17/06/2011

Blind date (5)

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Ce soir, le ciel est plein d'oiseaux, de chants de merle, de cris d'enfants. Le pommier craque sous le mistral.

Elle est à sa fenêtre et elle entend une effraie qui s'envole. Là-bas, au-dessus des cyprès, froissement d'ailes dans la nuit. Sa cigarette brûle entre ses doigts. Jamais auparavant elle n'a connu une nuit comme celle-là. Une nuit glaciale et transparente où brusquement on est admis dans le secret du monde. Quelque chose se révèle. Épiphanie, flash. Fulgurance. Autour de vous quelque chose s'ouvre et vous emporte au cœur des choses. Adèle n'arrive pas à dormir dans le grand lit plein de fantômes. Elle transpire. Elle étouffe. Elle se lève pour respirer l'air de la nuit et aussitôt qu'elle ouvre la fenêtre elle se retrouve là-bas, dans la maison pleine de soleil, au milieu du mois d'août, et toute sa vie soudain lui apparaît dans une lumière aveuglante…

Cette scène, Adèle l'a rêvée des centaines de fois les nuits d'orage ou de pleine lune. Quand le ciel est un grand parchemin noir. Elle sort sur la terrasse pour respirer l'air de la nuit. Elle traverse le jardin. Sous ses pieds nus elle sent l'herbe drue et mouillée. L'herbe qui n'a pas été coupée depuis longtemps. Elle marche au bord de la piscine, puis revient sur ses pas. La terre est jonchée de cerises que personne n'a ramassées. Elle est sur la terrasse comme tout à l'heure et elle respire l'air de la nuit en fermant les paupières. Quand elle les rouvre il est là, surgi de nulle part et souriant, ses lunettes rectangulaires sur le nez. Il est là en bras de chemise et il marche vers elle. Adèle sourit à son tour, ouvre ses bras pour l'accueillir, l'appelle par son prénom comme elle le fait toutes les nuits. Philippe lève la tête. Il regarde autour de lui, l'air étonné, comme si quelqu'un dans l'air épais et noir avait crié son nom. Il fait semblant de rien (la mort est un mensonge, pense-t-elle, c'est un leurre que les hommes ont inventé pour se donner des émotions : un truc de charlatans). Elle se jette dans ses bras. Bien sûr elle n'embrasse que le vent. L'homme a passé à travers elle comme une ombre…

Elle s’apprête à franchir le seuil du café King’s.

C’est ici qu’elle donnait rendez-vous à Philippe…

Dans l’autre vie.

Le café King’s était leur nid d’amour.

Ils s’installaient toujours à la même table, un peu en retrait, loin du zinc et de la vitre. Il lui prenait les mains. Il lui racontait sa vie au journal. Rachele, la patronne, venait leur dire bonjour. Toujours un mot gentil et un sourire. Ils buvaient un café.

06:54 Publié dans Work in progress | Lien permanent | Commentaires (0) | | |  Facebook

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