19/10/2009

La mort du grantécrivain

77048180.JPG.jpeg Or donc, la Suisse romande a enterré, mercredi, à Lausanne, son grand écrivain. L'air était glacial, la foule, nombreuse. La cérémonie, austère et solennelle, collait bien à l'image que Jacques Chessex s'est construite toute sa vie : celle d'une homme grave, solitaire, tourmenté. Dans ce sens-là, elle fut fidèle. Peu de discours, si l'on excepte le bel hommage de Jérôme Garcin. Un sermon retenu. Des orgues discrètes.

Avec Jacques Chessex, la littérature romande perd sans doute ce que Dominique Noguez nomme ironiquement — mais affectueusement — un grantécrivain* (en un mot). Qu'est-ce qu'un grantécrivain ? Un écrivain accompli qui vit pour et par l'écriture. Qui écrit tout le temps et publie beaucoup (J.C. a publié plus de 60 livres !). Qui plus est à Paris, la ville lumière, dans l'une des plus prestigieuses maisons d'édition françaises, Grasset, qui publia Céline, Giraudoux, Nourissier, etc. Un écrivain couvert de Prix et de récompenses (la vie de J.C. a été transfigurée par le Goncourt de 1973, le premier et sans doute le seul Goncourt du roman décerné à un écrivain suisse). Et, comme si cela ne suffisait pas, un écrivain à succès (son dernier livre, Un Juif pour l'exemple, s'est vendu à 30'000 exemplaires).

Ne chipotons pas, comme d'autres, sur les menus défauts de l'homme. Ce serait ridicule, puisqu'un grantécrivain n'est pas un homme comme les autres. Il est admiré, détesté, attaqué, adulé et traîné dans la boue. Il reçoit chaque jour des mots doux et des lettres de menace. Chacun de ses gestes est épié, guetté, photographié ; chacune de ses paroles analysée longuement. Bref, un grantécrivain quitte le silence obligé et l'anonymat des artisans de l'ombre : il devient une figure publique. Les journaux l'adorent ou le descendent en flammes. Son éditeur le tient au chaud. Même la télévision s'intéresse à lui, consécration suprême de la société de spectacle.

On le voit : J.C. était notre seul grantécrivain. Le seul dont les paroles, répercutées tous azimuts par les média, avaient valeur d'oracle. Il en a profité et il s'en est bien amusé. D'autant qu'à ses débuts, cette même presse ne l'a pas épargné. Davantage qu'un Haldas (que les critiques ignorent), qu'un Chappaz (classé « écrivain régionaliste »), qu'un Jaccottet (poète trop raffiné), voire même qu'un Bouvier (rangé dans le tiroir des « écrivains voyageurs »), Chessex a été sacré de son vivant, ce qui est rare, à la fois pour son œuvre et son sacré caractère. Ce fut le seul à défendre très au-delà des frontières les auteurs romands qu'il appréciait, comme Gustave Roud, Mercanton, Chappaz encore, Corina Bille et beaucoup d'autres.

Comme le disait Jérôme Garcin, mercredi, à Lausanne : « il ne faut pas pleurer Jacques Chessex, il faut le lire. »

* Dominique Noguez, Le Grantécrivain et autres textes, Gallimard, 2000.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

09:29 Publié dans Hommage | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : chessex, mort, hommage, littérature suisse | | |  Facebook

Commentaires

Jaccottet aussi aura été sacré de son vivant. Son problème est qu'il est loin du grand public, notamment parce qu'il n'écrit pas de roman ou d'essai sur les problèmes sociaux. Pour Haldas, la critique est injuste, mais cela ne m'étonne pas. Les critiques louent surtout les écrivains épicuriens. L'autre jour, un éditeur parisien m'a fait comprendre que les écrivains de l'ancienne Savoie ne l'avaient pas été assez pour intéresser le public et la critique.

Écrit par : rm | 19/10/2009

ce n'est pas Grasset qui publia Céline, mais Denoël, faudrait pas confondre, à moins que Grasset ait publié Mea Culpa?

Écrit par : am | 25/10/2009

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Cadurnica

Écrit par : Cadurnica | 08/04/2011

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Écrit par : Cadurnica | 08/04/2011

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Écrit par : Cadurnica | 08/04/2011

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Écrit par : hemalatha | 10/04/2011

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Écrit par : hemalatha | 10/04/2011

It is so sad to lose someone important or special to you.

Écrit par : Maricel Pilaro | 14/04/2011

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