18/02/2011

L’idole aux trois visages*

images.jpegNe riez pas : je suis le dernier spécimen d’une génération sacrifiée. Oui, parfaitement. Sur l’autel d’une déesse implacable dont j’ai subi, de plein fouet, le triomphe éclatant, puis le déclin inexorable. L’idole à laquelle j’ai sacrifié ma jeunesse — comme beaucoup d’autres de ma génération (comme on ne choisit pas son nom, on ne choisit pas son époque non plus) — a trois visages : marxisme, psychanalyse et féminisme.
Le marxisme, d’abord. La dialectique entre les dominants et les dominés, la lutte des classes, le rêve d’un avenir radieux qui serait comme le paradis terrestre retrouvé. La psychanalyse, ensuite : la dialectique entre le conscient et l’inconscient, la force de retour du refoulé, le rêve d’une harmonie entre le monde et moi. Le féminisme, enfin : la dialectique entre l’homme (dominant) et la femme (dominée), la lutte implacable de sexes, le rêve d’une égalité qui passerait par un renversement des rôles et des valeurs.
Déboulonnée, comme les statues de Saddam Hussein ou de Moubarak, l’idole aux trois visages exhibe aujourd’hui ses ruines encore fumantes. Celui (ou celle) qui se réclamerait du marxisme passerait au mieux pour un naïf ; au pire pour un dangereux criminel. Comment peut-on parler de lutte des classes à une époque où l’ambition la plus élevée est de posséder une Rolex à trente ans ? Où les fameuses « classes sociales » chères à Marx, si distinctes et antagonistes à son époque, ne tendent plus à former aujourd’hui qu’une tribu indifférenciée de bobos ? Où la seule chose qu’on attend avec impatience n’est pas la révolution, mais le tout dernier modèle de smartphone ? Et l’avenir radieux ? No future ! Nous vivons un présent éternel dont les seuls diktats sont : consommer davantage, faire la fête à tout prix et rester éternellement jeune…
Divisée par les conflits entre disciples plus ou moins reconnus du Maître, la psychanalyse, dans le meilleur des cas, s’est recyclée en thérapie alternative, développement intérieur. Rêves new age. Que reste-t-il de l’inconscient à une époque où les neurosciences, qui ont si bien cartographié notre cerveau, n’ont pas décelé la moindre trace de ça ou de surmoi ?
Comme Dieu, l’inconscient était une hypothèse intéressante. Mais s’il n’existe pas ?
Calquée sur le modèle marxiste, la lutte féministe a subi, également, bien des outrages. Dans un pays gouverné par une majorité de femmes (quatre femmes sur sept conseillers fédéraux), peut-on encore parler de sexe dominé ou dominant ?  Si oui, par un renversement complet, le sexe dominé alors n’est plus le même. Bien sûr, l’égalité (salariale, entre autres) n’est pas acquise. Le combat mérite d’être mené. Mais le discours des féministes de la première génération, repris par une Isabelle Alonso, semble aujourd’hui bien désuet. Non seulement passé de mode, mais à côté de la plaque.  Je veux que mon homme fasse la vaisselle ! — OK. Et ensuite ? — Qu’il change les couches de bébé ! — OK. What next ? Qu’il me laisse conduire sa Mercedes le dimanche ! — Pas de problème…
L’avenir du marxisme ? Bouché. Les lendemains de la psychanalyse ? De plus en plus inconscients. Le furur du féminisme ? Derrière nous.
À défaut d’instaurer de nouvelles valeurs, le temps nous a ouvert les yeux. L’idole aux trois visages est tombée de son socle. Des enfants dansent sur les ruines. La musique est légère et entraînante. Et la vie continue…
Est-ce vraiment un mal ?

* texte à paraître en avril prochain dans Petit traité de
désobéissance féministe
, de Stéphanie Pahud (éditions Arttesia)

09:14 Publié dans all that jazz | Lien permanent | Commentaires (12) | Tags : féminisme, marxisme, psychanalyse, post-féminisme | | |  Facebook

Commentaires

J'adore les "petites chéries" d'aujourd'hui qui font la fine bouche sur le féminisme de la première génération.
Elles ont oublié que la fée féministe s'est penchée sur leur berceau et leur a offert un boulevard d'égalité.
Elles n'auront plus à porter le foulard de leurs grand-mères paysannes obligées à vaquer aux occupations ménagères et aux travaux des champs. Elles seront cheffes, présidentes, libres, indépendantes. Mais à qui doivent-elles tout ça?
Mais peut-être que le "Petit traité de désobéissance féministe" me surprendra!

