31/10/2010

Petit hommage à l'ami Georges Haldas

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Fascinante entreprise, surhumaine et sans doute infinie, que celle de Georges Haldas, commencée il y a cinquante ans sous le signe de la poésie, et qui emprunte, depuis, les chemins les plus divers, les plus inattendus (chroniques, carnets, entretiens). Avec Meurtre sous les géraniums, une extraordinaire chronique des années de guerre, Haldas touche, peut-être, au secret même de sa recherche : à l’indicible enfoui sous le silence des gestes et des comportements quotidiens.

Nous sommes en 1940, dans une petite ville de province, cernée par l’ennemi. L’« empire du meurtre », écrit Haldas, a gagné, peu à peu, toute l’Europe. Et même Genève qui, sous ses allures de cocote, se garde bien de choisir son camp. Autant, sans doute, par idéalisme, que par nécessité financière, Haldas décide d’entrer dans le journalisme. Et pas n’importe où, puisqu’il entre au Journal (de Genève), où il occupera bientôt, et à tour de rôle, tous les postes. Correcteur, d’abord, des articles des autres, puis chroniqueur de théâtre, et enfin grand reporter.

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22/10/2010

Sur le mot « nègre »

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Alors qu'à Montreux, les huiles politiques célèbrent la francophonie, il faut revenir à la parole des vrais poètes. Dans le bruit et la fureur du monde global, elle seule compte vraiment aujourd'hui.

« Vibre … vibre essence même de l’ombre, en aile en gosier, c’est à force de périr, le mot nègre, sorti tout armé du hurlement d’une fleur vénéneuse, le mot nègre, tout pouacre de parasites… le mot nègre, tout plein de brigands qui rôdent, de mères qui crient, d’enfants qui pleurent, le mot nègre, un grésillement de chairs qui brûlent, âcre et de corne, le mot nègre, comme le soleil qui saigne de la griffe, sur le trottoir des nuages, le mot nègre, comme le dernier rire vêlé de l’innocence, entre les crocs du tigre, et comme le mot soleil est un claquement de balle, et comme le mot nuit, un taffetas qu’on déchire… le mot nègre, dru savez-vous, du tonnerre d’un été que s’arrogent des libertés incrédules ».

Aimé Césaire, « Mots », extrait du recueil Cadastres.

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20/10/2010

Les éternels dindons de la francophonie

images-2.jpegDifficile de l'ignorer : les XIIIème Sommet de la Francophonie s'ouvre ce week-end à Montreux. Comme on le sait, il devait se tenir à Madagascar. Mais comme l'île est sujette aux violences politiques, les Malgaches ont renoncé à organiser la manifestation. Ce sont les Québéquois, alors, qui ont proposé la Suisse comme nouvel organisateur. Et Micheline Calmy-Rey, avec courage, a accepté le défi de mettre sur pieds, en quelques semaines, une manifestation qui regarde tout de même près de 220 millions de personnes dans le monde.

Alors, bien sûr, ça sent l'impro à plein nez. Des tables rondes ont été convoquées au titre extraordinairement excitant: « La viabilité mondiale : Comment faire face aux défis globaux en matière de développement durable, de changements climatiques et de biodiversité ? ». Ou encore : « Face à la crise alimentaire : Etats, privés, organisations internationales : quels rôles et responsabilités ? ». Sans parler de cette « Journée thématique sur les droits humains et les 10 ans de la Déclaration de Bamako ». En d'autres termes, francophonie rime d'abord avec géopolitique, faim dans le monde, virus HIV et développement durable…

Et l'autre francophonie, me direz-vous ? La vraie. C'est-à-dire l'usage, la jouissance, le lien social, le patrimoine culturel que représente cette langue commune à près de 220 millions d'êtres humains : le français. Et plus précisément celles et ceux qui chantent cette langue, qui l'écrivent, qui la servent, qui en font une arme et un trésor ? En un mot : les artistes.

