01/03/2010

Scène d'urgence ordinaire

images.jpegJeudi matin, ma mère se plaint d'une douleur dans le bras gauche, puis dans la poitrine. Elle a 84 ans. Elle vient de se faire opérer de l'appendicite une semaine plus tôt (!). Et, faute de lits disponibles, elle a été mise à la porte de l'hôpital la veille. Or donc, elle téléphone à son médecin. Lequel est en vacances, comme le repète son répondeur automatique. Elle appelle le remplaçant de son médecin, qui ne peut lui répondre. Alors la secrétaire de celui-ci, en désespoir de cause, conseille d'appeler le 144. Cinq minutes plus tard, brane-bas de combat. Trois malabars débarquent, toute sirène hurlante, dans l'appartement de ma mère avec leur matériel hightech. Electrocardiogramme, prise de sang (ratée trois fois), tension, etc. Rien à dire sur la rapidité, ni l'efficacité des secours. Pour être malabars, ils n'en sont pas moins sympathiques et très humains. Mais personne ne veut se risquer à faire un diagnostic. Il faut faire une radio. Autrement dit, aller à l'hôpital. Re-sirène hurlante. Ma mère, dont la douleur à la poitrine a disparu comme par miracle, est emmenée sur un brancard, devant ses voisins affolés.

Alors commence le vrai calvaire. Ma mère arrive aux urgences du HUG à 12h30. Elle est immédiatement prise en charge par deux infirmières qui essaient de la rassurer. Une heure se passe. Puis une autre. Une infirmière installe un appareil sophistiqué qui mesure le pouls, la pression et sans doute mille autres choses. Trois heures plus tard, une autre infirmière vient lui dire qu'un médecin va passer. Malgré ma présence, ma mère est dans un état de stress indescriptible. Dans les cellules voisines, on entend un dealer insulter les infirmières, puis se battre avec elles. L'une d'elles aura besoin d'une poche de glace sur le front pour soulager sa douleur d'avoir été frappée à coups de poing. Il est bientôt 17 heures : le médecin passe, jette un œil rapide (je ne dis pas distrait) sur les feuilles d'examens. À ma mère qui lui demande ce qu'elle a, il répond qu'il ne peut rien lui dire. Il faut faire une radio. Allez hop, on emmène la patiente à l'autre bout de l'hôpital. Elle en revient deux heures plus tard. Une nouvelle infirmière lui promet qu'un médecin va passer très bientôt. Il va être 19 heures. La même infirmière me fait rermarquer que la cafétéria ferme dans une demi-heure, et qu'il faut que je me dépêche si je veux grignoter quelque chose. Quant à ma mère, elle n'a rien mangé depuis ce matin, et n'a rien le droit d'avaler. Véto du médecin. Enfin, vers 21 heures, un médecin passe la voir, un autre encore, pour lui dire que les résultats de la radio ne sont pas clairs et qu'il faut faire un scanner. Très bien, dit ma mèrer. Et ce sera pour quand ? Pas avant 3 heures du matin, dit l'homme en blanc sans rigoler. Nous sommes surchargés. Une autre attente commence donc. Interdiction de boire ou de manger, et d'aller aux toilettes. Finalement, ma mère part vers la scanner à 4 heures du matin. Sans avoir fermé l'œil de la nuit. En me faisant comprendre que l'au-revoir que je lui lance risque d'être un adieu définitif…

L'histoire se termine bien : vers 9 heures le lendemain, une infirmière m'appelle pour me dire que ma mère m'attend. Elle est prête à partir. Elle n'a pas dormi depuis presque 24 heures. À 84 ans, ces choses-là ne comptent pas, n'est-ce pas ! Heureusement (?), l'examen au scanner n'a rien donné. Pas d'embolie, ni de méchant caillot de sang, aucune tache suspecte, rien de rien.

« Sors-moi d'ici ! » me dit-elle d'une voix suppliante, presque éteinte. « Je veux rentrer chez moi »

 

 

 

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Commentaires

Y en a des centaines, ils nagent aux urgences, mais ils savent mesurer la gravité des cas, ce qu'ils peuvent mettre en attente ils les mettent en attente, je ne vois rien de très anormal, elle était sous surveillance, que fallait-il d'autre, lui dire de rentrer chez elle et accuser l'hopital de ne pas l'avoir mise en observation ?

Écrit par : Corto | 01/03/2010

Encore une nouvelle histoire malheureusement vécue des péripéties subies par les patients aux HUG.
C'est une honte. Les employés (enfin certains) traitent les malades d'une manière scandaleuse. C'est vrai qu'ils ont eu l'habitude par leur formation en France de se ficher des gens. De plus si l'ensemble des clients amenés aux urgences sont soumis à toute une batterie de tests, analyses, scanners, radios etc. Il est facile de comprendre les raisons pour lesquelles les primes d'assurance maladie sont aussi élevées dans ce canton.
En résumé : le moment est venu de faire un grand nettoyage et de remercier les incompétents.

Écrit par : ChrisPike | 01/03/2010

Des histoires comme la vôtre, cher Monsieur, on pourrait en publier une chaque jour, en changeant juste l'âge, le sexe, l'heure. J'en ai moi-même été la "victime". De là à accuser les urgences d'incompétence, il y a un pas que je me refuse à franchir, tant il est vrai que le dernier arrivé pense toujours qu'il doit être le premier traité !
Moi aussi je suis rentré chez moi le lendemain. Content, mais pas fâché !

Je remarque enfin - par ChrisPike - qu'en France on apprend aux personnel soignant à se ficher des gens. Mais bon sang, que fait le MCG. Il y a urgence, si j'ose dire.

Écrit par : Michel Sommer | 01/03/2010

@ Michel Sommer
D'accord avec vous sur le fait qui serait possible de publier quotidiennement des histoires concernant les HUG. Je n'accuse pas l'ensemble du personnel d'incompétence, mais je relate simplement des faits connus de ma personne et de mon entourage. C'est malheureux mais cela existe.
En ce qui concerne le personnel hospitalier en France "dénonçant ou fichant" les malades, sachez qu'à Genève cela existe également mais personne n'a le courage de le dénoncer, ni d'en parler ouvertement.
Pour le MCG je vous laisse juge de vos commentaires. Soit dit en passant pour certaines choses ils n'ont pas tout faux.
Bonne soirée.

Écrit par : ChrisPike | 01/03/2010

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