ?

Oui.

Je me souviens.

Impossible de travailler avec la nouvelle équipe…

Philippe serait parti aussi…

Certainement.

Ensuite ?

J’ai perdu votre trace. »

Par vagues, des souvenirs remontent à la surface. L’été à Avignon. Les petits-déjeuners sur la place de l’Horloge. Philippe riant sous son panama blanc. Une ombre traverse la place. Adèle ne voit pas son visage. Mais elle entend sa voix. Une voix douce et profonde. La voix de l’homme assis en face d’elle.

« Et puis j’ai eu beaucoup de chance, dit l’homme.

Pourquoi ?

Je vous ai retrouvée sur le Net.

Vous m’avez reconnue ?

Tout de suite. »

Quand elle est entrée au café King’s, tout à l’heure, et qu’elle l’a vu, assis seul à sa table, Adèle a su immédiatement que c’était impossible.

Simple erreur de casting.

Mais maintenant elle lui sourit.

« On aime au premier regard, dit l’homme. Mais ce premier regard est aveuglé. Il vous échappe. Comme il échappe, souvent, à la femme qu’on regarde…

— Ce qu’on sait de soi-même ne se voit pas, dit-elle. Comme une photographie qui n’arrive pas à la lumière… »

Dans la rue, la pluie a cessé de tomber.

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19/06/2011

Blind date (7)

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« Bonjour, dit l’homme en se levant et en lui tendant la main.

Bonjour, dit Adèle.

— Je vous en prie, asseyez-vous. Vous buvez quelque chose ?

Un café, dit Adèle.

— Très bien, dit l’homme en appelant la serveuse. Deux cafés, s’il vous plaît. »

Long silence.

Comment sortir du mensonge virtuel ? Entrer enfin dans la vraie vie ?

La serveuse apporte deux expressos au goût corsé et généreux.

« Vous habitez Vevey ? demande l’homme, embarrassé.

Oui, répond Adèle. Pourquoi ?

Je suis sûr que nous nous sommes déjà rencontrés.

Ça m’étonnerait ».

L’homme la regarde en souriant.

« Je crois même que nous nous sommes rencontrés plusieurs fois… »

Elle fixe l’homme au veston noir assis en face d’elle. Il boit une gorgée de café, repose sa tasse, la regarde à nouveau.

« Vous devez faire erreur, dit-elle. Me prendre pour une autre… »

À son tour, Adèle est mal à l’aise.

Elle regarde à travers la vitre.

Une pluie fine tombe dans la rue. Les passants pressent le pas. Une dame court après son chien.

« J’étais un ami de Philippe… » dit l’homme après un silence.

Comme un sésame, ce nom résonne dans la tête d’Adèle, emportant tout sur son passage.

Des larmes montent dans ses yeux. Elle fixe l’homme avec méfiance.

« C’est impossible, dit-elle.

Pourquoi ?

Il est mort il y a onze ans.

— Je sais. En 1998. Nous avons travaillé plusieurs années ensemble…

Philippe ne m’a jamais parlé de vous, dit-elle, gênée.

— Cela ne m’étonne pas, dit l’homme. D’habitude, je laisse peu de souvenirs… »

Adèle est intriguée.

« Et puis, nous nous sommes rencontrés à Avignon…

Pendant le Festival ?

Oui. Sur la place de l’Horloge.

Ce n’est pas très original…

— Non. Mais c’est la vérité. Nous avons bu un verre à la Civette…

Je ne me souviens pas.

Ce jour-là, vous portiez une robe rouge…

C’est possible.

Des sandalettes de cuir…

Quelle mémoire !

Et Philippe portait un magnifique panama blanc. »

Soudain, fermant les yeux, elle est sur la place de l'Horloge dans la torpeur du mois de juillet. Ils sont assis à une petite table ronde jonchée de flyers. Quand Philippe déplie le journal qu'il porte sous le bras, il pousse un cri. Léo Ferré vient de mourir, la veille, dans sa maison de Toscane. Elle est touchée par la nouvelle. Elle aimait bien le cirque du vieux Léo. Ses grimaces de singe. Sa voix. Ses cheveux fins couleur de neige. Mais c’est Philippe surtout qui est bouleversé. La mort est attendue, dit-il alors, on l’attend toute sa vie, mais elle frappe toujours dans le dos. C'est une garce qui vous prend par surprise. Des larmes coulent sur son visage et sur ses lèvres des bribes de chansons. Cette blessure. La mémoire et la mer. Jolie môme. Fredonner une chanson c'est réciter une prière, dit-il encore. Texte et musique à jamais confondus. Masculin féminin. C'est réciter le testament d'un homme qui n'est plus là pour le chanter lui-même…

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18/06/2011

Blind date (6)

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Dès qu’Adèle passe le seuil du café King’s, elle jette un œil vers cette table, là-bas, dans la pénombre.

Son cœur s’arrête.

