31/12/2010

Les derniers mots de Maître Jacques

images-3.jpeg

À quoi reconnaît-on, ici comme ailleurs, un grand écrivain ? À la force de son style, d’abord, unique et forcément inimitable. À cette petite musique des mots qu’il fait chanter, et qui n’appartient qu’à lui. À la solidité de ses livres, ensuite, à leur architecture secrète, au jeu des thèmes et des obsessions personnelles, à la souplesse et à la résistance de son œuvre. À la coïncidence, enfin, de son propre univers avec certains moments mystérieux de l’Histoire.

Il me semble qu’en Suisse romande (c’est-à-dire dans la littérature française) un écrivain appartient à cette famille. Il s’appelle Jacques Chessex et son dernier livre, Le dernier crâne de M. de Sade*, en est l’illustration brillante. Jamais sans doute l’auteur de L’Ogre, unique Prix Goncourt suisse, n’aura atteint une telle clarté de style et une telle acuité d’expression. En un mot : une telle musique. Exemple : « Le crâne de M. de Sade n’a pas besoin d’ornement. Il est ornement lui-même, de volume concentré, d’ordre élevé, de magie intense, de hantise sonore et de silence où retentissent, et fulgurent, l’orgueil de la Raison et le vol de l’aigle. » On sait qu’au fil des livres, le style de Chessex — volontiers « baroque » et surchargé à ses débuts — s’est épuré, allégé, libéré de la chair pour tendre plus en plus vers l’os, le cœur invisible de l’obscur, qu’il cherche à atteindre. Son livre précédent, Un Juif pour l’exemple, montrait déjà comment un style peut s’épurer pour aller droit à l’essentiel.

Le style, donc, marque du grand écrivain.

Mais aussi la force du récit, mené ici de main de maître, qui tourne autour d’un objet perdu, puis retrouvé, à la fois relique sacrée et fétiche obsessionnel : le crâne (l’os encore !) du divin Marquis. Dans ce roman unique et bouleversant, Chessex décrit les derniers jours du marquis de Sade, emprisonné à l’asile de Charenton. Nous sommes en 1814. Il a 74 ans. Il est vieux et décrépi, rongé de l’intérieur comme de l’extérieur. Il a été condamné à mort par la Révolution, mais on a eu pitié de lui et sa peine a été convertie en emprisonnement. Il reçoit la visite de ses maîtresses et d’une jeune fille de 15 ans, Madeleine, à qui il fait subir des outrages auxquels elle semble prendre un grand plaisir. Il aime à la fouetter, à la torturer avec des aiguilles et à manger ses excréments. Ces fameuses scènes « sales » qui ont valu au livre de Chessex d’être emballé sous cellophane, sont écrites dans une langue somptueuse. Et l’on comprend pourquoi Chessex, obsédé par question de la chair et de la sainteté, s’est plu à retrouver dans sa cellule le divin Marquis : « Nous n’avons pas la même idée de la sainteté. Vous attendez des martyrs, vous les vénérez, vous en faites vos intercesseurs… Nous pensons qu’il y a la sainteté de l’absolu. Du dépassement des limites, du retournement et de la transgression de la Nature et du divin. Saint, saint, saint ! Trois fois saint est M. de Sade… » On sent Chessex fasciné par le marquis de Sade comme un peintre peut l’être par son modèle. Chez le divin embastillé se retrouvent l’obsession du plaisir, le goût de la transgression, la fatalité du Mal, mais aussi, bien sûr, la folie de l’écriture. Car tous les deux sont écrivains. Avant tout et surtout. C’est dans la langue et par la langue qu’ils se retrouvent complices et frères en sainteté.