images-3.jpegCe sont les grands absents de ce XIIIè Sommet. À croire qu'il n'y en a pas — ou qu'ils sont quantité négligeable. Bien sûr, la chanson francophone est vaguement à l'honneur. Quand je dis vaguement, c'est qu'on a ressorti de leur malle, après des semaines d'âpres négociations, la fine fleur de la chanson francophone d'antan. Julien Clerc, Diane Dufresne, Laurent Voulzy, Maurane. Et pour la Suisse, puisqu'il fallait un Suisse : Jérémie Kisling. Il va sans dire que je n'ai rien contre ces chanteurs, qui sont tous admirables. Mais n'y avait-il pas d'autre choix ? La chanson francophone s'est-elle arrêtée de chanter dans les années 80 ? Et Stress ? Et Polar ? Et Carla Bruni alors ?!

Si la chanson est mal représentée (toujours l'amateurisme des organisateurs), la littérature, elle, n'est même pas représentée du tout. Aucune rencontre, aucune table ronde, aucune discussion sur la création littéraire au Québec, en Algérie, en Belgique, en Suisse romande, en France ? Rien. En Suisse, nous avons l'habitude du silence des universités, qui brillent toujours par leur inexistence. Mais là, c'en devient affolant. Y a-t-il un poète dans la salle ? Qu'il sorte immédiatement ! Un écrivain ? Qu'on l'expulse manu militari ! Un philosophe ? Qu'il ferme sa gueule ! Cet « oubli », qui n'en est pas un, est révélateur de la place accordée aujourd'hui par les politiques aux créateurs de toute sorte. Même pas un strapontin lors des grands raouts internationaux. Ce n'est certes pas à l'honneur de Micheline Calmy-Rey (dont le premier métier, pourtant, fut de diffuser des livres!). Mais, en Suisse, cela n'étonnera personne.

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17/10/2010

La triste histoire de Marguerite…

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Peu de théâtres, dans la région lémanique, proposent un tel cocktail d'intelligence et d'émotions, de sagesse et d'humour tendrement décalé. C 'est pour cela, sans doute, que le Théâtre du Loup, qui a bâti sa tannière du côté des Acacias grâce à l'appui de Mathias Langhoff, est unique en son genre…

Dix-huit ans après sa création à la Comédie de Genève (à l'époque, Claude Stratz en était le directeur), le Loup reprend La triste histoire de Marguerite qui jouait si bien du violon, d'après David McKee. Voici ce que mon collègue et ami Serge Bimpage écrivait dans La Tribune de Genève : « Alors en voiture avec Marguerite pour cet irrésistible voyage aigre-doux au pays des êtres humains. Au fil de ses péripéties, non seulement l’archet magique de l’héroïne triomphera tour à tour de l’ire des gens pressés (la scène des habitants de l’immeuble est désopilante), de la voracité des managers de tout poil et de ses propres parents qui projettent en Marguerite une réussite qui leur fut confisquée, mais il fait naître au fil de sa musique un monde fantasmagorique et parallèle. Servi par une mise en scène rythmée, à laquelle se plient avec autant de talents tous les protagonistes de l’histoire, ce spectacle qui fourmille de trouvailles est à classer au rang des plus beaux fleurons du théâtre pour enfants. »
Il est toujours intéressant de revoir un spectacle que l'on a aimé lors de sa création, plusieurs années auparavant. Qu'est-ce qui a changé ? images-1.jpegDes détails de la mise en scène extraordinairement inventive de Rossella Riccaboni, Adrien Barazzone et Eric Jeanmonod (à qui l'on doit une scénographie proprement géniale toute en trompe-l'œil, en chausse-trappes, en fenêtres  secrètes. Quelques allusions à nos obsessions contemporaines (Facebook, les téléphones portables). Des masques magnifiques. Une musique (signée Jacques Demierre) qui sait jouer des genres et des scies à la mode. Des scènes chantées, d'autres dansées, avec grâce et humour.

Oui, La triste histoire de Marguerite est bien une re-création. Une fête de l'intelligence et des sens dont on ressort heureux. Il ne faut rater cette aubaine à aucun prix ! C'est trop bien. Et trop rare à Genève.