Écrit par : Noëlle Ribordy | 18/02/2011

Vous avez raison, Noëlle, il y a un héritage, peut-être trop vite oublié. Mais je crois que le livre de Stéphanie Pahud sera très riche et éclairant.

Écrit par : jmor | 18/02/2011

C'est impossible, qu'il n'y ait pas d'idoles. La lecture de Plutarque rend consternante la remémoration de Voltaire qui prétendait que les anciens Romains n'avaient pas de religion particulière, car chez Plutarque, ils ne cessent pas de se référer aux dieux. Une fois qu'on a compris que les idoles dont vous parlez, JMO, avaient fait leur temps, étaient passées de mode, il faudrait voir quelles sont celles qui vont prendre sous peu, saisir ce qui émerge, pour cette époque. Certains parlent d'un retour à la religion naturelle, à travers l'écologie, prolongée dans une mystique orientale qui se moque de ce que les instruments d'analyse du cerveau n'ont pas été en mesure de déceler. Voyez Pierre Rabhi, adepte de l'écologie, et en même temps de Krishnamurti.

Écrit par : RM | 18/02/2011

@Noëlle Ribordy:

Vos propos sont ridicules: "Elles n'auront plus à porter le foulard de leurs grand-mères paysannes obligées à vaquer aux occupations ménagères et aux travaux des champs. Elles seront cheffes, présidentes, libres, indépendantes. Mais à qui doivent-elles tout ça?"

Car enfin, nos grands-pères n'étaient-ils peut-être pas paysans, eux aussi? Et n'étaient-ils pas en train de racler de la bouse dans l'étable pendant que leurs épouses glanaient aux champs ou nourrissaient les poules? Nos grands-pères étaient-ils chefs, présidents, libres, indépendants? Avaient-ils, eux, la belle vie?

Comme homme, j'en ai marre de telles incitations à la haine, de telles accusations incessantes et infondées. Marre de vos postes réservés à l'administration (bureau de l'égalité). Marre de vos postes universitaires pseudo-scientifiques (études "genre" etc.). La révolution qui a lieu en Afrique du Nord contre la dictature aura aussi lieu chez nous. Car la réalité se venge toujours de ceux/celles qui veulent lui tordre le cou.

Écrit par : Till Eulenspiegel | 18/02/2011

Alors Till Eulenspiegel (il faudra trouver un nom plus saisissant pour que cela produise le choc escompté) à quand la révolution! 0:)

Écrit par : Noëlle Ribordy | 18/02/2011

Eh bien en attendant que Till Eulenspiegel enlève son costume de fou du roi, et qu'il mette celui du révolutionnaire, expliquez-nous en quoi nos grands-pères paysans étaient mieux lotis que leurs épouses, puisque c'est ce que vous prétendez.

Écrit par : Till Eulenspiegel | 18/02/2011

Comme vous y allez, Till ! Y'a-t-il tant de haine autour de vous ?

Les "ernervé-e-s" sont des personnes qui bousculent quelque chose qui doit être bousculé. Ils créent la provocation, et souvent l'extrémisme, afin que les consciences s'éveillent, et que des gens sensés et moins sensibles se posent également la question. Pour que celles (et ceux) qui n'ont pas le courage ou la force de se battre, ou qui n'ont même pas conscience que les choses peuvent changer, puissent se rendent compte qu'ils ne font pas partie d'une caste dont le destin ne peut dévier sa course. Le risque étant de pervertir cette cause

Il n'y a pas de sexe dominé. Il y a l'emprise d'une personne sur une autre. Ou d'un groupe de personnes sur un autre. Quand on traite un adulte comme un enfant, on ne le respecte pas.

Le danger, dans le féminisme, l'anti-musulmanisme, l'anti-foulardisme et autres anti, c'est que certains se croyent investis d'une mission somme toute louable, et ceux-là ne prennent plus la peine de consulter les personnes qui sont vraiment concernées, et pensent alors pour eux, s'expriment pour eux. Le danger, c'est que les causes soient mal interprétées par ceux qui les épousent.