Un roman, donc, construit comme une pièce de théâtre. Avec une première partie « historique » (l’évocation des derniers jours de Sade à Charenton), suivie d’une partie presque « policière », où l’on voit le narrateur, écrivain lui aussi, se lancer à la poursuite du crâne maudit. Il court, il court, le crâne de M. de Sade ! Il passe son temps à disparaître et à réapparaître. Enterré, exhumé, vendu aux enchères, volé, retrouvé, dérobé à nouveau ! Pour réapparaître enfin dans un château de Bex, où le drame final se dénouera. Comme on tranche la tête d’un condamné à mort…

Le dernier crâne de M. de Sade est un grand livre par la force de son style et la rigueur de sa construction. Mais il y a plus : littéralement imprégné par la présence de la mort, il préfigure aussi celle de l’écrivain. En décrivant le dernier combat — nécessairement perdu — du marquis, on dirait que Chessex pressent, prévoit, appelle presque sa propre mort. Il y a ici une coïncidence fulgurante entre la vie et l’œuvre d’un homme qui, décrivant les derniers jours d’un réprouvé orgueilleux et impie, sent la mort s’approcher et, silencieusement, le prendre par la main. On sait que le livre se termine sur quelques vers du poète allemand Eichendorff, ainsi traduits : « Comme nous sommes las d’errer ! Serait-ce enfin la mort ? » La mort est et a le dernier mot du livre. Et de l’œuvre même de Jacques Chessex. Qui aura écrit sa vie, comme sa mort, ultime marque du démiurge.

* Jacques Chessex, Le dernier crâne de M. de Sade. Grasset, 2010.

09:00 Publié dans livres en fête | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : chessex, sade, roman, littérature romande | | |  Facebook

30/12/2010

Evaristo Perez en trio

images.jpegComme elle est fertile en écrivains, la Suisse romande est aussi une terre incroyablement riche en musiciens. Elle a hébergé les plus grands, comme Stravinski, et accueille, chaque été, le plus important festival de jazz du monde à Montreux. C'est là, précisément, que le pianiste genevois Évariste Perez a joué, comme il s'est déjà produit à Cully, à Rome ou au Paleo. Excusez du peu !

Né en Suisse en 1969 d’une famille originaire de Barcelone. diplômé du Conservatoire de Genève, il découvre le jazz à l’AMR avec Michel Bastet, puis se perfectionne en Italie avec Franco D’Andrea, Enrico Pieranunzi et Paolo Fresu, ainsi qu’en Suisse avec Misha Mengelberg, Fred Hersh. Il joue ensuite avec la Fanfare du Loup, Diana Miranda et l'extraordinaire Erik Truffaz.

Lire la suite

09:30 Publié dans all that jazz | Lien permanent | Commentaires (0) | | |  Facebook

29/12/2010

Passion glacée

53333.jpgAvec Des baisers froids comme la lune*, Mélanie Chappuis (née à Bonn en 1976, mais vivant à Lausanne) creuse et interroge la passion amoureuse qui faisait déjà la matière de son premier roman, Frida, paru il y a deux ans. Ce second livre est comme l'image inversée du premier : ce n'est plus une femme amoureuse qui attend que son amant marié quitte sa femme, mais une femme mariée qui s'éprend d'un homme plus âgé, libre (ou presque). Lequel attend, sans trop  d'impatience, que sa maîtresse se libère de ses liens conjugaux.

Ce qui retient le lecteur, dans ce second roman, c'est l'obstination à creuser la passion amoureuse, à décliner ses états d'âme, à déchiffrer ses diverses étapes. Construit comme un monologue croisé, qui fait entendre en alternance la voix de la femme et de l'homme, le livre de Mélanie Chappuis essaie de suivre à la trace (et de mettre en mots) le feu qui embrase la passion amoureuse. On pense parfois à Belle du Seigneur d'Albert Cohen ou Anna Karénine de Tolstoï. D'abord parce que l'héroïne du roman s'appelle Anna, ensuite parce que parce qu'il s'agit, dans les trois livres, de tenir le registre des désordres amoureux, depuis la piqûre du désir, jusqu'à sa réalisation, puis le subtil engrenage d'attentes et de frustrations qui se met en place. S'installe, alors, entre les deux amants, un jeu du chat et de la souris qui va les mener, inéluctablement, au terme de leur histoire.

