11/02/2011

Les grenouilles de la RTS

images-2.jpegIl y a toujours quelque chose qui se passe à la RTS (anciennement TSR). Quand on ne supprime pas les rares séries originales qui marchent (par exemple Photo sévices, de et avec l'excellent Laurent Deshusses), ce sont les animateurs-vedettes qui jettent l'éponge. Comme Michel Zendali, fatigué d'animer Tard pour Bar, la seule émission culturelle de la RTS. Aimant le débat et la controverse, Zendali avit imaginé une sorte d'Infrarouge culturel, un talk-show plus proche d'Ardisson que de Ruquier. En quoi, sans doute, il a eu tort, vu l'échec relatif de son émission.

L'Hebdo de cette semaine, sous la plume de Melinda Marchese (voit ici), nous apprend que la grogne monte à la RTS. Non pas parce que Zendali s'en va, mais parce que la direction de la chaîne a décidé de confier à une entreprise extérieure le mandat de produire une autre émission culturelle. Cette entreprise, c'est Point Prod, dirigée par l'ex-de la TSR David Rihs. Et l'animatrice pressentie pour remplacer Zendali n'est autre qu'Iris Jimenez, encore une ex de la TSR.

Confier une émission culturelle à une boîte privée, est-ce vraiment un scandale ?

« Oui ! crient en chœur les employés de la RTS. Pourquoi confier à d'autres ce que nous pourrions très bien produire nous-mêmes ? »

L'article de L'Hebdo nous apprend, incidemment, que la rédaction culturelle de la RTS compte pas moins de… 60 collaborateurs !

Je n'en crois pas mes yeux.

60 personnes travaillant jour et nuit, d'arrache-pied, à l'édification des masses laborieuses et incultes de Suisse romande… ? Qui l'eût cru ?

Moi qui pensais naïvement — vu l'indigence de l'offre en la matière de notre télévision — que seul Zendali œuvrait pour la culture! Que font alors les 59 autres collaborateurs, grassement rémunérés par l'argent de la concession ? Sont-ils à ce point inutiles, ou incompétents, qu'on aille chercher ailleurs, dans une maison concurrente et privée, une solution pour remplacer l'inoubliable Tard pour Bar ? Et qu'en pensent, alors, les collaborateurs de la radio (RSR), sensés faire partie intégrante de la nouvelle synergie de la RTS ? Comptent-ils pour beurre ?

Avant le printemps, on entend déjà le chant des grenouilles sur nos ondes.

10:40 Publié dans all that jazz | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : rts, culture, zendali | | |  Facebook

Commentaires

Vous avez parfaitement raison. La RTS doit assurer un service public, à savoir diffuser des émissions qu'on ne trouve pas sur les chaînes commerciales.

Elle doit donc offrir une large place à la culture. Confier la production d'une émission culturelle à une société privée, c'est démissionner du service public.

En fait, la RTS se comporte comme une chaîne commerciale comme les autres et vise l'audience pour accroître ses rentrées publicitaires. L'idée de Sarkozy d'interdire la publicité sur les chaînes publiques est une des rares bonnes idées du président français. On peut constater, depuis son application, une nette amélioration du contenu de leurs programmes.

La RTS ne devrait pas programmer des séries américaines ou des émissions de variétés qui peuvent être vues sur les chaînes privées.

Pour redonner à la RTS sa vocation de service public, il faut donc lui interdire de chercher à faire de l'audience, ce uqi est incompatible.

Écrit par : Philippe Marton | 11/02/2011

Producteur indépendant moi-même depuis 20 ans (et ex-de la TSR), je suis un fervent partisan de l'ouverture à la concurrence et je dois dire que l'idée d'interdire la pub n'est pas idiote, mais elle priverait la RTS de 30% de ses ressources.
Hors il faut savoir que les téléspectateurs n'accepteraient pas sans rechigner une augmentation de la redevance, déjà très chère. Donc cela implique la suppression d'émissions. OK pour supprimer les séries américaines, mais ce n'est de loin pas ce qui coûte le plus cher. Encore qu'il faille y ajouter les coûts des services d'acquisitions, MIP-TV, hôtels et Cie. Cela coûte cependant moins cher que ce que cela rapporte en termes d'audience.
Imaginons qu'on supprime les programmes achetés à l'étranger et qu'on économise ainsi 30%... C'est là que les athéniens s'éteignent. Parce que si une partie des téléspectateurs ont envie de culture et de productions locales, la plus grande partie, ou en tout cas une partie fort significative, préfère le divertissement de qualité internationale.
Ces gens là vont commencer à râler pour de bon, si en échange de leur CHF 460.- annuels, ils n'ont même plus droit à leurs séries préférées. Donc à terme, le maintien du financement des émissions culturelles se pose, même avec nettement moins de 60 collaborateurs. Sans parler des talents nécessaires à les animer, car nous ne sommes qu'un million et demi.
Par ailleurs où irait la pub ? Sur des chaînes étrangères ? La Suisse alémanique a sans doute les moyens de se payer une chaîne privée, la Suisse romande, pas sûr. Ou alors, il faut admettre que l'on n'aurait plus que des talk-shows bons marchés, pour parler de culture comme de politique, à l'instar de ce que l'on peut voir sur les chaînes locales. De la radio mise en images, mais en aucun cas de la télévision avec ce que cela peut représenter de créativité visuelle.
Donc à terme, désintérêt des jeunes et de la majorité de la population, qui regardera de plus en plus les chaînes étrangères...
J'ai plutôt tendance à penser que la solution réside dans le maintien des budgets et d'une part raisonnable laissée aux programmes internationaux (ce qui implique certainement de la réduire) avec une ouverture accrue aux maisons de production indépendantes, aux partenariats avec la presse écrite, aux coproductions ciblées avec l'étranger ou au sponsoring, allant de pair avec une réduction des effectifs de production à l'interne, pour stimuler la créativité et la concurrence.
Cela signifie aussi un tournus beaucoup plus important des critères de choix et des gens prenant les décisions de programmation, qui se taillent parfois des monopoles dans leurs domaines, pour des années.
Evidemment, je prêche pour ma paroisse, mais j'aimerais ajouter que pour avoir été réd en chef du Journal Romand il y a 25 ans, je n'ai jamais bossé aussi intensivement de ma vie, sauf durant les quelques mois où j'ai produit une fiction en Afrique. Ce qui n'empêche pas qu'il y ait un certain nombre de fonctionnaires qui se lugent grave à la RTS, y compris à des postes à responsabilité... Mais certainement pas tout le monde.

Écrit par : Philippe Souaille | 11/02/2011

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