Un homme est assis à la table. À leur table. On ne voit que son dos. Épaules larges. Crâne un peu dégarni. Le corps penché en avant comme s’il écrivait ou tapotait sur le clavier de son ordinateur. Vertige. Adèle ne bouge plus. Un instant, elle croit reconnaître l’homme qu’elle voit de dos. Assis à la place de Philippe. Portant lui aussi ce veston noir en velours côtelé que son mari aimait. Un bref instant, elle a envie de l’appeler, de se précipiter vers lui. Mais quelque chose sonne faux. À sa table, l’homme finit sa bière. Il se tourne à demi vers la serveuse pour commander un autre galopin. Adèle découvre son profil. Son vrai profil. Sa peau marquée de tavelures, son nez un peu écrasé. Les cheveux argentés sur ses tempes. Il n’a pas de lunettes.

Mais aussitôt elle sait que ce n’est pas lui.

Pas celui qu’elle cherche. Pas celui qu’elle attend.

Elle a envie de faire demi-tour. Mais au lieu de partir elle traverse le café. Elle passe devant l’homme assis seul à sa table. Sans un regard et sans un mot. Elle prend le petit escalier qui mène aux toilettes.

Devant la glace, le cœur battant, Adèle se refait un visage. Cheveux d'un blond sauvage et cru. Comme si quelqu'un y avait mis le feu avec une allumette. Visage rond et lisse. Yeux d'une belle couleur verte. Petites veinules irradiant sur les tempes et le menton retroussé. Oreilles toujours ornées de perles, par grappes de trois ou de cinq prises dans un pendentif d'argent. Bouche aux dents éclatantes. Mais aux lèvres maintenant cette expression de lassitude qui ne la quitte plus.

Ce parfum de fatigue.

Elle est devant la glace. Elle arrange son visage. Elle est prête au combat.

Son visage, elle le regarde cent fois par jour. Chaque fois qu'elle croise un miroir. C'est devenu un tic. Une obsession. Comme si elle avait peur de le perdre. Partout elle cherche à capter son reflet. À voir comment le temps inscrit sa marque sur le parchemin de sa peau, creuse des rides, alourdit le menton, ternit l'éclat des yeux rieurs. Tout cela elle le sait. Mais elle ne peut s'empêcher d'ausculter son visage cent fois par jour comme si elle voulait se convaincre de sa réalité.

Elle remonte le petit escalier et marche droit vers l’homme au crâne dégarni toujours assis à la même table.

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17/06/2011

Blind date (5)

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Ce soir, le ciel est plein d'oiseaux, de chants de merle, de cris d'enfants. Le pommier craque sous le mistral.

Elle est à sa fenêtre et elle entend une effraie qui s'envole. Là-bas, au-dessus des cyprès, froissement d'ailes dans la nuit. Sa cigarette brûle entre ses doigts. Jamais auparavant elle n'a connu une nuit comme celle-là. Une nuit glaciale et transparente où brusquement on est admis dans le secret du monde. Quelque chose se révèle. Épiphanie, flash. Fulgurance. Autour de vous quelque chose s'ouvre et vous emporte au cœur des choses. Adèle n'arrive pas à dormir dans le grand lit plein de fantômes. Elle transpire. Elle étouffe. Elle se lève pour respirer l'air de la nuit et aussitôt qu'elle ouvre la fenêtre elle se retrouve là-bas, dans la maison pleine de soleil, au milieu du mois d'août, et toute sa vie soudain lui apparaît dans une lumière aveuglante…

Cette scène, Adèle l'a rêvée des centaines de fois les nuits d'orage ou de pleine lune. Quand le ciel est un grand parchemin noir. Elle sort sur la terrasse pour respirer l'air de la nuit. Elle traverse le jardin. Sous ses pieds nus elle sent l'herbe drue et mouillée. L'herbe qui n'a pas été coupée depuis longtemps. Elle marche au bord de la piscine, puis revient sur ses pas. La terre est jonchée de cerises que personne n'a ramassées. Elle est sur la terrasse comme tout à l'heure et elle respire l'air de la nuit en fermant les paupières. Quand elle les rouvre il est là, surgi de nulle part et souriant, ses lunettes rectangulaires sur le nez. Il est là en bras de chemise et il marche vers elle. Adèle sourit à son tour, ouvre ses bras pour l'accueillir, l'appelle par son prénom comme elle le fait toutes les nuits. Philippe lève la tête. Il regarde autour de lui, l'air étonné, comme si quelqu'un dans l'air épais et noir avait crié son nom. Il fait semblant de rien (la mort est un mensonge, pense-t-elle, c'est un leurre que les hommes ont inventé pour se donner des émotions : un truc de charlatans). Elle se jette dans ses bras. Bien sûr elle n'embrasse que le vent. L'homme a passé à travers elle comme une ombre…

Elle s’apprête à franchir le seuil du café King’s.

C’est ici qu’elle donnait rendez-vous à Philippe…

Dans l’autre vie.

Le café King’s était leur nid d’amour.

Ils s’installaient toujours à la même table, un peu en retrait, loin du zinc et de la vitre. Il lui prenait les mains. Il lui racontait sa vie au journal. Rachele, la patronne, venait leur dire bonjour. Toujours un mot gentil et un sourire. Ils buvaient un café.