L'homme a cinquante-cinq ans. Il s'appelle Vincent. Il dirige un grand quotidien romand. La femme s'appelle Anna. Elle a 28 ans. Elle est mariée à Victor, le demi-frère de Vincent. Ce qu'il aime chez elle, c'est qu'elle est une « femme d'ailleurs », différente de toutes celles qu'il a connues. Ce qu'elle aime chez lui, c'est à la fois sa liberté et son pouvoir. Entre les deux, dès le début, on sent un décalage, qui ne fera que se creuser. L'amour est-il une illusion ? La passion amoureuse est-elle forcément (auto)destructrice ? C'est ce que semble suggérer Mélanie Chappuis dans un roman qui mêle à plaisir le chaud et le froid. Alternativement, puis successivement. Le style est direct, comme dans Frida, rapide, sans fioriture. Il essaie de saisir au plus près ce feu obscur qui dévore les amants. creuse en chacun le manque douloureux de l'autre et finit par se transformer en glace. Il y a des scènes fortes, et quelques surprises (en particulier, une utilisation toute à fait singulière de la crème Atrix !). Autant dire qu'un lecteur — amoureux ou non — y trouvera matière à émotions, comme à réflexions.

* Mélanie Chappuis, Des baisers froids comme la lune, roman, Bernard Campiche, 2010.

10:00 Publié dans livres en fête | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : mélanie chappuis, passion amoureuse, roman, littérature romande | | |  Facebook

27/12/2010

Fuir, là-bas fuir (Patrice Duret)

images-12.jpeg C’est un récit initiatique que nous livre Patrice Duret avec Le Chevreuil*. On peut y lire la suite de Décisif, un premier roman, paru en 1997, qui racontait une brutale rupture. Le Chevreuil, à l’instar de L’Envol du marcheur, nous conduit sur les petits chemins de la France profonde. Nul défi sportif, pourtant, chez Duret, mais le besoin vital de « prendre de la distance, quitter la vielle, écouter la campagne, tourner en rond, s’étendre, dormir, écraser l’herbe de tout son poids hébété de citadin. »

Lire la suite

09:58 Publié dans livres en fête | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : patrice duret, littérature romande, miel de l'ours | | |  Facebook

26/12/2010

Rebetez le nomade

images-17.jpeg

Impossible de « cadrer » simplement le jurassien Pascal Rebetez : homme de télévision, mais aussi de théâtre, comédien et metteur en scène, poète et écrivain… Cela fait beaucoup pour un seul homme ! Mais on ignorait encore le Rebetez voyageur qui nous livre ici, dans Un voyage central, ses carnets de randonnée à travers la Suisse primitive, l’Europe centrale, les territoires andins. Rebetez y tient le registre de ses découvertes et de ses rencontres, toujours surprenantes, toujours merveilleuses. Les notes qu’il prend, au fil de ses errances, forment une mélodie à chaque nouvelle inattendue et séduisante. Si ce voyage est central, c’est que la marche, à chaque fois, rapproche le randonneur de son centre secret. Si « voyager est toujours un leurre », proclame l’auteur, c’est parce que le voyage est toujours une expérience à la fois douloureuse et bouleversante de l’intime. Confronté aux autres, explorant le monde extérieur, c’est encore à ses propres limites que le voyageur est constamment renvoyé. Rebetez montre admirablement ce mouvement paradoxal, avec la grâce du poète.

* Pascal Rebetez, Un voyage central, Éditions de l’Hèbe, 2006.

09:29 Publié dans livres en fête | Lien permanent | Commentaires (3) | | |  Facebook

24/12/2010

La musique secrète de Catherine Fuchs

DownloadedFile.jpeg

Hautboïste virtuose, férue d'histoire genevoise et enseignante de français et de musique au Collège de Saussure, Catherine Fuchs (née à Genève en 1957) parvient à marier ses passions avec succès. Après deux romans et trois recueils de poésie (parus chez Éliane Vernay et Empreintes), elle nous donne aujourd’hui La Beauté du geste*, une vaste fresque polyphonique, subtilement orchestrée, qui fait entendre cinq voix de femmes, au seuil de la quarantaine, dont les destins se croisent, à l’occasion d’un concert où toutes les passions s’exacerbent. Elle s’en explique ici. Entretien.

