30/11/2009

Quelle baffe !

image5797878.jpg

Que d'âneries n'a-t-on pas entendues à propos de la votation d'hier sur les minarets  ! « Honte à la Suisse », « intolérance », « infâmie »… Les mêmes qui vantaient la démocratie quand elle leur était favorable la dénigre aujourd'hui en la traitant de tous les noms. Est-ce vraiment une preuve d'intelligence ?

Pourtant, il faut le dire et le redire : le vote contre les minarets n'est pas un vote contre l'islam, ni contre les musulmans. Lesquels, dans leur immense majorité ne vont jamais à la mosquée et se contrefoutent des minarets (puisqu'ils ne sont ni nécessaires, ni indispensables à leur religion). C'est le symptôme d'une peur diffuse qui doit être prise en compte et comprise pour être exorcisée.

 

 

Lire la suite

09:30 Publié dans all that jazz | Lien permanent | Commentaires (27) | Tags : minarets, initiative, udc, peur | | |  Facebook

28/11/2009

Roman Polanski bientôt libre

images-1.jpeg Décidément, on n'aura rien épargné à Roman Polanski, l'un des plus grands cinéastes de notre époque (aussi !) Ni le traquenard d'une arrestation crapuleuse à Zurich, alors qu'il était invité à recevoir une distinction lors d'un Festival international de cinéma. Ni la détention dans des conditions difficiles pour un homme de 76 ans (il aura passé plus temps en prison en Suisse qu'aux États-Unis). Ni la résidence surveillée. Ni même le port infâmant d'un bracelet électronique qui l'apparentera, bientôt, aux plus dangereux criminels…

La Suisse est un drôle de pays, qui s'illustre à sa manière. On n'hésite pas à baisser son froc devant les États-Unis, lorsque ceux-ci se montrent menaçants pour nos banques et leur sacro-saint « secret bancaire ». On a peu de scrupule à s'en aller faire des courbettes en Libye devant un dictateur à la petite semaine pour obtenir la libération d'otages qui sont toujours détenus. Dans ce même pays, aux mœurs décidément très insolites, on n'inquiète pas outre mesure quatre fils-à-papa russes qui jouent les Schumacher au volant de leur bolide et envoient à l'hôpital un conducteur qui roulait normalement sur la route de Suisse transformée en circuit de F1. Il faudra que la victime dépose plainte pour que les policiers genevois s'intéressent à l'affaire…

Qui dira, après ça, que le Justice est la même pour tous, alors que tantôt elle s'acharne et tantôt elle fait preuve d'une coupable négligence ?

13:50 Publié dans all that jazz | Lien permanent | Commentaires (26) | | |  Facebook

25/11/2009

La montagne s'ombre

images-1.jpegActuellement se tient, à la Galerie Krisal, à Carouge, une très belle exposition de photographies de l'artiste genevois Jacques Pugin, qui vit désormais à Barcelone. L'exposition s'intitule « La Montagne s'ombre ». On peut admirer les belles images de Pugin jusqu'au 24 décembre 2009. À ne pas manquer…

Lire la suite

09:30 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (21) | Tags : photo, jacques pugin, carouge, exposition, krisal | | |  Facebook

23/11/2009

Le goût de l'invisible

images.jpeg C'est l'une des meilleures surprises de la rentrée. Elle nous vient de Pascal Janovjak (né en 1975 à Bâle), qui réside en Palestine, après avoir travaillé au Liban et au Bangladesh. Son premier livre, Coléoptères*, un recueil de nouvelles, a paru en 2007 aux éditions Samizdat. Les internautes et les bloggeurs ont encore en mémoire la longue et belle correspondance qu'il a échangée avec Jean-Louis Kuffer, sous le titre de « Lettres par-dessus les murs », chronique impitoyable des massacres perpétrés dans la bande de Gaza. Aujourd'hui, Janovjak se met au parfum de L'Invisible**, un livre original qui s'impose d'emblée par la force de son style.

