15/04/2011

Misère de l'Université

baudelaire_par_courbet.1302456231.jpgGeorges Blin, précurseur de la « Nouvelle critique », a enseigné à Bâle, puis à la Sorbonne, puis au Collège de France. C'est dire son aura, et sa carrière remarquable. Il a écrit plusieurs livres essentiels, dont un Baudelaire, qui fait autorité, mais qui était devenu introuvable. Grâce aux bons soins de Robert Kopp, un autre Bâlois, ce monument de la critique baudelairienne reparaît, enrichi des résumés de ses cours en Sorbonne.

Autre temps, autres ambitions !

Pour le plaisir, je cite ici les propos de Robert Kopp, qui mesure l'écart intellectuel entre l'époque où Blin était un des fleurons de l'Université de Bâle, et aujourd'hui, où les études littéraires ont été bannies de cette même Université…

« Blin est resté à Bâle jusqu’en 1959, année de son entrée à la Sorbonne. Les études romantiques ont continué à illustrer la chaire de Bâle jusqu’à sa suppression. La republication du Baudelaire est aussi un hommage rendu à l’histoire de cette institution, saccagée désormais par des gestionnaires ignorants qui veulent tout noyer dans d’insipides « Cultural Studies » et oublient qu’une Faculté des Lettres vit d’abord grâce à des personnalités de premier plan et non pas grâce à des prétendus centres d’excellence ou des laboratoires. On confond tout en transposant dans le domaine des sciences humaines les schémas valables en sciences exactes. Georges Blin n’est pas un grand scientifique, mais un grand penseur et un grand écrivain. »

Georges Blin, Baudelaire, suivi de Résumés de cours au Collège de France 1965-1977, Gallimard, coll. « Cahiers de la NRF », 258 pages, 26 €

17:55 Publié dans all that jazz | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : lettres, université, georges blin, baudelaire | | |  Facebook

Commentaires

Rappelons que Marcel Raymond, professeur de littérature française à notre université avant Rousset et Starobinski, pour ne citer que les plus indigènes, a également enseigné à Bâle et qu'il a publié en 1933 De Baudelaire au Surréalisme.

Écrit par : Mère-Grand | 15/04/2011

Vous avez raison Mère-Grand : le livre de M. Raymond sur Baudelaire et le surréalisme, comme les livres de Béguin d'ailleurs, a lancé le mouvement. Dommage qu'aujourd'hui l'Université ne possède plus de telles « carrures ». Dans dix ans, sans doute, comme à Bâle, la Faculté de Lettres de Genève n'existera plus. A ce niveau-là, l'UNIL semble beaucoup plus dynamique…

Écrit par : jmo | 16/04/2011

On n'aura plus besoin de littérature, car il y aura la "communication". J'entends évidemment "technologies de la communication", sous-ensemble de "technologies" tout court. Peut-être sommes-nous sur le chemin du retour vers ce que les anthropologues culturels appellent la "littérature orale", propre aux sociétés dont le savoir reposait sur la mémoire. Pour nous ce seront les disques durs et leurs successeurs toujours plus puissants et rapides qui lui succéderont, sans pour autant que le passé totalement archivé dans ces mémoires-là nous permette d'éviter la répétitions de nos erreurs.
Au cycle d'orientation nouvelle mouture, les élèves les mieux classés du point de vue de leurs performances (ai-je réussi à éviter le crime qui consisterait à les déclarer "meilleurs" du point de vue de l'apprentissage scolaire?) à la fin de la 9ème année, seront en principe appelés à choisir entre "littérature" et "sciences", ce qui signifiera, entre autres, entre latin et pas de latin. Et pourquoi pas littérature et sciences à ce degré de formation encore? Que cela corresponde du point de vue de nos autorités à un choix entre "ancien" et "moderne" (ou "inutile" et "utile" ne m'étonnerait pas. Quel progrès!

Écrit par : Mère-Grand | 16/04/2011

That's the problem of art faculties being managed by accountants, they don't see the value of the individual lecturers like students see first hand. They just want to make their own changes that look good on paper but don't necessarily reflect the same in the classroom.

Écrit par : Swarovski | 19/04/2011

I found your post really helpful. Thanks for posting such informative content. Keep posting.

Écrit par : Thomas Sabo Jewellery | 25/04/2011

Very insightful. What made you decide to take that direction in your studies?

Écrit par : Mia | 26/04/2011

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