Vous avez publié deux romans et trois livres de poésie. Quelle différence faites-vous entre écriture narrative et écriture poétique ?

Catherine Fuchs : Pour moi, il n'y a pas vraiment de différence entre écriture narrative et écriture poétique. Il s'agit avant tout d'une question de forme, de cadre. Le poème est plus ramassé, plus concentré, certes, mais la démarche est la même : trouver les mots qui résonnent, qui correspondent au mieux avec l'envie de dire... En plus, mon dernier roman est construit par petites séquences et j'ai conçu plusieurs d'entre elles comme des textes poétiques. Seuls les dialogues supposent un type d'écriture bien spécifique.

Plusieurs de vos livres ressuscitent des époques passées. La Beauté du geste se passe de nos jours. Pourquoi ce saut ?

— Je suis a priori toujours passionnée par l'histoire, et je n'exclus pas d'y retourner, mais j'avais envie, cette fois-ci, de parler au présent et de mettre moins de distance entre mes personnages et moi-même.

Votre roman est polyphonique. Cinq voix de femmes s'entremêlent et se répondent. D'où vous est venue cette idée ?

images.jpegJe ne me souviens plus exactement ! Il faut dire que j'ai commencé ce livre en 1998... Donc entre les ré-écritures, les corrections, les doutes divers et variés, du temps a passé ! Mais je sais que j'avais envie de parler des femmes d'aujourd'hui (de mon milieu, évidemment, je n'ai pas essayé de me glisser dans la peau d'une ouvrière ou d'une immigrée clandestine) et ces différents personnages se sont sans doute assez vite imposés à moi. C'était aussi une manière de me diviser en cinq, de ne pas concentrer tout ce qui m'appartient dans une seule femme.

La musique est le vrai centre du livre. Quelle place occupe-t-elle dans votre vie ? Est-ce la première fois que vous en parlez dans vos livres ?

— Non, j'ai déjà évoqué la musique ou certains compositeurs dans plusieurs poèmes et dans mon roman précédent, En mal d'innocence**, le personnage principal est pianiste et compositeur. Toutefois, c'est effectivement la première fois que je donne à la musique cette place centrale. Il faut dire que je suis musicienne moi-même (j'ai fait des études de hautbois et j'ai joué comme professionnelle pendant de nombreuses années, et continue à la faire occasionnellement) et je m'étais toujours dit que je tenterais un jour de parler de la musique, de dire tout ce qu'elle m'a apporté. « Sans la musique, la vie serait une erreur » a écrit Baudelaire. Je partage cette opinion, je crois que de tous les arts, c'est celui qui me nourrit le plus immédiatement, physiquement. Bien sûr, il y a la peinture, la littérature, le cinéma, etc. mais la musique a quelque chose d'unique, lié aux sons et à leurs propriétés. Pour moi, elle nous met en rapport avec l'indicible. Précisément ce que les mots ont parfois peine à... dire ! Et ce n'est sans doute pas un hasard si la musique est si souvent utilisée par toutes les religions ou spiritualités. Si j'ai choisi la Messe en si, c'est aussi pour rendre hommage à Bach et à sa formidable capacité d'illustrer  musicalement sa foi en Dieu ; sa musique témoigne, elle chante mieux qu'aucune autre un espoir fou, celui que notre vie a un sens qui nous dépasse.

Tous les personnages du livre ont quarante ans et sont en quête de sens ? Est-ce  la fameuse crise de la quarantaine ?!

— Oui, on peut dire cela comme ça (d'ailleurs Isabelle évoque cette crise, même si elle en sourit), même si je pense que les crises n'attendent pas les chiffres ronds pour s'annoncer. Mais si tout va bien., ça ne fait pas un roman, n'est-ce pas ? Il est tjs plus intéressant de montrer des personnages en train de se remettre en question, de douter, de chercher.