Imaginez un avocat de 35 ans, travaillant au Luxembourg, gagnant beaucoup d'argent, sillonnant le monde pour planquer celui de ses clients, sans amour, sans attache, sans véritable ambition, ni souci du bonheur. Un homme tout à fait ordinaire. Transparent. Insignifiant. Semblable à tous les coursiers et autres traders que l'on croise journellement à Genève ou à Zurich. Bref, un homme sans épaisseur, que personne ne remarque. Sa vie, pourtant, va bientôt connaître un accroc. Lors d'un séjour à Paris, il ressent une étrange douleur au cou. Il n'y prête d'abord aucune attention, puis s'aperçoit, avec stupeur, que son corps est devenu invisible. Les premiers instants de panique passée (personne ne me voit, je n'existe plus), notre avocat commence à voir quelque avantage à sa nouvelle situation. L'invisibilité ouvre bien des portes : on peut se glisser où on veut, pénétrer dans l'intimité de ses voisins (et surtout de ses voisines), surprendre des secrets, voyager et manger gratis. Réaliser beaucoup de ses fantasmes inavoués. Et notre homme invisible ne s'en prive pas. C'est la partie la plus drôle, la plus jubilatoire, du roman de Pascal Janovjak, qui n'a jamais froid aux yeux. « L'invisibilité n'était plus un simple auxilliaire de mes désirs, elle m'avait rendu à moi-même, c'était moi, l'homme invisible, le seul vrai moi possible. (…) Je me sentais changé en profondeur, maître de mon nouveau corps, en parfaite adéquation avec lui. »

On pense bien sûr au héros détraqué de H. G. Wells, L'Homme invisible. Mais peut-être plus encore au dessinateur Manara et à son Parfum de l'Invisible, car le livre de Janovjak explore, comme Manara, les fantasmes coquins que chacun porte en soi.images-2.jpeg

images-1.jpegPar exemple, profitant de l'invitation de l'un de ses collègues, l'avocat invisible se rend en Sardaigne, dans le studio vide de son ami. Il y rencontre des vacanciers luisants d'huile solaire, des plaisanciers bourrés aux as, dans une atmosphère très « berlusconnienne », mais aussi quelques nymphes qui lui font tourner la tête et avec lesquelles il prend de somptueux (et presque incestueux) bains de mer. L'invisibilité n'apporte pas que des désagréments ! Les pages consacrées au soleil et aux belles naïades sont parmi les plus réussies d'un roman qui fonce bille en tête, vivant, original, extrêmement bien écrit.

C'est en Sardaigne que le livre va de nouveau vaciller : s'attachant à un homme rencontré sur la plage, l'avocat invisible suit ce dernier à travers l'Italie, la Méditerranée, jusqu'au Proche Orient, décrit avec un luxe sensuel d'odeurs et de couleurs. C'est là, sous le soleil cuisant, dans ce pays où tout s'achète et tout se vend, qu'il va prendre conscience des inconvénients de sa nouvelle situation. Sa liberté n'est qu'un leurre. Il reste à la merci, à chaque seconde, d'un geste, d'une parole, d'une ombre qui pourrait le trahir. Ce retournement bienvenu annonce l'épilogue du roman, que je ne dévoilerai pas, car il est savoureux, comme le reste du livre.

Avec L'Invisible, un écrivain est né, qu'il faudra suivre au fil des livres, avec l'attente et l'attention qu'il mérite.

* Pascal Janovjak, Coléoptères, Samizdat, 2007.

** Pascal Janovkaj, L'Invisible, Buchet-Castel, 2009.

 

 

11:45 Publié dans livres en fête | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : pascal janovjak, invisible, roman, littérature romande | | |  Facebook

22/11/2009

Hymne à Thierry Henry

Un bon croquis vaut mieux qu'un long discours, non ?