Pour ma part, ayant viré homo à 38 ans (sans le vouloir), la question des genres s'est posée de manière, dirons-nous, plutôt cocasse : qui ouvre la porte à qui ? Qui invite qui au restau ? Qui aide l'autre à remettre sa veste ? Ben celle qui en a envie sur le moment. Et c'est sain. Qui préfère faire la vaisselle ? Qui préfère passer la panosse ? Qui est la plus forte en bricolage ? et patati et patata. Des questions crétines qui deviennent finalement des questions de goût, avec possibilité d'arrangement les jours où on n'a pas envie.
Il faut que cela se transpose dans toutes les sortes de couples, et c'est tout.

Aucune envie de mettre un foulard sur les hommes, et de les astreindre à laver le sol, l'époque est passée, heureusement, ici en tous cas. Mais se poser la question d'une injustice parce qu'il y plus de femmes que d'hommes au Conseil Fédéral, c'est une mauvaise question. Et si on inversait la donne pour un petit millénaire ? Pas sûre que ça calmerait quand même le monde...

Écrit par : tangerine01 | 18/02/2011

Je crois que vous ne saisissez pas bien la situation, les femmes veulent réellement inverser la vapeur, heureusement que le machisme existe, qui sait ce qu'elles seraient capables de faire.
C'est comme l'autre jour, quand je lis dans un article que 34 % des gonzesses donneraient leurs noms à la descendance, comment veux-tu respecter l'autre genre ?
Quand dans certains articles qui prétendent que les filles dès leurs plus jeunes âges à la poupée ou à l'atelier jouet vaisselle et le garçon au légo et camion, alors oui ça a toujours été comme celà, mais est-ce qu'il y a pas un côté sournois du féminisme de changer l'ordre des sexes, plutôt que lutter pour l'égalité ?
De toute manière faut bien que quelqu'un s'occupe des gosses, et comme la femme a été très gâtée depuis les années 70, elles préfèrent se décharger de ses obligations.

Bref l'égalité doit se baser dans le respect, sans respect : pas d'égalité, ce que les femmes de nos jours ne comprennent manifestement pas.

La guerre des sexes est bien en marche, seuls les naifs seront les vaincus de ces dames

Écrit par : gugusplan | 18/02/2011

Je ne vous voudrais pas faire pâlir de honte Till, lorsque j'énumèrerai la liste des travaux qu'effectuaient nos grand-mères, tout en considérant que nos grand-pères étaient des hommes courageux, bien évidemment:
Après avoir allaité son petit dernier plusieurs fois dans la nuit et s'être rendu au chevet d'Eloïse et d'Alphonse, tout deux fiévreux et malades, grand-mère se lève.
Elle prépare le petit-déjeuner pour les trois autres enfants qui doivent aller à l'école et elle ne doit pas oublier de leur faire répéter leurs leçons.
L'aîné Pierre accompagnera son père dans la forêt pour couper du bois. Grand-mère cuisine une soupe aux légumes pour eux.
Le matin, elle n'a guère le temps de laver, repasser, coudre. L'après-midi, le lavage du linge sera plus agréable à la fontaine, et le soir lorsque les enfants seront endormis, elle repassera, ravaudera.
Elle a aidé le second de ses fils à sortir le bétail, elle l'accompagnera jusqu'au pâturage et au retour s'arrêtera au jardin pour enlever les mauvaises herbes.
Et puis, il y a les chèvres à traire. C'est ce qu'elle aime faire. Et, le beurre, tranformer le lait en beurre, c'est magique, elle baratte, elle baratte, elle baratte, même son poignet ne sent plus la douleur.
Alors bien sûr, les hommes leur rendent hommage et non des moindres. Vous avez entendu cette célèbre citation de Ramuz: Etait-ce de l'insolence, de l'inconscience, de la condescendance....
"Viens te mettre à côté de moi sur le banc devant la maison, femme, c'est bien ton droit".
A toutes ces grand-mères, j'aurais aimé leur souhaiter un bon wek-end de repos, de contemplation.

Écrit par : Noëlle Ribordy | 19/02/2011

@Gugusplan :
Effectivement je ne comprends pas bien la situation.
Car voyez-vous après tout, Dieu me pardonne, je ne suis qu'une femme.

Etes-vous une farce ? Quelqu'un qui se fait l'avocat du diable pour réveiller les passions ?

Écrit par : Tangerine | 19/02/2011

This content is unique and Some Things I Found Something different out here thaanks for sharing this post keep Up the good work

Écrit par : arrhythmia symptoms | 02/03/2011

Greetings from England. You have a great site, thanks for sharing.

Écrit par : canvas prints | 02/03/2011

Les commentaires sont fermés.