Du 16 octobre au 7 novembre 2010 au Théâtre du Loup, chemin de la Gravière, Acacias.
Spectacle tous publics, dès 6 ans. Mercredi et samedi à 19h . Vendredi à 20h . Dimanche à 17h.
Relâche le lundi, mardi et jeudi

lien internet : http://www.theatreduloup.ch/spip.php?article125

 

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16/10/2010

Thierry Vernet, dans l'ombre de Bouvier

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Du mythique voyage vers l’Orient entrepris en 1953 par deux Genevois intrépides et rebelles, on n’avait que le témoignage de l’un d’entre eux : l’extraordinaire Usage du monde de Nicolas Bouvier, devenu la bible des routards et des globe-trotters. Aujourd’hui, on découvre l’autre visage de ce périple, grâce à Thierry Vernet, peintre, mais aussi écrivain, compagnon de route de Bouvier. C’est un éblouissement*.

Un volume imposant, tout d’abord, plus de sept cents pages, illustré de dessins magnifiques, dans lequel on se lance comme dans un voyage au long cours. Des lettres envoyées à ses proches, restés en Suisse, qui sont parfois de véritables romans, alternant les descriptions de lieux, de visages, de musiques, et les instantanés de la vie quotidienne du routard : les rencontres, les incidents, les surprises, les découvertes. Quand Vernet entreprend son périple, il a vingt-six ans, laisse à Genève une fiancée prénommée Fioristella (elle-même peintre de talent) et voyage seul. C’est à Belgrade, en juillet 1953, qu’un ami genevois le rejoindra, Nicolas Bouvier, surnommé Nick. Ensemble, ils vont entreprendre un grand voyage qui les mènera jusqu’à Ceylan, à bord de la fameuse Topolino. Là-bas, leurs routes se sépareront, Vernet rentrant en Suisse pour se marier et Bouvier poursuivant seul son périple vers le Japon. Du séjour à Ceylan, Bouvier rédigera, pendant plus de seize ans, dans la sueur et le whisky, le très beau Poisson Scorpion, véritable entreprise de désenvoûtement.

images-1.jpegMais Thierry Vernet ? Souvent dans l’ombre de Bouvier, qui s’est approprié ce voyage entrepris pourtant à deux, il se révèle un écrivain de la meilleure veine, multipliant les bonheurs d’expression et jouissant d’un don d’observation hors du commun. Dessinant, écrivant tous les jours (ses croquis étonnants ont illustré L’Usage du monde), il garde en toutes circonstances — à la différence de son compagnon cyclothymique — un moral d’acier. Son mot d’ordre est toujours le même : « sortir de soi-même ». Il l’appliquera jusqu’au terme du voyage, ornant ses lettres de dessins ou d’aquarelles qui en font de véritables œuvres d’art.

Un second volet de l’œuvre écrite de Vernet est aujourd’hui disponible, à l’Âge d’Homme, sous le beau titre de Noces à Ceylan.** On connaît les péripéties qui ont mené l’auteur du Poisson-Scorpion sur l’île maléfique de Ceylan. Son ami Thierry doit le rejoindre, mais il tarde un peu. Il a une bonne raison pour cela : il vient d’épouser sa fiancée, Fioristella Stephani. C’est précisément cet épisode que Vernet raconte, par le texte et le dessin, dans cet ouvrage qui est le complément de Peindre, écrire, chemin faisant.

images.jpegAu voyage de Bouvier, dont L'Usage du monde donne un témoignage décanté et stylisé, les lettres de Thierry Vernet forment une sorte de contrepoint. Comme un autre regard, à la fois généreux et profus, étonné et radieux. Parallèlement aux lettres publiées par l'Âge d'Homme, paraît un magnifique ouvrage, aux éditions Somogy et Galerie Plexus***, qui rend justice (enfin !) au talent du peintre Vernet. Accompagnée d'une présentation subtile et fouillée, signée Jan Laurens Siesling, ce livre contient de nombreuses reproductions de portraits et de natures mortes, réellement exceptionnells. Un ouvrage indispensable pour mieux connaître ce Genevois discret, mais intrépide et épris d'absolu, qui est décédé d'un cancer en octobre 1993.