12:40 Publié dans all that jazz | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : thierry henry, france-irlande, football, tricherie | | |  Facebook

20/11/2009

Le foot est un sport de voyous

images.jpeg On l'avait oublié : le foot est un sport de voyous. Ça se joue dans les préaux d'école, pendant les cours, dans les impasses mal famées, les terrains vagues. C'est un sport réservé aux zonards, aux bras ballants, aux mauvais élèves, aux va-nu-pieds. Le rendez-vous des voyous du quartier, tous ceux qui jouent leur vie sur une tête piquée ou un petit pont diabolique. A ceux qui l'avaient oublié, Thierry Henry vient de le rappeler mercredi soir…

Ça fait toute la beauté du foot, le sport le plus universel — parce que le plus subtil et le plus intelligent — du monde. On n'a pas le droit d'utiliser ses mains, qui sont réservées aux tâches nobles, utiles, productives. On joue avec sa tête, ses jambes, ses pieds — autrement dit la part la plus basse, la plus méprisée du corps humain. Le foot ne sert à rien : c'est là sa plus grande force. Il produit de la beauté et des émotions. De l'angoisse. Du suspense. Des retournements de situation qu'on n'osait pas imaginer. Un bon match de foot vaut toutes les pièces de théâtre…

Tenez, l'autre soir, à Paris…

Jamais, de mémoire de supporter, l'équipe de France n'a aussi mal joué, peu inspirée, paresseuse, maladroite : lamentable ! En face, une équipe vaillante et batailleuse, avec un cœur grand comme ça, l'Irlande, des joueurs techniquement limités, mais extraordinairement généreux dans l'effort. Et, récompense méritée : un but qui tombe comme un fruit mûr. L'équipe de France est liquéfiée, sans idées, sans leader, inexistante. Les Français tiennent jusqu'aux prolongations. C'est déjà ça. Ils vont s'écrouler dans le temps additionnel. Les Irlandais se ruent à l'attaque, ratent une, deux, trois occasions de but. Damned !

Soudain, comme chez Shakespeare ou Racine : le coup de théâtre ! L'arbitre oublie un hors-jeu. Il ne voit pas Thierry Henry contrôler le ballon de la main. Il valide le but scandaleux du bouledogue Gallas. Le ciel tombe sur la tête des pauvres Irlandais, qui ont eu le grand tort de respecter les règles du jeu…

Mais c'était oublier que le foot est un  sport de voyous. Les joueurs sont censés suivre les règles du jeu. Mais pas toujours. Et pas tous. Et tous les moyens sont bons pour abuser l'arbitre (car tromper l'homme en noir fait partie du football). Thierry Henry le sait. Certes c'est un gentleman, mais un gentleman cambrioleur. Il n'oublie pas son passé de voyou, de va-nu-pieds. Soyons honnêtes : n'importe qui aurait fait la même chose à sa place. Surtout Domenech, sans doute le plus mauvais entraîneur du monde.

Allez, sans rancune ! Rendez-vous l'année prochaine en Afrique du Sud…

 

 

15:40 Publié dans all that jazz | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : football, france, irlande, thierry henry, main, tricherie | | |  Facebook

18/11/2009

Le PS fait son autocritique

images.jpeg Tout arrive à Genève : même le Parti socialiste se pose des questions ! Après le naufrage (annoncé) du week-end dernier, où seul le camarade Beer a passé la rampe du Conseil d'État, les socialistes font leur autocritique. C'est l'occasion, pour chacun, de vider son cœur et ses rancœurs sur la place publique, d'accuser tout à la fois le MCG et les dissidents du parti, le brave soldat Longet (qui n'a rien vu venir) et l'extrême-gauche qui a trahi les siens…

 

Lire la suite

16:30 Publié dans all that jazz | Lien permanent | Commentaires (3) | | |  Facebook

16/11/2009

2009 : petite cuvée ou grand cru ?

