07/09/2009

Les mensonges de Monsieur Weiss

images-1.jpeg Dans la galerie des Grandes Têtes Molles de notre époque, Monsieur Pierre Weiss occupe une place de choix : la première peut-être. Ce notable libéral, genevois jusqu'au bout des ongles, c'est-à-dire fort en gueule, velléitaire, aveugle à toute vision à long terme, a une bête noire contre laquelle il part régulièrement en croisade : les enseignants, qui provoquent chez lui de véritables cauchemars (il est piquant de noter que l'épouse de Monsieur Weiss est elle-même enseignante, ceci expliquant sans doute cela).

En d'autres temps, et sous d'autres latitudes, Monsieur Weiss aurait été ministre de la Propagande — et un des meilleurs. En effet, il excelle dans l'art de falsifier les chiffres et de manipuler la vérité. Dans un papier récent (voir ici), Monsieur Weiss s'en prend, une fois de plus, aux enseignants — ou plutôt à leur syndicat — auxquels il reproche des revendications abusives. Pour argumenter son propos, Monsieur Weiss cite plusieurs chiffres, tous faux.

Par exemple, l’augmentation du nombre des élèves. Pour M. Weiss, elle se monterait à 620 élèves. Dans la réalité, cette augmentation se monte, pour le Post Obligatoire, à 1150 élèves. La différence est minime, me direz-vous : on passe du simple au double ! Mais M. Weiss — pur produit de l'école genevoise — est fâché avec l'arithmétique.  Autre chiffre fantaisiste : la ratio maître/élèves. Pour M. Weiss, elle est de 12,45 élèves par poste. Dans la réalité, les cours (de langues en particulier) se donnent dans des classes de 24, voire 25 élèves (alors qu'il n'y a que 24 chaises et pupitres par salle de classe!). Là encore, M. Weiss se livre à une manipulation assez infâme, et bien dans l'esprit populiste qui est le sien. Mais il est plus facile d'affirmer n'importe quoi que de se renseigner.

Champion du monde de la mauvaise foi, M. Weiss est pourtant jaloux de son petit pouvoir (il siège à la Commission des Finances). C'est pourquoi son papier s'achève sur des menaces : les postes supplémentaires que réclament les syndicats pour accueillir les 1150 nouveaux élèves au PO sont irréalistes. Ils risquent donc d'être refusés. Les enseignants n'ont qu'à se débrouiller, une fois de plus, avec les moyens du bord. Ils en ont l'habitude. M. Weiss veut une école efficace et de bonne qualité, avec beaucoup d'élèves et peu de profs. C'est la vision libérale de l'école genevoise qui, face à l'augmentation de près de 30% des effectifs depuis 1991, a généreusement accordé 3% de postes d'enseignants supplémentaires…

Quand on vous disait que M. Weiss était fâché avec les chiffres…

10:50 Publié dans Grandes Têtes Molles | Lien permanent | Commentaires (25) | Tags : pierre weiss, école, libéral, politique, mensonges | | |  Facebook

Commentaires

très bonne note !! cela fait plaisir à lire un lundi matin...:o)

Écrit par : CA | 07/09/2009

Il est toujours amusant de voir que les propos musclés de la droite provoquent des réactions d'urticaire chez les tenants de la gauche caviar, bien pensante et béni oui-oui...

Ces jours-ci, ce sont les propos de Pierre Weiss qui sont à l'origine des rougeurs de l'auteur de ce blog...

Mais quelle importance, après tout? Aucune, en vérité, tant ces agitations sont vaines et sans fondements.

Écrit par : Déblogueur | 07/09/2009

L'avenir de vos enfants, si vous en avez, cher Déblogueur, vous est-il à ce point indifférent? Ce serait un peu triste…

Écrit par : jmo | 07/09/2009

@ jmo: l'appel larmoyant à l'avenir de nos enfants est risible. Certes, j'ai des enfants, aujourd'hui tous majeurs. Ils sont tous passés par l'enseignement public qui, en dépit des pleurnicheries des syndicats d'enseignants est plutôt bon. Les professeurs exercent leur métier dans des conditions que les pays voisins leur envient, que ce soit en termes de rémunération ou en termes de conditions de travail....

Et nos enseignants continuent, encore et toujours, à rouspéter... ou serait-ce plutôt à péter dans la soie?

Écrit par : Déblogueur | 07/09/2009

Déblogueur, est-ce si difficile de s'attaquer au contenu de l'article plutot qu'à ses auteurs ?

Oui, apparemment, c'est plus difficile que d'eructer contre les gôôôôôchistes enseignants ET fonctionnaire (oui, c'est là que nous sommes tous censé avoir la nausée).

Écrit par : Djinius | 07/09/2009

@ Déblogueur : on sent l'amertume et l'envie dans vos propos ; elles sont mauvaises conseillères. Quant au caviar et à la soie, croyez-moi, ce n'est pas tous les jours qu'on en profite!