Les hommes, dans votre livre, sont souvent des ombres qui passent. Comme ce chef d'orchestre qui fascine par ses gestes et son mystère ?

— Effectivement, les hommes ne sont vus qu'à travers les personnages féminins dans ce roman. C'est un choix, car un des sujets du livre, ce sont précisément les rapports hommes-femmes et je trouvais plus juste, plus honnête, d'en parler du côté que je connais, que je maîtrise, à savoir celui des femmes ! Voilà pourquoi on ne suit aucun homme en focalisation interne. Cela dit, les personnages masculins jouent un rôle immense dans cette histoire. Ils sont sans cesse présents dans les pensées des héroïnes. Le chef, Gianni Orsini, symbolise le séducteur, celui qui s'impose dans une vie, qui la bouleverse de fond en comble.

— Les musiciennes sont-elles toujours fascinées par le chef d’orchestre ?!

— Il est clair qu'un chef d'orchestre, de par sa position de pouvoir, exerce un attrait sur ceux — et surtout celles — qui dépendent de son autorité (on connaît bien le principe !), et ce d'autant plus s'il est compétent et qu'à ses qualités propres s'ajoute le charme de la musique. C'est un mélange explosif ! Mais au-delà de ça, je voulais symboliser par ce personnage essentiellement absent l'importance des manques qui nous construisent et nous font avancer. Chacun cherche, plus ou moins assidûment, avec plus ou moins d'intensité suivant les moments de sa vie, mais personne (du moins me semble-t-il) ne peut se prétendre complet, abouti. Les jeux de séduction tournent souvent là autour et si l'on s'y précipite avec tant d'ardeur parfois, c'est souvent parce qu'on espère y trouver une forme de réponse. Mais cette réponse, souvent, fuit encore plus loin. C'est ce que vont vivre plusieurs de mes héroïnes dans le roman. Heureusement, peut-être, car la quête se poursuit....

Propos recueillis par Jean-Michel Olivier

* Catherine Fuchs, La Beauté du geste, roman, Bernard Campiche, 2010.

** Catherine Fuchs, En mal d’innocence, roman, éditions Slatkine, 2002.

08:38 Publié dans livres en fête | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : roman, littérature romande, catherine fuchs, musique | | |  Facebook

16/12/2010

La fête au Rameau d'Or

images-1.jpegNe manquez pas, aujourd'hui, le rendez-vous rituel de la Librairie du Rameau d'Or (27 Bd Georges-Favon). À partir de 16h, vous pourrez y retrouver tous les auteurs suisses publiés cette année par les éditions L'Âge d'Homme. Et ils sont nombreux…

François Hussy, Antonio Albanese, Georges Ottino, Germain Clavien, Mousse Boulanger, Bernard Antenen, François Debluë, Geneviève Piron, Ferenc Ràkoczy, Bernadette Richard, Uli Windisch…

À cette occasion, hommage sera rendu à l'immense Georges Haldas (1917-2010) qui vient de nous quitter le 20 octobre dernier. Le journaliste Jean-Philippe Rapp, qui fut son confident et son ami, publie cette semaine Conversation du soir (éditions Favre), un recueil de moments forts sur la vie, la mort, le sens de notre destin et l'état de poésie. Il sera là, aussi, pour saluer la mémoire d'Haldas.

On fêtera enfin L'Amour nègre, de votre serviteur, qui vient de recevoir, à Paris, le Prix Interallié. Qu'un auteur suisse soit primé à Paris arrive environ tous les trente ans (Chessex en 1973, Borgeaud en 1986). Venez boire un verre à la santé d'Adam…

10:55 Publié dans livres en fête | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : littérature romande, rameau d'or, age d'homme, haldas, olivier | | |  Facebook

02/12/2010

Le Prix de littérature à Jean Vuilleumier

eff9210.jpg

Voici, enfin, un Prix amplement mérité. Je ne parle pas de L'Interallié, qui est allé à L'Amour nègre (sic). Mais du Prix de Littérature, remis tous les quatre ans, par la ville de Genève, et doté de 40'000 Frs.. Après quelques erreurs de casting (la dernière s'appelait Jean-Marc Lovay), on célèbre enfin comme elle le mérite l'œuvre, exigeante et singulière, de Jean Vuilleumier, l'une des grandes voix de notre pays.