Sur le plan politique, aucune doute : 2009 fut une très petite cuvée. Un cru des plus médiocres. La dernière preuve est l'élection d'hier au Conseil d'Etat qui a vu la victoire des assis. Les tristes hères (Muller, Hiller, Hunger…). La majorité bascule. Mais quelle importance ? On reprend les mêmes et on recommence. Car, à Genève, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes ! Les socialistes en savent quelque chose, eux qui voulaient remplacer une absence (Moutinot) par une transparence (Pürro)…

Lire la suite

09:05 Publié dans all that jazz | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : élections genevoises, football, m17, suisse, champion du monde | | |  Facebook

14/11/2009

Un grand dimanche après-midi !

Un clin d'œil à celles et ceux (policiers, dealers, promoteurs, fonctionnaires, partisans ou ennemis du CESA, tribuns populistes, etc.)

dont la vie va changer (un peu) en ce dimanche après-midi…

 

11:55 Publié dans all that jazz | Lien permanent | Commentaires (2) | | |  Facebook

11/11/2009

Elections cantonales : help !

images.jpeg A quelques jours des élections genevoises au Conseil d'État, le pauvre citoyen que je suis est toujours perplexe. Il s'est renseigné. Il a lu tous les journaux, qui ont fait un bon travail, potassé Saint Mabut et Saint Décaillet. Il a écouté les belles paroles des candidats (pas tous). Il a vu leurs photos partout affichées dans la ville. Tout cela l'a jeté dans une grande confusion…

 

Lire la suite

10:00 Publié dans all that jazz | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : élections, geneve, conseil d'état | | |  Facebook

10/11/2009

Un Prix exceptionnel !

ZSCHOKKEmatthias0909PM11Ra-1.jpg Ce n'est pas tous les jours que cela arrive ! C'est même la première fois qu'un éditeur suisse reçoit, à Paris, une distinction importante. C'est arrivé ce lundi à Marlyse Pietri, directrice-fondatrice des éditions Zoé, dont un auteur, Matthias Zschokke, s'est vu attribuer le Prix Femina étranger pour son dernioer lroman, Maurice à la poule (traduit par la Lausannoise Patricia Zurcher)* ! Bravo donc à l'auteur et à son éditrice !

Lire la suite

11:25 Publié dans livres en fête | Lien permanent | Commentaires (2) | | |  Facebook

09/11/2009

Vingt ans après

Que faisiez-vous il y a vingt ans exactement ? Vous étiez tous — et moi aussi — devant votre poste de télévision à n'en pas croire vos yeux, comme vos oreilles. Le Mur était enfin tombé ! Larmes et cris de joie. Un vent de liberté sans précédent soufflait sur l'Europe et le monde. On espérait des lendemains qui chantent…

Oubliant, pour une fois, sa mission d'abrutissement, la télévision était aux premières loges. Et nous avec. En plein cœur de l'événement. C'est-à-dire de l'Histoire en train de se faire. La magie du direct…

 

Vingt ans plus tard, l'Europe s'est agrandie. La Suisse n'en fait toujours pas partie. Elle s'est donnée une monnaie forte qui rivalise avec le dollar. Les frontières se sont ouvertes. Non les frontières de l'esprit ou de la culture. Mais celles des travailleurs, qui viennent alimenter un marché de plus en plus gourmand et aveugle. Tous les hommes sont égaux en Europe, car ils ont tous le droit — que dis-je : le devoir — de consommer.

Il vaut la peine de goûter ces images de joie et de liberté, de larmes, de pure jubilation. Elles portent en elles des rêves, peut-être, qui vont bientôt s'évanouir…

10:00 Publié dans all that jazz | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : mur, berlin, télévision | | |  Facebook

03/11/2009

Un bon Renaudot

images.jpeg

La surprise, dans les deux prix littéraires attribués ce lundi, c'est qu'il n'y a pas eu de surprise ! Comme prévu, le Goncourt est allé à la favorite, Marie Ndiaye, pour Trois femmes puissantes (Gallimard) dont nous parlerons quand nous l'aurons lu ! Quant au Prix Renaudot, il récompense un écrivain doué, mais parfois paresseux, Frédéric Beigbeder, un Parisien pur sucre, pour Un roman français (Grasset), un livre fort et personnel dans lequel Beigbeder donne le meilleur de lui-même. Champagne !