Écrit par : jmo | 07/09/2009

@ jmo: "amertume" et "envie" seraient à l'origine de mes propos... Certes non, tant les métiers de l'enseignement méritent le respect. Mais lorsque les récriminations prennent le pas sur l'exercice du métiers dans des conditions qui, par comparaison, très favorables, alors, non.

Écrit par : Déblogueur | 07/09/2009

@ Déblogueur

On trouve toujours cet argument idiot de la rémunération comparée avec les pays voisins. Oui, le niveau de rémunération est plus élevé chez nous que chez nos voisins, mais pourquoi ?

Connaissez-vous une profession mieux payée chez nos voisins, une seule ?

Écrit par : Clyde | 07/09/2009

"M. Weiss veut une école efficace et de bonne qualité, avec beaucoup d'élèves et peu de profs."

Pas d'accord! M. Weiss veut des écoles privées et détruire l'école publique. Pour cela, il s'acharne à tout mettre en oeuvre pour réduire les moyens donnés aux enseignants. Sinon, je suis d'accord avec votre billet.

Écrit par : Riro | 07/09/2009

Ce qui me surprend, c'est de jalouser les conditions "favorables" du métier d'enseignant.

Bon, d'une part pour rien au monde je ne supporterai d'enseigner à une bande d'ado en pleine bouffée de montée d'hormone au cycle d'orientation, et pour cela, mes respects, d'autres part, quand un travailleur à de meilleur condition que moi, je ne vois pas en lui un ennemi ... je me demande pourquoi pourquoi mon patron n'est pas à même de me fournir des conditions semblables.

Écrit par : Djinius | 07/09/2009

Dans le genre "Grandes Têtes Molles", Jean-Michel Olivier nous régale de ses papiers amers et jaloux depuis pas mal de temps maintenant... Tant de mollesse de pensée laisse parfois sans voix. Un prof, quoi.

Écrit par : Roger | 07/09/2009

Après la Police et les enseignants qui va être attaqué par M. Weiss, Don Quijote genevois...?

Écrit par : Ivan Skyvol | 07/09/2009

Djinius dixit:

"d'autres part, quand un travailleur à de meilleur condition que moi, je ne vois pas en lui un ennemi ..."

Même si c'est un trader ou d'un cadre de l'ubs ?

Écrit par : Eastwood | 07/09/2009

"Même si c'est un trader ou d'un cadre de l'ubs ?"

Non, effectivement, car sa rémunération indécente provient de la rentabilité excessive que le secteur financier à pu s'accaparer sur le dos de la société.

Merci d'avoir noté cette exception très importante.

Écrit par : Djinius | 07/09/2009

@ Roger Ni amertume, ni jalousie, Roger (et d'abord de qui serais-je jaloux?) Un grand plaisir à écrire, par contre, qui ne faiblit pas. Quant à ma « mollesse », croyez-moi, je me soigne! Bonne soirée.

Écrit par : jmo | 07/09/2009

"Ce notable libéral, genevois jusqu'au bout des ongles, c'est-à-dire fort en gueule, velléitaire, aveugle à toute vision à long terme, a une bête noire contre laquelle il part régulièrement en croisade : les enseignants, qui provoquent chez lui de véritables cauchemars (il est piquant de noter que l'épouse de Monsieur Weiss est elle-même enseignante, ceci expliquant sans doute cela)."

L'explication ne réside-t-elle pas dans le fait qu'il était un (très) mauvais enseignant?


"En effet, il excelle dans l'art de falsifier les chiffres et de manipuler la vérité."

Etonnez-vous! M. Blanc enseignait les statistiques.

Écrit par : Johann | 07/09/2009

@ Johann : ah bon sang c'est bien sûr, comme disait le commissaire Bourrel! Tout s'explique alors… Les chiffres et lui, ça fait deux!

Écrit par : jmo | 07/09/2009

C'est bien joli de dire que M. Weiss ment, mais il faudrait un peu étayer votre contribution avec du concret. Pour moi, vous aussi vous êtes un menteur. Les chiffres, les statistiques sont bien souvent utilisés pour défendre une cause et son contraire. Le fait que Mme Weiss soit enseignante en dit long sur sa connaissance approfondie du sujet et me pousse à penser que vous défendez simplement vos petits intérêts personnels.