 

* Peindre, écrire chemin faisant par Thierry Vernet, illustré de nombreux dessins, introduction de Richard Aeschlimann et texte de Nicolas Bouvier, L’Âge d’Homme, 708 pages, 2006.

** Thierry Vernet, Noces à  Ceylan, l'Âge d'Homme, 2010.

*** Thierry Vernet, peintre, par Jan Laurens Siesling, éditions Somogy et Galerie Plexus, Paris et Chexbres, 2006.

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15/10/2010

L'amour monstre d'Anne-Sylvie Sprenger

images.jpegAnne-Sylvie Sprenger (née à Lausanne en 1977) aime les livres brefs et intenses. En général une centaine de pages. Chapitres courts, aérés, où l'écriture cherche à décrire une blessure essentielle. Souvent inavouable. Toujours secrète. C'était le cas de Vorace, son premier livre, paru en 2007, porté sur les fonts baptismaux par Jacques Chessex, et loué par la critique française. Ça l'était également pour Sale fille, paru il y a deux ans. Le tout nouveau roman d'Anne-Sylvie Sprenger pourrait d'ailleurs s'appeler Sale type, tant il s'inscrit dans la continuité des précédents. Mais il s'appelle La Veuve du Christ*. Titre à la fois lumineux et provocateur.

La jeune écrivaine lausannoise a toujours exploré la folie du désir. Qu'il soit amoureux, alimentaire ou religieux. Ici elle part d'un fait divers connu : l'enlèvement d'une fillette de huit ans, Lena, par un pharmacien qui la séquestre dans la buanderie de sa maison. L'homme est seul, malheureux, certainement criminel. Il mène une existence misérable. Il se prend d'affection pour sa victime avec qui, le soir, il entonne cantiques et louanges. Il s'inflige des supplices sur une croix qu'il fait construire au village. Il entraîne Lena dans un délire religieux qui n'aura d'autre issue, bien sûr, que la mort. Il l'instruit, joue avec elle, l'invite dans son lit, finit par lui faire un enfant. Tout en sachant très bien le scandale de sa conduite. Et sa faute essentielle. Qui ne mérite aucun autre châtiment que la mort. Victor le sait. Il est prêt à payer pour ça. Sans doute, suggère Anne-Sylvie Sprenger, est-ce là le seul moyen qu'il a trouvé pour donner chair et sens à son amour. Un amour imprégné de folie religieuse qui ne peut se réaliser que dans l'horreur et le scandale. Et le portrait que dresse l'auteur de ce « fou de Dieu » est à la fois fascinant et terrifiant. Certains lecteurs, trop rapidement, le traiteront de sale type. D'autres, à défaut d'être touchés (mais peut-on vraiment compatir avec un ravisseur et violeur d'enfant, fût-il amoureux?), seront troublés par cette histoire de rapt, qui se termine en ravissement (aux double sens du terme). En cela, le roman est une réussite puisqu'il nous fait entrer dans le cerveau du monstre, dont il explore les méandres nauséabonds.

9782213655567-V.jpgEt la victime ? « Lena a appris à vivre dans sa tête ». Elle se protège comme elle peut de la présence du monstre. Un monstre qui a cinquante ans, mais qui, affectivement, est fruste et malheureux. Ce qui n'est certes pas une excuse. Mais explique l'étrange relation qui va s'instaurer entre le bourreau et sa victime. La tendresse. Les caresses. Puis l'amour monstre. « Victor et Lena s'aimeront tout l'été. » Il y a quelque chose d'à la fois pathétique et troublant dans cette relation (on n'ose pas parler d'amour) qui transgresse les normes et les interdits. Certains évoqueront le syndrome de Stockholm qui montre qu'un sentiment de confiance, voire de sympathie peut se développe entre un otage et son ravisseur. Ici la romancière va plus loin (elle a raison) en imaginant que chacun des acteurs de ce terrible huis-clos trouve dans l'autre son âme sœur. Ce n'est certainement pas moral. Mais on ne fait pas de littérature avec de bons sentiments.