Frédéric Beigbeder n'est pas un écrivain. C'est un animateur de télé, un mondain. Un people. Grâce aux magazines et aux talk-shows, on sait et on a toujours tout su de lui. Sa cocaïnomanie comme ses dérives alcoolisées. La longue liste de ses conquêtes féminines (dont Laura Smet-Halliday). etc. Ses livres n'ont jamais été que des sortes d'exercices de style ou de galops d'essai, destinés, dans le meilleur des cas, à remporter un prix littéraire (cela a marché pour Windows on the World qui a obtenu l'Interallié en 2003). Même si, de temps en temps, on reconnaissait la patte d'un véritable écrivain.

Eh bien, tout le monde  s'est trompé, moi le premier. Son dernier livre, Un roman français*, est une perle comme on n'en trouve rarement lors des rentrées littéraires. Parodiant le titre d'un très beau roman d'Emmanuel Carrère (Un roman russe**) qui mêlait inextricablement réalité et fiction, Beigbeder nous donne un livre à la fois surprenant par sa force et sa vérité, et essentiel, car il touche aux secrets que chaque écrivain porte en lui, sans jamais, peut-être, pouvoir y accéder.

Tout commence, ici, par un fait divers : l'auteur, l'égoïste romantique, le people est arrêté un beau matin, à la sortie d'une boîte, parce qu'il sniffait peu discrètement une ligne de poudre sur le capot d'une voiture (comme le héros de Lunar Park, de Brett Easton Ellis, qu'il essaie d'imiter dans ses excès). Ce fait divers devrait tomber dans les oubliettes. Hélas, le prévenu s'appelle Frédéric Beigbeder, il est célèbre et traîne une mauvaise réputation. En plus, il tombe sur un commissaire de police qui décide de faire un exemple. Au lieu de ne faire qu'un détour par le poste de police, il passe vingt-quatre heures au clou, puis est transféré au Dépôt pour une nouvelle journée complète. Rimbaud a écrit Une Saison en Enfer ; Genet, quant à lui, a produit ses plus beaux livres en prison, alors qu'il attendait d'être exécuté. Il faut croire que la prison a du bon pour les écrivains, car FB, subitement, y retrouve la mémoire. Lui qui n'avait aucun souvenir d'avant sa sixième année (« ma vie est une énigme policière où le baume du souvenir enjolive, en le déformant, chaque pièce à conviction. »). C'est-à-dire avant que ses parents se séparent.

Car tout, dans ce Roman français, tourne autour de cela : la blessure invisible — et jusqu'ici muette — du divorce des parents. Ce qui pourrait apparaître comme un traumatisme d'enfant ouvre les vannes infinies de la mémoire. Et c'est toute une part de lui-même que FB redécouvre avec son trésor d'images, de sensations enfouies, de musiques à demi oubliées. On revisite avec lui les années 70 et 80, l'époque des mange-disques et des premiers ordinateurs, les adieux de Giscard et les soirées de Maritie et Gilbert Carpentier à la télé. Il y a quelque de proustien dans cette quête du temps perdu (sans parler du temps perdu à faire la fête et à se détruire joyeusement). « On peut oublier son passé. Cela ne signifie pas qu'on va s'en remettre. »

L'autre pôle essentiel de cette mémoire perdue, c'est le grand frère, Charles, qui est brillant, suit toujours le bon chemin et va même recevoir bientôt le Légion d'Honneur. « Et si Freud s'était trompé ? Et si l'important n'était pas le père et la mère, mais le frère ? Il me semble que tous mes actes, depuis toujours, sont dictés par mon aîné. Je n'ai fait que l'imiter, puis m'opposer à lui, me situer par rapport à mon grand frère, me construire en le regardant. » FB scrute au sclapel les relations avec ce frère aîné et ennemi, qui fait toujours tout juste, ne lui laissant, dans la famille, que le rôle du vilain canard. Il analyse les rivalités, les jalousies, les hargnes muettes. Mais aussi les admirations. C'est pourquoi, sans doute, son roman est aussi une manière de se réconcillier avec son frère.