« Je pourrais parler de consécration, s’il n’était pas si mal venu pour l’intéressé de le dire. » précise l'auteur avec sa modestie coutumière. Depuis Le mal été (l'Âge d'Homme, 1968), Vuilleumier a publié près de trente livres, pour la plupart des romans au titre lapidaire (La Désaffection, L'Écorchement, L'Allergie), qui disent la difficulté d'être et le désir d'une vie plus accomplie. Mais aussi des essais sur son grand frère en écriture, Georges Haldas, et son ombre tutélaire, le genevois Henri-Frédéric Amiel (La Complexe d'Amiel). Vuilleumier excelle aussi dans l'art de la nouvelle (Les Abords du camp, 1987), un genre qui lui convient parce qu'il conjugue rapidité et dépouillement. En outre, Vuilleumier est un poète de premier ordre. Je tiens son recueil Interzones (1984) pour un sommet de prose poétique.

Son dernier livre, Les Fins du voyage*, rassemble trois nouvelles assez extraordinaires, à l'atmosphère onirique, aux personnages singuliers, un peu perdus, vivant leur vie sans savoir où elle les mène. On pense à Truman Capote, à Carver, à Thomas Mann aussi.

Ce Prix récompense un écrivain discret, qui fut journaliste à La Tribune de Genève pendant 40 ans, mais aussi chroniqueur apprécié, critique plein d'empathie pour tous les écrivains de Suisse romande.

Ce Prix de littérature, ainsi que d'autres Prix artistiques, sera remis le 11 mai 2011 au Grand-Théâtre.

09:42 Publié dans livres en fête | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : jean vuilleumier, littérature romande, genève, prix | | |  Facebook

01/12/2010

L'ère de la bêtise

images-4.jpegNous vivons une drôle d'époque. L'information que distillent les média se doit d'être accrocheuse et exclusive. Tous les journaux, même les plus prestigieux comme le New York Times, Le Monde ou notre petit Temps, cèdent à la tentation de scoops qui devraient retenir, quelques instants, l'attention d'un lecteur de plus en plus distrait, de plus en plus fatigué par cette concurrence imbécile.

La dernière preuve en date s'appelle WikiLeaks, un site spécialisé en fuites et révélations fracassantes, fonctionnant sur le bon vieux fantasme de la paranoïa. Que disent les puissants quand nous avons le dos tourné ? Quelles vérités (nécessairement cachées) circulent entre diplomates ou ministres ou militaires, qui changeraient certainement la face du monde si elles étaient divulguées ?

Ces vérités, les voici : le président Sarkozy est un homme « susceptible et autoritaire », tandis que Silvio Berlusconi, fatigué par ses orgies nocturnes, n'a plus la force, ni la clarté d'esprit pour diriger l'Italie. Angela Merkel serait « trop prudente et manquerait d’imagination. » Le président russe Dimitri Medvedev, lui, serait dominé par son Premier ministre Vladimir Poutine. Quant à Hillary Clinton, elle aurait ordonné à ses diplomates de s'emparer du numéro de carte de crédit de leurs invités. Etc. etc. Ces âneries ont rempli des pages entières de nos quotidiens, du Temps au Matin (car il n'y a pas de différence, ni de hiérarchie dans la recherche du scoop). Des pages entières sans nul regard critique, nulle mise en perspective. De la bonne herbe qu'on donne à paître aux moutons de lecteurs…

On attend des élèves qu'ils exercent à l'école leur regard critique. Difficile de le faire dans un monde où ceux qui devraient surveiller, vérifier, approfondir l'information se contentent de propager des ragots gracieusement fournis par un site, WikiLeaks, qui ressemble à une benne à ordure, et dont les intentions semblent bien mystérieuses.

09:05 Publié dans all that jazz | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : wikileaks, bêtise, information, média | | |  Facebook