La folie religieuse (de Victor) entraîne la folie amoureuse (de Lena). La première s'achève dans la mort. La seconde, dans une clinique psychiatrique. Très bien construit, le roman d'Anne-Sylvie Sprenger frappe par son écriture dépouillée et limpide. On pense bien sûr aux derniers livres de Jacques Chessex, allégés à l'extrême. Même fascination de la chair et de la mort. Même goût pour le blasphème. Mais Anne-Sylvie Sprenger poursuit sa propre voie. Elle va au bout de ses angoisses. Elle ne triche pas avec les démons qui la hantent. On aimerait ne pas croire à l'amour monstrueux de ses deux personnages enfermés dans leur cage. Mais un doute nous prend. Et si cela était ? Si le scandale se trouvait dans le désir lui-même ? C'est le talent du romancier de nous instiller de tels doutes.

* Anne-Sylvie Sprenger, La Veuve du Christ, Fayard, 2010.

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10/10/2010

Petite fable

images-2.jpegJohn grandit normalement, mais il ne parle pas, au grand désespoir de ses parents.

Vers l'âge de seize ans, il dit enfin à l'heure du thè : « J'aimerais bien un peu de sucre. »

Sa mère, émerveillée : « Mais, John, pourquoi n'as-tu rien dit jusqu'ici ?

— Jusqu'ici, dit John, tout était parfait. »

Si tout est parfait, le langage est inutile. C'est vrai pour les bêtes. Si les bêtes ne parlent pas, c'est que tout est parfait pour elles. Si un jour elles se mettaient à parler, c'est que le monde aura perdu une certaine perfection.

Jean Baudrillard (1929-2007), Cool memories, Galilée, 1987.

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08/10/2010

L'Amour majeur

images-1.jpegPrononcez le nom d’Anne-Lise Grobéty et aussitôt l’on évoquera deux titres : Pour mourir en février (Prix Georges-Nicole) et Zéro positif. Deux livres qui ont marqué la littérature romande des années 1970, tant par leur étonnante liberté de ton et d’expression, que par leur propos résolument féministe. Avec L’Amour mode majeur, publié en 2002 chez Bernard Campiche, elle mêle avec beaucoup de verve et de talent tous les genres littéraires. Poèmes, proses courtes, nouvelles, mais aussi petites annonces (« À vendre cœur/ état de neuf/ cause faute d’emploi. »), haïkus, réflexions sur le temps qui passe ou l’amour qui s’étiole.

Anne-Lise Grobéty décline l’amour sur tous les tons et tous les modes, soulignant tantôt ironiquement, tantôt avec empathie, ses différents visages. On croise ici l’amour fleur bleue, léger comme un oiseau imaginaire, volatile comme l’espoir. On croise aussi l’amour futile ou volubile qui se paie de mots, l’amour sénile qui balbutie ou, justement, ne trouve plus ses mots, l’amour charnel qui cherche une proie à dévorer, mais n’assouvit jamais sa faim (car le désir, par essence, est sans fin).

images.jpegLa dernière partie du livre évoque, sous des teintes plus sombres, les regrets et les déceptions, les haines vives qui perdurent, une fois le bel amour envolé. Le ton est aux aigreurs, aux ombres délétères, aux fantômes qui reviennent vous hanter au retour du voyage amoureux. Car, pour Anne-Lise Grobéty, l’amour n’est pas un « chagrin, simple course, s’il vous plaît, deuxième classe », mais plutôt « un chagrin aller et retour. » Une fois encore, dans un style à la fois cristallin et complexe, d'une grande sensualité et d'une naïveté ludique, Anne-Lise Grobéty joue sur tous les registres de son talent poétique.