Inutile d'aller plus loin : il faut lire ce Roman français parce qu'il révèle un écrivain qui se dissimulait jusqu'ici derrière ses masques mondains de noceur, dragueur et beau-parleur. Un écrivain qui, ici, peut-être pour la première fois de sa vie, ne triche pas.

* Frédéric Beigbeder, Un roman français, Grasset, 2009.

** Emmanuel Carrère, Un roman russe, POL, 2007.

 

09:01 Publié dans livres en fête | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : frédéric beigbeder, roman, cocaïne, people | | |  Facebook

02/11/2009

Lire, écrire, éditer

images-1.jpeg Les éditeurs n'écrivent pas, c'est bien connu, ils se contentent d'éditer les livres des autres. Ce fut la régle de Gaston Gallimard et de Bernard Grasset. Chez nous, quand un éditeur prend la parole, c'est pour raconter son expérience professionnelle, comme Marlyse Pietri dans Une aventure éditoriale dans les marges*, ou pour retracer, dans le dialogue, un parcours de vie extraordinaire, comme Vladimir Dimitrijevic dans Personne déplacée**, de Jean-Louis Kuffer (voir ici).

Écrire, pour Michel Moret, fondateur et directeur des éditions de l'Aire, c'est danser dans l’air et la lumière***.  Après Beau comme un vol de canards, Moret publie de nouveaux extraits de son journal de bord. Nous sommes en 2008.  Alors que le livre précédent se terminait sur une interrogation (quel avenir pour les éditions de l'Aire ?), celui-ci  s'ouvre de manière résolument optimiste (l'une des forces de Moret). La belle évocation des rivages grecs et turcs, un nouvel amour, des bonnes lectures : tout montre qu'il s'agit, pour l'auteur, d'un nouveau départ. C'est l'occasion, aussi, d'une interrogation sur l'époque, qui n'est pas tendre pour les écrivains et les éditeurs. Il suffit, pour s'en convaincre, de se rappeler une récente émission de la TSR, Tard pour Bar, où la littérature, c'est le moins qu'on puisse dire, n'était pas à l'honneur…

L'éditeur est à la fois un découvreur, un stimulateur et un passeur. Il doit sans cesse se battre pour exister, et défendre ce qu'il aime. Moret ne nous cache ni les difficultés (économiques) du métier, ni les satisfactions qu'il procure. Il nous fait part de ses coups de cœur, comme ce manuscrit de Brigitte Khuty Salvy, Double lumière, qu'il reçoit un beau jour par la poste et qu'il dévore dans la journée. Ou encore pour le dernier roman de Raphael Aubert ou les nouvelles de Corinne Desarzens. De temps à autre, une déception, qui débouche sur un refus. On sent Moret passionné par son métier — je dirais presque sa mission. Lectures, rencontres, célébration de la vie sous toutes ses formes, le vin comme l'amitié, les voyages comme les découvertes ou les projets fous, Danser dans l'air et la lumière est une invitation à partager l'intarissable curiosité de son auteur, sa soif de vie et son amour de la littérature, à laquelle, comme beaucoup d'entre nous, il demande l'essentiel.

* Marlyse Pietri, Une aventure éditoriale dans les marges, Zoé.

** Jean-Louis Kuffer, Personne déplacée, Poche suisse, l'Âge d'Homme, 2008.

*** Michel Moret, Danser dans l'air et la lumière, éditions de l'Aire, 2009.

 

09:24 Publié dans livres en fête | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : moret, éditions de l'aire, littérature romande, journal | | |  Facebook