07/10/2009

Quand la TSR se pique de culture…

Il semblerait que mes derniers billets aient provoqué une avalanche de commentaires et quelques malentendus tenaces. Pour ce qui est des commentaires (près de 100!), je m'en félicite : c'est la preuve qu'une discussion s'est ouverte, qui déborde, dérape parfois, mais brasse de vraies questions. Quant aux malentendus, j'aimerais en dissiper quelques-uns, très simplement :

1) je n'ai aucune admiration, ni compassion particulière pour les « violeurs », « abuseurs » et autres « pédophiles » ;

2) je ne place pas les « artistes » au-dessus des lois, ni ne réclame une clémence particulière pour les « grands créateurs » ;

3) les « médiocres » auxquels je faisais allusion dans mon papier sont ceux qui détestent, épidermiquement, les artistes et sortent leur révolver sitôt qu'on prononce le mot « culture ». Je ne citerai pas de noms. Tout le monde les connaît. J'appelle « médiocres » aussi ceux qui s'appliquent avec un zêle immaculé à faire respecter une Loi obsolète.

Pour illustrer mon propos, je me permets de citer une émission de la TSR, une vraie Idée Suisse : Tard pour Bar. Mes collègues de Blogres lui ontimages.jpeg déjà consacré un billet incendiaire (cliquer). Que s'est-il donc passé pendant l'émission du 24 septembre dernier ? Eh bien l'animateur-vedette, Michel Zendali, qui officiait naguère aux débats d'Infrarouge, s'en est pris à l'un de ses invités, l'éditeur Michel Moret, auquel, pour faire court, il a reproché l'inanité des livres qu'il publiait, en particulier des journaux intimes, celui de Moret et celui d'un journaliste de la radio, Raphael Aubert, qu'il trouve sans intérêt. Cela sentait la mise à mort et le règlement de comptes. D'ailleurs, le pauvre Moret, qui n'a pas l'habitude des jeux du cirque, ne s'en est pas relevé.

Or, lundi soir, pendant Forum, sur la Première, Zendali était à son tour mis sur le grill. Cette fois-ci non en maître de cérémonie, mais en guest star. Face à lui, Gérard Delaloye (voir sa lettre à Zendali), écrivain et journaliste, auteur de l'Aire, ne l'a pas ménagé, lui reprochant à la fois son ton agressif (inspiré de Thierry Ardisson), son narcissime et sa paresse (Zendali crie haut et fort qu'il ne lit pas les livres dont il parle). Si les deux interlocuteurs s'étaient trouvés en face l'un de l'autre, nul doute qu'ils en seraient venus aux mains!

Ce dialogue de sourds est révélateur du malaise (ou du malentendu) qui règne entre radio et télévision. Alors que la première, obéissant aux images-1.jpegrègles du Service public, donne la parole aux hommes et femmes qui ont quelque chose à dire — les créateurs en particulier (mais pas seulement) ; la seconde, obnubilée par l'audimat, coupe ou retire la parole à ces mêmes acteurs de la vie culturelle.  Il ne faut jamais oublier que la vraie vedette de Tard pour Bar, c'est Zendali. Toute l'émission vise à flatter son ego (Zendali et ses femmes, Zendali et ses coups de cœur, Zendali et ses coups de griffe, etc.). Et pourquoi pas, au fond ? Ardisson l'a bien fait par le passé. Le problème, ici, c'est que Zendali sort son flingue chaque fois qu'on prononce le mot « culture » ou « littérature ». Il avoue ne pas lire les livres qu'il présente. Ce qui ne l'empêche pas de tirer à vue sur ceux-là même qui écrivent ou éditent des livres en Suisse romande (et qu'on n'invite jamais à la télévision). Il rudoie les comédiennes (Caroline Gasser). Il flatte les politiques (Christophe Darbellay). Etc.

Dans cette arène (c'est l'idéal du « débat télévisé »), le combat est inégal ; les dés pipés d'avance ; la mise à mort programmée. C'est d'autant plus dommage que Tard pour Bar est l'unique émission « culturelle » de la TSR qui décidément n'a pas beaucoup d'estime (je ne dis pas d'amour) pour les artistes et les créateurs de ce pays.

09:39 Publié dans all that jazz | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : télévision, zendali, tard pour bar, michel moret, livres, actualité | | |  Facebook

Commentaires

Bonjour jmo !
pouf! pouf! "culturelle", l'émission de Zendali ?
Eh ben les patates et les navets ont de l'avenir !

:o)

Écrit par : Blondesen | 07/10/2009

Bonjour Jean-Michel,

Selon moi, ce n'est pas qu'un problème télévisé, mais bel et bien un problème régional (et non national, l'amalgame est fréquent mais erroné, les artistes alémaniques sont respectés dans leur région et rayonnent à l'étranger).
Nous évoluons dans une région qui ne croit pas en la création et en ses artistes, c'est un constat désespérant, mais il faut s'y résoudre. Une sorte de culture de l'échec qui produit parce qu'il le faut bien, mais sans conviction réelle et surtout sans volonté aucune de rayonner ou d'exporter.
La TSR et ses émissions culturelles successives en sont l'exact reflet.
Si le secret bancaire suisse s'effrite, le secret culturel romand a de l'avenir! Aucune chance que l'on sache ailleurs ce qui se crée ici... et pour cause!

Amitiés

Écrit par : Olivier Chiacchiari | 07/10/2009

Quand à la TSR les journalistes se piquent de culture, ça donne aussi ça, sur LE SITE DE LA TSR:

Soutien de l'Elysée
"Homme de culture, de cinéma et de télévision et fils de l'ancien président François Mitterrand, Frédéric Mitterrand, 62 ans, n'avait jamais eu d'engagement politique très clair, mais son seul nom représentait une victoire politique pour Nicolas Sarkozy.
Au moment de sa nomination, le livre "La Mauvaise vie" n'avait été que timidement évoqué, sans provoquer de polémique. Mais c'est (...)

Fils de.... il fallait oser !!!! Bravo la télé ! EDIFIANT !!!!!!

Écrit par : petard | 08/10/2009

"Fils de.... il fallait oser !!!! Bravo la télé ! EDIFIANT !!!!!!"

Quoique... dans cette famille avec ses histoires de famille on est sûr de rien. Le journaliste a peut-être révélé le scoop de l'année, qui sait?

Écrit par : robert | 08/10/2009

@ Salut Olivier ! Je pense comme toi qu'il y a un problème d'image et de confiance: pour nombre de journalistes (pas tous, heureusement), ce qui se fait ici est a priori mauvais, ou ennuyeux, ou plat, ou les trois à la fois. Pourtant, une fois dépassés ces préjugés, on s'accorde généralement à reconnaître la qualité, l'originalité, et même la beauté de ces « créations romandes ». Mais il faut franchir ce premier obstacle, ce qui n'est pas facile. La TSR baigne toujours dans ces préjugés et cultive le silence sur tout ce qui pourrait ébranler ses certitudes. Mais courage, camarade, résistons!

Écrit par : jmo | 08/10/2009

@ Bonjour Blondie! Vous avez raison : la TSR cultive les navets et autres légumineuses. Avec Zendali dans le rôle du poireau! :o)

Écrit par : jmo | 08/10/2009

Vive la radio! C'est effectivement là qu'on peut encore entendre des femmes et des hommes intéressants.

Écrit par : ab | 08/10/2009

Le couple imaginaire va revenir vers l'origine, cette mer intérieure, la Méditerranée, qui est le berceau de notre culture.

Écrit par : moncler jackets | 19/07/2010

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