 

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07/10/2010

Anne-Lise Grobéty nous a quittés

images.jpegIl y a des jours, comme ça, où l'on est réveillé par une mauvaise nouvelle : Anne-Lise Grobéty est décédée d'une maladie tenace et souvent incurable. Pour l'avoir lue et invitée dans mes classes, je l'avais rencontrée plusieurs fois. Elle était douce et volontaire, généreuse et drôle (ce qui n'est pas le propre des écrivains romands). Elle était née à La Chaux-de-Fonds le 29 décembre 1949, première de deux filles d'une famille ouvrière. Après le collège, elle entre à la Faculté des lettres de l'Université de Neuchâtel où elle ne trouve cependant pas son compte. C'est alors qu'elle publie Pour mourir en février aux Editions des "Cahiers de la Renaissance vaudoise" (1970) que dirige Bertil Galland. Le roman obtient le Prix Georges Nicole et connaît un succès immédiat. Il sera réédité par les Editions Bertil Galland (Vevey, 1975) puis par les Editions 24 Heures (Lausanne, 1984), avec une édition "Poche Suisse" aux Editions l'Age d'homme (Lausanne, 1988). En 1969, elle s'engage comme stagiaire-journaliste à "La Feuille d'Avis de Neuchâtel" (devenue "L'Express"). Elle se consacrera ensuite à l'écriture.

Partagée entre l'écriture, la vie de famille et la politique (elle sera députée socialiste au Grand Conseil neuchâtelois), Anne-Lise Grobéty publie peu de livres, mais des livres importants, chez Bernard Campiche, son dernier éditeur. Citons seulement quelques titres comme La Fiancée d'hiver, Contes-Gouttes (1994), Infiniment plus (1989, Belle dame qui mord (1992), Amour mode majeur (2004), La corde de mi (2006), Jusqu'à pareil éclat (2007) et enfin L'abat-jour (Editions d'Autre part, 2008).

images-1.jpegSon œuvre est marquée par une approche poétique de la vie, par une ironie tendre, ainsi que par un souci tout à fait remarqquable de la condition des femmes (en particulier des femmes écrivains). Cela se lit dans les romans d'Anne-Lise Grobéty, mais aussi dans ses textes plus militants, comme Écriture féminine ou féministe ? (Éditions Zoé, 1983) ou encore ses articles sur Monique Saint-Hélier ou Alice Rivaz (« Ce nom qui est devenu le sien », in Écriture, 48, 1996).

Anne-Lise Grobéty va beaucoup manquer à la littérature romande — et d'ailleurs.

 

 

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05/10/2010

Confession d'un drogué

OlivierCouv.jpgOui, je l'avoue, pour L'Amour nègre*, je me suis shooté. Pas au vin rouge ou au whisky (bien que les deux coulent à flot dans le livre). Je suis un médiocre buveur. Sans doute un reste de mon éducation protestante. Nul n'est parfait. Plus sûrement une incapacité physique à ingurgiter des litres de bibine Je ne me suis pas défoncé non plus à la coke ou à l'héro. Ayant, depuis toujours, une sainte horreur (terreur) des poudres qu'on renifle ou qu'on s'injecte. Je n'ai aucun mérite : cela ne me tente tout simplement pas. Quant au canabis, que toutes mes voisines font pousser amoureusement sur le rebord de leur fenêtre, c'est à peine si j'y ai touché.

Non. Le vrai shoot, le grand shoot, c'est la musique. Victor Hugo interdisait qu'on mît ses vers en musique. En quoi, d'ailleurs, il a eu tort, si l'on pense aux sublimes poèmes que Brassens a mis en musique (Gastibelza, La Légende de la nonne). La musique, dans le livre, est partout. Il y a plus de cent titres cités, la plupart anglo-saxons (nous vivons à l'ére de la globalisation). Et chaque titre est essentiel. Soit comme bande-son d'une rencontre ou d'une scène entre plusieurs personnages. Soit comme bruit assourdissant qui empêche toute communication et tout dialogue. Soit comme incitation à la rêverie ou aux retours aux sources (The Dock of the Bay, Otis Redding, 1968). Soit comme moment de communication au-delà du langage.

