13/10/2009

L'Ogre des Lettres romandes

images-1.jpegPendant un demi-siècle, Jacques Chessex a secoué la Suisse romande par ses colères et ses indignations. Répondant, le 9 octobre dernier, lors d'un débat public à Yverdon, à un auditeur anonyme qui l'interpellait sur l'« affaire Polanski », Chessex, une dernière fois, a clamé sa colère contre les bien-pensants et la lâcheté helvétique, et il s'est écroulé, victime d'un malaise mortel.
Cette mort théâtrale est à l'image de l'écrivain qui cultivait son personnage, à la fois austère et grave. Elle est à l'image, aussi, d'une vie de combats dans laquelle l'écrivain vaudois, plus d'une fois, a dû affronter les critiques, les attaques personnelles, voire les invectives ou les menaces.


On oublie aujourd'hui dans quel climat plombé de calvinisme strict, de radicalisme bien-pensant, il publia ses premiers livres, comme La Confession du pasteur Burg* (quel titre hérétique !) et Le Portrait des Vaudois**. Il fallut la reconnaissance parisienne et le Prix Goncourt (en 1973) pour donner au personnage, comme à son œuvre, une solide autorité.
images-1.jpegPourtant, jusqu'à la fin, le combat fut ardu. Rappelons-nous son dernier livre, Un Juif pour l'exemple***, qui raconte la mise à mort, en 1942, dans la petite ville de Payerne, d'un marchand de bestiaux juif, Arthur Bloch, par un groupuscule fasciste. Tout l'art de Chessex tient dans ce livre : à la fois limpide et provocant, direct et cru, creusant l'âme humaine jusqu'à l'os. Tout le nord vaudois s'est indigné de ce livre « scandaleux » qui remue la boue d'un passé qu'on aimerait oublier, mais qui ne passe pas. Là encore, malgré un large succès public (33'000 exemplaires vendus), Chessex dut affronter insultes et menaces.
Toute vie d'écrivain est une vie de colères et de combats : il faut sans cesse défendre ce qu'on écrit contre l'esprit négatif du temps, les haines tenaces, les résistances sourdes. En ce domaine, comme en beaucoup d'autres, Jacques Chessex nous a montré la voie. Ses livres vont nous accompagner longtemps.

* La Confession du pasteur Burg, Poche suisse, l'Âge d'Homme.
** Le Portrait des Vaudois, collection Babel, Actes Sud.
*** Un Juif pour l'exemple, Grasset, 2009.

11:45 Publié dans Hommage | Lien permanent | Commentaires (13) | Tags : chessex, écrivain, suisse, vaud, colère, combat | | |  Facebook

Commentaires

Jean-Michel,
Je reproduit ici le papier que j'ai écrit hier pour le Nouvelliste, pour m'associer sur ton blog à l'hommage :

Portraits

Nous étions à Lausanne, dans un bistrot, c’était il y a longtemps, juste à l’orée du soir et Jacques Chessex m’avait fait cette confidence : « C’est le Portrait des Valaisans de Maurice Chappaz qui m’a donné la première impulsion d’écrire mon Portrait des Vaudois. » On sait que ce fut surtout le suicide de son père qui le mit face à ce pays de Vaud. Et puis, Chessex avait ajouté, malicieux : « Vous devriez écrire vous, un Portrait des Genevois… » J’en étais fort incapable. Les Vaudois, même les plus épanouis, demeurent des introspectifs ; les Valaisans, même les plus retenus, demeurent des extravertis ; ceux-là sont épris de périphrases et de louvoiements ; ceux-ci préfèrent la ligne droite et les propos hardis, et je ne voyais pas bien ce que je pouvais faire entre les deux, les conciliants et les explosifs.

Chessex l’assoiffé, c’est d’abord pour moi ce Portrait des Vaudois, c’est L’Ogre, le règne du Père en somme ; mais c’est aussi Carabas, c’est Jonas, le règne du Fils ; c’est enfin avec un roman comme La Trinité, le règne de l’Esprit. L’écrivain a lentement gravi les axes dominants de sa mystique intérieure et, de proscrit qu’il était à ses débuts, le voici devenu notre Chessex. On l’avait diabolisé, aujourd’hui on le sanctifie ; hier, il faisait peur avec sa grosse moustache noire et son visage bouffi ; il a fini sa vie sous des cheveux blancs et rassurants.

Un peu bourru, sachant se montrer méchant, toujours renard, passablement solitaire, voici qu’il était vu et entendu partout. Agaçant et fascinant à la fois, il a sculpté sa statue et s’est confectionné l’allure d’un personnage, protecteur des Lettres Romandes auxquelles d’ailleurs il a beaucoup apporté : non seulement des livres et des poèmes, mais avec d’autres il a permis qu’on puisse écrire ici et se faire lire ailleurs, enjamber les frontières. Je pense à la revue Écriture.

On lui a rendu des honneurs, il a obtenu de grands prix, on venait de loin pour l’écouter. Chessex prenait-il au sérieux cette agitation médiatique ? Je l’ignore, mais je me rappelle soudain avec gourmandise la chanson d’un autre grand Jacques, qui disait : « Si je tenais l’enfant de salaud qui a fait écrire sous ma statue : il est mort comme il a vécu, entre l’honneur et la vertu ! »

Écrit par : Jean Romain | 13/10/2009

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Écrit par : Louis Vuitton | 29/10/2010

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Écrit par : coach | 29/10/2010

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Écrit par : coach | 29/10/2010

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Écrit par : GUCCI | 29/10/2010

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Écrit par : ebooks | 10/01/2011

J'ai lu un Juif versez l'exempla, a recommandé à cent pour cent, intéressant comme elles viennent.

Écrit par : tarot gratis | 19/01/2011

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