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16/06/2011

Blind date (4)

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Atome perdu dans la fourmilière des hommes, le monde vient à lui par un écran plasma. Le monde entier. En une seconde. Désormais il n’a plus besoin de sortir de chez lui.

« Comme on est bien quand on est seul ! se dit-il, comme pour se rassurer. Tout seul et relié au monde par une forêt de fils et d’écrans lumineux… »

Il se verse une tasse de café. Maestro Lorenzo Gastronomia. Un café qui réchauffe le cœur et donne du courage.

À cet instant, près de son lit, retentit un petit carillon : c’est un nouveau message qui tombe dans sa boîte électronique. Son cœur se met à battre comme s'il vivait vraiment. Comme s'il était vraiment vivant. Comme s'il faisait partie du monde des vivants.

Il enfourche sa chaise comme le héros d'Easy Rider sautait sur sa bécane. Il attrape sa souris. Il dirige la petite flèche sur l'icône du courrier. Il clique fébrilement, se réjouit des mots qu'il va lire dans une seconde. Et des images qu'Adèle, peut-être, a jointes à son courrier. Déjà l'eau monte dans sa bouche.

Dans le désir il clique sur l'icône NOUVEAU MESSAGE. Mais au lieu des photos qu’Adèle lui envoie de temps en temps, c'est un message publicitaire vantant les mérites d'un nouveau dentifrice au fluor qui rend les dents vraiment plus blanches.

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15/06/2011

Blind date (3)

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Adèle, il l'imagine au saut du lit. Le jour se lève, orange et rose, sur le lac qui frissonne. Elle s'étire comme un chat. Elle allume la radio. La voix de Johnny explose dans le poste. Que Je T’aime. Elle se dirige au radar vers la douche. Elle ôte son baby-doll transparent. Slow motion. Elle ouvre le robinet d'eau tiède et commence à se savonner. Image par image. Quand elle sort de la douche, c'est une autre chanson. Maria Carey. We BelongTogether. Adèle se tient devant la glace et masse son corps avec l'huile de coco. Longuement. Voluptueusement. Comme si elle savait qu'à cet instant précis dans la petite ville quelqu'un la regardait.

Mais chaque soir, le film s'arrête là. Impossible d'aller plus loin. Adèle disparaît de l'écran. Il a beau rassembler ses forces, bander son imagination. Adèle a rejoint les fantômes. Elle l'a laissé en rade, l'eau à la bouche, face à l'écran de son PC.

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14/06/2011

Blind date (2)

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Rideaux tirés. Halogène high-tech. Encens qu’il fait brûler presque religieusement pour éloigner les esprits vagabonds. Il est assis devant l’écran de son PC, une main sous le menton, l’autre accrochée à la souris fouineuse.

Cette souris toujours en alerte qui le transporte au bout du monde par un simple mouvement du poignet.

Mais aujourd’hui il est fébrile. Le sang bat dans ses tempes. Il tourne en rond dans sa cellule. Il ouvre les rideaux pour voir si le monde derrière la vitre est toujours là. Si des hommes et des femmes habitent encore cette planète de plus en plus virtuelle. Puis il revient s'asseoir à son bureau, devant la lumière verte du PC.

Pour lui le temps ne compte pas. Il vit à la vitesse de la lumière. Des images qu'on copie à distance. Des chats à l'autre bout du monde. Dans le secret de son alcôve l'écran est un soleil. C'est là qu'il sacrifie les plus belles heures de la nuit et du jour. Là qu'il s'installe, rideaux tirés, porte fermée à double tour, pour surfer sur l'écume du monde. Comme l'héliotrope il est tourné vers l'écran du PC. C'est l'homme lucivore. Sa solitude presque irréelle à force de silence est troublée quelquefois par une mélodie mécanique qui l'avertit qu'un message vient d'arriver dans l'une de ses nombreuses boîtes à lettres

C'est Adèle qui lui donne rendez-vous.

17 heures au Café King’s, rue du Théâtre 3.

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12/06/2011

Blind date

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Devant sa glace, elle se demande si elle n’en fait pas trop. Un coup de blush sur les pommettes. Du mascara pour rendre plus profond le regard assassin. Un rouge à lèvres couleur sang. Des créoles en argent pour fasciner le regard comme un serpent qui danse.

Elle se regarde encore une fois dans le miroir et elle se plaît. Elle est prête au combat.

C’est la première fois qu’elle accepte de rencontrer un inconnu. D’habitude, ce n’est pas son genre. Sans être esclave des conventions, elle est un peu old style. Elle aime la galanterie et les longues conversations. Les promenades silencieuses. Les regards doux comme une caresse. Elle préfère les vieux livres qui sentent le papier jauni aux écrans plats d’ordinateur.

L’amour à fleur de peau aux amours virtuelles.

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13:45 Publié dans Work in progress | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : blind date, nouvelles, café, king's | | |  Facebook