Écrit par : Pierre Jenni | 08/09/2009

@ Pierre Jenni. Les chiffres que je cite, hélas, sont parfaitement exacts.
Pour plus d'information, je cite le paragraphe entier : « Le 1er juillet 2009, la Conférence secondaire plénière du PO - qui réunit direction générale et directions d’établissements - indique que l’augmentation d’élèves au PO, de la rentrée 2008 à la rentrée 2009, est de 1137 élèves, 611 de plus que les prévisions du SRED. (L’Essentiel NO 69)
Nous ne connaissons pas à ce jour le nombre de postes d’enseignants prévu pour répondre à cette forte augmentation. La seule information citée dans le document, c’est qu’il manque 100 postes pour maintenir les critères usuels d’ouverture de classe (taux d’encadrement moyen de 10 postes d’enseignants pour 100 élèves). Les directions sont alors priées d’ouvrir des classes en « overbooking », c’est-à-dire en sureffectif, en pariant que beaucoup d’élèves quitteront rapidement l’école. De 2000 à 2008, le PO a connu une augmentation d’environ 5000 élèves, le nombre de postes d’enseignants plein temps a, lui, augmenté d’un peu plus de 200, c’est-à-dire 300 de moins que ce qui est nécessaire pour faire fonctionner correctement les écoles et assurer des conditions d’enseignement acceptables. »
Pour plus d'information : http://www.union-ge.ch
Cela dit, défendre de bonnes conditions d'enseignement, ce n'est pas « défendre de petits intérêts personnels », mais défendre aussi et avant tout l'intérêt des élèves.

Écrit par : jmo | 08/09/2009

Moi j'avais lu 920 élèves, soit l'équivalent d'un établissement. (http://www.swissinfo.ch/fre/nouvelles_agence/suisse/Rentree_scolaire_afflux_d_eleves_dans_le_postobligatoire_a_Geneve.html?siteSect=113&sid=11116180&cKey=1251093680000&ty=ti&positionT=3). Comme quoi, les chiffres...
Cela étant dit:
1.N'est-il pas déplorable que le DIP se trompe si grossièrement sur les effectifs, avec des préinscriptions en mars et des confirmations en juin? Peut-être ce Département devrait-il songer à transformer quelques postes d'administration en postes d'enseignants?
2.Comment peut-on parler d'"overbooking" en matière scolaire? Soit les élèves ont le niveau pour aller au PO, soit ils ne l'ont pas. Ce qui nous amène évidemment aux épineuses questions du niveau des élèves à la fin du cycle, de leur motivation et des illusions qu'on leur fait peut-être miroiter...

Écrit par : Nathalie Chaix | 08/09/2009

J'ignore si M. Weiss est fâché avec l'arythémique (sic), mais M. Olivier semble, quant à lui, en bisbille avec l'orthographe. Quand on maîtrise si peu les bases du français, la pose de polémiste prête à sourire... Cacographie n'est pas rhétorique.

Par ailleurs, la question de savoir si l'auteur du billet maîtrise mieux les chiffres que les lettres reste entière. Mais on peut craindre que face au sociologue « champion du monde de la mauvaise foi » (sic) les capacités statistiques de M. Olivier ne fassent pas le poids non plus.

Enfin, félicitation pour le magnifique « point Godwin » remporté d'emblée avec la phrase :
« En d'autres temps, et sous d'autres latitudes Monsieur Weiss aurait été ministre de la Propagande — et un des meilleurs. »

Écrit par : Hyène dactylographe | 08/09/2009

@ Nathalie Chaix : à la décharge du DIP, il faut admettre que les chiffres sont fluctuants. Cette année, il semble qu'il y ait eu un afflux d'élèves provenant, entre autres, des écoles privées. Et désormais, c'est le 10ème degré (1ère année du Collège, de l'ECG ou de l'EC) qui soit la véritable année d'orientation — et non plus la 9ème du Cycle.
Quant à l'« overbooking », il s'impose de fait aux directeurs d'établissements qui ne peuvent pas ouvrir de nouvelles classes. Ce qui fait que certains élèves n'ont ni pupitre, ni chaise où s'asseoir…

Écrit par : jmo | 08/09/2009

@ Hyène : ce qui est rassurant, dans la blogosphère, c'est qu'il se trouve toujours un lecteur attentif pour corriger les coquilles oubliés sur la plage.
Quant au point Godwin, je ne suis pas sûr de le mériter, hélas, puisqu'il met d'habitude un terme à la discussion. Alors que pour moi, celle-ci ne fait que commencer.

Écrit par : jmo | 08/09/2009

Effectivement, je lis dans le lien swissinfo que 150 élèves sont passés du privé au public; cela laisse une marge d'erreur, communiquée par le DIP, de 770 élèves... Accablant.
Quant à la nouvelle et véritable "année d'orientation", cela pourra faire l'objet d'une petite motion, par nature inutile, au Grand Conseil: "Rebaptisons le mal nommé Cycle d'Orientation!". Au secours!

Écrit par : Nathalie Chaix | 08/09/2009

Ce que je retiens du lien swissinfo c'est que Genève dernière (suisse) du classement Pisa investi moin que la moyenne nationale dans l'éducation et ses écoles! De plus 150 élève qui passent du privé au publique ça donne un bon coup de pied dans l'argumentaire des libéraux qui souhaitent la mort de l'école publique. Après on nous bassine avec des histoires d'effectifs non prévus! Y'a pas eu d'élèves laissé sur le trottoire à ce que je sache!

Écrit par : Riro | 08/09/2009

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