Parmi tous ces titres, qui forment la bande musicale du livre, il y en a un que j'ai dû écouter environ dix mille fois. Qui m'a shooté et inspiré. Redonné courage quand le livre s'enlisait et littéralement boosté pour certaines scènes de dialogues. Ce morceau, c'est Delicado, de Waldir de Azevedo, un musicien de samba très connu dans les années 50. Il en existe plusieurs versions instrumentales sur You Tube (voir ici). Mais la version que je préfère, c'est indiscutablement celle, funky, irrésistible, de Ramiro Musotto et son orchestra Sudaka, avec, en invités, le génial pianiste africain Omar Sosa, et le non moins génial Mintcho Garrammone (qui joue de cette petite guitare appelée cavaquinho). C'est grâce à l'énergie joyeuse de ce morceau que je suis parvenu au bout de l'odyssée de L'Amour nègre. Alors silence ! Enjoy !

* Sortie en librairie samedi 9 octobre.

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01/10/2010

Regards sur l'édition francophone à Uni Bastions

images.jpegDemain, samedi 2 octobre, à l'Université de Genève (Bastions, salle B101), j'aurai le plaisir d'animer une table ronde intitulée « Regards  sur  l’édition  francophone ». Cette rencontre  s’inscrit  dans  le  cadre  des  Etats  généraux  du  français en Francophonie.

« Regards  sur  l’édition  francophone »  est  une  journée  de  rencontres  et  de  réflexions  qui  réunit  des éditeurs et qui s’adresse à toute personne intéressée par le terrain de l’édition francophone.  L'entrée est libre.

En voici le programme détaillé :

10:00‐10:15  Accueil ouverture : Laurent Gajo, Nadine Bordessoule et Martine Lenoble.   

10:15‐11:45  Edition francophone en pays plurilingue et traduction. Animation table ronde : Jean‐Michel Olivier
— Francesco Biamonte (« Editions Viceversa ») Suisse 
— Sofiane Hadjadj («Editions  Barzakh ») Algérie 
— Victor Kathemo (« Editions Myriapode ») France/ Rép. Dém. Congo 
— Xavier Löwenthal (« Editions La cinquième couche ») Belgique 
— Jean Richard (« Editions d’en bas ») Suisse 
— Rodney Saint Eloi («Editions Mémoire d’encrier ») Haïti / Québec 

12:00‐13:00   Pause de midi

13:00‐14:00  Edition francophone spécialisée. Animation table ronde : Cathy Day
— Francine Bouchet (« Editions La Joie de Lire ») lecture jeunesse / Suisse

— Martin Brault (« Editions La Pastèque ») bande dessinée / Québec

— Jimmy Gallier (« Editions Jigal ») polar / France 
— Seydou Nourou Ndiaye (« Editions Papyrus Afrique ») poésie / Sénégal 
— Mathilde Vischer (« La Revue de Belles‐Lettres ») poésie /Suisse 

14:00‐15:00  Edition suisse romande. Animation table ronde : Anne Pitteloud
—Caroline Coutau (« Editions Zoé ») 
— Patrice Duret (« Editions Le miel de l’ours ») 
— Christian Humbert Droz (« Editions Drozophile ») 
— Paola Notari (« Editions Notari ») 
— Michaël Perruchoud (« Editions Cousumouche ») 
— Patrick Suter (« Editions Métispresses »)  

15h15‐16:00 : Présentation de la Caravane des 10 mots par Thierry Auzer et Thierry Renard.


Organisation : N. Bordessoule et M. Lenoble (ELCF – Université de Genève) 
Site internet des états généraux du français en francophonie     
programme général : http://www.unige.ch/lettres/elcf/Francophonie2010Etatsgen...
Organisation internationale de la francophonie : http://www.francophonie.org/

11:25 Publié dans Résistance | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : francophonie, colloque, édition, genève | | |  Facebook